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LES ÉLÉMENTAIRES

En ces questions qui touchent tout particulièrement aux mystères de la vie future, nous suivrons d’abord pas à pas les enseignements de la science occulte et du Boudhisme ésotérique, tels qu’ils nous ont été donnés par Sinnett.

Le lecteur devra d’abord se reporter au chapitre qui traite des sept — ou des neuf — principes de l’homme et avoir présente à l’esprit la signification des mots que nous ne pouvons, on le comprendra, définir à chaque ligne*

Les trois principes les plus bas de l’homme sont Rupa , le corps, Jiva, la force vitale et Linga Sharira , le moule de la forme, le Corps astral.

Ces trois principes à la mort doivent disparaître, en tant qu’entité spéciale, leurs éléments subsistant bien entendu, quand même, mais retournant dans le monde des élémentaux.

Le principe le plus haut, lié directement à

l’homme, c’est Kama Rupa , le corps du désir, le véhicule de la volonté qui forme le point de jonction entre les trois principes inférieurs et les principes supérieurs de conscience et d’esprit.

La nature de Kama Rupa est donc double, selon que la tendance de l’homme est dirigée en haut, vers l’esprit, ou en bas, vers la matière.

Les animaux ont Kama Rupa comme l’homme, mais sans lien avec Manas. Chez eux, Kama Rupa est l’échelon suprême de leur évolution.

Chez l’homme, ce n’est qu’un degré.

L’âme animale est chez l’homme le siège des désirs physiques. Selon que ces désirs sont plus ou moins violents et brutaux ou que l’homme y succombe ou les vainc, l’évolution se dirige plus ou moins promptement vers le stade supérieur, celui de la partie psychique.

En l’homme, tel qu’il existe aujourd’hui, la partie psychique n’est encore qu’à l’état d’ébauche. Il est facile de se rendre compte qu’au point de vue moral, comme au point de vue social, ce sont les besoins matériels qui dirigent l’humanité, soit qu’ils se restreignent aux nécessités physiques de l’existence, c’est-à-dire au bienêtre moyen et légitime, soit au contraire qu’ils dégénèrent en passions, — avarice, gourmandise, luxure.

La conscience n’a encore au chapitre humain que voix consultative, et il est fort rare qu’on lui demande cette consultation.

Il faut bien se convaincre de cette vérité, c’est

que l’homme, bien loin d’être le summum de la perfection naturelle, n’est peut-être pas l’homme vrai.

En effet, si le titre d’homme doit désigner une créature absolument différente du règne animal, nous sentons que ce que nous sommes ne réalise pas ce désidératum.

L’homme est beaucoup plus étroitement lié à l’animalité qu’il n’appartient à la spiritualité.

La lutte pour la vie, la criminalité, ayant pour mobiles les passions physiques, les guerres, l’exploitation des faibles par les forts, toutes ces manifestations relèvent évidemment de l’animalité.

Il faudrait avoir le courage d’avouer que la vraie naissance de l’homme, c’est sa mort, c’est-à-dire son évasion de l’animalité.

Il existe évidemment des degrés, mais les hommes les plus excellents ne subissent-ils pas les coercitions de l’animalité et l’effort des plus vertueux ne consiste-t-il pas à tenter d’y échapper ?

Notre race est animalo-humaine.

L’humanité vraie ne commence qu’après nous.

Nous ne possédons pas encore, dit M. Sinnett, l’âme psychique. A peine la pressentons-nous.

Dans l’animal, la substance une est concentrée dans le Kama Rupa. Dans l’homme elle commence à s’agréger au Marias , à l’âme humaine. Dans l’homme parfait, lors de l’humanité présente, elle atteint Buddhi , l’âme spirituelle et enfin Aima , l’esprit. L’évolution est achevée et

sa résultante est plus différente de l’homme actuel que celui-ci ne diffère du minéral.

Comment donc se continue l’évolution après la mort, ou plutôt lors de la naissance à l’état subséquent et supérieur.

A la mort, les trois principes inférieurs, entraînés en quelque sorte par leur propre poids, retombent vers la matière. Le corps retourne aux éléments dont il a été formé, il est happé pour ainsi dire par les élémentaux inférieurs auxquels la substance avait été dérobée et qui, s’en emparant, l’entraînent dans leur évolution, le monde d’en bas.

La vitalité, Jiva, ne se perd pas plus que le corps, elle exerce de nouveau son action, mais adéquate au groupement des molécules sur lesquels elle trouve à s’exercer.

Enfin, le Corps astral se désagrège lui-même plus ou moins rapidement.

Le quatrième principe, Kama Rupa , ou l’âme animale, siège de la volonté ou du désir, s’échappe pour passer dans un monde supérieur qui fait immédiatement suite au nôtre, supérieur seulement au point de vue psychique. Car ce monde est encore attaché à la terre, fait partie de la terre, se trouve mêlé à son atmosphère.

C’est, et j’engage les curieux à lire toute cette étude plus complète encore dans VInitiation et dans la Revue Théosophique (1), un lieu réel, le plan astral ou Kama Loka.

(i) Voir plus loin.

Là, en vérité, c’est une nouvelle vie qui commence.

L’être, le Kamalokiste, si l’on veut, se compose d’un corps, éthéréen quant au nôtre, mais très matériel quant à Manas.

Nous pourrions établir cette quasi équivalence :

Kama-Rupa , corps.

Manas inférieur, force vitale.

