Voyages projetés de J.-D. Solis et de Cabot
L(*s Porlügîiis giirdiiienl vis-à-vis do rélninger un profond silence sur la inarclio de l(*uis découvei les on Orioni, mais ils s’eiïorçai(*nl do se l(‘nir au oourani d(‘S cxploralions espagnoles dans le Nouv(“au .Monde. Ayanl ou connaissance de l’expédilion de J.-l). de Solis cl do Pinzon en 1508, de celle de J. de la Cosa et de D. do Nicuosa, le roi de Portugal n’Iiésila pas à faire entendre des réclamations à la cour de 1). Feruand, par l’intermédiaire de ses agents à Séville (^). Il chercha en même temps, d’apres une pratique constante suivie en Espagne comme au l^ortugal, à faire entrer à son service des pilotes espagnols de réputation. C’est ainsi que Juan Podr. iMafra fui sollicité, en 1510; il se refusa loulefois à exécuter le contrat et à se rendre à Lisbonne, (ietle défection eut pour consé(|uence l’emprisonnemenl de l’agent diplomatique portugais, (|ui avait versé à .Mafra des sommes considérables (’).
Les années (|ui suivirent l’expédition de Juan L). de Solis avaient été pour l’Espagne une période d’inactivité relative et d’arrêt dans les découvertes, à tel point que le roi s’en inquiéta dans une lettre adressée aux oficiales de la Casa : « Je suis étonné, dit-il, qu’aucun de vous ne se présente pour faire des voyages comme précédemment (^); or, ce qui reste encore à découvrir sur|)asse de beaucoup en richesses de toutes sortes les découvertes faites par nos capitaines ». La nouvelle de la prise de xMalacca contribua à secouer la torpeur à laquelle le roi faisait allusion. Des voix s’élevèrent pour contester au Portugal le droit de souveraineté sur l’Âurea Chersonesos (xMalacca) et sur les régions adjacentes. L’avis de J. de Solis surtout, riiomme (|ui se connaissait le mieux « aux choses de la mer », fut défavorable au Portugal. Il prétendait non seulement que Malacca était compris dans l’hémisphère réservé à l’Espagne en vertu du traité de Tordésillas, mais que, la côte de la Chine étant située sur plus de 40ü lieues dans les limites de ce domaine, les
(U Herkeba, loc. cit., dec. t, lib. Vtl, cap. XIII.
(2) M. DE LA PuENTE Y OlEA, loC. CÎt., p. 118.
(3) J. Tor. DR Médina, Juan Didz de Solis, p. ccxvii.
Moliiques, à plus forte raison, revenaient à la Castille ('). Avant 1512 déjà, Vespuce avait émis la même opinion (“^). On essaya à peine, du côté portugais, de réfuter scientifiquement ces prétentions ("); on se contenta de mettre la diplomatie en œuvre pour empêcher le départ de l’expédition que le roi fil équiper à Lepe, dans l’inlention de faire déterminer, sur les lieux mêmes et par des gens compétents, la ligne de démarcation fixée par le Souverain Pontife.
On ne sait pas combien de temps Juan D. de Solis, précurseur de Magellan, resta emprisonné à Séville; il regagna le Portugal après son élargissement. Sa biographie jusqu'à son dernier voyage, en 1515, est très embrouillée. Avant l’année 1495, un J. Diaz de Solis (est-ce notre pilote?) semble avoir pillé, avec le concours de corsaires français, une caravelle portugaise venant de Mina (la Guinée), à laquelle il enleva 20,000 dublas; à défaut de preuves péremptoires de sa culpabilité ou de son innocence, on doit cependant constater qu’il quitta Lisbonne pour se rendre en Espagne, où il prétexta que le roi de Portugal n’avait pas observé les stipulations de trois lettres patentes, ni payé des sommes qui lui étaient dues ('^). Revenu à Lisbonne après son em|)risonnement à Séville, il fit des instances pour être mis en possession des sommes que le souverain lui devait. Ayant de nouveau échoué dans ses démarches, il décida d’offrir définitivement ses services à l’Espagne. La Casa de Séville s’empressa de se rattacher comme
(1) Àlijum Dommenlos de ta Torre do Tomho, p. 262. I.ellrc do .l.-M, do Vasconcollos, du 30 août 1512. Toxte espagnol dans Doc. iiiedilos de Indias, 1863, l. XXXIX, p. 225.
