Troisième et quatrième voyages d’Améric Vespuce
Jusqu’au quatrième voyage de Colomb, et en dehors des tentatives faites dans le Nord par des navigateurs étrangers à la Castille, il n’avait été (|uestion que de la recherche d’un passage dans l’Amérique centrale. Mais dès qu’on eut connaissance de la longue ligne de côtes ininterrompue, s’étalant au sud de Cuba et appartenant ('n partie au Portugal, le problème devint plus pressant pour l’Espagne. Convaincus de l’existence du détroit, les cartographes le placèrent bientôt dans l’Amérique méridionale; les plus récentes constatations d’une flexion de la côte vers le sud-ouest suggérèrent ensuite la forme triangulaire du continent sud-américain, par analogie à l’Afrique et aux grandes presqu’îles sud-asiatiques. Les Portugais se flattèrent d’avance de |)Osséder le détroit dans leur domaine; ils songèrent même un moment à interdire aux Espagnols l'accès de toute l’Amérique du Sud, la proclamant leur propriété à partir du flio Maranhao, vers l’est et le sud.
Améric Vespuce, sous la conduite d’André Gonçalez, de Christ. Jaques, de Nuno Manuel ('’) ou de Gonz. Coelho, — les quatre noms ont trouvé des partisans, — partit de Lisbonne le iO ou \ k mai 1501 et arriva le 7 août en
(0 Luigi Hugues, Amerigo Vespucci. Raccolta Commiss. Colombiana, parte V, n® 2. (“2) P.-L. Kambaldi, Amerigo Vespucci. Firenze, 1898.
(3) L. Hugues, Cronotogia delle scoperte e delle explor. geogr. Milano, 1903, p 9.
vue de la côle brésilienne. Il reconnul les échancrures de la côle, depuis le cap San Roque, el poussa son explorafion jusqu’au 32® lalilude sud, latilude que Vespuce fixa lui-même et qu’il atteignit le lo février \ 502 (’). Les différents points du pays reçurent les noms (|ue l’on trouve sur les mappemondes de Caiilino, Canerio, sur les portulans II el III de l’atlas de Kunstrnann el sur la carte de Hamy. Ensuite, et sans qu’on apprenne pour quel motif ou par quel efi’el, l’escadre prit la haute mer dans la direction du sud-est; au bout de quarante-six jours, les pilotes signalèrent la latitude extraordinaire de 52® sud; le 3 avril, une violente tempête chassa les navires en face d’une terre âpre el inculte qu’on longea sur plus de vingt lieues el que d’aucuns identifièrent avec les falaises de la Patagoni(‘, d’autres avec les iles de la Géorgie méridionale (^).
On s’est demandé pourquoi Vespuce n’a jamais donné de détails sur celte remarquable navigation. A-t-il voulu garder le secret sur l’étendue de ces mers ou sur quelque passage douteux comme le Rio de la Plata, par exemple (®), où il aurait pu retourner à la tête d’une nouvelle expédition et se rendre par là sans obstacle à l’Inde? C’est possible, car le désir d’atteindre les Moluques et la Chine avait été singulièrement excité chez le marchand-navigateur florentin, lorsque, au début du voyage, il avait reçu au Cap-Vert, d’un certain Guasparre, les premiers renseignements positifs sur
(•*) « Terra Sanclae Crucis decrescit usque ad latitudinem 37° austr. », dit Marcus Beneventanus dans son commentaire de la carte de Joh. Hiiyscii, édition de Ptolémée, 1507-lo08, Borne. Sur tes mappemondes de Canlino et de Canerio, ta côte est prolongée jusqu’à 35° latitude sud.
(^) Alex, de Humboldt, Examen critique, t. III, voit dans les terres sauvages de Vespuce la côte inhospitalière de la Patagonie. De môme Paul Gboussac, Les lies Malouines. Nouvel exposé dun vieux litige. Anales de la Biblioteca Nacional de Buenos-Aires, 1910, p. 6S. — Navarbete, Colecciôn, t. lit, p. 280, note 2, croit y reconnaître le groupe de Tristan de Acunha ou l’îlot de Diego Alvarez. — En faveur de la Géorgie méridionale s’élait déjà prononcé Varnhauen, Amerigo Vespucci. Lima, 1865, p. in, et Nouvelles Recherches. Vienne, 1869, p. 8.
