V. Schnetz, Directeur de l'Ecole impériale de France à Rome
Paris, 25 mai 1863.
Monsieur le Maire,
Je me joins à mes honorables collègues, MM. Schnetz et Cogniet, pour recommander au choix des autorités de la ville de Marseille M. Magaud, peintre d'histoire, pour succéder à M. Loubon (décédé) comme directeur de l'Ecole des Beaux-Arts. M. Magaud, par les preuves nombreuses d'un talent hors-ligne, offre les meilleures garanties ; il serait donc désirable qu'il fût en position de diriger les dispositions naturelles d'une jeunesse ardente et intelligente qui promet dans un avenir prochain de dignes successeurs aux hommes de génie dont la Provence s'honore.
C'est dans cette persuasion et par le vif intérêt que je porte à tout ce qui touche à la capitale de la Provence, car moi-même je me fais gloire d'être issu d'un sang provençal, c'est dans cette conviction, dis-je, que je trace ces lignes en faveur d'un confrère dont j'estime hautement le beau talent.
Aug. Couder, de l'Institut.
Malheureusement toutes ces recommandations échouèrent devant l'influence omnipotente de l'admnistration des beauxarts qui désigna M. Jeanron dont les titres d'ancien directeur des Beaux- Arts et de directeur du Louvre lui donnaient une estampille officielle contre laquelle nulle puissance ne pouvait être opposée. Cette fois, ce ne fut pas le népotisme qui triompha, mais le système centralisateur dans la personne de son plus haut représentant artistique. Magaud en fut d'autant moins déçu que cette magnifique explosion de sympathies à son égard n'avait pas été suscitée par lui et que sa candidature s'était, en quelque sorte, posée d'elle-même, par la
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seule forée des choses. Mais le futur directeur de L'école étail un homme d'étude, non un intrigant, et Jeanron qui, d'ailleurs uc signala sou passage à l'Ecole des beaux-arts <le Marseille par aucune réforme n'eut à redouter ni les assauts de l'envie, ni les représailles du dépit.
Lorsque Jeanron eut démissionné, six ans après sou entrée en fonctions, son successeur ('-lait désigné d'avance, [/opinion publique l'avait choisi, et l'opinion publique c'était, eu l'espèce, la voix de la justice elle-même. Magaud démontra que l'arrêt était équitable el que l'heure de son avènement aurait dû sonner plus lot. Il fit naître le regrel à côté de l'espérance.
On peut affirmer qu'avant Ma>;aud iKeole des heaux-
arts, dont l'origine remonte à l'année 1753, n'avait vécu que sur un fonds de routine. A cette date I esprit académique s étail surtoul façonné à l'école de Dandré-Bardon qui procédait d'un classicisme irréductible et subissail tout naturellement l'influence de l'art officiel. Le peintre aixois s'est servi de sa plume pour expliquer non les prétentions philosophiques de son pinceau, mais pour faire des démonstrations sur le caractère général de la peinture et aussi sur ses propres moyens d'exécution; il s'est efforcé de conserver a l'art un caractère élevé, de lui imprimer une direction historique et de donner une grande importance à L'étude de la géométrie, de l'anatomie et de la science chronologique. Ses tableaux, inspirés de l'Histoire el de la Mythologie, sont élégants, composés avec eurythmie et, le plus souvent, symboliques; ils témoignent des qualités qu'il a cherché à faire prévaloir dans ses écrits dont la clarté le dispute a L'élévation el qui oui
coutribué à donner à la peinture un caractère foncièrement didactique.
Après la période qui suivit la Révolution et au cours de laquelle l'enseignement demeura à l'état embryonnaire, l'art mondial subissait l'influence dictatoriale de David. Aubert ne manqua pas de s'y abandonner et, comme Lui, il voulut se faire une âme antique. Il chercha à imposer ses vues personnelles, contrairement au système de Loubon, qui, bien que hanté par la technique de Roqueplan et imbu des principes naturistes de l'école de paysage de 1830, laissait à ses disciples la plus grande somme d'indépendance. L'action de Loubon s'exerça utilement, mais elle fut le résultat bien plus du courant de sympathies qu'il sut créer autour de lui que des effets de son système pédagogique. Il faisait ses cours ganté d'une manière irréprochable, se bornant, par un conseil pratique, à éveiller l'élève au sentiment de la nature, ce sentiment que les paysagistes de la nouvelle école commençaient à opposer victorieusement à la convention du classicisme étroit et aux creuses sonorités du romantisme.
Avec Magaud, la tradition interrompue se renoue et l'Ecole, qui jusque-là n'avait du ses modestes succès qu'à l'autorité ou au zèle de quelques maîtres, prend une vie propre et s'anime d'une âme.
Que Magaud se fut inspiré de l'esprit de réforme venu des sphères officielles et que l'instruction énorme de connaissances artistiques ayant marqué sa mémorable direction eut été le corollaire d'une tendance générale cela ne saurait être révoqué en doute. Mais il n'en demeure pas moins vrai, et la
démonstration en sera facile, que c'est grâce a son initiative personnelle, à ses démarches actives et à son zèle éclairé que l'École a pris un essor considérable et qu'elle a pu conquérir une réputation universelle. Et lorsque, le dimanche 2-i août 1885, M. Jules Comte, inspecteur général des écoles d'art décoratif, délégué de M. le ministre de L'Instruction publique et des Beaux-Arts, appela Magaud « second fondateur de l'Ecole des beaux-arts », au cours de la distribution solennelle des prix, personne ne protesta contre cette parole justieière qui, tombée des lèvres d'un personnage officiel é minent, prenait toute L'importance d'un témoignage irrécusable auquel l'assemblée s'associa par d'unanimes applaudissements.
