NOUVELLE APPLICATION DU TRUC DES SPECTRES
Dans Tannée 1868, on représenta à F Ambigu un drame {laCmriné) tiré d'un épisode de mes Confidences, et dans lequel figurait un automate joueur d'échecs que j'avais construit pour la circonstance. Mes collabora-
i. On peut remédier à rinconyénient de rinclinaison de l*acteur en mettant à la place qu'il doit occuper et dans une position pai*allèle à la glace sans tain, une glace étamée de petite dimension (2 mètres sur 1 mètre environ). Dans ce cas, Facteur se tiendrait droit devant cette glace, et c'est sa réflection qui serait réfléchie. 11 serait éclairé par la lampe que Ton placerait devant lui à côté de la glacd étamée.
leurs, Âdenis et Gaslineau, m'avaient demandé pour le dernier acte une apparition fantastique. J'eus recours au truc des spectres et je le présentai dans des conditions qui lui donnèrent un cachet de nouveauté.
On en jugera par ce qui suit. Le drame se passe en Russie, sous le règne de Catherine II. Au dernier acte, un nommé Pougatcheff, qui, grâce à sa ressemblance avec Pierre III, veut se faire passer pour le défunt monarque, cherche à soulever le peuple russe pour détrôner Catherine IL Un savant, M. de Kempelen, dévoué à la czarine, parvient, à Taide de procédés scientifiques, à déjouer les projets criminels du faux prétendant.
On est au milieu d'un site sauvage, au fond duquel se dessinent de sombres roche is.
Pougatcheff est entouré d'une population
SPiCTRES VIYANTS ET IMPALPABLES. 09
qui racclame. M. de Kempelen s'avance, démasque Timposleur, et, pour achever de le confondre, il annonce qu'il va évoquer Tombre de Pierre III. A ses ordres, un sarcophage sort du milieu d'un rocher, il se dresse, il s'ourre et laisse apparaître un fantôme couvert d'un linceul. Le tombeau retombe, le spectre reste debout. Le faux czar, bien que saisi de frayeur , semble vouloir braver cette apparition qtfil Iraile de chimère. Mais le haut du linceul tombe et Ton voit apparaître les traits livides et décompo^ ses de Tex-souverain. Pougalcheff, croyant avoir raison de ce cadavre, tire son sabre, et, d'un seul coup, il lui tranche la tête qui roule à terre avec fracas. Tout aussitôt, la tête vivante de Pierre III apparaît sur le corps du fantôme. Pougatcfaeff, irrité de plus en plus par ces fantastiquéS'apparitions,
court au speclre, lesaisilpar ses vêtements et le repousse violemment dans le saicophage. Mais ^ la tête ne quitte pas sa place ; séparée du coiTps, elle reste suspendue dans l'espace, roule des yeux menaçants et semble défier sou persécuteur. La fureur de Pougatcbeff est à son comble ; saisissant son sabre à deux mains, il croit pourfendre d'un seul coup la tête de son mystérieux adversaire; il ne traverse qu'un corps impalpable qui, toutefois, se rit de sa rage impuissante. Son arme se lève de nouveau ; mais, à ce moment, le corps de Pierre III,en grand costume et revêtu de ses insignes, se forme au-dessous de sa tête. Le czar ressuscité le repousse d'un bras vigoureux et lui dit d'une voix vibrante : « Arrête, sacrilège! » Pougatcheff, épouvanté, confondu, confesse son imposture... Lefafttôme s'évanouit.
Voici les dispositions de celle mise en scène. Un acleur, revêtu du brillant costume de Pierre III, est couché sur le support, dans l'inclinaison que nous avons indiquée; son corps est couvert d'une pièce de velours noir qui doit empêcher, pour un certain temps, roule réfleclion dans la glace. La lèle seule est à découvert et pourra se peindre dans h glace, lorsque lalumière électrique réclairera .
Le fantôme sortant du sarcophage est un mannequin dont la tête a été modelée sur cel'c de l'acteur représentant le czar. Cette lêlc peut être facilement détachée du corps.