(3) La découverte du Rio de la Plata et sa prise de possession pour la couronne de Portugal est attribuée à Vespuce, dans un mémoire anonyme, publié par J. Tor. de Médina, .luan Diaz de Solis, Estudio historico. Santiago de Chile, 1897, p. 191 : « hune (argenteum fluvium) primus Anicricus Vespucius intravit anno 1501, invenitque in eo Insulas gemmiferas et innumerabiles argenli fodinas ».
MAGIXLAN. LA QUESTION DES MOLUQUES
les pays aux épices (^). De retour à Lisbonne, il soumit au roi le projet grandiose d’alteiiulre les Molu(pies par le chemin du sud-ouest, et lit remarquer que l’entreprise serait singulièrement favorisée par les vents de l’est, soufflant d’Afrique, qu’il avait eu l’occasion d’observer (-). A Vespuce revient donc incontestablement l’honneur d’avoir le premier attiré l’attention sur le passage vers l’Asie par le sud-ouest, vingt ans avant le voyage de Magellan, et d’avoir répandu dans toute l’Europe les premières notions sur l’existence d’un vaste continent, s’étendant jusqu’au delà de 50" latitude sud. Sa b‘ttie à de Médicis, traduite d’abord en latin par Era Giov. Giocondo, eut un grand nombre d’éditions latines (>t allemandes; elle constitua la source essentielle pour la configuration de l’Amérique méridionale jusque vers 50" latitude sud, où plusieurs cartes, à partir de 1507 ("), portèrent une route ouverte aux Moluques.
A la Cour, le plan de Vespuce fut favorablement accueilli. Par une heureuse coïncidence, son opinion relative à la situation des Moluques par rapport à l’Amérique méridionale fut sérieusement corroborée par les informations du navigateur Joào de Nova, dont la flottille apporta dans la capitale portugaise une riche cargaison d’épices peu après le retour à Lisbonne, le 1 I novembre 1502, des navires de Vespuce.
En Espagne, on était au courant des efforts faits par les Portugais pour trouver le détroit, non seulement au sud du cap Saint-Augustin, mais dans la région de Darien, découverte par Bastidas (^) : en août 1503, la « Casa de la Contratacion » de Séville avait envoyé .luan de la Cosa en mission secrète à Lisbonne, pour s’y iiiformer des deux expéditions qui allaient
(1) Lettre d’Am. Vespuce à Lorenzo di Pier Franc'^® de’Medici, du 4 juin 1501. L. Hcgües, Amerigo Vespucci, p. 127. — Baldelli Boni, Il Milione di Marco Polo. Firenze, 1887, t. I,p. lv.
(2) Lettre du 4 septembre lô03.
(3) A commencer par les cartes et calottes sphériques de Waldseemuller, de l’année 1507; de Joh. Stobnicza, 1512; Henricus Glareanus, 1510. Le globe de Lenox, 1512, traduit le mieux les vagues données de la relation du troisième voyage de Vespuce : à partir du cap Sainte-Marie, la côte s’infléchit brusquement vers l’est, dans la direction de la Géorgie méridionale, en rattachant ces terres à la masse continentale sud-américaine.
(4) Bamon de la Sacha, Hisloire physique de Cuba. Paris, 1837, vol. Il, p. 448, sous la date du 13 juillet 1503.
partir pour le Brésil. Le pilole rapporta même deux cartes des nouvelles régions (*).
Vespuce n’obtint pas toutefois le commandement de l’escadre que le roi de Portugal ordonna d’équiper immédiatement; il remplit à l)ord les fonctions de capitaine, de pilote ou de cosmographe d’un des six navires. En réalité, il fut le guide de l’expédition, qui se trouva placée sous les ordres de Coelho. Le plan de l’entreprise fut en plusieurs points identique à celui du grand voyage de Magellan. Certains critiques, Peschel par exemple (‘^), n’admettent pas que Coelho ait eu pour mission d’aller aux Moluques par le sud-ouest; « arrivé à la hauteur du Cap-Vert, remarque-t-il, il fit voile vers Sierra- Leone, ce qui semble indiquer qu’il voulait doubler l'Afrique australe; les vents contraires seuls obligèrent l’escadre de prendre la roule du sud-ouest; enfin, la voie des Moluques par l’Amérique méridionale appartenait à la Castille en vertu de la capitulation de Tordesillas ». Quant à la dernière objection, il suffit de faire remarquer que, depuis 1501, l’Espagne n’avait plus le droit de proclamer le continent sud-américain sa propriété exclusive : à partir du cap Saint-Augustin, il cessait d’appartenir à la Castille. Vespuce, en outre, dans sa Relazione à Soderini, exprime en termes non douteux que son intention était d’atteindre Malacca par la voie de l’ouest, et il critique vivement le commandant de l’expédition d’avoir dévié, sans motif, de l'itinéraire prescrit, pour aller reconnaître la côte de Sierra-Leone ('").