« En el oriente posee Portugal mucho ques de V. M. La misma ciudad de Maluca que tiene 2o,000 vezinos le toca segun parcce por este mapa-mundi que hizo enpremir Americo que anduvo por aquellas parles, el quai tiene en forma redonda el S-- Inf‘® (le frère de Charles V) en su camara. » Lettre d’Alonso Çuaço au Roi, datée de Santo- Domingo d’Hispaniola, le 22 juin 1518. Coleccum de doc. inedilos de Indias, t. I, p. 296.
Une lettre de Vasconcellos du 30 août 1512 fait probablement allusion à un échange de vues avec la Castille, concernant le droit de souveraineté ù Malacca et aux Moluques : Carta de Joûo Mendes de Vasconcellos a Ll ftei sobre a conferencia (jue tirera com o de Castella a tespeilo de Maluco, etc. (an 1512’. Vicobite dk Santakem. Quadro eteinenlar dus relaçôes diplomalicas de Portmjal. Lisboa, t. II, p. 19.
Alguns documentos de la Torre de Tomho, p. 263 : lettre de J.-M. de Vasconcellos, du 30 août 1512 — Vicomte de Sa.ntarem, toc. cil., t. II, pp. 19-20.
MAGKLLAN. I.A C>UI<:STI()N DKS MOIJJQIJKS
pilole-mayor, (mi remplacement d’Améric Vespnce cpii élail mort le 2â février (') : le 24 avril, elle lui remit une somme de 34,000 maravédis pour le dédommager du temps (pi’il avait été en captivité, et on le rétablit dans tous ses droits (-).
•luan I). de Solis reçut immédiatement le commandement de trois petits navires qu’il devait conduire, par la route fréqinuitée par les Portugais (^), au cap de Bonne-Kspérance et à Ceylan; ici devait commencer l’teuvre de démarcation; il se rendrait ensuite à iMalacca, puis aux Moluqucs et prendrait possession de l’arcliipel au nom de la (lastille (‘); il irait ensuite à Sumatra, cà Pegou, en Chine et au |)ays de « los Jungos », des jonques (•’), s’il y avait lieu; on ne sait rien de l’ilinéraire que de Solis pensa suivre pour rentrer en Europe.
Le promoteur de la nouvelle entreprise fut l’infatigable évéque de Valence, Fonseca, l’instigateur des principales missions envoyées par l’Espagne au Nouveau Monde. Remarquons que la même année (pi’il organisa l’expédition de J.-I). de Solis (1512), il avait entamé des négociations avec Sébastien Cabot pour la découverte des Moluques par le nord, par la terre des Racallaos (*’). On ne possède presque pas de détails sur celte reprise du problème du passage nord-ouest; les pourparlers traînèrent toutefois en longueur; en 1512, Pierre Martyr mentionne Cabot comme devant partir au mois de mars de l’année suivante ("), c’est-à-dire à la même époque que la flottille de Juan J), de Solis.
Cédule royale du 2o mars 1512.
(2) Navarhete, Colecciôn, t. 111, p. 47.
(3) Au Portugal, on aurait équipé au même moment une expédition aux Antilles, situées dans la démarcation de la Castille. Vicomte de Santarem, loc. cit.
P) M. DE LA PUENTE Y OlEA, loC. cH., p. 103.
(3) Nom appliqué aux navires de Bengala, Pegou, Martaban, Siam et Tarnasserim, d’après Giovanni da Empoli. 11. Yule, Catliay and the way thither. London, 18G6, in-8° (Hakluyt Society, 36-37), p. ccxin.
(6) « Sabeis que en Burgos os bablartin de mi parte Conchillos i cl obp. de Palcncia sobre la navegacion à los Bacallos, e ofrecisteis servirvos escribiendo yo à Milor de Wiby, nro capitan... » Lettre de Ferdinand d’Aragon à Cabot, Logrono, le 13 sept. 1512. — H. Harrisse, J. et S. Cabot, doc. XVI, p. 331.
p) P. Martyr, De Orbe nova, dec. III, lib. VI, fol. 56 (édition de 1533).
