EXPLICATION DE LA SCÈNE PRÉCÉDENTE
Avant de commencer rexpérience, la pierre lumulaire dont nous avons parlé doit être placée en S, tandis que la statuette de la Vierge est en T.
iOS MAGIE ET PHYSIQUE AMUSANTE.
La salle et la scène doivent êlre dans unr obscurité complète. Pour cela faire, toutes les ouvertures et particulièrement les trappes IJ doivent être hermétiquement fermées.
Maintenant, si, à Taîde d'un tirage quelconque, on ouvre insensiblement la trappe I, le jour éclairera graduellement l'objet placé en S qui sera vu directement par l'assistance. Lorsque cette trappe sera complètement ouverte, on la refermera tout doucement^ tandis qu'on ouvrira dans les mêmes proportions la trappe J. Le jour éclairera la Vierge placée en T, et, à un moment donné^ il en résultera que les deux images (directe et réfléchie) étant également éclairées, se confondront ensemble. Mais l'image T, gagnant insensiblement de la lumière tandis que l'image S en perd, finira par êlre seule
visible aux spectateurs, et la substitution sera achevée.
L'obscurité ayant été faite sur la scène par la fermeture de la trappe I, la jeune fille pourra prendre la place de la pierre tumulaire qu'elle enlèvera ou qui s'enfoncera sous la scène, et elle restera inaperçue jusqu'à ce que cette trappe, en s'ouvrant de nouveau, vienne l'éclairer. Cette ouverture s'est faite en même temps que se fermait la trappe J ; il y a eu, comme précédemment, mélange des deux images et substitution. Lorsque la Vierge est, à son tour, dans Pobscurité, on la remplace par le vase de fleurs, qui doit se substituer virtuellement à la jeune fille par le procédé que nous venons d'indiquer.
Ainsi le spectateur qui est en pourra voir en S quatre différents tableaux; savoir : 1"* L'image directe du tombeau ; 2^ ce même
Uê MieiE ET PHYSIQUE AMUSANTE.
objet confoiidu avec l'imaga virtuelle de la Vierge placée en T, laquelle est également vue seule; S" cette image confondue avec l'image directe de la jeune fille placée en S, laquelle se yoit également seule; Â"" celle image se confondant avec le vase de fleurs placé en T et dont l'image virtuelle finit par rester seule sur la scène.
Dans Torganisalion de cette expérience; il e^t important que les distances entre la glace et les objets soient bien les mêmes, pour que leurs images réelles ou virtuelles se rencon-^ trent bien au même point sur la scène.
Le truc des spectres a été imaginé, en 1S63, par M. Pepper, direcleur du Palytechnic ImtitvUon de Londres j et représenté dans cet établissement, où il ei^cita la plus vive curiosité.
Dans la même année, M, Hoitein, direc-
»PECTa£S VIViUTS fiT IMPALPABLES. lit
tear du théâtre impérial du Chàtelet, acheta de M. Pepper le secret des spectres pour les faire figurer dans un draine intitulé : le Secret de miss Àwrore. M. Hestein ne recula devant aucun sacrifice pour assurer le succès de ce prestige* Trois énormes glaces sans tain, de cinq mètres de oôlé chacune^ furent réunies l'une près de Tautre et présentèrent une large surface pour la réflection de l'acteur^spectre et de ses évolutions. Deux lumières Drummon (oxy4iydrogène] étaient consacrées à celte expérience.
Mais, avant que ce truc fût organisé poui sa nouvelle destination, plusieurs théâtres de Paris, en dépit d'un brevet d'invention bien en règle de M. Pepper, en avaient déjà annoncé la représentation.
M. Hostein ne put empêcher ce plagiat :
malheureusement pour lui et plus encore
pour rinventeur, les imitateurs avaient découverl au ministère de Tintérieur un brevet pris, une dizaine d'années plus tôt (20 ocr tobre 1852), par un nommé Séguin, pour un joujou nommé le polyoscone, lequel joujou était fondé sur les mêmes principes que le truc des spectres.
En présence de ce malencontreux précédent qu'il ignorait, M. Pepper , bien qu'étant le véritable inventeur du truc dont il s'agit ici, dut céder la place à ses nombreux imitateurs* en reconnaissant la vérité de cet impitoyable axiome devenu cliché à force d'applications vraies : Rien de nouveau sous le soleil.
1. Les prestidigitateurs Robin et Lassaigne furent ceux qui surent à Paris mettre ce truc le plus convenablement en scène.
vu
lE PANIER INDIEN
e panier indien a été ;)r(îsenlé à Londi-es en ! 865 par le colonel Slo- (!are,dans son Théâtre du mystère, Egyptian hall, Piccadilly.
On a dit que ce truc avait été rapporté de l'Inde par le colonel magicien ; dans ce cas, si l'on en juge par ce qui va suivre^ la mise en scène première du panier indien a dû être considérablement modifiée
pour sa présentation devant le peuple anglais.
Au lever du rideau, on voyait, sur une table légère et dégarnie de tapis, un panier en osier de la forme d'un carré long.
Le colonel entrait en scène ; il était suivi d'un charmant enfant portant avec aisance le costume traditionnel des princes indiens : la robe blanche de cachemire brodée d'or; la coiffure surmontée d'une plume de paon soutenue par une aigrette de diamants.