l/enlreprise qui devait être, selon le Florentin, le couronnement de sa carrière, échoua complètement; les découvertes nouvelles se limitèrent à file de Fernando de Noronha, entrevue le 10 août 1503, et à une reconnaissance de la côte brésilienne, entre la baie de Tous-les-Saints et 18° lati-
(^) M. DE LA PuENTE Y Olea, Los trabüjos geogrâficos de la Casa de Contratacién. Sevilla, 1900, p. 21.
(2) Oscar Peschel, Ceschichle des Zeitallers der Entdeckungen. Siuilgart, 1858, p. 269.
(3) a Con proposilo cli andare a scoprire una isola verso oriente, cive se dice Melacha. » L’erreur de « oriente » pour « occidente » se retrouve encore dans l’t^dition des Quattuor Navigationes; mais elle a été évitée dans la plupart des versions latines de la lettre à Soderini, entre autres dans la RaccoUa Vicentina, 1507, et dans celle de Jobst Buchaher, 1508. — Raccolta Commiss. Colombiana, parte III, n° 2, p, 167.
tilde sud. Vespiice allrihua la perte des quatre navires (^) et l’cchec de toute la mission à la « folie et à l’arrogance » du capitaine en chef.
Après le quatrième voyage de Vespuce, on n’entend plus parler d’expéditions ollicielles portugaises à la recherche du passage sud-ouest. Keconnut-on que cette tâche incombait à l’Espagne? Élail-on convaincu de la nonexistence du détroit à des latitudes moins élevées que celle du cap de Bonne-Espérance? Quoi qu’il en soit, le Brésil, l’énorme possession portugaise dans l’Amérique méridionale, ne servit que de station de ravitaillement pour les llottilles de l’Inde; celles-ci touchèrent régulièrement à Porto-Seguro (Bahia) ou à Santa-Cruz, pour y prendre soit de l’eau et des fruits, soit du bois de teinture et des esclaves; le droit d’y trafiquer fut affermé à des marchands. Le peu de surveillance des côtes et l’appât de gros bénéfices commerciaux y appelèrent bientôt des navires d’autres nationalités, en premier lieu d’armateurs français. Au mois de janvier 1504, le Normand Binol Paidmier de Gonneville sendilait avoir atterri entre 26° et 30° latitude sud (^). Les marchands français continuèrent d’ailleurs, malgré l’opposition des Portugais, à visiter les pays sud-américains jusqu’au Rio de la Plata, comme il résulte de la plaquette allemande : Die Copia der iieiven Zei/lung ans Prcsillg Land, de 1514.
Aucune carte ni pièce authentique quelconque ne nous renseigne sur ces explorations clandestines, dont le but était exclusivement commercial, il est vrai, mais qui ne négligèrent pas, selon toutes probabilités, de s’enquérir auprès des indigènes d»; l’existence d’un passage vers le Pacifique.
En dehors des témoignages qui semblent attribuer la découverte du fleuve argentin à Améric Vespuce, pn possède des indications peu précises malheureusement sur une reconnaissance des parages du cap Sainte-Marie par
(1) Les navires rentrèrent cependant à Lisbonne. Us auraient étendu leurs explorations jusqu’à l’embouchure du Rio de la Plata, d’après Varnbagen. J. Kiske, Discovery of America. New-York, 1892, vol. Il, p. 171.
