‹ MagaudChapitre 13 sur 15 · m ogb \ nu · texte numérisé non relu

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Quelle était la situation de L'École des beaux-arts de Marseille au moment où Magaud en fut nommé directeur? La réponse est simple : en arrivant à l'école, le 21 décembre IS(J1), il trouva trois professeurs : M. Rave (classe de dessin) ; M. Bontoux (classe de modelage) ; M. Sixte-Rey (classe d'architecture) et lorsqu'il prit sa retraite, en 18!)(>, il y hiissa dix-huit professeurs : M. Moutte (classe de peinture) ; Mi\l. Guindon, Jourdan, Pierre Jean, Maistre (dessin) ; MM. Aldebert et Rey (modelage) ; MM. Buyron et Perrot (architecture) ; M. Michelon (dessin industriel); M. Pluyette (anatomie) ; M. Fleury (perspective) ; M. Clerc (histoire de l'art) ; M. Ducros (esthétique) ; M. Pignol (mise au point) ; M. Du Bourguet (mathématiques) ; Mlles Magaud et Camoin (classe des demoiselles) .

Ces deux bilans expliquent, dans leur laconisme, le chemin parcouru, les progrès réalisés, et cette marche ascendante fut, \\ convient de le dire hautement, la résultante des efforts ininterrompus de Magaud qui posséda, à un degré éminent les qualités d'un chef d'école : le savoir, l'autorité, l'énergie, la droiture.

Dès son début dans la carrière artistique, il avait fait preuve des plus sérieuses dispositions, se distinguant par des succès nombreux et une ardeur au travail qui firent l'admiration d'Aubert et de Léon Cogniet. Il était de ceux dont on peut dire qu'ils n'ont jamais été jeunes. Il y aurait quelque puérilité à faire rémunération des prix et médailles de toutes sortes obtenus par lui, soit à l'École des beaux-arts de Marseille, soit dans l'atelier de Cogniet, ce maître éminent qui le considérait comme l'un de ses meilleurs élèves, et à signaler, dans la salle des concours de l'Ecole nationale des beauxarts, appelée salle Yvon, une académie peinte et un paysage historique particulièrement remarqués.

L'Indicateur de Marseille, de 1838, contenait les lignes suivantes qui prouvent combien le jeune artiste était estimé dans sa ville natale : « M. Magaud qui, l'année dernière, a gagné le premier prix de modèle vivant, a exposé, cette année, un tableau d'histoire : la Piscine probatiqne. Ce début est d'un bon augure pour l'avenir de l'artiste. Qu'il travaille, et nous ne serons pas surpris s'il devient l'égal de Papéty. »

Cette prophétie s'est réalisée, car Magaud, avec une technique différente, est parvenu à égaler l'auteur du Rêve de bonheur, ainsi que tous les grands artistes marseillais du dix -neuvième siècle.

On peut répéter ce qui était dit au commencement de ces pages : il remporta toutes les récompenses qu'un étudiant pût ambitionner et se distingua par un esprit de méthode sans exemple dans les annales de la scolarité. Sa ténacité? Elle éclate tout entière dans la correspondance qu'il entretint avec

sa famille, des 1839, époque à laquelle le peintre Dassy le présenta à Léon Cogniet. On assiste au speetaele d'un jeune homme amoureux de son art, lui sacrifiant tout, sauf l'affection dont il donna tant de preuves à ses parents et à ses amis, s'ingéniant à perfectionner sa technique et à accroître ses connaissances générales, sans cesse stimulé par l'aiguillon de l'émulation et parvenant par son opiniâtreté autant que par ses aptitudes, à s'imposer à L'admiration de tous et à servir de modèle à ses condisciples.

Le 27 août 1839, il écrit à son père : « Je dois, par des éludes 1res sérieuses, m'élevcr au-dessus des autres, s'il m'est possible, Déjà, je crois jouir d'une certaine réputation qui me vient d'un bon début dont je me défiais cependant beaucoup. Plusieurs ('lèves m'ont demandé «les études. J'ai été le deuxième au concours pour l'académie peinte. A un autre concours de figure, je n'ai pas été moins heureux, puisque j'ai obtenu la même place. Au dernier concours de composition d'esquisse dont le sujet était une Sainte famille, j'ai encore été le deuxième. Décidément, c'est une place qui m'est réservée. Je désire la conserver toujours ; mais je n'ose vous le promettre. Cependant, je ne négligerai rien pour pouvoir surmonter tous les obstacles. C'est là que je me plais et, dut -il en venir encore de plus difficiles, je me ferai un plaisir de lutter contre eux et de mesurer mes forces. »

