Service dans l’Inde
.Magellan ne put résister longtemps au triple attrait que l’Inde exerça sur la plupart de ses contemporains sans distinction; nous disons triple attrait, (ar d’après la lettre où D. Manuel annonçait aux princes de Castille la découverte de ses capitaines (^), les expéditions portugaises avait pour mobiles de combattre les impies et de compiérir des lauriers et des richesses.
(i) Luc. cit., |). 51.
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Ce ne fut pas seulement couvert de gloire que Vasco de Gama revint de ses voyages; après la seconde expédition, il se trouvait en possession d’une fortune de 35 à 40 mille ducats; les capitaines et tous ceux qui retournèrent avec lui avaient également réalisé de gros bénéfices (^).
Deux ou trois flottilles partirent dorénavant tous les ans en destination de l'Asie. En 1503, une année avant l’enrôlement de Magellan, l’armada d’Alphonse et de Francisco d’Albuquerque avait quitté Lisbonne; en 1504, quatre escadres prirent le chemin de Calicut : celle d’Almeida, celle d’Antonio de Saldanha, une autre dirigée contre les Arabes de Larache, sous les ordres de D. Jocâo de 31eneses, et enfin les trois navires de Lopo Soarez d’Alvarenga.
L’armada d’Almeida était la plus puissante de toutes celles que le Portugal avait équipées jusqu’alors : elle ne comprenait pas moinsde vingt bâtiments et transportait 1500 hommes d’armes, 201) bombardiers et 400 marins surnuméraires (“). Trois des navires appartenaient à des compagnies de marchands allemands, aux Fugger, Welser, llochstetter et Hirschvogel, dont les agents nous ont laissé des rapports très intéressants sur la marche des premières entreprises coloniales portugaises (^) ; on sait que déjà lors de la première expédition de Vasco de Gama, le roi avait fait appel aux capitaux des banquiers florentins établis à Lisbonne.
Le 23 mars 1505, premier jour de Pâques ('*), le départ de Lisbonne eut lieu au milieu de grandes festivités. Le 17 décembre précédent, Magellan avait eu soin de faire son testament; il est datédellelem et ne contient (jue des stipulations en faveur d’une de ses sœurs, Tliereza, de son mari et de leur fils Luiz Telles da Silva. A 25 ans donc, Magellan commença sa carrière maritime et militaire, à bord d’un des navires d’Almeida ; il se trouve
P) Makino Sanuto, Üiai'ii. Venezia, 1887, vot. V, p. 843 : lettre de Jo.-Fran. Ati'aitati à Fietro Pasqualigo, Lisbonne, le 17 octobre 1503. — Bol. Soc. Geogr. liai., 1902, p. 129.
(2) Voir les instructions très détaillées de l’expédition, dans Carias de A ff. de Albuquerque, t. II, pp. 272-334.
(3; Sprenger's Indienfahrt, 1505-1506; Ausgabe Fa. Schulze, 1902, Strassburg, in Druckund Uolzsclinitte des 15.-6. Jahrhunderts.
0) Ibid.; le 25 mars d’après Guillemard, loc, cil., p. 32.
cité au nombre des « moradores da Caza del Uey », à côlé de son l'rère Diogo de Sousa et de celui (|ui devint bienlôl son ami le plus dévoué, Francisco Serrâo (’). Mais il n’esl plus fait mention ni de lui, ni de .ses deux compagnons, à propos des mulliples accidents (|ui caraclérisèrenl la brillante expédition. 13’Almeida remplit à la lettre rimporlanle mission dont il avait été chargé; il atterrit d’abord à Quiloa; il s’en empara et alla châtier la ville de Mombaza en la livrant au pillage. Le 13 septembre, l’escadre arriva en vue des Laquedives ; la côte de la terre ferme fut signalée peu de temps après. Après la somnission du roi d’Onor, les navires abordèrent à (iananor (le 22 octobre), dont le roi s’etait lié d’amitié avec deGama; d’Almeida, (|ui avait porté jusqu’alors le titre de gouverneur, le changea dans cette ville contre celui de vice-roi de l’Inde.
De Cananor, la Hotte gagna Cochin, le siège du gouvernement portugais et le centre d’un grand trafic avec l’Indo-Chine ; ici les navires se séparèrent; une partie des é(jnipages fut envoyée à Coulam pour y venger le massacre de la garnison portugaise.
