‹ MagaudChapitre 11 sur 15 · LES DERNIÈRES OEUVRES · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES OEUVRES

lutte avec la lueur de la lanterne, jette des notes vives sur les cartilages du nez et sur tous les reliefs du corps. Maraud semble avoir sculpté au pinceau cette rude figure d'apôtre populaire; la chair endurcie par les intempéries est modelée avec une vigueur de touche qui fait saillir la musculature et laisse deviner la charpente osseuse. Les mains sont de véritables chefs-d'œuvre au point de vue anatomique ; la main gauche relève le manteau qui permet de voir une poitrine Large; la main droite, en un raccourci admirable de précision et d'effet contrastant, tient la lanterne ; toutesdeux ((instituent des morceaux impeccables, des modèles dont s inspireront à l'envi les peintres de figures qui auront la bonne fortune de se rendre au musée de Carpentras.

Le tableau ayant pour titre : les Horreurs de la guerre, que l'on conserve à L'hôtel de ville de Marseille, doit être regardé comme un épisode des massacres qui eurent La Bulgarie pour théâtre. Le principal personnage, une jeune femme chrétienne, étendue sur le sol jonché de dépouilles, forme une académie d'une remarquable pureté de lignes. Son corps repose sur un tapis, parmi des obus, des yatagans, des fourreaux Autour de sa main droite s'enroule un chapelet; sa tete renversée baigne dans les Mots de la chevelure et sa main gauche s'accroche encore au tronc d'un arbre à côté duquel se trouve on vautour dont la griffe s'est déjà posée sur elle et dont les ailes nerveuses paraissent soulever toute la composition. Non loin, une pauvre femme, au regard terrifié, cache dans son sein un enfant qu'elle veut soustraire à la \ oracite del'oiseau de proie, et une jeune fille, la face contre terre, s'est endormie de son

dernier sommeil. Et comme la nature ne participe pas toujours à la douleur des êtres, l'auteur a opposé les lueurs de l'incendie, les lourds nuages de fumée qui disent la désolation et le deuil à la cime sereine des Balkans, à l'éclat d'un ciel impassible devant les désastres qui s'amoncellent...

Un des plus curieux tableaux de Magaud est, à coup sûr, le plafond de la préfecture, représentant le Génie de la France éclairant le Monde, vu de l'échafaudage du peintre, et qui fait aujourd'hui partie des collections publiques de la ville d'Aix. C'est une fantaisie d'artiste du plus pittoresque effet. L'ovale du plafond se rétrécit, les voussures perdent leurs contours et se penchent, les lignes fuyent, le champ s'allonge, l'obliquité de l'axe remplace la symétrie ; les personnages suivent la déformation, se contorsionnant, se courbant en des raccourcis capricieux, en des profils imprévus. Et devant cette valse de lignes qui s'harmonisent admirablement avec les motifs architecturaux d'une richesse inouïe, la figure du peintre apparaît, baignée dans une ombre discrète, insensible à l'ivresse des formes qui dansent devant elle comme autour d'un demi-dieu.

Le Baiser à la glace (musée de Marseille), un des derniers tableaux de Magaud, nous met en présence d'une jeune fille qui se regarde dans un miroir aux capricieuses dorures. Son visage est savamment modelé et son buste, qu'emprisonne un élégant corset, a un galbe aristocratique. Les ustensiles de parfumerie sont là, sur une console, qui la guettent ; mais l'artiste a eu le bon esprit de ne pas trop charger sa palette de fard et de poudre, s' arrêtant juste au moment où le blaireau semblait vouloir se substituer à la brosse.

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