Magaud débuta pendant L'année terrible. Elle fut marquée par deux actes de générosité : il abandonna la moitié de ses appointements et M. Canlini, un Mécène illustre dont le nom est hnpérissablement mêlé à l'Ecole des beaux-arts de M.n seille, fonda un prix de 200 francs pour la ( lasse de modelage,
Dès L'année suivante, le nouveau directeur, <|iii axait pu mesurer toute l'étendue «les lacunes ci étudier les améliora* lions susceptibles d'être appliquées sans retard, commença la série des réformes en demandant un cours de perspective et la création d'un concours d'émulation auquel seront appelés chaque année tous les élèves de ta classe de modèle vivant II décide que les élèves ne passeraient pas dans une ( lasse supérieure si le jury de fin d'année ue les en avaii pas reconnus dignes et qu'ils seraient tenus de doubler leur classe, contrairement à ce qui axait lieu auparavant. Il demande la fondation de cours de dessin dans les écoles communales, se
basant sur cette considération que les jeunes yens fréquentant ces diverses écoles sont presque tous destinés à être ouvriers, c'est-à-dire à professerun métier manuel duquel doit dépendre leur existence. Il lui paraît indispensable d'ajouter à l'éducatian première du jeune âge qui forme l'esprit, celle qui doit perfectionner le sens de la vue en habituant l'élève à voir juste et à acquérir l'adresse de la main, sa fidèle interprète. Il obtient, sur ses instances, un cours d'anatomie que professe M. le docteur Ollive, à titre d'essai et gratuitement. Le 13 décembre 1871, ce professeur ayant été dans l'obligation de quitter la ville, il adresse une nouvelle demande au maire, le priant de vouloir bien instituer d'une manière définitive le cours d'anatomie dont il n'a pas de peine à faire ressortir les avantages et l'incontestable utilité. Profitant de cette circonstance, il sollicite la même régularisation en faveur du cours de perspective. L'administration approuve, en principe, les desiderata formulés par Magaud, mais elle décide qu'il y a lieu d'attendre l'installation dans un nouveau local avant de consacrer ces deux cours.
La translation de l'école dans un bâtiment mieux approprié à sa destination avait d'ailleurs fait l'objet des vives instances du nouveau directeur qui, dès le G janvier 1872, adressait un rapport très détaillé à M. Guinot, alors maire de Marseille, dans lequel il constatait l'état précaire de l'école dû à l'insuffisance du local et faisait un appel pressant à la sollicitude du premier magistrat de la cité, afin de sortir au plus tôt du statu quo, ce qui lui permettrait de combler de nombreuses lacunes et d'instituer de nouveaux cours devenus indispensables.
Magaud, ayant insisté sur L'opportunité de poursuivre sans interruption le cours d'anatomie, fut assez heureux de voir M. le docteur Isoard, adjoint-délégué aux beaux-arts, offrir de s'en charger Lui-même avec un complet désinléressemcnl . C'est là un fait rare qui mérite d'être signalé. Malheureusement, La politique a des attraits irrésistibles, et Le professeur, une fois l'enseignement de l'osléolo{;ie terminé, dut battre en retraite devant les exigences du politicien. I.e corps électoral lui lit oublier Le corps humain.. .
Dans Le plaidoyer chaleureux qu il adressait à M. le maire, relativement à la translation de l'école, Magaud Se livrait à des considérations d'ordre philosophique et pratique de la plus haute portée pour justifier la réorganisation de L'enseignement artistique à Marseille : * Plus (pie jamais, disait-il, Les idées sur lesquelles repose l'enseignement des beaux-arts à Marseille ont besoin d'être établies; jamais il n'a été plus nécessaire de les coordonner et d'en tirer des applications rigoureuses au profit de tous. » Et plus loin : < Tandis que les grandes Tilles, revenues 'd'un moment de stupeur, cherchent à maintenir à la France sa glorieuse suprématie dans le domaine de l'art industriel, avantages (ju 'elle nesaurait si; conserver qu'à L'aide d'héroïques efforts, Marseille, encore riche d'avenir au milieu des désastres dont elle a eu sa part, resterait-elle en arrière? On nesaurait L'admettre... Il ne faul pas oublier surtout que l'école (qui compte plus de 1150 élevés) est principalement destinée a former de nombreux nu\ riers intelligents et habiles. Je suis trop convaincu du sentiment des natures qui peuplent notre belle Provence pour ne pas avoir
foi au goût qu'elles apporteront dans les branches de l'art industriel. »
De tous les rapports officiels de Magaud, celui qui porte la date du 10 mai 1873 est Le plus précieux. Ce document est si caractéristique et si lumineux qu'il forme, on peut dire, la base de l'enseignement de l'art à Marseille, une charte sacrée dont il importe de faire connaître l'économie, afin d'être complètement fixé sur le rôle décisif joué par Magaud dans les destinées de l'école.
Après avoir fait connaître les matières enseignées jusque-là, il indique celles qu'il convient d'introduire dans le programme général. Il insiste sur cette vérité fondamentale que son école doit être, avant tout, une école préparatoire et que les élèves qui y sont formés peuvent être reçus à celle de Paris sans être obligés de recommencer de nouvelles études élémentaires.
Les études réparties dans la section de la Figure, laquelle comprenait les premiers éléments de dessin linéaire et aboutissait à la peinture, étaient alors les suivantes :
Classe de dessin d'après la gravure. — Premiers éléments de dessin linéaire d'après la gravure; premiers éléments de la figure au trait; exercice des ombres; premiers éléments de la figure ombrée; tètes, pieds, mains ombrés.
Classe d'après la ronde-bosse. — (Deuxième division) : Étude de la tête écorchée et non écorchée. — (Première division) : Etude de l'écorché, pieds, mains, torses. Grandes académies ; groupes.