{‘^) Le capitaine Ouveu Pasfiei.ü, ayant soumis les trois récits du voyage de Gonneville à un nouvel examen, arrive à la conclusion que le Normand, au lieu de débarquer au ttrésil, atterrit à Madagascar, île qu’il aurait découverte deux ans avant les Portugais. The Land of Varrols. Scottish Geogr. Magazine. Edinburgh, 1900, t. XVI, pp. 68 et 583.
un pilote du nom de Jean de Lisbonne, dès 1506 (^). Ce personnage (il y a eu plusieurs homonymes) commanda sans doute un des navires portugais qui étaient chargés de la garde de la côte, ou une des flottilles d’armateurs qui avaient obtenu la licence de trafitpier au Brésil. On est très peu renseigné sur ce navigateur, le plus instruit des grands marins portugais du commencement du XVI'"° siècle Ç^). L’authenticité de ses expéditions ne peut être mise en doute; les avis dilTèrent seulement quant à l’époque où il aurait découvert le cap Sainte-Marie. On a proposé 1514 comme date extrême (^), mais son Livra de Marinharia a été fait en celte année et il contient au surplus le routier du Brésil jusqu’au Rio de la Plata. Jean de Lisbonne paraît avoir fourni à Magellan des renseignements concernant le cap Sainte-Marie, où il résida, en compagnie du pilote Gallego de Carvalho (Vasco), qui prit part à la première circumnavigation du monde.
A la mort de la reine Isabelle de Castille (1504), son époux D. Fernand, décidé à reprendre son œuvre décolonisation et en premier lieu la recherche d’un passage vers l’Inde, encouragea énergiquement les expéditions de découvertes aux Antilles et au Nouveau Monde. S’il alla jusqu’à acheter des navires de ses propres revenus, rapporte Herrera (‘), ce fut grâce à l’obstination que mil le roi de Portugal à envoyer cotip sur coup des « découvreurs du détroit ». Le dernier de tous, Vespuce, pénétra à plus de 20° à l’ouest du méridien de San Roque. Comme il s’était engagé dans le domaine réservé à l’Espagne, elle crut qu’elle tenait la solution définitive du problème du passage par le sud-oue.st, et fit, en grande partie pour ce motif, semble-t-il, des instances pressantes auprès de Vespuce pour le décider à se mettre à la disposition de la Casa de Séville. Il acquiesça et dut quitter assez brusquement le Portugal, car avant le 4 septembre 1504, il avait pris du service à la Casa de Contralacion, où il fut chargé plus lard, sur la recommandation de
(0 Alexandre de Gdzmâo, d’après H. Barrisse, Discovery of N orth- America, p. 721.
(2) J.-I. de Brito Bebello, Joào de Lisboa. Livi'o de Marinharia. Tratado da agulha de marear. Lisboa, 1903, p. xli.
(3) Centenario do descobrimiento da America. iMem. da commiss. portug. Lisboa, 1892, p. 14. — CoRREA, Lendas da India, sous la même année.
0) Loc. cil., dec. I, lib. VI, cap. XVI.
(ri
Colomb lui-même, de fondions qui en firent en quelque sorte le successeur de l’amiral (').
Au commencement de I5()b, Vespuce était établi à Séville, centre des relations de l’Espagne avec le^ Nouveau Monde; ses habitants jouissaient du privilège exclusif de trafiquer avec les Antilles, malgré les efforts du roi pour accorder la môme licence à tous les habitants de son royaume, ou du moins à ceux de ses sujets qui avaient résidé (juinze à vingt ans à Séville, Cadiz ou Xérès.
Le prince fil savoir, le 13 mars J 503, aux Oficiales de la Casa, qu’il donnait l’autorisation d’aller à la dcîcouveiTe de certaines régions qui seraient indiquées par Amerigo et Vinc. Yanez Pinzon celte expédition, est-il dit ailleurs, qui avait été décidée aux Juntas de Toro, avait pour but d’alleintre les possessions portugaises de l’Inde (^). Les deux pilotes eurent plusieurs entretiens avec Matienzo et PInelo, les facteurs principaux de la Casa. Ce qui prouve l’importance qu’on attacha à l’expédition projetée, c’est que Pinzon reçut la visite de Pedro de Miranda, envoyé par le roi pour s’entretenir avec lui de l’équipement de la flottille (*). Contre toute attente, les navires ne purent pas partir; rien ne nous permet en effet d’identifier l’entreprise de Vinc. Pinzon (que devait accompagner de la Cosa), avec le voyage de certains armateurs et de Juan de la Cosa, qui était déjà de retour à Séville au printemps de 150() D’après le contenu de la cédule du 23 août 1506, promulguée par Philippe de Bourgogne au nom de sa femme, la reine Jeanne (*"), et d’après le texte d’une autre cédule, du 15 septembre suivant (’), le plan de la campagne de 1505 semble avoir été repris à l’automne de l’année suivante.
