‹ Magie et physique amusanteChapitre 36 sur 45 · L'ËGORGEMENT DES FRÈRES DAVENPORT ▲ LA SALLE HER · texte numérisé non relu

L'ËGORGEMENT DES FRÈRES DAVENPORT ▲ LA SALLE HER

l'épopée tragico-burlesque de la soirée du 14 septembre :

« La première représentation des deux frères devant un public payant, dit-il, a eu lieu mardi soir, comme on l'avait annoncé, La salle avait allumé ses lustres; toutes les places étaient remplies. Mais le spectacle s'est trouvé noyé dans un tumulte digne d'une assemblée d'actionnaires en furie. On a fait beaucoup de bruit et d'assez méchante besogne. La séance de nuit, la plus inté-

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ressante des deux, celle qu'on avait poétiquement intitulée : Une heure dans les ténèbreSy et qui ne devait avoir pour témoins qu'un petit nombre de spectateurs au prix fort, n'a pas eu lieu du tout.

» La première partie seulement de la séance dite publique, accessible à des prix doux, a suffi pour amener un tumulte tel, que, après trois quarts d'heure environ de brouhaha, le public a dû sortir avec des serments de ville dans les reins. Du reste, on rendait loyalement l'argent à la porte ; on nous dit même qu'il en est sorti de la caisse plus qu'il n'en était entré.

» Ces pauvres Davenport! je les ai vus de près; je leur ai parlé; j'ai louché leur armoire, leurs fameuses cordes, le tambour de basque, les sonnettes, les guitares; en un mot, tous les éléments de la symphonie mi

raculeuse dans laquelle il paraît qu'ils excellent. J'avais été appelé par le suffrage universel des spectateurs au périlleux honneur de monter sur l'estrade pour inspecter les opérations, lier, délier, et faire lout ce qui concernait mon état de contrôleur.

» Dirai-je qu'il y a eu une cabale contre eux dès a vaut le commencement de la séance?

c'est possible, mais je ne saurais TafOrmer.

Les pires ennemis des Davenporl dans celle séance, c'a été eux-mêmes. Entendons-nous bien : je les tiens pour des gens très-habiles^ puisque, en présence de témoins dignes de foi et de moi-même, ils ont fait, en diverses rencontres, à l'aide de ficelles de ce mondeci ou de celui-là, des choses vraiment merveilleuses. Leur réputation et leur mérite de prestidigitateurs, de médiums ou de sorciers, comme il vous plaira de dire, demeurent en-

core inlacts à mes yeux. Seulement, ils ne connaissent pas le premier mot du public parisien ; et, à la façon dont la mise en scène de leurs... miracles était organisée, on dirait qu'ils ne sont jamais sortis de leur armoire. Évidemment, on avait affaire à un public défiant et sur Voeily qu'il fallait attaquer vivement, la main haute et légère, comme un cavalier habile enlève son cheval qui hésiie devant Tobstàcle. Si le cavalier hésite aussi, il est perdu.

» La soirée s'ouvrit par le speech d'un interprète dont l'intention était excellente ei l'esprit des plus concihants, mais dont l'émotion, aussi, était des plus visibles. Il y était dit, à peu près, ceci : « Messieurs, les » frères Davenport, qui jouissent depuis dix » ans en Amérique et en Angleterre d'une » réputation immense, n'ont pas le bonheur

D de parler votre langue; ils me chargent » donc de vous assurer qu'ils ne prétendent, » en aucune façon, imposer au public la » croyance en leur commerce avec les es- » prits; ils ne se proclament devant vous ni » sorciers ni escamoteurs; ils se propo- » sent seulement de vous rendre témoins » des phénomènes dont eux-mêmes igno- » rent les causes, en vous laissant seuls » juges des effets qui seront produits. »

» Une pareille charte était raisonnable, elle fut assez bien accueillie. Par malheur, l'interprète, trop confiant dans les marques de bienveillance qui viennent de lui être accordées, continue de parler et se lance dans de longues et diffuses explications qui lassent enfin le public. On demande à grands cris les Davenport. Ceux-ci paraissent, et la tumulte s'apaise.

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» Enfin, le spectacle va commencer I Pas encore! Les acteurs sont bien en scène, leur armoire est bien ouverte à trois battants pour les recevoir, mais leur ignorance de notre langue, leur désir affecté ou sincère d'un contrôle sérieux, l'empressement avec lequel ils acceptent tout ^ixamen sans marchander, l'entêtement qu'ils mettent à forcer le mandataire de l'incrédulité publique (hélas! c'était toujours nous) à fourrer son nez partout, amènent des longueurs et encore des longueurs. Il vaudrait mieux tromper les gens et les tromper plus vite. On grogne, on chante, on siffle, on rit aux éclats, on hurle, on se fâche.

» Pendant ce temps difficile, nous nous acquittons des fonctions qui nous ont été déléguées; nous vérifions, nous sondons, nous tâtons tout; puis, après examen des

fn lAGIE ET FITSIQUB ÂlUSASTE.

cordes qui doWenl nous servir, nous attachons de notre mieux les deux firères sur les bancs de leur armoire. Le public, interrogé par l'interprète, répond en chœur qu'il est satisfait de notre trayail. Mais un monsieur aux cheveux blonds, que Ton m'a dit depuis être un ingénieur, se lève, ce Ces mes- » sieurs, dit-il, sont sincèrement liés, mais » mal attachés; je vais les garrotter moi- » même de telle sorte qu'ils ne pourront se » défedre. » Il exécute ce qu'il dit, et retourne à sa place d'un air de triomphateur. Les portes de l'armoire se ferment sur les deux frères, qui, quelques minutes après, paraissent détachés de leurs liens. On applaudit.