Classe du modèle vivant. — Etude d'après nature. La section d' architecture comprenait :
PREMIÈRE ANNÉE, — Cinq mois de dessin d'ornement d'après les dessins et d'après la bosse; cinq mois de dessin linéaire d'après les tracés géométriques.
Deuxième année. — Détail et ensemble des ordres d'architecture, levée des plans; tracé des ombres, lavis.
TROISIÈME ANNÉE. — Perspective et composition ; projet suivant programme.
Quant à la section de sculpture, elle était des plus rudimen* taires et nécessitait un complet remaniement .
Comme on le voit, renseignement donné à L'École des beaux-arts reposait sur des bases étroites qu'il convenait d'élargir si l'on voulait faire acquérir à cet établissement la prépondérance à laquelle il avait droit.
Les améliorations proposées par Magaud étaient nombreuses et leur ensemble, nous allons le voir, constituai une réforme capitale.
Elles prévoyaient une classe de peinture comprenant des éludes peintes d'après le modèle vivant, des compositions historiques et allégoriques, L'étude de la tête d'expression et les draperies, puis une série de cours et de projets do ni voici la nomenclature :
Cours d'anatomie appliquée aux beaux-arts . — Considérations générales sur la structure et l'organisation humaine; ostéologie, étude spéciale du squelette; myologie, étude des muscles, des articulations; description de la figure humaine par région et dans son ensemble, à L'étal de repos et de mouvement; jeux des muscles; différence des races.
Cours de perspective linéaire. — Premiers principes de géo-
métrie; principes généraux de perspective applicable à tous les genres de dessin, méthode pour obtenir les perspectives exactes; de la ligne d'horizon, de la distance du point de vue; du point de fuite principal, vues de front, vues accidentelles ou obliques; de la grandeur des figures dans un tableau; exposé sommaire de la théorie des projections d'ombres.
Une autre lacune qu'il serait urgent de combler, c'est la création d'une classe pour l'ornementation et la décoration de toutes les époques de palais, châteaux, maisons particulières, établissements de tons genres dans les divers styles : égyptien, grec, romain, mauresque, gothique, Renaissance, Louis XIII jusqu'à Louis XVI. On ferait des études et compositions dessinées, mises en couleur, sur des sujets gradués de divers motifs de décorations architecturales et d'objets ornementaux appliqués autant aux beaux-arts proprement dits qu'à l'art industriel, tels que vases, panneaux, attributs, etc., études d'après nature : plantes vivantes; fruits; fleurs; études d'animaux divers. Cette classe ferait partie de la section du dessin et de la peinture; elle correspondrait directement à celle de l'ornement dans la section d'architecture et à celle de sculpture. Elle aurait pour objet de former de bons ouvriers dessinateurs, — peintres, dessinateurs de fabriques ou autres :
Section d'architecture. — PREMIÈRE ANNÉE : Arithmétique et géométrie élémentaires. — Deuxième année : Arithmétique et géométrie, éléments d'algèbre et de géométrie descriptive. — Troisième année : Géométrie descriptive jusques et y compris les surfaces gauches, application de la descriptive à la perspective et aux éléments de coupe de pierre et de charpente.
Section de sculpture. — CLASSE DE SCULPTURE D' ORNEMENT : comprenant : étude de la sculpture d'ornements décoratifs, d'après les styles d'époques diverses et d'après nature; leçons et exercices de modelage suivant les styles égyptien, {;rec, romain, mauresque, gothique, Renaissance, Louis XIII jusqu'à Louis XVI; études, d'après nature, de la plante, des fleurs, des fruits et des attributs décoratifs; études et compositions graduées de motifs d'ornementations architecturales décoratives de styles divers ; cours démonstratif pour leur exécution en (erre, plâtre, marbre, pierre, bois, etc. : leçons de moulage. — Classe de la sculpture statuajreet de i. irt indus-
THIKI, : étude de la figure d'après le plaire et d'après nature ; étude de la sculpture statuaire de si \ les d'époques dh erses et d'après nature; figures humaines au point de vue tic 1 art st.ituaire, historique, monumental, décoratif et de son applic ation à l'art industriel; leçons et exercices de modelage ainsi que de compositions historiques et allégoriques; statuaire polychrome religieuse ; statua ire monumentale, architecturaledécorative; navale-décorative, de médaille (gravure). — Art iNnusTitiKi, : étude et compositions de sculpture d'ameublement, marbre, pierre, bois, bronze, fonte de fer, fonte de plomb; cours démonstratif pour leur exécution en diverses matières.
Pour conclure, Majjaud réclamait : I ' un professeur adjoint pour la section de la figure dessinée; 2* un professeur pour la classe d'ornementation à créer; 3° un professeur d anatomie, et \" un professeur chargé des divers cours d'architecture et de perspective à l'usage des dessinateurs et des peintres.
Ce programme fut soumis à l'examen de M. Guillaume dont il serait superflu de rappeler ici le rôle d'éducateur et l'influence exercée sur l'organisation rationnelle de l'enseignement du dessin en France, organisation que l'on cherche à remplacer aujourd'hui par la méthode intuitive comme si le géométrique ne devait pas nécessairement précéder le dessin de mémoire.
Voici un fragment d'une lettre de Turcan, l'illustre sculpteur provençal, élève de Magaud, qui, à la date du 4 février 1874, écrivait de Paris à l'auteur du vaste plan dont les grandes lignes viennent d'être exactement retracées :
Monsieur Magaud,
Je me suis empressé d'aller voir M. Guillaume. Il m'a dit qu'il trouvait votre plan excellent et très bien compris. Il m'a déclaré que tout ce qu'il renfermait était absolument nécessaire à un professeur et que, par conséquent, il ne pouvait que vous approuver dans tous les articles de votre programme, sans en excepter un seul, ajoutant même qu'il désirait le conserver parce qu'il pensait avoir besoin de s'en servir.
