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NATURELLES- — FABRICATION DES PERLES FAUSSES

Tout le monde connaît ces corps calcaires et nacrés dont la valeur varie selon leur éclat , leur régularité , et souvent même la bizarrerie de leur forme , et qui ont reçu le nom de perles. Ils se forment non seulement dans les coquilles d'un mollusque marin, appelé par Bruguière avicvle per- Hère, et par le savant Lamack, piniadine margaritifére , mais encore dans celle de l'huître commune, dans celle du jamboneau, connu par son tissus soyeux, et même dans certaines coquilles à une seule valve , appelées patelles et haliotides , enfin, !dans plusieurs moules d'eau douce.

On ne connaît pas encore bien la cause qui produit les perles ; mais plusieurs faits s'accordent pour prouver que leur formalion est tout à fait accidentelle , bien qu'elle puisse être le produit d'une maladie de l'animal ou de la coquille. Depuis Linné , qui en fit l'essai sur les mulettes des rivières de la Suède , on sait que l'on excite ces mollusques à produire des perles en perçant leur coquille; l'animal sentant le besoin de réparer le dommage fait à sa demeure , accumule , à l'endroit où elle est percée , la matière calcaire que secrète son manteau. L'abondance de celte matière produit alors une callosité qui devient une véritable perle, lorsqu'elle prend la forme d'un corps arrondi qui ne tient à la coquille que par un pédicule. Il paraîtrait même que les Indiens connaissent ce moyen factice de produire des perles , puisque l'on voit dans quelques collections des pintadines margaritifères traversées par un fil de cuivre. Quelques naturalistes ont remarqué un petit grain de sable au centre des perles; l'Introduction d'un corps de cette na-

ture expliquerait leur mode de formation. En effet, l'irritation qu'il produit sur le manteau du mollusque, doit porter celui-ci à sécréter en abondance la matière calcaire , qui se dépose alors par couches sur ce petit grain de sable; comme il n'y a pas de pédicule à cette espèce de perle, on conçoit qu'elle doive être plus régulière et plus ronde que les autres. Au surplus, les Indiens sont fort adroits à rendre une perle régulière, quelle que soit la grosseur de son pédicule, en l'arrondissant et en la polissant à l'aide d'une poudre qu'ils obtiennent des perles pulvérisées.

Les perles sont susceptibles de s'altérer avec le temps, et quelquefois même par les émanations qui s'exhalent du corps de certaines personnes , elles se ternissent , perdent leur blancheur, et l'on dit alors qu'elles meurent. Cependant on en trouve qui sont naturellement jaunâtres ou verdàlres, et même de noirâtres, s'il faut en croire quelques voyageurs. Malgré la facilité qu'elles ont à s'altérer, il faut encore un acide assez fort pour les décomposer ; aussi doiton regarder , comme un conte l'anecdote de Cléopâtre, qui fit dissoudre uae perle dans un verre de vinaigre , qu'elle but ensuite pour prouver à Antoine qu'elle le surpassait en prodigalité. Les perles rondes et les perles en poires sont les plus estimées ; quelques unes atteignent une grosseur remarquable. En 1579, on en recueillit une dans les pêcheries de Panama , qui était de la grosseur d'un œuf de pigeon, et qui avait la formed'une poire ; elle fut offerte à Philippell.

Les pêcheries de l'Amérique sont beaucoup moins renommées que celles de l'Inde ; c'est sur les cotes de l'île de Ceylan que l'art de pêcher les perles est connu depuis la plus haute antiquité. Cette occupation commence en février et finit en avril ; chaque pêcheur , muni d'un filet en forme de sac, d'une corde à laquelle est attachée une pierre, et d'une autre corde dont une extrémité reste entre les mains d'un des rameurs; s'élance de la barque qui porte ordinairement dix rameurs et dix plongeurs ; il reste sous l'eau pendant deux à quatre minutes , et quelquefois même plus long temps, remplit de coquilles sa gibecière, agite la corde qui le tient, au moyen de laquelle on l'aide à remonter, et reparait à la lumière , mais quelquefois en rendant le sang par le nez et les oreilles. Chaque plongeur peut répéter cette opération jusqu'à cinquante fois dans un jour. Les coquilles que l'on a pêchées sont rassemblées dans des fosses ou sur des nattes entourées de palissades , et lorsque les animaux sont morts, quelquefois même en putréfaction, on se met à la recherche des perles.

Le prix excessif des perles régulières a fait naître l'art de les imiter : cet art a été porté fort loin dans quelques pays de l'Europe , et a tiré parti de l'écaillé d'un poisson d'eau douce dont la chair est peu estimée : c'est celle de Table. Lorsqu'on a enlevé les écailles de ce petit cyprin , qu'on les a lavées à grande eau dans un tamis clair, à travers lequel passe la substance qui leur donne leur brillant nacré ; lorsqu'on a frotté deux ou trois fois les écailles, pour en retirer toute cette substance, la première opération est terminée, il ne s'agit plus que de suspendre la matière nacrée dans une dissolution clarifiée de colle de poisson , et d'en mettre une goutle dans la bulle de verre qui doit lui servir de moule ; on la fait ensuite sécher rapidement au-dessus d'un poêle ; puis on remplit la bulle avec de la cire fondue , qui iixela matière nacrée contre la paroi intérieure de la perle, cl qui lui donne de la solidité. Le verre de ces bulles est tellement mince que, lorsque les perles fausses sont faites avec soin , elles acquièrent le brillant des véritables perles, et produisent une illusion complète.

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