Les Davenport avaient donc réussi dans ce que j'appellerâî provisoirement leurs tours de cordes, lorsque le monsieur blond, qui tient à venger sa défaite, s'élance impétueu-

sèment sur Pestrade et s'écrie : « On nous » tmmpe; c'estuneindignemystilication: la » planche sur laquelle ces messieurs sont as- » sis esta bascule et leur permet de se détai> cher. » Disant ceci, il applique un vigoureux coup de poing sur la planche qui se brise avec fracas. Ainsi qu'il arrive lorsqu'on retire une chaise sur laquelle on est assis, l'un des frères Davenport tombe naturellemenl par terre. Toute la salle se lève aussitôt; la tempête est partout ; chacun quitte sa place et devient son propre délégué; tout le monàc est sur l'estrade. On parle aux gens qu'on ne connaît pas, exactement comme les jours d'émeute. M. Herz commence à trembler pour sa salle.

» Enirée des sergents de ville vive et animée, et, sur Tordre formel du commissaire de police, la séance est levée.

» A l'heure nocturne où j^écris ces lignes, mardi minuit, on ne parle que des Davenport sur le boulevard en tumulte. On les cotera en baisse à la bourse de demain. L'impression qui me paraît dominer, c'est qu'ils ont été exécutés avec une certaine férocité de mauvais goût et non jugés. En effet, la pire des choses haïssables, à mon gré, c'est la violence. Elle souille les meilleures causes, et nous détacherait du bon droit lui-même quand elle se met à suivre son drapeau.

J'admets que les frères Davenport soient des imposteurs sans habileté; toujours est-il que, dans leur Waterloo de la salle Herz, le public s'est montré brutal; donc, à mes yeux, le public a eu tort même en ayant raison. »

A en juger par la réception qui venait de leur être faite, les frères Davenport durent

avoir une singulière idée de l'hospitalité française. Bien d'autres à leur place se seraient découragés à la suite d'nn tel accueil et auraient bravement abandonné la partie* Mais ils avaient à cœur de prendre une revanche avec leur bouillant contradicteur^ qu'ils regardaient, non sans quelque raison^ comme le principal instigateur de leur désastreuse mésaventure. Dès le lendemain, ils engagèrent quelques notabilités de la presse à venir visiter leur armoire, tandis qu'on en réparait les dégâts. Ils prouvèrent facilement que les traverses articulées, signalées par leur contradicteur, n'existaient que dans son imagination, et que les charnières et parties mobiles du meuble n'avaient d'autre but que de pouvoir se replier sur elles-mêmes pour la facilité de l'emballage.

Le triomphe du bouillant ingénieur fut

donc de courte durée; il pul lire, le jour même, dans plusieurs journaux (VÊpoque, le Temps et la Patrie)^ Tentre-filet sui\anl :

ce M. D,.., qui a cru avoir découvert le truc, et qui nous avait fait, jusqu'à hier soir, partager sa conviction , s*est évidemment trompé.

a La traverse de bois mobile n'est, en aucune façon, le deus ex machina de cet appareil . En effet, cette traverse est maintenant fixée aux montants de l'armoire par des vis Irès-solides. Le meuble est fait de planches fort minces, à rintcrieur desquelles il est absolument impossible d'introduire le moindre mécanisme.

Dessus, dessous, de côté, nous ne découvrons absolument rien de suspect, et nous avons beau regarder, frapper les murailles, soulever les tapis, déplacer les chaises, nous sommes forcé de convenir que, s'il y a dos

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trucs, ils sont absolument, mais absolument invisibles. »

Encouragés par celte déclaration, les Davcnport firent insérerdanstous les journaux une lettre dans laquelle, tout en protestant contre la violence dont ils avaient été l'objet, ils annonçaient leur intention de continuer le cours de leurs représentations. En voici un extrait :

« M. D..., l'ingénieur qui, après avoir escaladé, s'est écrié : « Nous sommes dupes » d'une odieuse mystification! » a, pour justifier son exclamation, violemment brisé une innocente traverse soutenant le siège sur lequel l'un de nous élait assis et garrotté.

Celle traverse est en chêne plein et ne renferme aucun ressort ni truc; elle n'est sortie de sa place que parce qu'elle a été brisée en éclats. Nous invitons personnellement M. D...

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lui-même à venir vérifier ce fait et à reconnaître galamment son erreur.

« Notre armoire peut être visitée par tout le monde; elle ne contient aucune disposition qui puisse favoriser les phénomènes qui s'y produisent. Du reste, quiconque voudra nous fournir un meuble de même forme et de même dimension que le nôtre et construit sans notre intervention, pourra se convaincre que la séance du 12 septembre n'a été qu'une suite de démonstrations hostiles et malveillantes. Nous nous serions mclinés devant un jugement rendu avec calme et équité ; nous protestons de toutes nos forces et de toute notre légitime indignation contre les injures et les brutalités auxquelles depuis quelque temps nous avons été en butte, et nous en appellerons loyalement du jugement d'une foule égarée et partiale aux in-

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vestîgalions sérieuses et honnêtes de personnes désintéressées et même prévenues contre nous. C'est dans ce but que nous continuerons à donner nos séances à la salle Herz ^ ne mettant pas un instant en doute le résultat définitif de notre apparition en public. »

Les frères Davenport donnèrent, en effet, une série de séances qu'ils eurent le bon esprit de présenter dans un local moins vaste que celui de la salle des concerts, et par conséquent plus convenable pour ce genre de spectacle. Ces soirées se passaient avec un calme relatif. Il y avait bien de temps à autre quelques petites attaques ou quelques persiflages, mais jamais ces scènes ne dégénéraient en désordre. Elles tournaient le plus souvent au comique, et laissaient les rieurs tantôt pour un parti, tantôt pour l'autre.