J. Turcan.
Dès ce moment, les réformes succèdent aux réformes, et Magaud a le honneur de voir triompher ses idées. Il assiste avec joie à cette édification sûre et rapide de l'enseignement de l'art à Marseille, aux succès de ses élèA es, «à la renommée toujours croissante de son école, et lorsqu'il se retire, après vingt-sept années d'une glorieuse gestion, il emporte avec lui l'immense satisfaction d'avoir accompli une œuvre indestructible à laquelle, il faut hien le dire, on n'a pas assez rendu justice.
L'année 1874, au cours de laquelle Magaud fut nommé correspondant de l'Institut, s'ouvrit par la désignation de
M. Jourdan en qualité de professeur de dessin et par celle de M. Aldebert chargé de la classe de modelage. Elle vit s'accomplir, en juin, la translation de l'école dans Le local actuel, [/année suivante, au mois de novembre, on procéda à la nomination de IN I . (Jiiindon, comme professeur de dessin, el à ta création d'un cours de ronde-bosse, le soir. En IX7(>, on fixa les conditions du concours permettant d obtenir les bourses de la Ville et M. le docteur [soard tenta, après mu; interruption de deux années, un nouvel essai du cours d anatomie qui lut ensuite confié a M le docteur Lebas. Le 15 mai J877, Magaud écrivit a I administration municipale pour lui demander la création d'une classe de peinture et. le 5 octobre, il renouvela son desideratum, insistant, d'autre part, sur la nécessité de créer un cours de dessin appliqué à L'art industriel pour lequel il proposa M Coulante. Magaud fut nommé professeur de peinture le 2X octobre I.X7X Le cours d'anatomie, dont L'existence était sans cesse menacée, échut, à nouveau, à M. Isoard qui remplaça définitivement son confrère M. Lebas, décédé six mois après sa nomination. Le 16 août, M. Sixte-Rey, professeur d'architecture, ayanl demandé le règlement de sa retraite, fut remplacé, suivant arrêté du L2 mai IX7i>, par M. Sebille qui eut, à son loin , pour successeur M. Huot, en IXX2.
Par décision ministérielle du L" janvier 1X7!*, Magaud lut nommé inspecteur «le I enseignemenl du dessin dans L'une des sections académiques ; mais à peine eut-il effectué quelques visites dans la région, que le Ministre rapporta la mesure générale qu il avait adoptée dans le bul de faire inspecter les
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directeurs d'école les mis parles autres, afin de stimuler leur zèle et de susciter l'émulation parmi eux.
En 1881, on créa un cours de géométrie appliqué aux beaux-arts qui fut confié à M. Julien, par délibération du 16 mai; on remplaça par M. Frétigny, sculpteur, M. Bontoux admis à faire valoir ses droits à la retraite et l'on institua un cours de mathématiques professé d'abord par M. Th. Fabre, puis par M. du Bourguèt.
Déjà, à cette époque, l'école commence à se ressentir très sensiblement des efforts déployés par Magaud. Le nombre des étudiants, qui était à son entrée à l'école de 378, s'élève, en 1880, à 472. Elle entretient trois pensionnaires à Paris : un peintre, M. Pinta (deuxième année) ; un architecte, M. Dourgnon (quatrième année); un sculpteur, M. Faivre (première année), en remplacement de M. Heni^y Lombard qui vient d'obtenir le premier grand prix de Borne. M. Dourgnon reçoit annuellement une allocation de 500 francs du Conseil général des Bouches-du-Bhône et un autre élève, M. Monge, une gratification de 500 francs de la même assemblée départementale. Sur la proposition de M. Turquet, soussecrétaire d'État, le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, reconnaissant les sacrifices que la Ville s'impose pour développer son école, fait savoir au maire qu'il est disposé à l'encourager par tous les moyens en son pouvoir, ajoutant que, pénétré des services rendus par Magaud et ses collaborateurs, il alloue une somme de 500 francs au directeur de l'école et une somme de 300 francs à chacun des membres du corps enseignant (qui s'élèvent alors à neuf, au total).
L'année 1882 est particulièrement féconde en réforme» . Par arrêté préfectoral du 14 novembre, Mlle Mario Magaud, pourvue à Paris du diplôme pour l'enseignement du dessin, est nommée professeur de la classe des jeunes filles dont la création est reconnue indispensable el que I on inaugure le 15 décembre suivanl avec élèves. Après une année de fonctionnement, le nombre dos inscriptions ayant doublé, on décida en principe la nomination d'un professeur adjoint dont I emploi fui donné à Mlle Camoin, par arrêté du 15 novembre 1885.
dette innovation fut couronnée d'un plein succès. Grâce à l'intelligence et au savoir déployés par Mlle Magaud, qui est l'honneur du professorat artistisque français, elle donna des résultats merveilleux et di;jnes de justifier les hautes sanctions de l'administration supérieure des beaux-arts, laquelle, à maintes reprises, exprima sa satisfaction au maire en l'invitant à la porter à la connaissance de Mlle Majjaud dont M l'inspecteur général Jules Comte, disait le 2H août 1885, qu'elle avait réussi, après trois années d'efforts > à faire rivaliser son école de jeunes filles avec celle des {{arçons » et qui, ajouterai-je, eut pour principale élève Mlle Clémentine Fierard, reçue avec le n" I à L'École des beaux-arts de Paris.