Tout a été disposé et repéré de façon à ce que l'image virtuelle du czar Pierre III coïncide avec le corps de l'acleur-fanlôme.
A l'instant où la tète de celui-ci lombe a terre, la lumière électrique vient éclairer insensiblement la tête de l'acteur Pierre III,
102 MAGIE ET PllYSiaUE AMUSANTE
qui, se réfléchissant dans la glace, semble naître sur le corps du fantôme. Une fois celui-ci renversé, on lire subitement et d'un seul coup la couverture qui couvre le corps du czar, et la lumière électrique, en l'inondant, reporte son image à l'endroit où se trouve déjà la têle.
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Si Ton veut organiser le truc des spectres dans une salle où il n'y ait pas de sous-scène, on d oit changer les dispositions réfléchissantes et les organiser ainsi que le représente la figure 5 ci-contre. SoitÂBGD la scène, dont CD est le devant, ÂD et BG lés coulisses^ G l'acteur -spectre, H son image virtuelle,
G la glace, foniiant avec le devant de la scène un angle de 50 degrés.
L'acteur C est invisible aux spectateurs ;
Fig. 5.
son
corps, vivement éclairé par la lumière électrique ou celle de Drummond, porte son image dans la glace G et parait être virtuellement en H. Les points UK sont divers rayons visuels de l'assistance qui viennent
U'i MAGIE ET PUYSIQUE AMUSANTE.
prouver que, quelque part que Ton soit dans la salle, les lois de la réneclion sont observées pour que le spectre paraisse toujours en H.
Après les diverses explications que je viens de donner, on comprendra facilement certaines dispositions scéniques que j'ai oi^anisées pour produire des apparitions spectrales, que Ton pourrait appeler , d'après l'expression anglaise, les dissolving spectres, les spectres fondants.
L'organisation dont je veux parler a clé faite, pour mon propre agrément et aussi pour celui de mes amis, dans un petit chalet construit ad hoc au milieu de mon parc.
Pour ce spectacle, je n'ai point établi de places assises; les quelques spectateurs qui y assistent se tiennent debout devant une ouverture AB, figure 6, représentant, en petit, une avant-scène théâtrale. Cette avant-scène
OU proscenium, indiquée par ABCD, se trouve contenue dans le chalet. L'annexe GËDF est construite en dehors et contient la scène où se passent les prestiges optiques. La dispo-
Kl
Fig. 6.
silion de cette annexe a été prise pour que la lumière du jour puisse pénétrer facilement par les trappes IJ, lorsqu'elles sont ouvertes. G est la glace formant avec le plancher KL un angle de 70 degrés. T est Tobjet qiii doit
lOG MAGli: ET PHYSIQUE AMUSANTE.
être réfléchi dans la glace i>our paraître virtuellement en S, lorsque le jour Téclairera, Cet endroit S est également destiné à mettre des objets qui seront vus directement à travers la glace 6 par les spectateurs. L'œil indique la position moyenne du point de vue des assistants.
Avec ces diverses dispositions, voici certains effets que l'on peut produire : La scène commence par s'éclairer insensiblement en passant par toutes les gradations entre le plus faible crépuscule et le grand jour. On voit alors apparaître en S une pierre tumulaire surmontée d'un hibou. Quelques instants après, l'image d'une sainte Vierge semble se mêler au lugubre tableau ; puis cette statuette, se dessinant de plus en plus, finit par prendre la place du tombeau qui disparaît. La Tierce subit à son tour une
transformation : ses joues se colorent, ses traits s^animent; elle devient vivante sous les traits d'une jeune fille vêtue de blanc et xx)uroimée de fleurs. Ces fleurs deviennent bientôt un énorme bouquet au-dessous duquel se forme insensiblement un vase qui prend la place de la jeune fille
Cette scène pourrait se prolonger encore :
il ne s'agirait que de substituer des objets nouveaux à ceux qui ont dé[à paru.