J'ai assisté plusieurs fois à ces séances^

et je m'y amusais comme je l'eusse fait devant des tours d'escamotage bien exécutés ; car je savais à quoi m'en tenir sur la nature des manifestations spirites des deux frères, et j'ai ri bien souvent de l'aplomb avec lequel ils se posaient comme intermédiaires passifs des esprits d'un autre monde. Déclarons-le hautement, les Davenport n'élaient que d'habiles prestidigitateurs qui, pour donner plus d'éclat à leurs séances, avaient jugé à propos d'attribuer à des exercices purement manuels l'intervention surnaturelle des esprits. Au point de vue de l'exploitation de leur spectacle, ils avaient grandement raison, puisque, jusqu'à l'époque de leur mésaventure de la salle Herz , ils avaient récolté d'énormes recettes. Ce n'était alors, à proprement parler, ni des tours de cordes ni des danses de guitare qu'on

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allait voir : on se rendait aux manifestations spirites pour être témoin de faits surnaturels et inexplicables, et c'est pour cela seulement v'ju'on se décidait à donner vingt-cinq francs d'entrée- En fin de compte, les exercices des frères américains étaient très-intéressants; la mise en scène en était toujours très-impressionnante. Pour donner au lecteur une idée de cette séance, je vais en faire ici le récit exact, en rendant compte également de l'impression que je l'ai vue produire sur l'assistance. Une fois ces faits merveilleux connus, je me propose de les faire suivre d'explications sur la manière dont ils étaient produits.

Première partie. L*ai^moire. — Nous sommes dans un salon appartenant aux dépcn-

danœs de la salle Herz, rue de la Victoire, salon qui peut contenir une soixantaine de personnes. La pièce est divisée en deux parlies égales par une balustrade d'un mètre de hauteur. D'un côté sont les sièges réservés aux spectateurs, et de l'autre l'armoire qui doit servir à la séance. Ce meuble, d^une construction aussi frêle que possible, est monté sur des tréteaux ; il ne peut contenir que trois personnes assises ou debout. Aux parois intérieures de Tarmoire sont appendus divers instruments, tels que violon, guilare, trompette, tambour de basque et sonnette. Trois portes, en se fermant, lorsque les besoins de la chose Texigent, peuvent dérober les médiums aux regards du public.

Avant de commencer la séance, plusieurs spectateurs sont priés de passer dans renceinte privée et de se placer en cercle autour

du meuble, afin de former un obstacle à loule communicalion avec Fextérieur.

Il s^agit d'abord de garrotter les deux Américains. Tous les assistants s'accordent à désigner, pour l'exécul ion de cette œuvre délicate, un ancien officier de marine expert en nœuds de toute sorte, et en Thabileté duquel chacun semble avoir une grande confiance.

On commence par faire examiner les cordes dont on va se servir ; on fouille les deux jeunes gens comme le feraient les représentants de la force publique, on prend toutes les précautions contre les ruses et les surprises, et l'on se dispose au garrottage.

Les Américains montent dans Parmoire et s'assoient sur les bancs auxquels on doit les attacher. Le marin délégué prend une corde, il la marque pour s'assurer qu'elle ne sera

pas changée ; il constate sa longueur ; puis, à l'aide de nœuds dits nœuds marins j réputés, jusqu'ici, inextricables; il attache successivement les deux frères; il fixe leurs bras près du corps, leur lie solidement les jambes ; il les enlace enfin et les amarre de telle sorte sur leurs bancs et sur les traverses, que chacun regarde la défaite des Américains comme assurée ; ils vont, à coup sûr, êlre forcés de demander grâce.

Nous avons dit que l'armoire avait trois portes»; dans celle du milieu est pratiquée, à hauteur d'homme, une ouverture en forme de losange. On ferme d'abord, en même temps, les deux portes de côté, puis la porte du milieu; mais, chose incroyable, à peine cette dernière vient-elle d'être poussée que l'on voit apparaître, par Touverture susdite, les bras du prisonnier de droite, rouges en-

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core des étreintes du fameux nœud marin.

La surprise, le saisissement, la slupéfaution du public ne peuvent se dépeindre ; on hésite à croire ce que l'on voit ; on se regarde pour fixer ses idées sur celles de son voisin ; mais chacun, se trouvant suffisamment intrigué, ne peut fournir aucun éclaircissement.

On se résigne alors et Ton paye aux artistes un juste tribut d'applaudissements.

Bientôt on ouvre les trois portes et Ton voit les deux frères, le sourire sur les lèvres, descendre de l'armoire dégagés de leurs liens qu'ils tiennent à la main. On avait passé plus de dix minutes à les garrotter; une minute leur avait suffi pour se dégager.

Ce premier fait accompli, les jeunes gens remontent dans l'armoire, ils s'y assoient ; on pose le paquet de cordes à leurs pieds et on ferme les portes. Deux minutes après, on

ouvre et on voit les médiums garrottés de nouveau; ils se sont attachés eux-mêmes dans robscurité, et leurs mains sont solidement liées derrière le dos. On vérifie les atta- .] ches et on les déclare aussi solides que les premières. Il est bon de rappeler que, pendant toute la séance, quelques spectateurs entourent constamment Farmoire, que ce meuble est élevé sur des tréteaux et que la salle est tenue dans un état de clarté suffisante pour permettre de tout distinguer.

