‹ Magie et physique amusanteChapitre 33 sur 45 · , , ,, I II ■ · texte numérisé non relu

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quelques taquineries leur méconlenlement rentré. C'est sans doute dans ces fâcheuses dispositions que se commirent des faits regrettables à l'endroit du décapité : on lança des boulettes sur cette tête d'un autre monde, afin de savoir si elle avait complètement perdu sa sensibilité. Au premier projectile, le mal heureux patient dont on ne voyait que la tête, ou du moins cette tête elle-même, faisait la grimace ; au second, elle prenait un air courroucé; au troisième, ma foi, oubliant son rôle passif, elle invectivait les assistants; et le cicérone de refouler l'assistance vers le couloir en appelant à sonaide. Le bruit de ces scènes se répandit dans le monde, et quelques désœuvrés du high life trouvèrent très-amusant d'aller pour leurs cinq francs se donner le plaisir de lancer des bouL ttes sur le décapité rageur. On appelait cela le tir à la hotir^

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lette. Ces boulettes, dirigées plusieurs fois par des mains inhabiles, tombaienl sur certaines parties de la lable que Ton cropit vides et sur lesquelles elles rebondissaient en dé-

voilant une glace Dès lors le truc fui éventé et chacun se fil un malin plaisir d'aller de proche en proche divulguer le fameux secret du décapité. Nf. Tahich avait mis un terme aux projections en plaçant un grillage serré entre le public et son sujet ; mais celle pi-é-

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MAGIE £T PUTSIQUE AMUSANTE.

caution était tardive et devint superflue; le combat cessa faute de combattante ; la vogue était passée pour le Musée français. Le décapité parlant avait tué les dieux de l'Olympe, ainsi que la savante conférence du docteur Dupuytren.

Les causes de Tinsuccès de M. Talrich furent les mêmes que celles qui amenèrent les désastres des frères Davenporl. Trop de confiance dans la longanimité du public parisien les porta, de part et d'autre, à lui présenter pour des phénomènes merveilleux ce qui n'était enr résumé que d'ingénieux tours d'escamotage. Trop d'ignorance aussi dans nos usages leur fit exagérer outre mesure le prix de leur exhibition.

Plus intelligent, ou plus entendu dans les choses de théâtre, le colonel Stodare ne mettait pas autant de prétentions pour son sphinx

égyptien; il ne le présentait dans ses séances que sous forme d'intermède et ne lui attribuait d'autre merveilleux que le prestige d'un truc ingénieux. Toutefois, la mise en scène exigeant une fable, voici comment ce truc était présenté. Tenant en main une cassette fermée, le colonel s'approchait des spectateurs et leur racontait que, dans ses voyages en Egypte, ayant fait la rencontre d'un magicien, celui-ci était venu à mourir et lui avait légué ce petit meuble dans lequel se trouvait, depuis la plus haute antiquité, la tête vivante d'un sphinx pouvant répondre aux questions qu'on lui adressait. Le physicien interpellait alors le sphinx, qui lui répondait à travers la boîte (le colonel Siodare était ventriloque). 11 déposait ensuite sur une table le précieux coffret, en abaissait le devant, et le public pouvait voir une belle tête de sphinx

coiffée d'un capuchon égyptien à bandelellcs dorées. Le dessous de la table sur laquelle la boîte était posée semblait entièrement à jour. Le sphinx, intelligent et ingénieux, répondait avec infiniment d'esprit et d'àpiopos aux questions qui lui étaient faites par le public; après quoi, le colonel fermait la boîte, la prenait entre ses mains, faisait dire au prisonnier un good night au public, et rentrait dans la coulisse avec son précietfx fardeau. Ainsi présenté, ce truc fut très-goûté et le succès ne s'arrêla qu'à la mort inopmée de l'intelligent prestidigitateur.

Cette expérience est des plus simples à expliquer et doit être comprise facilement : la tête que Ton voit sur la table appartient au corps d'un pauvre diable que le besoin a réduit à jouer toute la journée ce pénible rôle d'homme au carcan. Par une disposition de

glaces adaptées aux pieds de la table, ce compère peut se placer sous ce raeuble sans être aperçu et passer sa lête à travers un Irou. Une collerette cache les bords de celte ouverture.

Pig.2.

La table n'est supportée que sur trois pieds, C, D, E (fig. 1 et 2), bien qu'elle semble en avoir quatre. Entre ces trois pieds, et dans des rainures pratiquées à cet effet, sont deux glaces étamées, G, G' (fig. 2), derrière

lesquelles, avons-nous dit, le compère se

dissimule en se tenant à la place H. Ces gla^ ces sont placées à angle droit et à peu près à 45 degrés par rapport aux draperies qui les entourent. Celles-ci, A et B, en se réfléchissant, correspondent avec A' et B' et remplacent imaginairement la partie de la draperie qui est cachée par les deux glaces ; de sorte que Ton croit toujours voir la draperie du fond à travers les pieds de la table.

Le sphinx se produisait par les mêmes effets : la caisse était vide lorsque le colonel Stodare l'apportait en scène; son talent de ventriloque faisait entendre une voix à Tinté - , rieur. Lorsque cette cassette était sur la table, le compère qui était dessous ouvrait la trappe du trou de la table, passait sa tête par cette ouverture, et, soulevant le fond mobile de la cassette, s'y plaçait assez facilement. Le prestidigitateur n'avait qu'à abaisser le de-

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vanl de la boîte pour montrer la tête qu'elle contenait.

Pour peu qu'on connaisse les lois de la réflexion, il est facile de s'assurer que, à moins d'être placé très-près de la table et sur le côté, il est impossible aux spectateurs d'apercevoir dans les glaces autre chose que les draperies. D'ailleurs, les dispositions sont prises pour qu'il en soit toujours ainsi. Chez Talrich, c'étaient les murs du caveau qui venaient se peindre dans les glaces.

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