CHAPITRE VI
LES ÉLÉMENTAUX
Nous allons toucher ici aux questions les plus mystérieuses et les moins connues de la science Occulte. Bien plus, ceux-là même qui ont livré une partie du secret, l’ont fait avec une discrétion qu’on ne saurait leur reprocher, dès qu’on comprend que si la vraie Magie, la Magie blanche, lumineuse, peut apporter à l’homme la vérité et le bonheur, il en est une autre, Magie noire, ténébreuse, qui peut amener les effets les plus terribles et les plus désastreux.
En effet, si nous nous reportons à ce que nous appellerons la Magie terrestre, c’est-à-dire notre science, ne comprenons-nous pas que si l’honnête homme peut, grâce à sa connaissance des éléments naturels terrestres, produire pour ses semblables le bien de la guérison, le progrès industriel, le perfectionnement des conditions vitales
et sociales, un autre peut ne se servir des secrets surpris que pour le mal.
Un chimiste adonné au travail consciencieux, ouvrira-t-il son laboratoire au premier passant qui témoignera de sa curiosité ? Avant de l’admettre comme élève, ne s’enquerra-t-il pas de sa moralité, du but qu’il poursuit ? Livrera-t-il sans précautions la clef de l’armoire aux substances vénéneuses ou des explosifs dont l’action, entre ses mains à lui, peut et doit être bonne, à un inconnu qui ne s’en servira que pour satisfaire ses passions, ses vengeances, ses instincts criminels ?
Or, si nous avons été bien compris, dans ces études destinées seulement à donner à autrui l’intuition d’un monde inconnu et pourtant réel, n’est-il pas évident que les forces que nous avons nommées plutôt qu’expliquées, réservant à un second volume des détails qui, ici, fussent restés presque incompréhensibles, sont aux éléments dont dispose la science officielle ce que l’électricité est au souffle d’un enfant sur une plume qui s’envole.
Les forces psychiques sont autrement puissantes, autrement difficiles à manier que les forces physiques, elles peuvent avoir raison de résistances qui, si grandes fussent-elles, ne pèseraient pas devant elles plus qu’un fétu de paille.
Ne voit-on pas déjà un exemple de cette vérité, quand on songe au mal que pourraient commettre les magnétiseurs et les hypnotiseurs ? Le bon sens public s’est effrayé des dangers que peuvent
évoquer non-seulement les charlatans, mais encore les vrais savants qui ne seraient pas guidés uniquement par l’amour vrai de la science. La suggestion n’a-t-elle pas été étudiée comme moyen criminel et n’existe-t-il pas dans les fastes du vice des procès où l’action de la suggestion nous apparaît aujourd’hui évidente ?
Est un magicien noir quiconque se sert de la force acquise pour le mal. Castaing et la Pommeraye furent des magiciens noirs. La justice humaine les a atteints et châtiés. Combien lui ont échappé ! Et encore il s’agit en ces cas spéciaux de criminels qui cherchent à utiliser une substance dont ils croient les caractères irreconnaissables post mortem, mais qui, étant à la portée de tous les chercheurs, ont bien vite livré leur secret.
Mais dans le domaine que nous appelons occulte, tout est encore inconnu.
Les forces dont disposerait le magicien noir, tirant leur puissance d’un plan autre que le plan purement physique, ont des propriétés qui sont absolument inconnues de la presque totalité des hommes et tout particulièrement de ceux que leur éducation a mis en garde entêtée contre toute incursion dans le domaine non officiel.
Parlez à un médecin de la théorie suivante :
Le mal n’est pas seulement physique, il est également et surtout psychique. La haine, la colère, sont des poisons au même titre et même à un degré plus violent que l’arsenic ou la strych-
nine. Le méchant, par l’intensité de son mauvais vouloir, fait du mal à autrui. Il empoisonne de sa méchanceté l’atmosphère dans laquelle vit celui qu’il hait. Son Corps astral est un poison qu’il projette vers son ennemi. Ni l’envoûtement ni la jetée des sorts ne sont de vains mots.
Les sorcières de Macbeth écrasant dans leur •chaudière des animaux immondes, torturant des bêtes venimeuses pour leur faire cracher leur bave dans un spasme de rage, composent des poisons d’un caractère plus dangereux que ceux qui sont distillés dans les alambics. Le sang d’un animal mort dans les convulsions de la fureur impuissante est un poison.
Il est facile de traiter de folie superstitieuse la cueillée de plantes à minuit sous un gibet.