Maintenant vont se passer les faits les plus étonnants. On ferme les portes aussi vivement que possible, mais le dernier des battants est à peine poussé que le plus étrange concert se fait entendre : le violon s'anime sous un archet fermement conduit, la guitare résonne, le tambour de basque marque la mesure, la sonnette carillonne, la trora-

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pelte est vigoureusement embouchée, et le tout forme une cacophonie épouvantable.

Parfois une succession de bruits, de chocs, de coups se joint à celte infernale musique.

Puis tout à coup le silence se fait, et Tba voit un bras passer en entier par la lucarne en agitant la sonnette avec frénésie.

A rinslant où le concert est le plus étourdissant, si Ton ouvre brusquement les portes de Tarmoire, on remarque que les instruments sont à la place qu'ils occupaient et que les deux frères sont immobiles sur leurs banquettes et liés comme précédemment.

Les portes refermées, le bacchanal recommence, et, chaque fois qu'on ouvre, on reconnaît que les médiums sont calmes, tranquilles et toujours garrottés. J'oubliais de dire que, à chacune des manifestations spirites^ le cornet et la sonnette sont lancés par

la lucarne et viennent tomber aux pieds des spectateurs.

Pour contrôler ces espiègles lutins, on prie l'un des assistants, que le choix du public désigne, de se placer dans l'armoire entre les deux frères. Un délégué est envoyé : il se place sur le banc du milieu, et, pour se mettre en garde contre toute coopération de sa part, on lui attache une main sur Fépaule de l'un des deux frères et l'autre main sur le genou de l'autre frère. On est assuré déplus qu'aucun mouvement des médiums ne pourra avoir lieu sans que le délégué s'en aperçoive. Les portes une fois fermées, le sabbat se fait entendre de nouveau dans l'armoire et tous

les instruments s'escriment à qui mieux mieux. Ce bacchanal cesse au bout d'un instant; on ouvre les portes et l'on aperçoit le malheureux visiteur la tête enveloppée de

son propre mouchoir de poche et coiffé du tambour de basque, tandis que sa cravate est régulièrement nouée autour du cou de son voisin de droite, et que ses lunettes sont sur le nez de son voisin de gauche; sa montre même s'est trouvée transportée d'une poche dans l'autre. Le délégué une fois délivré de ses entraves est aussitôt entouré, questionné : il déclare qu'il n'a senti qu'un petit frôlement sur le nez, à l'instant où, du même coup, il était couvert du mouchoir et dépouillé de ses lunettes, et ne peut donner aucune autre explication. Cependant les poignets des médiums sont toujours solidement attachés derrière leur dos. On apporte de la farine, et, à l'aide d'une cuiller, on en met dans chacune des mains des spirites. Les portes ne sont pas plus tôt fermées que l'habil de l'un des reclus passe par la lucarne.

On ouvre vivement, on vérifie les ligatures ; on referme de nouveau, et deux minutes ne se sont pas écoulées que les deux frères descendent de l'armoire entièrement dégagés de leurs liens; ils s'avancent vers les spectateurs et leur montrent que leurs mains sont encore remplies de la farine que Ton y avait mise. Il faut dire que les jeunes gens sont habillés de noir et que pas le moindre vestige de farine ne se trouve sur leurs vêtements.

Beimeme partie. Les ténèbres. La disposition scénique de la séance est des plus simples : Tarmoire et ses tréteaux ayant été enlevés et mis de côté, on les remplace par une petite table sur laquelle sont déposés deux guitares et un tambour de basque, que nous avons vus figurer dans la première partie de la séance.

Ces préparations, qui ont été faîtes avec beaucoup de calme, ont donné aux deux frères le temps de prendre quelque repos dans une salle voisine. Ils reviennent bientôt prendre place sur deux chaises légères, de chaque côté de la table. Us déposent à leurs pieds chacun un paquet de cordes.

Sur la demande qu'ils en font faire par leur interprète, une quinzaine de personnes viennent s'asseoir près des Américains, et, se tenant toutes par les mains, forment autour d'eux un cercle impénétrable. Deux becs de gaz, placés de chaque côté de Fenceinle réservée, sont seuls allumés dans la salle. Une personne postée près de chacun de ces becs €st chargée de donner ou de supprimer la lumière.

A un signal donné par l'un des deux frères, l'obscurité se fait pendant deux minutes en-

viron. Un grand silence règne dans l'assemblée, tant on est impressionné par cette mise en scène inusitée. Les speclatems privilégiés, ceux qui font partie du cordon sanitaire, sont si près des médiums, que le moindre mouvement de ceux-ci, le plus faible frôlement de leurs vêtements doit se faire entendre. On prête une oreille attentive; on cherche à saisir le moindre bruit révélateur; mais, au milieu de cette attente inquiète, la lumière

se fait soudain, et Ton voit les deux Améri-

ff cains solidement garrottés; leurs jambes,

leurs bras, leurs corps sont entourés de cordes et de nœuds qui les fixent aux chaises sur lesquelles ils sont assis; leurs poignets sont liés derrière leur dos et assujettis aux traverses des sièges. La (able et les chaises sont enlacées également par de fortes ligatures. On s'approche, on examine les atta-

ches diverses et on les déclare consciencieusement exécutées.