Le 24 de la même année, il se montre encore plus opiniâtre lorsqu'il écrit : « .Je vous ai fait connaître dans ma dernière let tre les places que j'ai obtenues lors des derniers concours Cette fois, je- n'ai été ni plus heureux, ni plus malheureux, car

aux deux concours qui viennent d'avoir lieu, j'ai obtenu le même numéro : vous voyez que je les serre de près, et je vous promets de ne pas les lâcher. »

Enfin, le fragment delà lettre suivante prouve surabondamment que Magaud était un modèle et que son maître le donnait en exemple : « Je viens de faire un petit tableau de nature morte, et l'ayant montré à M. Cogniet, il a désiré le garder pour le faire copier aux demoiselles s'occupant de ce genre ; il veut leur montrer, m'a-t-il dit, comment on traite la nature morte largement sans cesser d'être juste. »

Les citations pourraient être multipliées qui prouveraient que Magaud avait le tempérament d'un chef d'école et que son œuvre est un enseignement vivant. Aussi lorsqu'il fut désigné en qualité de directeur de l'École des beaux-arts de Marseille, à la retraite de Jeanron, cette nouvelle fut favorablement accueillie dans le monde des artistes et parmi la population qui connaissait son talent, grâce aux œuvres décoratives dont il a doté sa ville natale. Il n'était pas possible que le directeur de l'école fût autre que Magaud, car personne n'était plus apte à épurer le goût et à former des artistes. Déjà, en 1863, à la mort de Loubon, son nom avait été prononcé avec faveur et un mouvement spontané s'était produit. « Il n'y a qu'un cri à Marseille pour réclamer votre présence à la tête de l'Ecole des beaux-arts », lui écrivait un peintre amateur, M. Adrien Lucy, receveur général des Bouches-du-Rhône, dont le musée de Marseille possède un paysage donné par lui en 1864. Les personnages les plus influents, les sommités de l'art avaient apporté leur concours

à Magaud et, à son insu, réclamé aux pouvoirs publics su nomination, .le passerai sous silence les influences politiques et commerciales qui se mirent ù L'œuvre pour obtenir ce résultat. Mais je ne puis résister au désir de reproduire trois lettres, l'une émanant de Léon (lojjniet, l'autre de M. SchnetZ, directeur de l'Ecole de France à Rome, la troisième d'Auguste Couder, le célèbre peintre d'histoire, président de L'Académie des beaux-arts, qui, toutes, constituent des brevets d'une précieuse valeur :

Paris, 3 mai 1803.

Monsieur le Maire,

Un do mes anciens et plus distingues élèves, M. Magaud, m1 présente pour la place naguère occupée par notre regretté confrère M. boulon H. Magaud possède, à un haut degré, comme homme et comme artiste,

les qualités indispensables pour s'acquitter dignement des fonctions de

directeur d'une école des Heaux Arts. Le choix de la Ville ne sautait

être mieux placé. J'ose m autoriser de ma longue expérience dans ce professorat pour l'affirmer. Je recommande de toute la puissance de ma conviction ce digne jeune homme à votre bienveillance. Monsieur le Maire, et à votre haute protection.

Léon Cogniet,

de I Institut.

Paris, 15 mai 1N(>3.

Monsieur le Maire,

M. Loubon, que vous venez de perdre et que j'ai connu à Home, était un artiste distingué dont je regrette beaucoup la fin prématurée. Il laisse une place vacante à Marseille dont l'importance est grande pour la bonne direction de l'étude de l'art. Le talent reconnu de M. Magaud

me fait prendre, sans hésiter, la liberté de vous le recommander particulièrement pour succéder à M. Loubon. La ville de Marseille ne peut faire un meilleur choix. Je connais peu personnellement M Magaud; ma recommandation s'appuie seulement sur les mérites de ses ou\ rages. Je serai probablement lundi à Marseille où je dois in embarquer pour retourner à mon poste. Je serai heureux de pouvoir vous répéter, de

vive voix, ce que je vous dis dans cette lettre sur le talent et la capacité de M. Magaud.

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