Après le départ pour la patrie de la flottille annuelle, les forces d’Almeida se trouvèrent considérablement réduites; les Arabes, concurrents acharnés des Portugais, en profilèrent pour amener le Zamorim de Calicut à essayer, par un coup d’audace, d’écraser les chrétiens. Le (ils aîné du vice- roi, D. Lourenço, fut toutefois averti du complot par le voyageur italien Varthema; les Portugais dès lors n’eurent pas de peine à déjouer le plan ennemi et à détruire sa flotte à la grande bataille de Cananor (mars 150G). Parmi les gens de marque qui secoururent D. Lourenço, Barros ('^) cite Francisco Serrâo ; il est permis d’en conclure <|ue celui-ci occupait déjà une situation plus ou moins en vue au moment où Magellan en était encore à ses premières armes.
Les troubles s’étant momentanément apaisés dans l’Inde, l’attention d’Almeida fut attirée sur les alïaires d’Afrique. Le vice-roi y envoya, en
(Q A. BitAANCAMp FnEînE, Emmenala da ('.osa da India. Bol. Soc. Geogr. Lisboa, 1907, n® 7, p. 238.
(2) J. DE Barros, Da Asia, dec. Il, lib. 1, cap. V.
ET LA PUEMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
l’année lo06, une escadre sous les ordres de Nuno Vaz Pereira ; c’est au cours de celle campagne (|ue le nom de Magellan, dans les chroniques portugaises, se dégage pour la première fois de la foule des « nomes de alguns principaes »; il s’y trouve cilé parmi les amis de Nufio Vaz et des nobles qui faisaient parlie de sa suite, Luiz Mendez de Vasconcellos et Ânlonio de Sousa (*). L’expédition avait pour mission d’aller reconstruire une forteresse à Sofala, centre essenliel du commerce de l’or après avoir préalablement rétabli l’ordre à Quiloa ; le 8 septembre déjà, Pereira avait fini sa lâche et put remettre le commandement de Quiloa à Vasco Gomez d’Abreu. Accompagné de Magellan et d’autres, il se rendit à Mozambique. 31ais la mousson favorable pour la traversée de l’océan Indien étant passée, il se vit obligé de prolonger pendant plusieurs mois son séjour dans cette région côtière très insalubre; au départ des Portugais, la place se trouvait transformée en un excellent point d’appui pour les o|)éralions militaires et navales : une église, une forteresse et une factorerie y avaient été érigées.
Si l’on admet que Magellan resta attaché à la suite du commandant Pereira, il a dû l’accompagner à Ceylan, peu de temps après la rentrée de la mission à Cochin. De Ceylan, la petite compagnie alla rejoindre la formidable armada, que d’Almeida réunissait en ce moment pour venger la mort de son fils, D. Lourenço, « le fléau des impies », qui avait succombé à Chaul, dans une rencontre avec la flotte du sultan d’Egypte et du gouverneur de Diu. D’Almeida rencontra les forces de l’ennemi, très supérieures en nombre, en face de la ville de Daboul qu’il avait rasée. Cette bataille, livrée les 2 et 3 février 1309, compte à juste litre parmi les plus grands exploits des Portugais aux Indes. A bord des navires arabes, on avait
(0 Idem, Ibid., dec. I, lib. X, cap. VI : « (Magalhàes) que despois se lançon em Castilla com a empresa de Maluco ». - De même dans les Carias de Affonso de Albuquerque, t. II, p. 395, lettre du vice roi, du 27 déc. 1506 : « Fernam de Magalhàes, luiz mendes de Vasconcellos, e pero da fonseca pero andar por capilam de briagantym de quyloa ». --M. Faria y Sousa, Asia portugueza, t. I, pt. 1, cap. X, § 6, p. 9t.
(2) Cartas de Aff. de Albiquerque, lüc. cil., l. I, jj. 417; t. 11, p. 385.
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MAGELI.AN. I.A QUESTION DES MOLUQUES
constaté la présence de iM'ancoup de cliréti(Mis, notanunenl de Vénitiens, les instigateurs, auprès du sultan d’Egypte, de la cam|)agne contre les Portugais. Le Saint-fJspril, Ijâtinient de Nuno Vaz Pereira, avait brigué riionneur d’engager seul la lutte contre le vaisseau-amiral de iMir lloseyn ; il put d’ailleurs s’a|)|)uyer sur les navires de Jorge de Mello (>t de IVdro lîarreto de Magellan qui suivaient de près (^). Pereira |>aya sa bravoure de la vie; Fernand de Magellan fut au nombre des blessés ('^).