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLORE. «9
Fonseca avait conclu avec ce pilote un accord, en vertu duquel la moitié des bénéfices de l’enlreprise que réaliserait de Solis lui reviendrait (^). De semblables conventions ne doivent guère nous surprendre; elles étaient à la mode alors et nous les retrouverons identiques dans l’expédition de Magellan.
Juan D, de Solis était plein d’espoir dans la bonne Issue de l'expédition, par laquelle il croyait porter un coup terrible à la prospérité du Portugal. La capitulation qui contient les instructions pour le voyage lui conféra, ainsi qu’à ses descendants, le titre de « adelanlado mayor » ou gouverneur des nouvelles régions, et il fut investi de l’ordre de Santiago, faveurs que le roi accorda pareillement à Magellan avant son départ.
A mesure qu’approchait le mois de mars 1513, fixé pour mettre les navires en état de prendre la mer, l’ambassadeur portugais J. M. de Vasconcelles redoublait d’instances auprès de Juan D. de Solis pour le dissuader de son entreprise; il lui exposa combien la navigation projetée serait pernicieuse aux intérêts du Portugal et le peu de profit qui en résulterait pour de Solis personnellement. Le pilote répondit, comme plus tard Magellan à l’agent Alvarez, que la première stipulation du contrat avec la Casa prohibait strictement de faire des explorations dans le domaine portugais, que l’unique désir de 1 Espagne était de sortir de la situation impossible concernant les démarcations en Orient, « de maneira que nunca Portugal e Castile tenesem nhum debate ». De Solis engagea l’ambassadeur à prendre l’initiative d’un mouvement pour l’envoi simultané de navires portugais, afin d’aller vider sur les lieux mêmes, de commun accord, la question en litige. De Vasconcellos ne voulut pas entendre parler d’une solution aussi logique de la difficulté; il insista .sur le retour du pilote au Portugal, lui assurant qu’il serait rétabli dans tous ses droits; de Solis resta inébranlable. Il alla faire part de l’intrigue à Fonseca qui en avertit aussitôt le roi. Celui-ci lit déposer à Lisbonne une plainte contre l’agent portugais, et les menées secrétes cessèrent peu de temps après. Si nous insistons quelque peu sur ces détails, c’est pour montrer
(•) Navarrete, (joleccion, t. ttl, p. 132. — Sousa Viterbo, Traballios naulicos dos Portuguezes nos seculos XVI e XXII. Lisboa, 1898, t. It, p. 112.
MAGELLAN. [.A QUESTION DES MOLIJQUES
que la laclique employée plus lard envers .Majiellan n’élait pas nouvelle, qu’elle fui copiée sur celle (pi’employa déjà l’opposition portugaise au temps de .luan I). de Solis. Les oliciales de la Casa furent également en bulle aux machinations des agents poringais. Ils finirent par se méfier de .luan D. de Solis, de son inconstance (^), et exprimèrent des doutes sur les chances de réussite des petits hâlimenis pour un si long voyage.
Don Fernando renonça finalement à l’entreprise, intimidé de nouveau par son parent I). Manuel, qui se disait lésé dans ses plus grands Intérêts par l’expédition de de Solis. Le 30 septembre, le roi intima aux oficiales de Séville de suspendre l’équipement des navires jusqu’à nouvel ordre, c’est-àdire jusqu’après les négociations qui avaient été entamées avec I). Manuel (‘^) ; les arrangements déjà pris serviraient à une nouvelle mission vers l’Amérique centrale (^) qui partirait sous les ordres de Vasco Gallego.
L’expédition de .luan d’Agramonte, décidée peu avant 1511 et qui devait explorer la côte septentrionale de l’Amérique du Nord ('*), fut ajournée; il en fut de même de celle de Sébastien Cabot, projetée pour l’année 1512; cette mesure paraît due à l’incompétence de l’Italien (^); les oficiales furent invités à occuper ce navigateur à d’autres entreprises, afin de lui faire acquérir l’expérience voulue pour le voyage au nord ou tout autre.