Il serait préférable de faire des expériences qui prouveraient ou infirmeraient la réalité des faits : il est singulier que la science moderne semble tenir à orgueil de n’opposer que le dédain à toutes les suggestions du passé. On devrait bien comprendre cependant que les persécutions de l’église ne constituent en aucune façon une preuve de nullité à l’égard de phénomènes qui, quoi qu’on en dise, ont été mille fois constatés.
Nous sommes dans le temps du préjugé à rebours. Il est de dogme que rien de ce qui n’a pas été établi par l’expérience n’a un fondement vrai. Mais le principe n’est juste qu’à cette condition qu’il n’entraîne pas comme conséquence le refus des expériences nouvelles.
Le médecin auquel oii aurait l’audace d’insinuer cette argumentation hausserait les épaules et, si on appartenait au corps officiel, vous dénoncerait à la vindicte des supérieurs.
Lire Paracelse ou Van Helmont ou Basile Valentin ou Glauber, c’est descendre la pente de la folie. C’est pourquoi nos savants sont si raisonnables.
Il faut que des hommes indépendants de toutes coteries aient le courage d’attirer l’attention sur de prétendus paradoxes qui, dans dix ans, plutôt peut-être, seront reconnus pour des vérités.
La magnétisation de l’eau, qui est aujourd’hui d’ordre courant, ouvre de singuliers horizons sur la vieille question des talismans. Il n’est pas impossible de communiquer à la matière, par des procédés appropriés, des propriétés spéciales, thérapeutiques ou autres.
La matière brute peut subir et répercuter des suggestions comme la matière vivante.
Pourquoi ?
Rien n’est rien.
Rien ne vient de rien.
Rien ne va à rien.
Aucune manifestation matérielle ou psychique ne se produit si elle n’a en elle une force essentielle, principielle : par conséquent, à quelque classe de choses que nous appliquions ce principe, nous trouvons que Tout a en soi sa potentialité, force intime dont les propriétés sont l’expression.
Tout est une résultante multiple — fait existant in ipso, soumis à des lois directrices, obéissant à un principe général.
L’air, la terre, l’eau, le feu, pour parler le langage des anciens, toutes les expressions de la matière, selon l’école moderne, ont en eux leur puissance d’être, dans la sphère de leur activité possible...
L’oxygène et l’hydrogène, qui se combinent sous l’action électrique pour produire l’eau, ont en eux, chacun individuellement, une force active qui les pousse à cette combinaison, et quand elle a eu lieu, une évolution s’est produite donnant naissance ou plutôt servant de coque, d’habitacle à la Force spéciale de l’eau. S’il arrive que l’oxygène soit décomposé en corps plus simples, chacun de ces corps aura en lui une potentialité dont celle de l’oxygène, tel qu’il se comporte aujourd’hui, n’est qu’une résultante.
En tout, selon modification d’état, il existe une force potentielle — et puissante, c’est-à-dire active et réelle — adéquate à cet état. De plus, en raison d’affinités fatales, ces potentialités souvent latentes tendent à se modifier ou plutôt à se perfectionner par l’évolution.
La matière est Une semence qui veut toujours germer, le progrès de cette germination dépend de la valeur de sa potentialité et aussi de sa faculté d’adaptation aux milieux supérieurs.
Chaque stade de l’évolution se distingue par des potentialités particulières. C’est ainsi qu’en
chimie l’état naissant développe des propriétés particulières : le moment de la métamorphose, l’interrègne de deux potentialités, est lui-même une expression de la force qui a son individualité propre et sa nature spéciale.
Donc, répétons que tout ce qui est, en quelque règne que ce soit, minéral, végétal ou animal, a en soi son principe actif, vivant, évolutif, à lui spécial, sorte de Psyché, étincelle principielle et douée d’une force qui, pour être plus ou moins obscure, n’en est pas moins propulsée par une volonté intime et incoercible. En toute chose, il y a un Être de la chose.
Cet Être tend quelque part.
Les anciens n’avaient pas méconnu cette vérité. La Kabbale définit ces forces qu’elle appelle Ruchin et Lilith , mâles ou femelles, positives ou négatives.
Ces êtres, potentialités des choses, l’Occultisme les dénomme Élémentaux.
En langue mythologique, c’étaient pour les forces terrestres, minérales, les Gnomes, gardiens des trésors et des mines, obéissant à la Reine de Golconde.
Pour les végétaux, les Dryades, Ëpiméliades, Napées, Agriades, Nymphes.