En 1882, a lieu l'installation du musée des modèles formé par des fragments de la Frise du Parthénon, le groupe de Lao- COOn, l'Apollon du belvédère, le ;;rand torse de Thésée, le
Gladiateur, le Bacchus à la coupe, etc., par diverses grandes statues antiques et de nombreux modèles d'ornements que les élèves peuvent copier, en dehors des heures de classe, le jeudi
et pendant les vacances. En 1883, MM. Maistre et Pierre Jean sont nommés, au concours, professeurs de dessin. -
Le 4 novembre 1885, M. Chabal-Dussurgey, directeur de l'Ecole nationale d'art décoratif, inspecteur général de l'enseignement du dessin, écrit à Magaud :
Cher Collègue,
J'applaudis à vos efforts, en attendant que le gouvernement s'en soucie, et je me plais à affirmer que j'ai de votre talent et de votre caractère la plus haute estime.
Cordial souvenir à vos professeurs si dévoués.
Chabal-Dussurgey.
Au cours de cette même année, une question de la plus haute importance fut de nouveau agitée. Je veux parler de la transformation en école régionale de l'École des beaux-arts de Marseille, dont Magaud s'était fait, à maintes reprises, l'ardent champion auprès de l'administration des beaux-arts et auprès des diverses municipalités qui se succédèrent à l'hôtel de ville de Marseille.
Le 19 août 1885, il écrivait à M. Comte :
Monsieur l'Inspecteur général,
M. Marchand, adjoint au maire, délégué aux beaux-arts, sort de l'Ecole; il y est venu visiter les travaux des élèves... J'ai encore mis sur le tapis l'idée de transformation de l'Ecole Municipale en établissement régional. Il parait très disposé à faire une nouvelle tentative auprès du Conseil municipal.
A. Magaud.
Malheureusement, en 1887, au moment où les efforts allaient aboutir, le conseil municipal fut dissous, et cette importante question ne reçut jamais de solution : conséquence due, en définitive, à l'instabilité des assemblées locales bien plus qu'au
désir de voir maintenir L'autonomie de la commune, car les prérogatives de La ville n'étaient pas menacées. Le concours de L'Etat étail désormais acquis, jji àce à I influence de Magaud, ci 1 école eut pu conquérir une prépondérance considérable, puisqu'elle se fût élargie de telle manière que le professoral eut été mieux rétribué, le budgel plus importanl et I institution elle-méinc à L'abri des tentatives de désorganisation muaicipale, par suite de L'intervention rigoureuse de L'Etat, s;ms compter Le bénéfice résultant du concours des départements intéressés.
Aussi, c'est dans un accès de découragement bien Légitime (pic Maraud écrit, le 12 avril 1M7, au chef du bureau de L'enseignement des beaux-arts et des musées : « Décidément, il y a de quoi se décourager à poursuivre une chose qui, chaque fois, échoue à L'approche de sa réalisation. » Au fond. L'insistance de Magaud cachait une pensée ambitieuse II voulait, l'impeccable ehel d'école, que 1 ingérence de 1 administration des beaux-aitS lui moins illusoire, alin qu elle pul se rendre compte d'une manière complète des bienfaits de sa gestion. Les paroles pleines d amertume par lesquelles il accueillit le nouvel échec des projets relatifs à L'école sonnèrent le glas de La question qui fui enterrée dans ces fosses poussiéreuses que Ton appelle les cartons administratifs
En 1885, M. Rey est nommé professeur adjoint, chargé de 1 ornement, Sur la proposition de M Kaempfen, la crois de la Léjjion d'honneur csi enfin accordée à Magaud, en janvier 1NN7. Récompense tardive eu égard aux immenses travaux de 1 auteur des peintures décoratives de la Préfeo*
ture, de la Chambre de Commerce et du Cercle religieux!
En 1888, plusieurs professeurs sont nommés à l'école. M. Agabriel inaugure le cours d'histoire de l'art; M. Perrot est nommé professeur d'architecture et M. Fleury de coupe de pierre, etc. A ce moment, l'École des beaux-arts de Marseille, dont le budget se monte à 46,000 francs, est définitivement reconstituée ; elle est désormais assise sur des bases indestructibles et peut jouer un rôle décisif dans les destinées de l'art local.
Elle obtient un diplôme de médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889.
Ses progrès incessants, surtout ceux de la classe de jeunes filles, qui ne se démentirent d'ailleurs jamais, avaient été remarqués dans les sphères officielles. Sur la proposition de M. Bouchet-Doumenq, inspecteur général de l'enseignement du dessin, Mlle Magaud recevait les palmes académiques, distinction honorifique insuffisante si l'on considère que le premier professeur du cours de dessin à l'usage des demoiselles avait eu à l'organiser de toutes pièces et à lui assurer un fonctionnement qui, depuis le début, n'a cessé de faire l'objet de rapports élogieux de la part des inspecteurs venant chaque année visiter l'école.
Magaud s'était rendu à Paris et, après avoir entretenu l'administration des beaux-arts où il ne comptait que des amis (ses rapports avec MM. Guillaume, ïurquet, Kaempfen, Chipiez, Comte, Collin, Chabal-Dussurgey, Bouchet-Doumenq, Crost, etc., en sont un témoignage) des questions intéressant l'enseignement de l'art à Marseille, il lance l'idée
de la formation d'un musée de I histoire de 1 art, et a la satisfaction de poux oir écrire la lettre suivante, le 17 octobre J SSÎ), à M. Crost, cher du bureau des beaux-arts au ministère :
Chf.r monsieur Ckost,
Aussitôt de retour à Marseille, fort des promesses que vous aviez bien voulu me faire, je me suis empressé de voir notre adjoint délégué aux Beaux-Arts <|ui est très disposé en faveur «le DOtre Ecole, et |<' lui ai
fait part des lionnes intentions de l'Administration «1rs Boaux-Arts de Paris pour nous aider a former un Musée d'Histoire de I Art. en réunissant dans certaines mesures, une série de modèles de ton- les styles, afin d exposer aux regards des élèves et graver dans le ur esprit l'empreinte caractéristique des différentes époques de I art, depuis son enfance jusqu'à nos jours.
