‹ Magellan; la question des Moluques et la première circumnavigation du globeChapitre 14 sur 37 · II · texte numérisé non relu

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(le la ville (*), des dociimenls autlienlicjiies coiislaleiil sa présences dans le conseil convocpié par le vice-roi an moinenl où il s’apprêla à raHaipier pour la seconde fois.

Le 10 oclohre 1510, d’AII)U(|uer(|ne demanda à Cocliin l’avis de ions l(‘s capilaines royaux sur l’nlilisalion d(>s navires de commerce (jni se trouvaient an port, en vue de la campagne projetée; outre les olïiciers, le viceroi avait admis dans l’assemblée plusieurs marchands et commandants de navires, gens [)lus directement intéressés à l’expédition (^). Dans le long document ipii contient les réponses motivées de seize personnes (^) invitées à faire connaître leur opinion, la profession de chacun est généralement indiquée; le nom de Magellan n’esl accompagné d’aucun titre. Il s’exprime avec peu d’enthousiasme sur la |)roposition d’Alhu(|uenpie ; plus d’un Portugais, Gonçalo de Sequeira entre autres, s’y déclara franchement hostile. Les raisons pour lesquelles Magellan motiva son abstention, étaient des plus plausibles : les vents contraires, disait-il, empêcheraient d’atteindre Goa avant le 8 novembre (^) ; si donc les navires marchands étaient incorporés à la flottille, ils ne sauraient pas rentrer au Portugal en temps opportun, car les commerçants n’auraient plus le loisir de se procurer des marchandises (^).

Ces paroles fournissent la preuve que Magellan connaissait mieux le

(1) Guillemahd, loc. cü., p. 59, ne l’admet pas. Aiuna, loc. cil., est de l’avis opposé.

(2) Carias de Alf. de Albuquerque, t. Il, p. 62.

(3) Ibid., t. Il, p. 6 ff. — Commentaries of Afonso Dalboqnerque, transtateil by VV. L)e Gray Birch (Hakiuyt Society), 1880, t. II, p. 91. — Arch. da Torre do Tomba, Corpo ClironoL, pt. 2a, maç. 23, doc. 190.

('*) Les faits contirmèrent son appréhension, puisque d’Albuquerque ne se trouva à Goa que le 24 novembre.

(5) « Fernam de Magalhâes dise que che parecia que o senhor capitam mor nom dévia de Icvar naos de carga a goa por quanto se lé fosem nom podiam pasar este ano a portugual por estarmos em doze dias de outubro, e que indo sua rota abatida sem toquar em cananor nem em outro nehum porto nom podia pôr a frota defronte do porto de goa menos d oito de novembro por serein agora os tempos contrairos pera lé, e quanto a jente que sua merce diz se lie bem que vé que lhe parecia que a nom dévia de levar porquanto che nom fiquava tempo pera empregarem sens dinheiros nem fazerem nada do que lhe era necesairo pera sua viajem, e isto dise Fernam de Magalhâes ». Carias de A//, de Albuquerque, t. Tl, p. 7.

ET LA PUEMIÈRE ClRCUiMNAVKÎATION DU GI.OBE.

lit

régime des vents locaux et la navigation de l’Inde que les conseillers ordinaires du gouverneur; d’autre part, elles trahissent de sérieux soucis mercantiles. Magellan, ajtrès le naufrage à la Padua Bank, n’aurait-il plus renouvelé son contrat de service militaire et aurait-il dirigé son attention sur les entreprises lucratives? Nous examinerons bientôt quelques documents qui jettent plus de lumière sur celte phase obscure de l’activité du futur capitaine général.

Constatons pour le moment que d’AIhuquerque ne se laissa pas rebuter par les quelques voix qui se prononcèrent au sein du conseil contre l’expédition projetée; il aurait laissé d’ailleurs la liberté à chacun de le suivre ou non et de disposer des navires comme il l’entendait. Nous savons ce que valait cette autorisation (')! Correa rapporte cependant que les navires marchands ne suivirent pas le vice-roi dans son équipée contre Goa et furent utnquement réservés à l’embarquement d’épices. Magellan, qui ne quitta pas les capitaines de ces bâtiments, avait contribué puissamment à leur faire repousser la proposition d’Albuquerque ; peut-être est-ce à celte attitude qu’il faut rattacher l’origine des rapports défavorables que le vice-roi envoya sur son compte à la Cour (-).

D’Albuquerque s’empara de Goa après un assaut remarquable; dans les longues listes de nobles qui s’y distinguèrent et qui nous sont conservées par les chroniqueurs, le nom de Magellan ne se rencontre nulle part ; il n’est pas probable qu’il ait été omis intentionnellement, bien que le fait ne soit pas rare dans les annales portugaises de l’Inde; I). de Goes, en rapportant l’épisode des bancs de Padoue, ne passe-t-il pas sous silence le nom de celui qui s’y distingua le plus?

