DESCRIPTION DU TROC
Une personne monte dans l'armoire et l'on cil ferme les porter. Oii fait tourner le
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meuble sur lui-même pour prouver qu'il ne peut donner aucune issue au prisonnier; après quoi, on ouvre les portes et l'armoire
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est vide. On ferme de nouveau; on fait exécuter au meuble une révolution, et, lorsqu'en dernier lieu on ouvre les portes, on voit une transformation de personnage : un homme était entré dans le meuble ; c'est une femme qui en sort.
EXPLICATION
L'artifice de ce tour a beaucoup d*analogîe avec celui du décapité : deux glaces placées convenablement dans Tarmoire à un moment donné lui donnent l'apparence d'un meuble vide, même lorsqu'elle contient quelqu'un.
La figure 2 ci-contre est le plan par terre de Farmoire, dont la forme est représentée plus haut.
A B C D sont les bâlis de l'armoire, P P les deux portes extérieures, M montant de bois placé vers la partie antérieure de l'intérieur du meuble, G G deux portes ou compartiments
Fig. 1
ayant la hauteur du meuble prise dans l'intérieur. Ces portes sont montées sur charnières et pivotent en IL Elles peuvent s'appliquer sur le montant M, ou se dissimuler en s'appliquant sur la paroi intérieure des bâtis AB C D.
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C'est celte dernière position qu'elles occupent lorsque Ton ouvre les portes pour la première fois. A ce moment, le regard du spectateur peut pénétrer dans le meuble, qui est réellement vide.
Mais, lorsque l'homme est dans Tarmoire et que l'on a fermé sur lui les deux portes extérieures PP, il se place en H; tire à lui les deux glaces et les fait appliquer sur le montant M, et forme ainsi un compartiment triangulaire Mil, dans lequel il est en fermé et qui le dissimule aux yeux du public. Lorsque, de nouveau, les portes sont ouvertes, il se produit une illusion semblable à celle que nous avons expliquée à propos du décapité : les glaces de l'armoire réfléchissent vers les spectateurs la tenture des côtés K K de l'armoire el leur font croire qu'ils en voient le fond LL. Les glaces semblent ne
pas exister el tout paraît être dans le même étal que précédemment.
Il esl important, pour la réussite de l'expérience, que le même papier de tenture tapisse les parties intérieures du meuble KK, LL, ainsi que le revers des glaces 00.
Après qu'on a fait \oir au public qu'il n'y a rien dans le meuble el qu'on en a fermé les portes^ tandis qu'on le tourne et qu'on donne quelques explications pour gagner du temps, l'homme, pour se mettre plus à Taise, pousse les compartiments GG en KK, et, ainsi que cela se fait dans les pantomimes,, il se dépouille vivement de son vêlemenl masculin, qui recouvre un costume de femme, et remet la défroque qu'il vient de quitter sur une planchette placée hors de vue dans le haut de l'armoire. Une fois transformé, il donne un petit signal pour ouvrir
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les portes et il apparaît dans son nouveau coslume.
Les transformations que je viens de décrire sont en dehors du truc dont il s'agit ici ; je ne les indique que pour donner une idée des ressources que Ton peut tirer de cette illusion.
LE TRUC DES FRËRES DiYENPORT.
' ans le mois de septembre I de l'année 1865, deux Américains , Ira et Wil- ' liam Davenport, arri- * vaient en France pour y donner des séances merreilleuses, sous le nom de manifestations spirites. Ils venaient directement d'Angleterre, où, pendant deux ans, ils avaient joui d'une vogue immense.
La presse des Trois-Royaumes s'était vive-
ment occupée de leurs mystérieux exercices, et le bruit des polémiques qu'ils y avaient soulevées était parvenu jusqu'à nous.
L'arrivée de ces thaumaturges prit l'importance d'un fait politique : le Moniteur du soir y journal officiel, les annonça dans ses numéros du 6 et du 8 septembre, et la presse entière répéta à l'envi celte intéressante nouvelle.