Cette idée, dont je vous ai parle dans mon dernier voyajje et pour la réalisation de laquelle vous aviez bien voulu me promettre votre appui, a été fortement appréciée par notre adjoint qui, encouragé par la pensée que votre Administration vous secondera dans cette louable entreprise,
m'a promis de faire voter une somme de 2,000 francs par le Conseil municipal...
A . M w. vi n.
La sollicitude de Magaud qui, il faul le reconnaître, lut aide dans sa tâche par les adjoints, témoins de son zèle, avait appelé sur son administration les faveurs gouvernementales. Elles s'étaient produites sous la forme de dons du ministre, soit en ouvrages d'art ou en bourses de voyage de "><'<> lianes à accorder à l'élève le plus méritanl de L'une des trois sel lions (peinture, sculpture cl arebitecture), soit en modèles «le toute nature pour le musée ad hoc, soit, enfin, à titre de gratifications allouées au directeur cl aux professeurs.
De Leur côté, les Mécènes joignirent leurs subsides aux subventions officielles, el c'est ainsi que, parmi eux, il faul citer,
d'une manière toute particulière, M. et Mme Gantini (1), MM. Gemy, Gabelle et Granoux, qui ont donné le signal des encouragements à l'école de Marseille, laquelle a eu l'honneur de former, sous la direction de Magaud, des peintres, des sculpteurs, des architectes et des graveurs dont le nom est justement estimé dans le monde des arts. De ce nombre, il est indispensable de citer : MM. Duffaud, peintre subventionné en 1873; le célèbre sculpteur Turcan, subventionné en 1874, deuxième prix de Rome (1877) ; Henri Lombard, l'auteur du monument élevé à Puget, pensionnaire en 1876, premier grandprix de Rome (1880) ; Faivre, sculpteur, pensionnaire, deuxième grand-prix de Rome; Pinta, peintre, pensionnaire en 1880, premier grand-prix de Rome en 1884; Dourgnon, l'éminent architecte, inspecteur de l'enseignement du dessin et des musées, pensionnaire en 1879; Bref fendille, architecte, pensionnaire en 1883; Barthalot, peintre, pensionnaire en 1882; Signoret, peintre, pensionnaire en 1885; Pignol, sculpteur, pensionnaire en 1886; Dézarrois, graveur, premier grandprix de Rome; Constant Roux, le jeune maître statuaire, premier grand-prix de Rome; Auguste Gaiii, le distingué sculpteur, première médaille au Salon de Paris; Gibert, premier grand-prix de Rome ; les architectes Perrot, Heraud, Senès, etc. ; les peintres de talent Barret, de Barberiis, Bompard, Ghocarne-Moreau , Ghaix, Glaverie, Espinos, Faust, Fronti, Gaussen, Jaubert, L. Magaud, Maislre,
(1) Leurs prix annuels s'élèvent aujourd'hui à 1.300 francs; ils sont fondés ad perpetuam au moyen d'une rente de pareille somme constituée entre les mains et aux soins de l'Académie de Marseille.
Maury, Mein, Mon {je, Noailly, J.-I5. Olive, Pouiol, Reyaaud, Tanoux, Va 1ère Bernard, etc., etc.
Quelques extraits de la correspondance que Maraud eut retint avec ses élèves achèveront de montrer la reconnaissance et l'estime professées par ces derniers envers celui qui savait si bien préparer leur avenir :
Marseille, la 1" avril 1861.
Monsieur,
... C'est vous êtes le maître. Je ne cesserai de vous répéter que je vous dois tout, le peu de réputation <|iie j ai et le travail qu'elle m'a procuré. Jamais je ne pourrai vous dire la reconnaissance ipie | éprouve. Je voudrais pouvoir vous le prouver autrement que par îles paroles.
Marguerite Cn x.miiovi r.
Paris, 26 mai 187V.
Pour ce qui concerne le succès (pie je viens d'obtenir, je ne vous laisserai pas ignorer que c'est en suivant vos boni conseils que je l'ai remporté. Ainsi, je vous dois, en grande partie, mes sensibles progrès,
et je ne doute pas que VOUS me les continuerez. Je les recevrai toujours avec un grand plaisir.
J. TURCAH Paris, 31 décembre 1875.
Tais cher M
Je suis vraiment content de saisir ce premier jour de l'année pour vous remercier de toutes les peines que vous ave/, prises et prenez, encore à mon endroit. Lorsque je pense à cela je me crois vraiment heureux d'avoir un maître comme \ous, prevovant et dévoué a tous égards, prêt à me faire réussir dans cette si noble carrière artistique et
dans bien d'autres choses que je passe sous silence.».
Parie, le 10 août 1881
Mon cher monsieur M igai d, .. Ce bas-relief (la Sainte- Cécile) résume, en quelque sorte, mes pi e-
mières études, lesquelles étaient, je dois le dire, suivies par vous et ces messieurs des Beaux-Arts avec une bienveillante sollicitude dont je vous suis très reconnaissant
Henry Lombard.
Paris, 26 septembre 1888.
Cher monsieur Magaud,
Je vais me hâter de prendre connaissance de tout ce qui m'intéresse, afin de pouvoir, de nouveau, vous écrire au sujet de mon voyage qui est très nécessaire à mon éducation. Ce voyage que je désirais depuis longtemps, je le dois à votre bon vouloir et je vous en remercie mille fois.
D. Audibert.
Paris, 26 mars 1893.