Cette éclatante victoire consolida rbégémonie du Portugal dans l’Indoustan; elle fut le commencement (*n môme temps (jue la lin de l’actixité du viceroi qui, de retour à Coehin, le 8 mars io09, y trouva Alphonse d’Albu- (|uerque que I). Manuel avait désigné i)our lui succéder. D’Almeida n’enteudit cependant pas abdiquer tout de suite en faveur du nouveau venu; il ordonna au contraire de mettre d’Albuquerque en lieu sûr. C’était le prélude des rivalités (jui devinrent, dans la suite, si désastreuses pour l’œuvre colonisatrice de rinde portugaise. Il est |)Ossible que Magellan fut au nombre de ceux qui ne cachèrent pas leui' mécontentement de l’acte arbitraire de d’Almeida. A cause de certains différends qu’il avait eus avec lui, le vice-roi avait envoyé un certain Nuno Vaz de Castellobranco à bord du navire de Garcia de Sousa, chargé de rejoindre la flottille de Diogo Lopes de Sequeira; or, Magellan et son ami Francisco Serrao prirent service sur le même bâtiment (^).
Cette flottille de Sequeira, composée de quatre navires de loO tonnes chacun et d’une taforea ou grosse barque, était arrivée à Coehin, le
('•) J. DE Bardos, loc. cil., dec. tl, lib. lit, cap. V.
{•i} CouitEA, Lendas, t. Il, p. 28 : « e foy (Magellan) no feyto dos ruines, e sempre nas armadas, e em Calicut, inuyto ferido ». Quelques lignes plus haut : « hum cavalleiro honrado, que ticou por oulheyro, chamado Fernâo de Magalhaes, que em Calicut fora muyto ferido ».
(3j Dam. de Goes, loc. cil., et J. de Baiiros, loc. cit., dec. II, lib. IV, cap. lit. — D. de Baiuios-Ahana, loc. cit., p. H, prétend que Magellan se trouva au Portugal en 1508 et serait reparti pour ITnde avec l'escadre de Sequeira; la présence du capitaine au combat de Diu, attestée par Correa et Faria,esl trop formelle pour admettre le retour de Magellan :) Lisbonne en )508.
ET LA LHEMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
21 avril, et avait pour mission d’aller à la reconnaissance de Malacca et de s’y renseigner sur la Chine et sur les étrangers établis dans le Céleste Empire (‘). D’après les instructions royales (^), le capitaine devait aller avant toutes autres choses explorer l’ile de Madagascar, dite l’île du Clou de girofle (!), les iles Comores et en outre prendre de riches cargaisons d’or à Sofala et Mozambique. D’après une autre version, le capitaine, n’ayant pas trouvé le métal précieux et les épices que l’on avait cru y recueillir en abondance, s’était décidé à traverser l’océan Indien en destination de Malacca (^). Le 19 août 1509 seulement, les vaisseaux de Sequeira purent appareiller du port de Cochin. Un document du 50 du mois précédent nous apprend que Magellan avait reçu de l’almoxarife ou maitre du marché de Cochin, vingt paras de blé en guise de solde (^).
Le 21 août, les navires longèrent la côte de Ceylan; à partir de ce point, ils entrèrent dans une zone complètement inconnue aux navigateurs portugais. Sequeira possédait sans doute des cartes indigènes de la région qu’il allait reconnaitre et eut probablement à bord des pilotes indiens ou javanais. Il mil le cap directement sur la pointe nord de Sumatra; on atterrit à Pedir, où l’on pensa trouver la célèbre mine d’or que les rapports et les lettres des capitaines portugais semblent placer entre Cananor et Malacca (®). Après avoir conclu un traité de paix avec la ville voisine de Pacem (*^), on longea une grande partie de la côte de Sumatra, jusqu’à l’ile de Polvoreira et les bas-fonds de Capacea ('), et l’on jeta l’ancre en rade de Malacca le 11 sep-
(1) F. G. Danvee<s, Report of the Portuguese Records relating lo lhe East Indies, conlained in the Torre do Tombo. London, 1892, p. 154.
("2) Cartas de Aff. de Albuquergue, t. Il, pp. 403-419.
(3) Comment arios do grande Afonso Dalboquerque ; édition anglaise de la Hakiuyt Soc., t. III, p. 55.
{^) Archives de la Torre do Tombo, Listas do gente de guerra, niaç‘. l“, n® 5. — A. Raiao, loc. cil., 1905, p. 306.
(3) Carias de Aff. de Albuquerqtie, t. III, p. 390. Il y est fait allusion, sans doute, aux régions de Menemcabo et Ciae, riches en or, non loin de t*acem dans Sumatra. — Carias, t. Ht, pp. 92, 217, 358, et t. I, p. 138 : « Menemcabo, onde esta a mina de ouro ».