(0 Voir plus loin.
(2) Documentos ineditos de India. Madrid, t. XXXI, p. 283.
(3) Navarrete, Coleccién, t. III, p. 294.
H. Barrisse, Discovery of North America, p. 730.
(5) M, DE LA PüENTË Y OlEA, loc. Cit., p. 27.
(6) Idem, Ibid., p. 32 : « ya sabeis como estaba mandado hacer una Armada para descubrir la Especieria é estaban mandado hacer en Viscaya los navios... que son partidos para esa cibdad ».
("') Navarrete, Colecnôn, t. II, p. 317.
Celte expédition, confiée à Vespuce et à Pinzon, est la première de la série d’entreprises qui avorlérent grâce aux proteslalions des agents diplomatiques portugais. Le roi Philippe, qui en patronna l’exécution, avait déjà commandé en Biscaye réquipement de trois navires, avec ordre de les conduire ensuite à Séville, où les capitaines devaient s’embarquer; mais le roi de Portugal s’opposa avec une telle véhémence à celle soi-disant intrusion dans son domaine, et ses ambassadeurs agirent si bien, que les préparatifs trainérent en longueur et que l'escadre recul des contre-ordres qui en ajournèrent indéfiniment le départ (1507).
Rentré de sa campagne d’Italie au mois de juillet 1507, Philippe le Beau se mit immédiatement en rapport avec la Casa de Conlralacion de Séville, et on ne peut méconnaitre qu(‘ toute une série de mesures vigoureuses, se rapportant à la conquête définitive de la roule de l’Inde par l’ouest, sont dues à son initiative.
Le 7 novembre, le roi invita Améric Vespuce et .luan de la Cosa à venir le rejoindre à Burgos, où se trouvaient déjà Vinc. Yanez Pinzon, J. Diaz de Solis, très au courant de la navigation dans les mers indiennes et américaines C), et attaché depuis peu au service de la Casa, et enfin le futur président du Conseil des Indes, l’évêque Juan Fonseca. C’est au cours des conférences dites de la Junla de Burgos qui eurent lieu dans ce temps, et dont les délibérations furent tenues secrètes, qu’on discuta plus systématiquement que jamais les « cosas del descohrir», c’est-à-dire les affaires relatives aux découvertes. Bien qu’aucune pièce formelle ne nous renseigne sur les travaux de la Junla, il est certain (|ue plusieurs résolutions importantes y ont été prises. On décida notamment :
1" La création du poste de Pilolo-mayor ou pilote en chef de la Casa de Séville, chargé de la préparation de pilotes capables et de la construction de meilleures cartes hydrographiques; par cédule royale du i22 mars 1508 ('^), Améric Vespuce fut appelé à ces fondions;
(0 J.-D. de Solis se serait trouvé à bord d’un des deux navires de l’expédition de Vespuce, en 1504, qui avaient poussé jusqu’au Rio de la Plata. Vabnhagkn, cité par J. Fiskz, Discovery of America, t. Il, p. 171.
(2) Hekkera, loc. cil., dec. I, lib. VII, cap. I.
(}4 MA(,ELLAN. LA QUESTION DES MOLÜQUES
T L’onvoi d’une expédilion de découveiies à la côle américaine, au nord de Veragua; dans les instructions, il élait stipulé (|u’on devait trouver « un canal ou une mer ouverte (jui mènerait à des mers plus occidentales (^) ;
Juan de Soli> et Pinzon furent investis du commandement des navires par lettre royale du 2î3 mai 15U8; une des raisons, |)arait-il, pour lesquelles cette mission ne fut pas conliée à Vespuce, aurait été le désir de diminuer le plus possible la participation des étrangers aux expéditions nationales;
3“ L’armement de deux autres explorations qui furent dirigées simultanément sur Veragua et sur Darien, avec la mission de fonder des colonies en ces endroits; l’une fut placée sous les ordres de Diego de NIcuesa, l’autre sous ceux d’Alonso de llojeda et de Juan de la Losa ; cest par ces derniers que fut fondé le port de la Antigua de Darien, la première \ ïWe de l’Amérique centrale et le siège d’une succursale de la Casa de la Contratacion de Séville; de ce point devait partir un jour l’expédition à la découverte du Pacifique.