L'obscurité se fait de nouveau, el tout aussitôt les instruments placés sur la table font entendre une mystérieuse harmonie.

Soudain le gaz s'allume et le concert cesse avec l'apparition de la lumière. Les instruments ne semblent pas avoir bougé de place, et les médiums sont toujours attachés.

Les assistants commencent à se sentir saisis d'une indicible impression de malaise.

On n'applaudit que très-peu ; ce genre de

spectacle n'est pas de nature à exciter les fibres de l'enthousiasme. On serait plutôt porté à l'énervation. Les croyants voient dans ces fails de véritables manifestations spirites ; les incrédules, les sceptiques, ne peuvent s^empêcher d'avouer que ces pré-

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tendues interventions surnaturelles sont tout au moins fort bien exécutées. Et pourtant on n'est pas encore arrivé aux faits les plus surprenants de cette mystérieuse séance.

Pour donner à l'assemblée la certitude absolue que les liens ne seront pas défails, on prie quelqu'un des spectateurs voisins de faire couler de la cire sur les nœuds qui élreignent les poignets et d'y apposer l'empreinte d'un cachet. Pendant ce temps, on enduit les guitares et le tambour de basque d'une liqueur phosphorescente qui permettra de les distinguer dans les ténèbres.

Aussitôt qu'a lieu l'obscurité, les guitares et le tambour de basque s'agitent et quittent leur place en produisant les plus lugubres sons. On les voit s'élever en Fair, tracer des contours lumineux ; puis, dans une course

désordonnée, parcourir la salle en planant sur la tête des spectateurs. Une guitare effleure les cheveux de celui-ci, une autre frôle le vêtement de celui-là, et, bien que souvent animés de mouvemenls brusques et saccadés, aucun de ces instruments ne heurte les spectateurs ni le plafond; seulement, lorsqu'ils passent auprès du visage, on sent un vent brusque, un air déplacé qui vous porte instinctivement à rentrer la lêle dans les épaules, de crainte de quelque choc. Celle situation est plus pénible qu'agréable, el on en ressent un senliment de vague terreur qui paralyse toute réflexion.

Au milieu de ces évolutions bizarres, la lumière paraît et les instruments se trouvent abattus sur les genoux des spectateurs. Vérification faite des liens cachetés, on les trouve inlacls.

MO hàgie et physique amusante.

Voici une nouvelle précaulion prise pour rassurer les spectateurs contre toute supercherie, si un doute leur reste encore : on met une feuille de papier sous les pieds des médiums; on y trace avec un crayon le contour de leur chaussure. Si, par un procédé inexplicable, ils viennent à se dégager de leurs liens et à quitter leur siège , la feuille de papier révélera le fait. Quelques millimètres d'écart et le truc est éventé. Le public paraît satisfait de cette mesure. Un spectateur est, en outre, prié de quitter son habit ou son paletot et de le placer sur ses genoux.

Ces dispositions terminées, le gaz est éteint, et, pendant quelques instants d'obscurité, les guitares font encore entendre leurs chants d'outre-tombe, et se livrent à leurs ébats fantastiques. Mais, tandis que

ces clartés sonores se balancent dans l'espace, un spectateur se trouve subitement dépouillé de son chapeau qui se transporte à quelques mètres de distance; un autre a les cheveux ébouriffés par le passage d'une main inconnue ; un troisième se sent presser la main par une main invisible; enfin rhabit du spectateur lui est vivement enlevé, tandis qu'un autre spectateur reçoit sur ses genoux comme un vêtement qu'il ne saurait distinguer. Or, lorsqu'on rallume le gaz, on voit les deux frères calmes, garrottés et paraissant complètement étrangers à tout ce qui vient de se passer. On se précipite sur les cachets: ils sont intacts; on vérifie la feuille de papier : la chaussure n'a pas quitté d'un millimètre les traits qui Tenlourent. Mais ce qui porte surtout l'étonnement à son comble, c'est que l'un des

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frères, bien que garroUé et cacheté, est revêtu de rhabit du spectateur, tandis que l'autre est coiffé d'un chapeau et porte sur son nez une paire de lunettes. Ces trois objets appartiennent à trois des assistants.

L'habit du médium est dans la salle sur un des spectateurs. .

A ce moment, Fétonnement, on pourrait dire la stupéfaction, Tébahissement du public, est à son comble. Manifestations spirites ou mystification , intervention des esprits ou tour d'escamotage, le spectacle est complet et Ton se décide, toute réflexion et toute recherche cessantes, à payer aux artistes un juste tribut d'applaudissements^

Explication des trucs a l'aide lesquels se font LES prétendues MANIFESTATIONS 8PIR1TES ET LES PHÉNOMÈNES « INEXPLICABLES »

LE TRUC DES FEËRBS DAYENPORT. 249

DES FRÈRES Da VENPORT. — Lcs preslicfigi tatCUFS ont, d'ordinaire, des instruments spéciaux propres à facililer leurs prestigieux exercices. Les Davenport n'ont, à proprement parler, que leurs cordes. L'armoire n'est pour rien dans Texéculion des trucs. Un simple paravent et deux chaises pourraient au besoin la remplacer. Elle ne sert, en réalité, qu'à cacher les manipulations des médiums. Lcs instruments de musique peuvent êlre considérés comme de simples accessoires.

Les cordes sont faites de coton ; leur tissu est une tresse semblable à celle des cordons qui servent à faire mouvoir les rideaux; elles présentent ainsi une surface unie pouvant glisser très-facilement Tune sur l'autre. Elles ont environ trois mètres de longueur.