(C) Cartas de Aff. de Albnqiierque, t. Il, p. 256.
(") Ant. Gai-vào, loc cit., édition de la llakinyt Soc., 1862, p. 107.
MAGKKLAN. LA QUESTION DES \10I.UQUES
lombre 1509. Dès le lendemain de l’arrivée de Vasco de Gama dans l’Inde, les PoiTngais s’élaienl aperçus rjue ce pori conslilnail le marché le plus important de l’Asie entière pour le commerce des épices (^). C’élail le point où se rencontraient depuis longtemps les marchands arabes, ceux de l’Insulinde et de la Chine.
La vue des navires portugais jeta l’épouvanD* dans la cité; les Arabes entrevirent aussitôt les consécjuences de l’arrivée des chrétiens dans l’Indo- Chine. Le troisième jour de l’arrivée de Serpieira (^), le roi consentit à recevoir les envoyés du roi I). iManuel, en vue de la conclusion d un traité de paix et de commerce. Le pacte conclu, Secpieira émit le désir d’embarquer une cargaison d’épices, et de commencer ensuite le voyage de retour pour ne pas manquer la mousson de l’est. Les événements ne devaient pas se passer si simplement.
On a accusé les marchands arabes de l’entourage du roi d’avoir formé un complot à l’effet de s’emparer des quatre navires portugais. Sequeira fut invité à débarquer avec le plus grand nombre de ses hommes, afin d’assister à la remise solennelle d’une quantité considérable de poivre, il expédia le lendemain Francisco Serrâo à terre avec toutes les chaloupes dont il disposait; il ne resta à bord des navires qu’un petit nombre de Portugais. Dès que les indigènes virent que les équipages avaient quitté leurs bâtiments, ils montèrent en foule à bord. Le capitaine Garcia de Sousa, pressentant une trahison, chassa les Malais de son navire et envoya immédiatement Magellan, dans la seule barque qui lui restait, à Sequeira, pour le mettre en garde contre les intentions équivoques des indigènes. Magellan trouva le capitaine en chef à table, entouré de huit Malais qui n attendaient que le signal qui devait partir de la citadelle pour tomber sur les Portugais; le coup fut déjoué par miracle, à entendre les historiens contemporains qui rapportent, avec des versions d ailleurs assez différentes, les incidents de
(Q Voir les instructions que L). Manuel fit parvenir, dès 1606, à D. Francisco d’Almeida, au sujet d’une expédition à iVlalacca, Sumatra, file des Clous de girolle, Ceylan et l’archipel des Douze mille îles, dans CMrtas de Aff. de Albuquenjne, t. lit, pp. 268-ï!76.
(2) Vicomte de Santahem, Quadro elemenlar, t. 11, p. 16.
celle campagne (^). Francisco Serrào el quelques-uns de ses compagnons avaient pu regagner le rivage, mais, sans armes et ne disposant que d’une petite chaloupe, ils auraient finalement succombé sous les coups des Malais, si Magellan et Nuno Vaz de Caslellobranco n’élaient accourus à leur secours; après une lutle acharnée, on réussit à alleindre les navires. Quelques coups des grosses bombardes suffirent à disperser l’essaim de pirogues qui se dirigeaient vers l’escadre. Les pertes portugaises s’élevèrent dans cette échauffourée à soixanle hommes, non compris les marins relenus prisonniers à .Malacca. L’échange de ceux-ci n’ayant pas été proposé par le roi dans les quarante-huit heures, Sequeira donna l’ordre de mettre à la voile.
Malgré cette fin de reconnaissance plutôt désastreuse, les Portugais n’avaient pas moins acquis à Malacca des renseignements précieux sur les mers et la région situées à l’est et au sud du détroit de Singapour, au sujet desquelles on ne possédait que des notions vagues; on avait recueilli notamment les premières données authentiques sur l’archipel des Moluques, le joyau de l’insulinde, et sur certaines îles riches en or, situées au nord-est de Malacca. « De la participation de ces deux personnages, Magellan et Serrao, à l’expédition de Sequeira et à la suivante, dit Barros ('^), résulta grand dommage pour la patrie. » L’amitié, en effet, qui existait déjà entre eux, a dû se consolider singulièrement au cours du voyage, Serrào devant uniquement à la conduite courageuse de Magellan d’avoir échappé à une mort certaine.