L’Air était peuplé de Sylphes, Lutins, l’Eau d’Ondins, le Feu de Salamandres.
— Tous les Eléments, dit Paracelse, ont une âme et sont vivants. Les habitants des Éléments s’appellent Saganes. Ils ne sont pas inférieurs à
l’homme, mais en diffèrent en ce qu’ils n’ont pas d’âme immortelle. Ce sont les puissances de la nature, c’est-à-dire ce sont eux qui font ce qu’on attribue généralement à la nature. Nous pouvons les appeler des êtres, mais ils ne sont pas de la race d’Adam. Ils mangent et boivent les éléments qui, dans leur sphère, servent de nourriture et de boisson. Ils sont habillés, ils se marient et se multiplient entre eux. Ils savent tout ce qui se passe et se révèlent souvent aux hommes qui peuvent converser avec eux. Ils peuvent venir parmi nous et se mêler à notre société. Ils peuvent engendrer avec nous, mais leurs enfants ne leur appartiennent pas...
Ici, comme en toute formule alchimique, il faut chercher le sens réel caché sous le sens cabalistique.
Mais avant tout et pour l’intelligence de ce qui va suivre, il faut revenir à cette idée que les éléments des choses ne sont pas de simples entités métaphysiques, mais des êtres réels, doués de vie, de formes et de volonté, d’instinct si l’on veut mais qui les entraîne sur le chemin de l’évolution, et par conséquent tend à les rapprocher de l’hominalité.
N’oublions pas encore que l’homme est formé d’élémentaux qui représentent la partie la plus grossière de son corps, mais qui ne s’y trouvent pas moins, en possession de leur potentialité propre, carbone, phosphore, etc.
Les Élémentaux ne sont donc pas en réalité
inférieurs à l’homme, puisqu’ils peuvent participer à son évolution. Seulement, comme nous l’avions fait remarquer à propos du pollen des fleurs, dans les élémentaux minéraux, combien peu par exemple parviennent au stade de l’évolution hominale ! Combien d’avortements !
Le premier stade doit élever le minéral au végétal ; l’effort, souvent impuissant de l’élémental minéral, se traduit par ces hybrides, semi-végétaux, qui semblent des déviations tératologiques.
Mais en outre, l’évolution attache parfois le minéral à la bête, sorte de rudiment d’incarnation qui unit l’immobilité aü mouvement, l’insensibilité à la sensibilité, l’amorphisme à la plastique.
On sent cet effort persistant et souvent infructueux, l’animal s’évade de sa coquille minérale, comme l’homme s’évadera plus tard de son corps matériel.
Les Elémentaux n’atteignent jamais à Manas 1 l’esprit, puisque l’homme rejette avant son évolution spirituelle tout ce qui lui reste de l’élément purement matériel.
Mais ils jouent dans la constitution de l’homme un rôle dont on ne saurait méconnaître l’importance : on peut même dire que l’homme est, en tant que corps matériel, sous l’influence de la force élémentale.
Puissances de la nature, mais puissances bornées. Êtres réels, mais qui n’ont rien de l’hominalité.
Par le végétal, ils pénètrent en l’homme pendant sa vie, autant du reste que par les éléments minéraux, gazeux, essentiels de la matière.
Il existe donc entre les Ëlémentaüx et l’homme une connexion, une relativité qui ne cesse qu’à un stade très élevé de l’évolution hominale.
Minéral ou végétal, l’Ëlemental obéit à des attractions qui sont la forme de ses désirs : il est habillé d’une substance.
Mais quand cette substance lui fait défaut, qu’elle est désagrégée ou sublimée, désintégrée même, l’Élémental, en tant que potentialité, n’en existe pas moins. Il est à l’état d’énergie conservée.
Ces énergies ont une tendance à la re-minéralisation, à la re-végétation, à la re-animalisation, de telle sorte qu’elles vaguent à travers la nature, cherchant un objet à leur action.
Or, il est facile de comprendre que de ces forces, de ces Ëlémentaüx, les uns sont bons, les autres sont neutres, les autres sont mauvais. L’acide qui brûle a son Élémental, comme l’eau inoffensive.
En les poisons, en les explosifs, en toutes les forces brutales de la Nature, il y a un élémental.
La Kabbale dit :
« Il n’est rien au monde, même un brin d’herbe, sur qui un esprit ne règne ».
C’est la même idée rendue sous une forme plus concrète. Tout brin d’herbe a en lui une force — brin du faisceau de la force herbale,
autre brin du faisceau végétal, dépendant ellemême d’autres forces dont l’expression première est la force vivante, qui se ramifie en toute la Nature.