Lorsque, au commencement de la séance, on engage un certain nombre de spectateurs

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à monter sur Teslradeet à entourerrarmoire, on les prie de so tenir lous parla main, sous le prétexte d'établir un cercle magnétique autour des spirites. En réalité, c'est pour prévenir les indiscrétions. C'est pour les mêmes raisons qu'on fait également se tenir par la main le rang des spectateurs les plus nipprochés de la scène.

Les deux frères s'assoient sur les sièges de l'armoire; ils remettent chacun trois cordes au délégué qui doit les attacher sur leur banc. On croirait peut-être cette besogne facile; il n'en est rien. D'abord, comment va-t-on s'y prendre, et par où va-t-on commencer? On n'a jamais eu, peut-être, l'occasion de garrotter un prisonnier. Quelquefois le délégué est bienveillant ; il cherche moins à embarrasser son homme qu'à remplir sa lâche ; il marche au hasard de la

LE TRLC DES FIIËRES DiVENl'ORT. Ul

corde. Alors tout est pour le mieux pour le succès du prestige. Mais fort souvent aussi

on a aïfaire à un délégué malin, nerveux, prenant son rôle au sérieux et regardant sa répulalion d'habileté comme ei^agée. Sa première idée est de placer les poignets du

■ Il II I ■ ^

palienl derrière son dos et de les y fixer solidement. Il fait ensuite revenir la corde par devant, la conduit ensuite par derrière, l'enlace sous les bras et termine par un nœud qu'il juge inextricable. Avec les deux autres cordes il entoure les pieds, les cuisses, les bras, et amarre solidement ces parties au banc de l'armoire. Vaines précautions! Tous les nœuds, toutes les attaches peuvent se défaire.

Tandis qu'on le garrotte, le médium se prête à toutes les positions qu'on lui impose. Mais de son œil américain il voit promptement à qui il a affaire. Le délégué bienveillant, il ne s'en occupe guère; il le laisse faire. Mais Pautre, il le surveille et lutte tacitement contre ses rigueurs. Se sent-il trop vigoureusement serré, il laisse échapper une faible plainte qu'il semble réprimer aussitôt.

Cette pelile comédie réussit presque toujours : il est rare qu'on ne mette pas un peu de réserve dans la continuation des ligatures.

Ou bien encore le médium, sans qu'on puisse s'en douter, gonfle certaines parlies du corps, soit en haussant insensiblement les épaules, soit en écartant les bras du corps, soit enfin en opposant une résistance du côté où la pression se fait sentir.

Une fois garrotté, le premier mouvement du médium est^ par certains efforts qu'on ne saurai! décrire, de faire remonter vers les épaules les cordes qui sont sur les avantbras, afin de rendre à ceux-ci un peu de liberté. Yient ensuite un travail de force et de dislocation : les poignets vigoureusement écartés l'un de l'autre forment levier sur les boucles dans lesquelles ils sont passés, et, par des secousses répétées, ils déterminent

25ft . UAGIE ET PHYSIQUE AMUSANTE.

un relâchement dans les parties susceptibles d'eu éprouver. Un centimètre, à peine, de jeu suffit pourpermeltreladélivrancede Tune ou de l'autre main. 11 est vrai de dire que, par un exercice auquel nos médiums se sont livrés, le pouce s'efface dans la main et le tout prend une forme cylindrique qui ne présente pas plus de grosseur que le poignet. La première des quatre mains qui se dégage passe par la lucarne pour se montrer aux spectateurs, tandis que les trois autres travaillent à la délivrance commune. Une fois qu'on a les mains libres, on défait les autres attaches ainsi que les nœuds; les dents rendent un grand service dans celte circonstance. Ira Davenport, celui qui, dans la figure 1 , est à la droite du spectateur, est plus habile et mieux disloqué que son frère; c'est presque toujours lui le premier dégagé. Dans ce cas .

LB THUG DUS FRÈltBS DAVEHPOAT. S3S

il aide William. D'ailleurs, le premier libre aide l'aulre.

Lorsque les médiums s'altaehenl euxmêmes dans leur armoire, le mode de ligature qu'ils emploient leur permet de se détacher et de s'attacher de nouveau en lrès~

S5e MAGIE ET PHYSIQUE AMUSANTE.

peu de temps. La figure 2 donnera une idée de la disposition des cordes.

Pour obtenir celte disposition, voici ce qu'ils font : ils prennent une des cordes par

Fig. 3. .

le milieu, et ils pratiquent à cet endroit une double boucle, telle qu'elle est représentée par la figure 3.

On voit que c'est un double nœud coulant dont les boucles peuvent être serrées ou agrandies, soit qu'on tire les bouts À et B ou qu'on les lâche.

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Tout en laissant ces boucles ouvertes, ils passent, par deux trous pratiqués dans le banc, les deux bouts de la corde, qui est assez longue pour aller entourer les pieds el se fixer à la traverse de devant. Avec les deux autres cordes, ils attachent les cuisses sur la traverse et quelquefois les bras sur le corps. Ceci terminé, ils passent les mains dans les boucles qu'ils serrent en allongeant un peu les jambes en avant. C'est sur ce truc que repose tout le simulacre deTinlervention des esprits el du tapage auquel ils se livrent. En effel, les portes de l'armoire sont à peine fermées que les deux frères ramènent un peu leurs jambes en arrière, donnent de la liberté au nœud ; ce qui leur permet de sortir leurs mains elde les rendre libres. Le violon, les guitares, le tambour de basque, la sonnette, sont presque simultanément mis en jeu et

formenl une cacophonie que renforcent encore des Irépignemenls et des coups de poing frappés sur les parois du meuble. Puis tout tout à coup les instruments sont mis à leur place, les mains rentrent dans leurs liens ; on ouvre les portes et tout paraît en ordre.