— Que vois-je? disait le colonel, un descendant de cette nation qui a égorgé les Anglais I
— Je ne suis qu'un enfant, soupirait le prince.
— Cela ne m'empêchera pas de te mettre à mort.
— Grâce! grâce! s'écriait rinnocent.
— Point de pitié, tu vas mourir.
L'enfant voulait fuir mais le colonel le
saisissait, et, Fenievant à bout de bras, il le plongeait dans le panier, dont il fermait et bouclait le couvercle. 11 tirait ensuite son épée^ et, après en avoir vérifié Tacuïté en enfonçant la pointe dans le parquet, il en frappait le panier à coups redoublés et le transperçait de part en part.
A chaque coup, l'enfant jetait des cris de douleur; Tépée reparaissait, chaque fois, teinte du sang de la victime. Puis les cris s'affaiblissaient de plus en plus, et bientôt l'on n'entendait plus rien.
Le public était sous l'impression d'une indicible terreur; les daraes demandaient grâce et se couvraient le visage de leur éventail,
il» MAGIE ET PHYSIQUE AMUSANTE.
Les hommes criaient :
— Assez ! as«ez !
On était irrité, exaspéré; tant était réelle celte scène de carnage. Peu s'en fallut qu'on ne fît un mauvais parti au colonel Slodare.
Mais celui-ci, changeant subitement de ton et, prenant un air souriant, s'adressait ainsi à l'auditoire :
— Dois-je vous rappeler, mesdames et messieurs, que je ne présente ici que des illusions? Calmez-vous donc, je vouspricy et soyez sans inquiétude sur le sort de moK jeune Indien, qui est en ce moment sain et sauf, puisqu'il a quitté son élroite prison .
Le magicien, ouvrant alors ïe panier, montrait qu'il était vide. L'enfant, en effet, n*y était plus.
Pendant qife l'assemblée s'extasiait, le cd-
lonel indiquait du doigt une loge de face dans laquelle le jeune prince indien, frais et dispos, prenait de joyeux ébals, et, de sa petite main, envoyait des baisers à ra$sislance, ainsi qu'à son bourreau pour rire*
EXPLICATION
Le panier du colonel Slodare était posé sur une table semblable en tout point à celle que nous ^allons décrire pour te décapité parlante Une fois enfermé, Fenfant ouvrait une trappe pratiquée dans le fond du pafiîer, et correspondant avec l'ouverture de la table ; puis , prot^é par les deux glaces élamées qui y réunissent les pieds de ce meuble, il^ se glissait derrière ce double
écran et, de là, il poussait les cris de détresse exigés par la mise en scène. Puis enfin, la comédie étant terminée, il passait sous le théâtre et se rendait à la loge qui lui était réservée.
Une éponge imbibée de couleur rouge et placée convenablement dans le panier, simulait le sang et en imprégnait Tépée qui la traversait.
On doit comprendre que, dans ce truc, le colonel se gardait bien de passer devant sa table; sans quoi, ses jambes se seraient réfléchies dans les glaces et eussent ainsi dévoilé au public les secrets prestigieux du panier indien.
Au dire du colonel Stodare, ce tour qu'il a rapporté de l'ïnde est tel qu'il l'a vu exécuter par les enchanteurs de ce pays. Celte assertion n'est vraie qu'en partie : c'est bien le
même panier, en effet, mais ce n'est pas la même mise en scène.
Les Indiens qui pratiquent ce truc depuis longtemps sur la voie publique n'ont jamais fait usage de la fameuse table à glaces dont ils doivent même ignorer l'existence, puisqu'elle est d'invention récente.
Ce qui a sans doute forcé le colonel de modifier cet escamotage, c'est que, pour se conformer à la méthode de ses confrères en magie, il lui eût fallu revêtir la robe traditionnelle des magiciens indous; ce qui se fût, certes, fort mal accordé avec son costume américain, et les insignes de son grade.
Le véritable tour du panier indien est beaucoup plus simple de présentation que celui que nous venons de décrire. On en jugera par la description suivante, que nous donnons comme très-exacte.
i22 HÂGIE ST PHYSIQUE AMUSANTE.
Le panier étant semblable à celui du colonel Stodare, nous nous dispenserons d'en faire une seconde fois la description. Nous ne parlerons que de Tescamolage de V^dfont ^t de son apparition parmi les specta^ tenrs.
Une fois l'enfant enfermé dans le panier ^i est posé sur le sol, l'Indien boucle le c;ouTercle ai^ec des lanières de cuir, et, pour faciliter cette opération, il appuie k ^noa sur le psnier. Le fond se trouvant umsi tourné vers l'opérateur, l'enfant sortpw une trappe habilement pratiquée dans le panier et se eacbe Tivement sous la robe du magicien^ doDi la position facilite cette introduction.
Puis, tandis que celui-ci transperce le {Kwier de s«a éféê et que toute l'attentîoii se porte à cel endr(yt, }e petit Indien , s'é^
LE PÂniER INDIEN. 122^
chappant de derrière la robe, s'éloigne un peu de l'assistance sans être vu et revient ensuite se mêler aux spectateurs en poussant des cris de joie. Le magicien montre alors que le panier est vide.
Au dire de la personne qui m^a communiqué ces renseignements, ce truc, ainsi exécuté, est d'un effet saisissant.