C’est ici qu’il convient de se demander si les Élémentaux peuvent exercer une influence sur l’homme et réciproquement.
Pour l’élémental, l’homme est un ennemi, puisqu’il est un destructeur. Mais aussi, qu’il prenne garde, l’Élémental se défend et c’est avec les précautions les plus grandes que l’homme doit entrer dans son domaine. Les choses se vengent. Elles souffrent. Sunt Lacrymae rerum ! Le poète a dit vrai.
De plus, se fait-on bien une idée de la brutalité de ces Élémentaux ? Un mot expliquera tout.
Il y a des Élémentaux de la foudre, de la mer ; un cyclone n’est qu’un tourbillonnement d’Élémentaux.
En fait, les Élémentaux sont soumis à l’homme ; mais la coercition que celui-ci exerce sur eux, nuit à leur évolution normale, et ils combattent et ils tuent.
En tant que forces, ils vaguent, avons-nous dit, à travers l’univers, toujours en quête d’action ; tout ce qui se trouve sur leur passage leur sert d’instrument et, si l’homme cherche à leur barrer le passage, malheur à lui.
Tant que, dans l’évolution humaine, il y a prise pour la Matière, l’Élémental est un ennemi.
Le Corps astral ne lui échappe même pas, en
sa partie matérielle : et avec ses énergies brutales il peut le tordre et le briser.
L’homme, en sa vie terrestre, est environné d’Ëlémentaux qu’il provoque et qui le harcèlent.
Il peut les dominer, c’est ce qu’il fait tous les jours par la science et l’industrie, mais comme l’Élémental sournois le guette ! Qu’il se départe un seul instant de sa surveillance, qu’il commette la moindre des erreurs et comme l’Ëlémental triomphant prend sa revanche 1 L’explosion de la machine à vapeur, l’écroulement d’une mine sont les triomphes féroces de l’Ëlémental.
Toujours dompté, toujours indompté.
Mais l’homme n’a réellement puissance sur lui que lorsqu’il fait usage de toute sa force psychique, la seule contre laquelle l’Ëlémental soit impuissant.
Celui qui, intuitivement, comprend l’Élémental, c’est-à-dire sait que sous la matière brute, il y a un être, le poursuit, le rejoint et le regarde en face, celui-là est tout-puissant, ce qui équivaut à dire qu’il n’acquiert ce pouvoir que lorsqu’il est parvenu au plan astral.
Maintenant, on doit comprendre ce que nous entendons par Magie noire.
Le Magicien noir, le Sorcier, n’est pas l’adversaire, il est l’allié, le complice, presque l’esclave de l’Élémental dont il se croit le maître.
L’Ëlémental, agent du mal, ennemi de l’évolution ascendante qui le rejette plus bas dans la brutalité et qui paralyse son action, se constitue
l’auxiliaire du criminel qui^retarde l’accession au plan psychique.
Ils s’emparent, avons-nous dit, des corps astraux : alors, ils apparaissent sous des formes diverses. Le Sorcier leur livre lui-même une partie de son influx astral et contribue à leur donner cette existence éphémère et presque toujours terrifiante. Aussi ils peuvent se saisir d’une portion de la forme astrale d’un médium.
Ils galvanisent le cadavre d’un animal ou s’emparent du moule qui a abandonné son corps matériel, ils réaniment des débris épars et constituent des formes monstrueuses qui restent pendant de longues années dans l’imagination des peuples.
Un dernier mot sur les Élémentaux : ils constituent le Monde du mal et des vices.
Dans la Kabbale, c’est le Olahm Ha Asiah , le Monde Asiatique, le monde de l’action appelé aussi le Monde des Coquilles, Olahm-Ha-Oliphoth, monde de la matière, fait de la partie la plus grossière des autres mondes. En lui sont les esprits du Mal que la Kabballe appelle Oliphoth , Coquilles.
Le Prince de ce Monde, Samael , est l’ange du poison et de la mort, il a pour femme Isheth Zemunin, la Prostitution. Unis, ils forment Chioa , la Bête.
Mais il y a aussi les Élémentaux du Bien, et c’est sur ceUx-là que la Magie Blanche peut exercer son empire.
Ce sont les forces d’en haut, celles que la lé-
gende, la tradition, la Kabbale ont désignées sous le nom d’Anges.
En tant que forces pures, la Kabbale les dénombre ainsi, sous l’appellation des dix Sépbiroth :