LES DERNIÈRES OEUVRES
Au cours de son magnifique apostolat qui s'exerça de 1869 à 1890, Magaud exécuta quelques tableaux qu il importe d'examiner, car chacun d'eux peint une idée
Eve est la première en date parmi les toiles appartenant à cette période. C'est un morceau de nu, mais chez Magaud, le nu n'est pas synonyme de nudité. La première femme est en présence de l'arbre dont elle s'apprête à cueillir le fruit « qu'elle ne mangera pas », suivant la propre expression du peintre à son ami, M de Léséleue. S;i Hjjure ne refit le aucune ressemblance, car elle incarne un sexe ou, mieux encore, ce qu'il y a déplus vertueux dans son sexe. Son type est sorti d'un cerveau viril que ne hanta pas la présence de la femme lascive. Tandis que La plupart des ;irlisles ont prostitue sou culte à leur conception impure, Magaud I a élevé ci ennobli
C'est donc la femme résistant aux séductions dont elle est environnée qu'il a voulu peindre, et il ne nous l;i montre si nue que pour mieux nous faire admirer la fermeté «le son moral. On peut, conséquemment, affirmer qu'une saine pensée a encore guidé l'artiste dans L'élaboration de ce poème de
chair qu'habille avec charme la délicatesse du style et l'élévation de l'idée.
La Vérité au fond du puits, qui figure au musée de Toulon, est également un morceau de nu d'un puissant attrait. La Vérité se présente à nous sous les traits d'une jeune femme dont la chevelure blonde s'éparpille comme une fauve crinière. Elle est debout au fond du puits, un miroir à la main, un seau à ses pieds, cachant son sein droit et regardant vers le haut de son humide demeure pour découvrir un coin du ciel, comme si le Vrai n'était pas de ce monde. Son corps onduleux déroule une ligne pure et dessine un galbe gracieux qu'emprisonne un modelé savant et que rehausse la chaude transparence de la carnation. C'est la vérité sans fard, une dans son expression morale et diverse par ses belles oppositions de clair et d'ombre ; c'est la vérité telle que l'aima l'artiste durant toute sa vie et telle qu'il la fit éclater dans toutes ses œuvres.
Le puits de Magaud nous fait quelque peu songer à la Source, d'Ingres. L'une et l'autre de ces peintures, aux formes jeunes et pures, sont pourtant des productions dues à la vieillesse de ces deux amoureux de la forme idéale.
Dioijène le Cynique a été peint en 1888 comme la Vérité. L'artiste nous montre le philosophe grec au moment où, une lanterne à la main, il cherche un homme, en plein midi, à travers les rues d'Athènes. Il est revêtu d'un manteau mordu par le vent, brûlé par le haie. La rugosité de sa trame s'harmonise avec les aspérités de la peau du Cynique. Le soleil fait étinceler sa prunelle avide, scrute l'épidémie, affiche la vie,