Avant de se rendre à Paris, les frères Davenport s'étaient arrêtés au château de Gennevillicrs, dont le propriétaire, fervent apôtre du spiritisme, regarda comme une bonne fortune le séjour chez lui des illustres voyageurs. Ce fut dans celte résidence hospitalière qu'eut lieu, à titre dressai, la première séance des manifestations spirites. On y avait invité un petit nombre d'écrivains et de journalistes, qui tous s'accordèrent à recon-
naître merveilleux et inexplicables les faits dont ils avaient été témoins.
Les spirites américains ne parlaient pas un mot de notre langue; aussi furent-ils obligés de s'adjoindre un interprète, qui fut en même temps leur impressario, ou, comme on dit encore, leur Barnum. On les avait adressés à M. Derosne, homme de lettres
demeurant à Passy , et auquel on doit d'excellentes traductions de quelques ouvrages anglais. Celui-ci accepta la mission qui lui était offerte, et, pour faire connaître ses protégés, il leur fit donner, dans son salon, quelques séances devant des spectateurs d'élite^ dont le suffrage pouvait avoir une grande influence sur les futurs succès des représentations qu'on se proposait de donner dans la capitale. Des affiches immenses, dites à Vaméi'icainey furent placardées dans Paris ;
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on y annonçait, en énormes caractères, que la première séance des frères Davenport aurait lieu le 12 septembre, dans la salle Herz. Le spectacle, divisé en deux parties, se composait : 1** des eocercices de Varmoire; 2** de la séance dans les ténèbres. Le prix des places était fixé à vingt- cinq francs par personne pour le spectacle entier, et à dix francs seulement si Ton n'assistait qu'à la première partie.
Avec de tels prix, quelles belles recettes en perspective ! Hélas I ici durent s'arrêter les illusions des deux frères au sujet de leurs futurs succès dans la capitale; les bienveillants suffrages qu'ils avaient recueillis dans leurs séances préparatoires furent les seules joies réelles qu'il leur fut donné de goûter, dans le pays le plus intelligent et le plus sceptique du monde civilisé.
Un orage imprévu par eux grondait sur le spiritisme en général et sur leurs exercices en particulier; cet orage devenait de plus en plus menaçant, à mesure que s'approchait le jour de la première représentation, Aax articles bienveillants de quelques journaux avaient succédé grand nombre d^éiiergiques protestations contre une exhibition que Ton regardait, avec quelque raison, comme dangereuse pour Tesprit public et particulièrement pour certains cerveaux faibles, toujouiY portés à prendre au sérieux les trucs et les ficelles des adeptes de la sorcellerie simulée.
Les lignes suivantes, extraites d'un article du journal V Opinion natiofiiale (10 septembre 1865), donneront une idée de Tétat d'excitation de la presse parisienne à l'endroit des médiums américains. Cet article précédait
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de deux jours la première représentation des frères Davenport:
c< . . . . Ces estimables Américains arrivent précédés d'une réputation foudroyante. Leur Évangile a paru avant eux. C'est un volume de trois cents pages, dans lequel M. Nichols, Tau leur de cet ouvrage, assure que les frères
Davenport possèdent depuis leur plus tendre jeunesse la faculté d'être plus légers que Tair ; que maintes fois ils se sont envolés jusqu'au plafond et ont plané sur Tassistance. Si j'ose contester sur ce point le témoignage de M. Nichols, ce n'est pas seulement parce que la chose est absurde en ellemême, c'est surtout parce qu'elle est injurieuse aux frères Davenport. Eh quoi ! messieurs, vous laissez dire que vous avez volé sans ailes dans un salon, quand il est avéré que vous ne le pouvez plus ! Vous avez donc
alors une puissance qui s'est usée, une vertu qui est sortie de vous? Faut-il conclure que vous avez démérité des esprits vos domestiques , que vous n'avez plus sur vos porteurs aériens la même autorité qu'autrefois ^ que vous êtes en baisse à l'âge de vingt-cinq ou de vingt-trois ans , que vous allez de plus fort en plus faible, et cela dails la patrie de Nicolel? Vous venez nous montrer des miracles de pacotille, après avoir donné en Amérique des représentations dont un dieu serait jaloux? Prenez-vous donc Paris pour une de ces sous-préfectures infimes où les artistes usés, incompris et hors d'âge vont quêter un regain de succès.