Mon cher monsieur Magaud,
Je viens de recevoir une lettre de M. le Maire dans laquelle il me fait savoir que l'Administration municipale a décidé, en principe, de m'acdorder une indemnité de 500 francs pour ma statue Maudit! et une place dans une des salles de l'Ecole des Beaux-Arts... Mon cher monsieur Magaud, je vous adresse encore tous mes remerciements pour le chaleureux appui que vous avez bien voulu me prêter en cette circonstance.
Constant Boux.
Paris, le 10 novembre 1891.
Monsieur le Directeur,
Selon vos instructions, après avoir visité les principaux musées de Paris pour me rendre compte de l'ensemble des oeuvres que j'y devais étudier et après avoir fixé mon choix, je me suis mis immédiatement en rapport avec M. l'inspecteur Charvet qui a été pour moi plein d'égards et de considération. Il a saisi l'occasion de me témoigner toute l'admiration que lui avait suggéré votre manière de diriger et d'administrer notre Ecole... Je ne vous cacherai pas, monsieur Magaud, que j'ai été très sensible aux marques d'intérêt dont j'ai été l'objet ici, et j'ai pu me rendre compte que le prestige dont jouit notre Ecole dans le haut personnel enseignant en est la conséquence...
A. Gaussen.
Mon cher Directeur, Je ne sais comment vous remercier de tout ce que vous faites pour
moi, car depuis que j ai quitté l'Ecole de Marseille, vous vous êtes sans cesse intéressé à nies études. Sans vous je n'aurais peut-être pas pu participer au concours de la bourse de la Ville si je n'avais pas abandonné celui du prix de Rome, chose qui m'aurait porté un grand préjudice pour l'avenir.
A. Cahli.
Paris: le 21 avril 1896.
Monsieuii et chfii MaItre, J'ai le plaisir de vous apprendre; que je viens d'être admise au Salon
des Champs-Elysées pour la gravure. J ai envoyé un poi trail à I eauforte.
Je n'oublie pas que c'est grâce à vos bons conseils et à ceux de Mlle Marie Majjaud que j'ai pu arriver à ce résultat.
Honorine I un- Tous ceux qui ont travaillé sous ses ordres, les élèves ;iussi bien que les professeurs, oui rendu hommage à sa droiture et à son souci de l'avenir des jeunes };ens donl il avait pu apprécier les mérites et la bonne conduite Gomme le peseurd antan, il sut tenir la balance égale pour toul le monde, ayant horreur des injustices et des demi-mesures. Certes, il lut heureux chaque fois qu'il put saluer un Futur classique dans la personne de l'un de ses ('lèves, niais cette satisfaction, en Somme toute humaine, ne lui jamais exclusive d un sentiment
de condescendance envers ceux qui, par tempérament ou par conviction, sacrifiaient trop a la couleur et à la fantaisie.
Nous avons eu souvent l'occasion de constater son esprit d'équité. Au cours de ses voyages en Italie, il contemple les œuvres des maîtres et, malgré ses préférences naturelles, il n hésite pas à proclamer le lalenl la mi il se manifeste, sans parti pris, sans idées préconçues.
Tout jeune, il apportait dans ses appréciations le même esprit d'indépendance. Ingres est son dieu, et pourtant il ne craint pas de formuler des réserves, montrant ainsi la rectitude et le raffinement de son sens critique. En parcourant son carnet particulier, mes regards sont tombés sur la note suivante, datée du 30 mars 1839 : « Je suis allé chez M. Ingres qui m'a développé sa théorie. Ses modèles sont Raphaël et l'antique. Il me paraît un peu bizarre dans son jugement, car il semble presque n'estimer aucun peintre. Il me dit qu'il ne trouve pas que Scheffer soit un peintre — grave erreur! — et il se place à la tête de tous. »
La même année, il écrit à Aubert : « Chaque peintre veut fonder une école, chacun adopte un système. L'un est pour la couleur, l'autre pour le dessin, un autre recherche les effets, tous ont leurs partisans. Les journaux, comme vous le savez, en parlent, pour la plupart du moins, selon leur bon plaisir, de sorte que l'on ne peut se fier qu'à soi-même. Mais j'ai toujours compris que le dessin est la première condition de ta peinture. »
L'administration supérieure des beaux-arts ne fut pas la seule qui reconnut les efforts raisonnés du chef d'école marseillais. Les diverses municipalités dans la personne de leurs adjoints spéciaux, MM. Morges, Hugueny, Marchand, Bret, Yaulbert, etc., le proclamèrent hautement.
Ce dernier pénétré autant de l'utilité de son rôle d'adjoint que de la valeur administrative de Magaud, s'écrie, unjour, plein d'enthousiasme : « Je suis fier de mon école! » Exclamation curieuse dans la bouche d'un professeur de philoso-
phie, mais qui, malgré son plaisant égotisme, constitue une louange non dissimulée à L'adresse de Maraud doni M Alphonse Moutle, le 1res sympathique élève de Meissonior, csl le paternel successeur
l'hommi
Comme Gérôme, avec qui il ne fut pas sans affinité, il eut pu dire : « Je suis un homme tic devoir. » Mais Majjaud n'était pas de ceux qui parlent, qui s' expliquent par des sentences. Pour le connaître, il faut le voir agir, car c'est en \ain tpic nous attendrions de lui un mot qui put le peindre, surtout sous des couleurs favorables.