Huit jours avant la réunion du conseil convoqué par d’Albuquerque pour discuter au sujet de la campagne de Goa, soit le 2 octobre 4 510, Magellan avait fait dresser devant le secrétaire de la factorerie de Cocbin, Lourenço de

P) Voir le cas des navires de Ü, M. de Vasconcellos, p. 114.

(2) Nous n’en avons pas trouvé de traces dans la correspondance d’Albuquerque ; niais le rapport très sévère que le vice-roi dressa sur la conduite de Gonç. de Scqueira est résumé dans les Carias de Ail. de .ilbaiiuerqae, l. I, p. 112.

MAdKU.AiN. LA Ol^KSTION DKS MOIAIQULS

l*aivîi, el (levanl plusieurs lémoius, uu coniral avec Pculro Ai»nes Abraldez, commeiçant porlugais qui l'ré(|ueiilail la même place. D’après celle pièce, où il s’iiililule « persoime (pii Iraila à Cocliin avec les marchands », .Magellan devait loucher la moitié du liénélice rëali.sé, soit iO °/o par an (^), comiiK* rémunération de l’argent engagé dans les (‘iiireprises commerciales. Mais cet intérêt fut bien plus élevé, car pour une somme de 100 cruzades el 10 portugais (-) remise à Ahraldez, il devait recevoir au Portugal non seulement 200 cruzades ou une somme équivalente à 20 quintaux de poivre, à embarquer sur le navire San/a Crtiz, capitaine Jorge Llopez, mais aussi 40 cruzades de marchaiulis(*s à prendre dans un autre bâtiment; il est dit en outre que l’auteur du document, c’est-à-dire .Magellan, rentra au Portugal à bord du navire précité.

A Lisbonne, il intenta un procès à Ahraldez pour non-ac(!omplissemenl des clauses contenuc'S dans le contrat; les témoignages déposés à celle occasion ne laissent aucun doute (pi’on a réellement alîaire au grand capitaine (^). D’après la pièce que nous venons d’analyser, il convient d’envisager l’activité de Magellan dans l’Inde sous un jour nouveau; à côté du soldat el du navigateur, il faudra tenir (;ompte de l’homme d’alîaires, du commerçant. Lu cette dernière qualité, il a dû être mêlé aux opérations journalières du grand marché de (^ocbin, centre important où il résida presque continuellement et qui était di'venu, depuis Francisco d’Almeida, le siège du gouvernement portugais (15ü5) el le point de départ des expéditions en destination de Malacca, Camliaie el .Madagascar (^).

Lors de son passage au service de l’Espagne, .Magellan était en possession de véritables secrets commerciaux, non seulement relatifs aux pays d’origine

(1) A. Baiào, loc. cil., p. 307 : e que bem asy elle aulor lie omeni que traula con seu (linheiro nesta ciclade tomando parceria con mereadores dando llies dinheiro a licito ganlio e elles Iraulan con elle e lhe acodem coinunmente con a niealade do ganho a elle autor en que llie dam dez por cento cadano e que lanto se acustunia ganhar. {Corpo chronol., parle 2, maço 05, doc. 19; Arch. de Torre do Tombo.)

(2) Un portugais valait dix cruzados ou quatre mille rcis. Bai.\o, Ibid.

(3) Voir l’issue du procès aux chapitres V et VI.

('<•) Carias de Alf. de AlbiKiucrque, t. I, p. 435. — Comuî.v, loe. vil., l. Il, p. 28.

ET LA PREVIIÈHE CIKOJMNAVK.ATION DU GLOHE. H5

des plus précieux arlicles de irafic (entre autres des Moluques), mais concernant aussi la valeur des arlicles d’échange et des produits de l’Inde en général. Ceux-ci arrivaient en Europe au quintuple des prix cotés à Cochin ; ce fut pour ce motif, d’ordre essentiellement économique, que le Portugal redouta tant la réalisation du projet que Magellan soumit au roi de Castille.

L’époque des grandes découvertes n’a pas connu d’expéditions désintéressées, inspirées purement, comme de nos jours, par l’intérêt de la science; le trait caractéristique de l’expansion mondiale rapide et formidable des Portugais en Orient fut la préoccupation mercantile. Dans leur histoire coloniale, on voit des négociants, des gradués d’université, des gens de tout métier devenir spontanément navigateurs et explorateurs, en même temps que chefs d’expéditions militaires. Améric Vespuce avait été agent de la maison commerciale des Berardi et resta marchand tout en exerçant les fonctions de piloto-mayor de la Casa de Séville. Dans l’Inde, le type du navigateur-agent commercial est plus commun encore; les Perestrello, les da Empoli, les Sernigi furent les premiers à pénétrer en Chine, avant les expéditions olïicielles portugaises; Varthema et Barhosa, aussi fortement intéressés aux prix des arlicles commerçahles que les précédents, fournirent des descriptions d Insulinde avant que d’Abreu et Francisco Serrao eussent franchi le détroit de Malacca.