» N'est-il pas singulier qu'en 1865, lorsque l'humanité entière court à grands pas vers le progrès , quand l'esprit positif envahit tout, quand toutes les sciences, débar-
passées du fardeau des niaiseries antiques, se lancent résolument dans la route d«i vrai, on vienne entreprendre de ressusciter les farces surnaturelles ?
» Si le moment est mal choisi, le choix des instruments n'est guère moins ridicule.
Comment! voici deux gaillards qui ont dompté les puissances invisibles ; ils se font servir par des esprits; ils ont à leurs ordres une armée d'êlres inconnus, mais assurément supérieurs à Thomme, et, grâce à l'alliance de ce pouvoir surnaturel, ils parviennent à quoi? à jouer du violon dans une armoire ! En vérité, les demi-dieux sont devenus bien modestes depuis quelque temps !
» Ces messieurs semblent avoir fait le voyage d'Amérique en France pour nous montrer des phénomènes. C'est le mot qu'ils
emploient, et ils ont soin d'ajouter que c< ces » phénomènes ont été constatés par les sa* » vanls les plus renommés de T Angle terre » et de FAmérique. » Leur Evangile est intitulé : Phénœnènes des frères Davenport. Va donc pour phénomènes ; c'est un mot usité dans le langage de la science, et de la foire aussi. La foire de Saverne ne s'ouvre que dimanche prochain et déjà la place est encombrée de phénomènes. Il y en a de vivants, tous constatés par l'empereur de la Chine et le sultan du Maroc ; ils n'en sont pas plus fiers pour cela.
» Mais je reviens à vos phénomènes, puisque enfin vous avez des phénomènes à vous et que vous semblez désireux d'en trouver le placement. Vous ne savez donc pas que les phénomènes ne sont rien par eux-mêmes? il s'agit de les rappoi ter à une loi connue ou
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inconnue, ancienne ou nouvelle ; ils n'intéressent les hommes sérieux qu'à la condition de prouver quelque chose. Que voulezvous prouver? quelle conclusion tirez-vous de vos petits tapages nocturnes ? quel élément nouveau apportez-vous à la science?
Voyons, déboutonnez-vous franchement j les idées neuves ne nous font pas peur. Elles nous effarouchent si peu, qu'il est fort inutile aujourd'hui de les recommander par le miracle. Une bonne vérité fait son chemin dans ce monde, sans accompagnement de guitares lumineuses et de violons phosphores. » (Edmond About.)
Ces réflexions judicieuses, ces raisonnements logiques et serrés de l'éminent écrivain, durent porter un coup terrible au crédit des médiums américains, et ébranler la foi des plus fermes croyants en sciences occul-
tes. Les facultés médianimiques des deux frères, leurs évocations et leurs manifestations spirites étaient maintenant jugées. Pour tout homme raisonnant un peu, les frères Davenport n'étaient réellement que des faiseurs de tours. Toutefois, la curiosité publique avait été depuis quelque temps tellement surexcitée, que chacun voulut voir ces hommes dont on avait tant parlé, et ces miracles faux ou vrais qui avaient été l'objet de si vives controverses. On attendit donc avec impatience le jour de la première représentation et Ton y courut en foule.
En raison de mon éloignement de la canilale, il ne me fut pas possible d'assister à cette séance mémorable; je suis alors obligé d'en emprunter la relation à M. B. de Pêne, me réservant de donner un peu plus tard une description exacte de ces .prestigieux
exercices, tels que je les ai vu exécii|er devant un public calme et bienveillant.
Voici comment le spirituel chroniqueur de la Gazette des étrangers raconte, sous le tilre de