La solution du problème des démarcations fut abandonnée aux théoriciens et à des commissions diplomaticjues En attendant un jour plus propice
P) M. DE LA UüENTE Y Olea, loc. cU., |). 106 : pcrsoiia (le no muclia constancia (le 29 mars 1512).
(2) Herreka, loc. cil., dec. I, lib. IX, cap. XIII.
(3) M. de la Fuente y Olea, loc. cit., p. 106, le 30 sept. 1512.
(4) « Para ir a saber et secreto de la terra nueva. »
(8) « No teniendo Sébastian Caboto tanta experiencia como séria menester. » Cédule royale du 12 décembre 1514.
(<5) Vicomte de Santarem, Quadro elementar, t. Il, p. 20 : An. 1513, Agosto 4 : Representaçaô de Lope Furtado de Mendonça, embaixador de Castilla, ao Senhor rei 0. Manoel, sobre a divisaô dos mares d’estes reinos. — An. 1513, Set. 6 : Carta do S. Rei D. Manoel para et Rei de Aragaô sobre o que bavia dito o Embaixador de Castilla Lope Furtado de Mendonça em Lisboa à cerca do desembarque dos Portuguezes na terra do oiro. — An. 1513, Set. 6 : Carta d’El Rei de Aragaô para o de Portugal, sobre o que lhe dissera Lope Furtado de Mendonça a respeito do desembarque dos Portuguezes na terra do oiro junto ao Bi'esil.
ET LA PREMIÈRE CIRCUMNAVIGATION DU GLOBE. 7i
à ses projets, le vieux Juan D. de Solis s’employa à la construction de cartes marines et à l’instruction des pilotes. En 1513, il fut chargé avec Jean Vespuce, le neveu d’Améric, de dresser un padron ou carie générale, deslinée à la grande expédition de Pedrarias d’Avila à l’islhme de Panama (^).
La nouvelle de la découverte du Pacifique vint soudain ébranler les esprits en Espagne et força la Casa de Séville de s’occuper de nouveau de la question brûlante du passage du sud-ouest. Au moment même où il entrevit le Grand Océan (1513), Balboa projeta d’atteindre les Moluques par cette mer nouvelle, au moyen de navires construits sur la côte (-). L’idée fut réalisée en partie en 1519, par l’expédition d’Andrès Nino.
On ignore si Juan 1). de Solis lui-même saisit le Conseil des Indes du projet de son dernier voyage, qui fut donc immédiatement inspiré par la découverte de Balboa. Grâce à celle découverte, Tidée de l’existence d’un passage fut plus que jamais débattue entre pilotes et géographes; des rumeurs de source portugaise sur le large estuaire du fleuve Argentin furent mises en rapport avec la direction de la côte entrevue par Balboa; il n’en fallut pas davantage pour que les cosmographes représentassent l’Amérique du Sud sous une forme grossièrement triangulaire. Nous rappelerons que, bien des années avant 1513, le continent avait été figuré par des cartographes de l’école de Waldseemüller, sous un aspect qui se rapproche singulièrement de la réalité; d’après ces anciens tracés, où le Pacifique se trouve marqué dès les premières années du XVP siècle, il stiinsail de contourner le Brésil pour arriver au Grand Océan. Toutefois sur les globes de Jobann Schôner, de 151 5, on voit percer l’idée d’un passage sud-ouest, d’un véritable détroit entre deux masses de terre considérables. Celle configuration dérive directement de la relation d’une expédition privée, connue sous le nom de Copia (1er Neicen Zeylumj aus Presilfi Land, (*)
(*) M. DE LA PuENTE Y Olea, loc. cU., p. 117. — LüiGi HuGUES, Giovamii Vespucci, 1897. (2) Herreka, loc. cil., dec. tl, lib. IV, cap. I. — Colecciôn de doc. para la Hist. de Costa- Pdca, por Hernandez, vol. IV, doc. I.
ma(;kllan. la question des viüluques