D’après Castanheda ( ‘), Magellan se distingua encore pendant le voyage de retour de la flottille dans un combat avec des jonques indigènes. Conformément à une tactique depuis queh|ue temps en vogue dans les mers de l’Inde, les Portugais conlis(|uaienl régulièrement les embarcations arabes qu’ils trouvaient sur leur cbeniin. Le bâtiment de Nuno Godin, envoyé dans
(1) Dam. de Goks, Chronica, parle lit, cap. It. — üsoiiju.s, he liebus Emmanudis, T. LVtl, p. 190, lui emprunte sa version du récit de celte journée. Relation détaillée également dans Castanheda, Conquista da India, l I, liv. Il, cap. CXIV.
(2) f)a Asia, dec. II, lib. IV, cap. III.
(3) Loc. dt., lil). II, c.ip. CXVI.
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une de ces renconlres, sérail peul-êire resté entre les mains de l’ennemi, si Magellan, Castellobranco et quatre marins n’étaient accourus dans la laforea.
Les trois navires de l’escadre (le quatrième avait échoué sur la côte) r(;ntrèrenl à Travancore au mois de janvier 1510 (‘). Sequeira, qui s’élait rangé du côté de d’Almeida dans le dilïérend avec d’AIhuquerque, prit directement le chemin du Portugal; le navire de Texeira et la taforea où se trouvaient Magellan et Serrao, remonlèr(*nt la côte jusqu’à Cochin, où ils ont (lù arriver presque au même moment (|ue d’AIhuquerque, le nouveau vice-roi. Magellan songea également à rentrer dans sa patrie avec la flottille composée de trois navires (|ui devait suivre celle de d’Almelda. Le vaisseau de Gomes Ereire partit avant les deux autres; ceux-ci (Magellan étant à bord de l’un d’eux) coururent pendant la nuit sur les dangereuses « battues »> de Padoue (^), et y restèrent accrochés.
La conduite de Ferdinand dans cette circonstance a été rapportée avec force éloges par tous les historiens sans distinction. Les navires se remplissant rapidement d’eau, on n’eut que le temps de sauver le chargement d’épices et une partie des provisions. Après avoir mis le tout en sûreté dans une petite île voisine, on résolut de gagner (iananor dans les chaloupes, celle ville ne se trouvant (|u’à une centaine de milles de l’endroit du naufrage. On ne tomba cependant pas d’accord sur le nom de ceux qui devaient s’emhar(|uer les premiers; seraient-ce les capitaines et les gens de qualité, ou bien une partie des marins? C’est alors que Magellan se présenta pour rester dans l’ile avec les matelots, après avoir fait jurer à ceux qui partaient de revenir le plus tôt possible avec du secours. Les chaloupes atteignirent Canatior au bout de huit jours; de là, les capitaines envoyèrent immédia-
(Q Gasp. Correa, Lendas da India, vol. Il, p. 28, dit nettement que Magellan fut de retour à Cochin au mois de janvier 151Ü.
(2) « Bassas de Pedro », Padua Bank ou Pedro Keef, complètement sous l’eau aujourd’hui; le banc se déplace et s’est enfoncé en partie depuis les derniers siècles sous le niveau de la mer, phénomène qui se constate d’ailleurs aux îles Laquedives et Maldives en général.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU CLORE
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lemenl une caravelle, sous les ordres li’Anl. Pacheco, pour recueillir Magellan et ses hommes (*).
Parros ajoute un délail qui a sa valeur : d’après lui, Magellan s’était décidé à demeurer dans l’île avec les équipages afin d’assurer le salut d’un de ses amis, personnage peu important (mw de muita conta); les chefs auraient donc eu l’intention d’ahandonner les malheureux marins à leur sort sur un misérable banc de sable ! Guillemard cherche à identifier le Portugais auquel Magellan s’intéressa si vivement avec Francisco Serrao; l’hypothèse ne nous parait guère plausible, l’ami du futur capitaine général, nous l’avons vu, ayant occupé dans l’Inde des postes plus importants que Magellan luimême (-).
Les naufragés furent tous conduits à Cananor; on y débarqua également la précieuse cargaison d’épices dont le sauvetage intéressait les armateurs peut-être autant que celui des marins. D’Albuquerque recueillit avec empressement les équipages (") et les emmena avec lui à Goa, lieu de réunion d’une armada de vingt-trois navires que le vice-roi y avait convoqués après son échec devant la ville d’Ormuz, l’entrepôt du commerce de l’Inde « extra Gangem », comme Malacca l’était pour l’Inde « intra Gangern ».