Un délégué du public, avons-nous dit, leur est envoyé; il se place dans l'armoire sur le banc du milieu. On lui attache une main sur Tépaule d'ira et Pautre main sur le genou de William. Mais ne voit-on pas que cetle précaution, qui semble prise contre les deux frères, est à leur avantage? Us n'ont pas besoin, en effet, de remuer ni leur épaule ni leur genou pour se livrer à leurs espiègleries, et le nouveau venu, ayant les mains attachées, ne peut contrôler leurs faits et gestes. 11 devient un être passif, et, dans cet état, ou lui enlève facilement ses lunettes, s'il en

porte, sa cravate, son mouchoir de poche, et on le coiffe avec le tambour de basque. Mettre de la farine dans les mains des deux frères, cela ne les empêche pas de les sortir du nœud coulant. Une fois les mains dégagées, ils versent leur farine dans une poche pratiquée dans Thabit; s'y essuient les mains ; les passent ensuite successivement par la lucarne pour montrer qu'elles sont libres, et selivrent enfin, comme précédemment, à leur bruyant concert; après quoi, l'un des frères prend dans une poche de côté un petit cornet rempli de farine ; il en verse dans les mains de son compère et dans une des siennes ; remet le cornet vide dans sa cachette et répartit dans ses deux mains sa provision de farine.

On ouvre les portes, et les deux frères dégagés de leurs cordes, descendent monlrer au public que leurs mains sont toujours rem-

plies de farine. Ce pelit truc de farine eut,un jour, un dénoûmenl assez fâcheux pour les médiums, mais très-plaisant pour les spectateurs. Le délégué chargé de mettre la farine dans les mains eut la malice d'y mettre du tabac à la place. Les spirites n'en virent rien, puisque, à ce moment, leurs mains sont placées derrière leur dos. Les deux frères reparurent avec de la farine dans les mains.

On leur fit connaître le tour qu'on leur avait joué, et tout le monde se mit à rire, excepté, pourtant, les mystificateurs mystifiés.

Les explications sur la seconde partie, dite dans les ténèbres^ seront faciles à comprendre, attendu que les trucs reposent encore, pour la plus grande partie, sur le fameux nœud coulant dont nous venons de parler :

les deux frères sont assis de chaque côté d'une table sur laquelle sont déposés guitares

VE TRUC bES FRÈRES DÀYENPORT. 261

et tambour de basque; ils ont à leurs pieds un paquet de cordes; autour d'eux se forme le cercle magnétique des spectateurs se tenant par la main ; l'obscurité se fait, et tout aussi tôt les deux frères se garrottent sur leur chaise, dans les conditions que nous avons indiquées plus haut et dans la position que représente la figure 2. Il n'y a de différence que dans la forme des sièges. Ainsi que dans l'armoire, ils peuvent à leur gré s'attacher ou se détacher instantanément et jouer des instruments qui sont sur la table. Mais, dirat-on, comment vont-ils faire lorsqu'on va sceller à la cire le nœud qui les attache? Le lecteur remarquera sur la figure 3 qu'on peut mettre de la cire sur le milieu du noeud et fixer même ensemble, à cet endroit, deux parties de la corde, sans que le mouvement des bouts  et fi, ainsi que celui des boucles,

puisse être gêné. Lorsque les poignets sont passés dans les boucles, celte partie du nœud se trouve toujours en dessus. Et puis Tinterprèle a soin d'indiquer Tendroil précis où le cachet doit êli e apposé, en priant d'éviter de faire couler de la cire brûlante sur les poignets. Cette observation provoque toujours une réserve très-utile à la réussite du truc. Il faut dire enfin que la corde étant de la grosseur du pelit doigt, le cachet ne peut guère prendre plus d'espace que la réunion des deux parties fixes.

H nous reste encore plusieurs faits merveilleux à expliquer : ce sont les évolutions fantastiques des guitares, la feuille de papier sous les pieds, Thabit enlevé et revêtu, etc. Les guitares et le tambour de basque sont enduits d'une liqueur phosporescente dont le faible éclat ne rayonne pas assez pour écl?i-

^ ^ ■ Il ■ ■ I

rer les objets qui les entourent; on se trouve donc dans une complète obscurité. Ira se détache de ses liens, et, avec l'habitude qu'il a acquise de se reconnaître dans ces ténèbres, il prend par le manche une guitare lumineuse, s'avance aussi près que possible du public, et la fait voltiger au-dessus des tètes, tout en faisant vibrer les cordes à l'aide des deux derniers doigts. L'absence de tout autre objet de comparaison ne permet pas au public de juger à quelle distance se trouve cette lumière indécise, et j'ai éprouvé moi-même qu'une guitare qui me touchait presque la .

tête me semblaiten être éloignée de quelques mètres. Pendant ce temps, Tautre médium, étant également suffisamment dégagé, élève aussi haut que possible Fautre guitare et le tambour de basque phosphores, et fait avec ces deux instruments autant de bruit et de

mouvement que possible. Le Iruc du contour des pieds marqué sur la feuille de papier est très-ingénieux : Ira, après qu'on a pris cette mesure de précaution, quitte la feuille de papier pour s'approcher des spectateurs, et, lorsqu'il revient s'asseoir, il a soin de retourner la feuille de papier avant de poser ses pieds dessus ; puis , à Taide d'un crayon qu'il prend dans une de ses poches, il trace un autre contour que Ton prend pour celui que le public a fait. Quant au tour de l'habit endossé. Ira, libre de ses liens, quitte son habit, le jette au milieu de la salle, et, saisissant celui qu'il a fait mettre sur les genoux d'un spectateur du premier rang, il s'en revêt, puis se remet dans ses attaches et le tour est fait.