Ses lettres à ses parents et à ses amis disent autant son esprit méthodique, ses dispositions sérieuses an travail, (pic son respect et son affection envers eux II lait marcher de front le bien et Le beau. Dans I enfant nous \<»\i>ns germer L'homme. Il y éclate même tout entier, car I âge mûr et La vieillesse le confirment sans restriction
A treize ans, à un âjje OU tout sourit autour de nous, il était déjà aspirant peseur et songeail à gagner sa vie Apres de Longues hésitations, après des alternatives de découragemenl et d'enthousiasme, enfin convaincu des succès qu'on lui lait entrevoir, il se décide à embrasser la carrière artistique, et L'on assiste alors au spectacle d'un jeune homme <|ui se
dépense sans compter, allégeant les charges paternelles par la vente de quelques tableaux dont le produit servira à améliorer son bien-être matériel et, par répercussion, à faciliter ses brillantes études, consacrant ses loisirs aux devoirs du cœur : « Comment voulez-vous que l'on puisse travailler quand on est sans nouvelles de ceux que l'on aime! » écrit-il, un jour, à son père qui a négligé de lui envoyer une lettre impatiemment attendue. Et ces affectueux reproches se manifestent sous d'autres formes, mais avec la même touchante sincérité, à l'adresse du vieux maître Aubert et du bon camarade Barry.
Devenu artiste, jouissant d'une notoriété de bon aloi, il met son pinceau au service du beau, dans son acception la plus haute, et du bien, dans ce qu'il a de plus humain. Il ne se contente pas de créer des œuvres qui sont de véritables enseignements, il accomplit des actes et exerce un sacerdoce dont le caractère n'est pas moins édifiant. L'homme qui écrivait, le 8 mai 1852, à son ami de Léséleuc : » Les sujets qui sont nécessaires à ma vie sont ceux qui parlent à l'âme, » ne se paie pas de mots creux, il joint toujours l'action à la parole, l'exemple à la démonstration.
Un de ses modèles tombe-t-il dans la misère? Aussitôt il lui envoie une toile : Jeune fille au bord d'un ruisseau, qu il accompagne d'une lettre dont la discrétion égale la délicatesse. Pressé par le besoin, l'amateur qui possède sa Famille napolitaine désire vendre ce tableau afin de réaliser une somme qui lui permettra de traverser une crise douloureuse. Instruit de cette situation, Magaud restitue la somme et
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reprend son œuvre qui figure aujourd'hui dans la collection de Mlle Magaud, où elle apparaîl comme un diplôme de bonté. Un de ses confrères est en proie à un mal incurable. La misère et le désespoir sont installés à son foyer, La femme et L'enfant se désolent. Magaud, avec d infinies précautions, soulage celle infortune, et lorsque la mort \ ici i r encore creuser le gouffre, il ne craint pas de quitter Paris et d'exécuter les travaux dont son mal heureux ami avait eu la commande, apportant ensuite à sa veuve une somme de (i<>0 francs après six semaines d'un travail consécutif.
Chef d'école, il est plein de sollicitude eu\ ers eeu\ dont il a assumé la cliarjje de diriger l'éducation artistique, même lorsqu'ils ont cessé d'être sous son contrôle! Il les suit d'un œil paternel sur la roule de la vie, leur épargnant les déboires, leur facilitant le succès chaque fois cju il lui est possible de le faire.
Turean, dont l'infortune sociale; et la détresse physique sont encore présentes dans toutes les mémoires, trouve auprès de lui un appui providentiel. Faut-il le démontrer mu; lois de plus? Laissons la parole à l'auteur de 1* Aveugle et le Paralytique :
Paris, le 30 avril IS72
Cm it monsieur Magaud,
Je m'empresse de répondre à votre aimable lettre par laquelle vous m'apprenez le renouvellement de ma pension qui a été portée à 1,200 francs, ce qui m'a fait éprouver une grande joie. 10 1 quoique j'aie suivi jusqu'à présent les cours de l'école avec beaucoup d'assiduité, i<' vais travailler avec plus de courage encore, afin d'avoir de nouveaux succès et afin que tout ce que VOUS laites pour moi ne soit pas pour rien, car je n'ignore pas que si je viens d'obtenir cette faveur, c'est que vous y avez beaucoup aidé. Je crois même que sans votre intervention,
je n'aurais rien eu du tout. Aussi, je vous remercie infiniment de ce que vous faites pour moi et vous en conserve une inaltérable reconnaissance.
J. TuilCAN.
Paris, le 24 juillet 1873.
Je suis très heureux de pouvoir vous apprendre cpie la ronde-bosse dont vous m'aviez facilité l'entreprise vient d'être couronnée d'un grand succès. J'ai obtenu le prix de 300 francs, c'est-à-dire le premier prix d'atelier. De plus, j'ai à vous annoncer que j'ai remporté une médaille d'après l'antique, ce qui ne m'a pas moins charmé. Ainsi, vous le voyez, cher monsieur Maraud, vous avez été bien inspiré en me procurant les moyens de commencer cette figure, car sans vous, je puis bien le dire, je n'aurais jamais pu en apprendre autant. Je ne saurais trop vous remercier et vous assurer de mon entière reconnaissance.
J. Tuucan.
Sa vie est un exemple. Altiste, il a droit au respect de ses confrères ; chef d'école, à la reconnaissance des nombreux élèves qu'il a formés ; homme, à l'admiration de tous. Applaudi par les uns, méconnu par les autres, il sut, durant sa vie, marcher droit au but, sans s'attarder aux criailleries des envieux ou au silence des indifférents.
Sous une apparence un peu rude, il cachait une âme généreuse. Enfermé dans le silence de l'atelier, il se livrait à son art et à ses recherches, sourd aux bruits du dehors, aux cabales et aux parades tapageuses de la réclame, ennemi du trompe-l'œil, réfractaire à tout ce qui n'était pas basé sur la sincérité. Ses incessantes investigations qui absorbaient son esprit lui avaient enlevé ce vernis, presque toujours superficiel d'ailleurs, de l'homme du monde et le faisaient se renfermer dans une austérité âpre dont les fâcheux eurent, plus d'une fois, à affronter les assauts. Mais lorsque la cause était juste,