Magellan avait sans doute fait connaissance, aux Indes, de plusieurs de ces représentants de puissantes firmes portugaises et italiennes. Da Empoli se trouva avec lui à la prise de Malacca ; l’hahile Italien, de 1511 à 1515, avait louché plusieurs fois à Cochin ; il y vint notamment avec trois navires et prit un chargement d’épices pour le compte de la maison Cualterotti, de Bruges, \arthema avait pris part à la bataille de Cananor (mars 1506), où Magellan s était également distingué, très probablement en compagnie de I r. Serrao. De Duarle Barbosa, on possède des lettres se rapportant à (iOcbin et à Cananor, datées des anné(*s 1515-1514- ('), épo(|ue à lacjuelle Magellan avait quitté l’Inde. Bien d’impossible cependant qu’il ail eu des relations avec son futur beau -frère à Cochin avant cette date. La confusion

M) SotsA V^TKitiio, Trabalhos nauticos, t. I, p. Vi.

MAGELLAN. LA QUESTION DES MOI.UQUES

entre trois personn;ii>es du nom de I). Borhosa nous empêche malheureusement d’identilier le parent de Aiaiicllan avec le fadeur ou écrivain de la factorerie de Cananorque nous connaissons par les lettres de lol8-I514 et qui se vantait de très bien connaiire la langue et les mœurs du pays (^). La même ditïiculté existe pour Pidentification de l’auteur du Sommario (").

La campagne de Goa étant menée à bonne fin, d’AIhuquerque voulut enfin réaliser l’idée qui germait dans son cerveau depuis son arrivée dans l’Inde, c’est-à-dire l’anéantissement du trafic des Arabes dans la mer Boug(*. Quoique les principaux ports de l’Inde leur fussent fermés, ces rivaux et ennemis détestés de la puissance portugaise trouvaient moyen défaire passer à üjedda et au Caire des (juantités considérables d’épices, déjouant ainsi les calculs de D. Manuel pour assurer à Lisbonne le monopole du commerce des produits d’Orienl. Une nombreuse armada sortit, vers la fin du mois de mars 1511, du port de Goa, avec mission d’aller établir une forteresse à Aden et aux îles Camara, situées dans la mer Rouge. Mais à partir des récifs de Padoue, les vents furent constamment contraires ; d’Albuquerque changea alors la destination de l’expédition, décida d’aller à la conquête de xMalacca et d’infliger un châtiment retentissant au roi indigène pour sa trahison envers Lopes de Sequeira.

Depuis plusieurs mois déjà, était arrivée de Lisbonne une flottille de quatre navires, sous les ordres de Diego Mendès de Vasconcellos, équipés par des marchands florentins, avec l’intentiot) de fonder une factorerie à Malacca. D’Albuquerque, sous prétexte que la faible escadre courait à un désastre certain, l’avait forcée à se joindre à l’armada qu’il mena contre Goa, malgré les protestations de Vasconcellos et des autres capitaines, dont plusieurs furent même jetés en prison. Giov. da Empoli, qui se trouvait à bord d’un des navires, blâma sévèrement rabsolutisme du vice-roi à cette occasion

("ij SousA ViïEitBO, Tl'aballios nauticos, t. I, p. 46.

('^) Voir l7it7'oduction bibliographique.

(3) J. Gkàbekg da IIemsô, Littera di Giovanni da Etnpoli a Leonardo suo pad7'e mtorno al viaygio da lui fallu a Malacca e frammenli di all7-e leltere del 7nedesimo. Archive Storico ttaliano, Firenze, 1846, t. tit, appendice, p. 40.

Voici maintenant que d’Albuquerque prit sur lui d’accomplir la mission de Vasconcellos et de venger Sequeira. L’armada, comprenant dix-neuf navires, toucha comme la flottille de Lopes à Pedir, dans l’île de Sumatra, et l’on y renouvela les traités conclus précédemment avec le prince indigène. L’accueil réservé aux Portugais à Pasei ou Pacem ne fut pas plus cordial qu’à Pedir, les insulaires étant très irrités de ce que d’Alhuquerque avait mis la main sur plusieurs navires venant d’autres ports de Sumatra (^). Enfin, le juillet 1514 (^), l’armada vint en vue de Malacca. Après des combats acharnés et un siège qui ne dura pas moins de six semaines, d’Albuquerque se rendit maître de la ville. Le butin qu’on y saisit fut immense ; au point de vue colonial portugais, les résultats qu’entraîna la possession de ce point stratégique furent de très haute importance. Plus efficacement que la fermeture de la mer Rouge et qu’une série de forteresses, la chute de iMalacca rendait possible la monopolisation du commerce des drogues, de l’or et de tous les produits précieux de l’Extréme-Orient. Magellan avait pris part au siège et au sac de la ville ; les historiens portugais, en dehors d’une simple mention chez de Barros, ne citent pas son nom parmi ceux des « valentes cavalleiros » ; il n’y assista peut-être qu’en surnuméraire ou en homme d’affaires, n’étant plus astreint au service sous les armes ; l’Espagnol Herrera seul rapporte qu’il s’y conduisit en très bon soldat (^).

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