LE CARTON FANTaSTIQUK.

jut le moade coonall , cetaxiomede physique:

'' Icconleou est plus petit j que le contenanî, et ré- Jcîproquemenl. Celte inconteslable vérité, cet axiome semble se trouver en contradiction avec le truc dont il s'agit ici. On en jugera par l'exposition sommaire dont je vais faire précéder les explications techniques.

Le prestidigitateur entre en scène portant

SOUS le bras un carlon à dessin; il le pose sur de légers tréteaux placés en avant de la scène, et il en relire successivement :

1* Différentes images.

S"" Deux charmants chapeaux de femme, Tun en velours noir, orné d'une plume blanche; l'autre en salin rose, garni de fleurs.

3"* Quatre tourterelles vivantes;

^ Trois grandes casseroles remplies, Fune de haricots, Tautre d'eau, la troisième de feu.

S"" Une cage garnie de serins volti^ant de bâtons en bâtons.

6"* Un enfant de cinq ou six ans.

Il est bon de faire remarquer que le carton n'a pas plus de trois centimclres et demi d'épaisseur, et qu'on le ferme chaque fois qu'on en a retiré un des objets que je viens de citer.

Avant de donner les explications nécessaires pour Texéciition de ce tour, il est indispensable d'en indiquer les dispositions scéniques, en y joignant le boniment, qui motive l'apparition de chacun des objets.

Lorsque le carton est placé sur les tréteaux et que les cordons en ont été déliés, on en sort une image représentant une charmante petite dame à mi-corps, grandeur nature, et coiffée en cheveux. On ferme le carton.

— Je remarque, dites -vous, que celte dame est sortie nu-tête de ce carton; elle y aura sans doute oublié son chapeau. En effet, le voici.

On sort le chapeau et on ferme le carton.

^ Ce chapeau est pour 1 hiver; il doit être sans doute accompagné d'un chapeau d'été.

270 VÂGIE ET PUYSIQUE AMUSANTE.

On ouvre, et on relire un chapeau de satin; on ferme le carton pour le rouvrir aussitôt, et on en sort une autre image représentant un oiseau.

— Ah! voici un oiseau; il est certain qu*il ne peut y en avoir dans ce portefeuille qu'en peinture. Cependant, voici une tourterelle qui a essayé de s'y fourrer; mais dans quel état est-elle, gi^and Dieu!

On montre une tourterelle empaillée et tout aplatie.

— Elle est morte. Mais j'en aperçois une qui a résisté à la pression; elle est bien vivante 1

On la montre ; puis une autre, puis encore une autre, et enfin une quatrième. On a retiré ainsi quatre tourterelles, que Ton a successivement mises sur les bords du carton, qui est resté ouvert. Après les avoir

mises de côté, on ferme le carton * ; puis, un instant après, on le rouvre et on en sort une image représentant deux cuisiniers qui se battent à coups de casseroles.

— Ah bien! voici, maintenant, une batterie de cuisine... Leurs instruments culinaires ne doivent pas être éloignés. En effet, voici une grande casserole remplie de haricots.

On sort celle-ci et on la met sur une table de côté; puis, revenant vers le carton, on sort une autre casserole remplie d'eau.

— Voici, sans doute, Teau dans laquelle on allait mettre les haricots; elle est bouillante.

On y met le doigt et on le retire vive-

i. Le soir, les tourterelles sont tellement dociles quo nonseulement elles ne fuient pas, mais encore qu'elles restent là où on les met

27) UÂGIK ET PHYSIQUE AHUSÂHTE.

ment, bien que Teau ne soit pas chaude.

— Cela n'est pas étonnant^ voilà le feu qui la faisait bouillir!

On relire la troisième casserole et on la met de côté, ainsi que l'autre, et on ferme ; puis, presque aussitôt, en ouwe de nouveau*

— Voici un objet que j'avais oublié de sortir... .

On relire la cage pleine d'oiseaux, que l'on porte aux spectateurs pour être examinée. Lorsque l'on revient, on frappe sur le carton, qui est resté ouvert.

— Toc toc ! il n'y a plus rien là, dit-on, et encore moins personne.

— Mais si! il y a encore quelqu'un, répond Tenfanl en passant sa petite tête pardessus le carton; je voudrais bien sortir pour prendre l'air, on étouffe là dedans !

On sort l'enfant, et l'on vient ensuite

LE CâRTO« fantastique. 275

montrer au public riiitérieur du carton, qui ne diffère en rien des cartons ordinaires -

Ce tour exige une très-grande adresse pour être convenablement exécuté, surtout quant à ce qui concerne Tapparilion de T enfant.

EXPLICATION

De tous les objets qui sortent du carton, les uns y sont installés à Tavance, les autres y sont introduits dans le cours de Texpérience. Pour les premiers, ce sont les images, les chapeaux, la tourterelle aplatie, le couvercle ou double fond de casserole rempli de haricots, et la cage. Pour les seconds, les tourterelles vivantes, les casseroles et Tenfanl.

27i MAGIE ET PUYSIQUE AMUSAÎiTE.

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