Améric surveilla l’équipement de l’escadre qui fut envoyée sous J. Diaz de Soliset Pinzon aux mers de l’Inde portugaise (^). Notons parmi les stipulations qui réglèrent la marche de l’expédition, celles qui seront copiées presque littéralement plus tard dans les ordres que le roi Charles fera parvenir à Alagellan : Pinzon est nommé « veedor *> ou inspecteur général de la mission, mais il doit obéissance a de Solis pour tout ce qui concerne la navigation et l’itinéraire; si de nouvelles terres sont décou^ertes, le haut commandement en reviendra à Pinzon; chaque ordre donné par de Solis sera transmis en présence du veedor; défense est faite de débarquer dans le domaine portugais ou de franchir la ligne de démarcation, si ce n est en cas de nécessité dûment constatée dans un rapport protocolaire; au retour, les navires ne pourront toucher à un port que dans I ile dEspanola; s ils sont obligés d’entrer dans un autre port, on ne parlera à personne du but du voyage ni des produits des nouvelles terres (‘^).
P) M. DE LA PUENTE Y OlEA, lOC. CÜ., p. 62.
(2) Lettre de Franc. Corner, ambassadeur vénitien, datée de Burgos le 16 juillet 1608.
Raccolta Commiss. Colombiana, parle III, n® 1, p. 95.
(3) Ph.-J.-J. Valentini, Pinzo7i-Solis, 1508, Zeitschr. d. Ges. f. Ekdk. Berlin, 1898,
l. XXXIII, P 263.
Le pilole principal de l’expéclilion fui Pedro de Lendesma. C’est un des voyages qui ont donné lieu aux interprétations les plus divergentes. D’après les pièces officielles récemment publiées dans les Documenfos inedilos, la navigation s’est faite vers le nord, le long de la côte de l’Amérique centrale, et l’on s’est arrêté au cap de las Higueras, situé par Lendesma à 23° latitude nord ; celle latitude correspond sensiblement à la limite septentrionale des terres centro-américaines sur la carte des Heinel de 1516 et sur un portulan anonyme du Musée Britannique où les résultats du voyage de Pinzon-Solis sont encore plus neltemenl marqués (*).
La dualité du commandement entraîna l’échec partiel de l’expédition de 1508-1509 et comme conséquence la mise en jugement des chefs, dès leur rentrée en Castille, le \k novembre 1509 (-). Solis fut déclaré seul responsable de celle fâcheuse issue et mis en prison ; Pinzon reçut au contraire une récompense en argent.
L’année 1508 fut aussi marquée par la tentative de Sébastien Cabot, au(|uel le roi d’Angleterre Henri VIII confia deux navires, pour s’assurer de l’existence d’une voie maritime septentrionale vers le Cathay. Il s’engagea probablement dans le détroit d’Hudson. Arrêté par les glaces et forcé de rebrousser chemin, il examina avec soin la côte du Labrador, jusqu’à la baie de Cbesapeake. Dans le but de reprendre l’exécution de son plan, Cabot se rendit en Espagne, où nous le trouvons en 1509; il escomptait d’autant plus légitimement l’aide du roi que les essais tentés par les Espagnols dans l’Amérique centrale et méridionale, avaient été infructueux, et qu’il se faisait fort, grâce à une première tentative, de découvrir le passage en des latitudes plus élevées. La mort du monarque, survenue en 1516, fil évanouir toutes ces espérances.
(9 MS. Egerton, n» 280o, reproduit dans J. Üenucé, The Discoverij of tlie North Coasl of South America, according lo an anonymous map in the British Muséum. Geogr. Journal. London, 1910, July.
(2) Fin d’octobre, d’après Navarrete, Colecciôn, t. ill, p. 47.
MAGELLAN. LA QUESTION DES MüLUQUES