Manas supérieur, esprit.

Et la lutte s’engage entre les principes supérieurs et les principes inférieurs.

Mais il ne faut pas oublier qu’avec Linga Sha rira ont disparu les principes les plus grossiers de l’animalité et que ce qui, avec Kama Rupa , reste dans le Kama Loka , n’est plus qu’un instinct, une épave atavique, quelque chose comme un regret de l’animalité.

Au contraire, ce qui constitue la véritable personnalité de l’homme, son état de conscience, s’élance vers le monde psychique.

Nous disons la véritable personnalité de l’homme. Nous en appelons à tous ceux qui pensent et raisonnent. Est-ce qu’il en est un seul qui n’ait cette notion évidente, c’est que, lorsqu’il est entraîné par une passion, dont, nous le savons, le principe préexiste toujours dans les parties les plus animales de notre être, il ne s’appartient plus, il n’est plus lui !

Nous savons, nous sentons tous que ce qui constitue notre véritable personnalité n’est pas

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ce qui combat, ce qui défaille, ce qui s’exalte toüs les jours au contact des matérialités de la vie. Nous pressentons l’homme en nous, mais nous savons que nous ne sommes pas l’homme.

Notre rêve, expression de la réalité future, raison d’être du vrai socialisme, c’est de nous soustraire et de soustraire nos semblables aux pesanteurs écrasantes de la vie matérielle qui, seules, nous induisent au mal, au vice et au crime, de nous libérer en un mot de la matière, à quoi l’homme tend par les progrès des machines et de l’utilisation des forces électriques et autres, pour nous rendre l’indépendance de notre esprit, de l’effort intellectuel. On ne réclame la limitation de la journée de travail que pour donner à ceux qui sont le plus étroitement attachés à la glèbe, le loisir de délivrer leur esprit des liens de la matière.

« Du Kama Loka , dit M. Sinnett, les éléments psychiques de l’homme, libérés par la mort, qui est identique, en vérité, au mouvement par lequel un homme trop lourdement chargé, jette à terre le poids qui l’opprime, arrivent à l’état Dévakhanique ».

Le Dévakhan répond en partie à ce que les religions ordinaires appellent le Paradis. Cependant, entre les deux expressions, la différence est essentielle.

Ce qui survit d’un mortel dans le Dévakhan , ce n’est pas seulement la monade individuelle, cette monade qui traverse toute la chaîne des existences, à qui tout ce qui vit doit sa vie, cette

monade qui survit à tous les changements, lesquels se succèdent pendant la période d’évolution à travers les formes, si longue qu’elle comprend une éternité ; cette monade enfin qui seule est éternelle ; non ! ce qui survit en Dévakhan, c’est la propre self-conscience de la personne désincarnée.

En somme, ce qui entre en Dévakhan, c’est notre individualité elle-même, dans tout ce qui constitue nos aspirations les plus hautes, nos affections les plus tendres, nos goûts les plus élevés.

Bien différente, on le comprend, de ce que nous appelons notre personnalité, dont la seule raison d’être est dans la coexistence du corps matériel et de ses besoins à l’aspiration spirituelle qu’elle trouble et arrête dans son essor.

L’individualité, c’est donc ce principe qui, depuis le commencement de l’évolution, plus ou moins enveloppé, troublé, par des contingences passagères, tend toujours à se dégager et y parvient d’autant plus promptement que notre volonté, reflet du Manas, résiste plus énergiquement à l’obsession de la matière.

La science occulte affirme que ce dégagement complet ne se peut opérer qu’à la suite d’un certain nombre d’incarnations et de réincarnations.

Le Dévakhan , d’après ces théoriciens, n’est qu’un état transitoire, de repos en quelque sorte, d’où la monade individuelle repart, après un temps plus ou moins long, pour se réincarner de nou-

veau et continuer, parachever s’il est possible, l’œuvre de sa purification, de sa libération absolue, jusqu’à ce qu’elle rentre enfin dans le Nir vanâ , où, redevenue identique au principe psychique lui-même, elle est définitivement absorbée en lui.

« Si l’état dévakhanique, dit la Revue Théoso phique , est incompatible avec les sensations et les goûts purement sensuels de la dernière personnalité, il ne s’ensuit pas que les seules pensées et les seules aspirations d’un caractère métaphysique persistent dans cet état nouveau. Loin de là, toutes les sensations produites sur un plan supérieur trouvent en Dêvakhan leur sphère de développement. Tout ce que nous avons rêvé, pourvu que notre rêve soit élevé et légitime, s’y trouve réalisé : tous ceux que nous avons aimés de l’amour le plus tendre et le plus passionné, sont là près de nous et ne nous quittent plus. Les êtres qui nous sont plus chers que nousmêmes, les choses, les connaissances acquises, tout, en Dêvakhan , vient satisfaire à tous les besoins de notre esprit et de notre cœur et combler toutes les aspirations de l’âme. C’est un état purement subjectif, il est vrai, mais pour l’être qui en ressent les bienfaisants effets, cet état de jouissances élevées et raffinées est aussi réel que le sont la table sur laquelle nous écrivons, que le fauteuil sur lequel nous étendons nos membres fatigués.

Mais l’état de Dêvakhan n’est qu’un état de

relativité qui dépend \le la somme des forces psychiques que l’individualité a déjà acquises dans le courant de son évolution.

Tous les principes premiers sont identiques en essence, mais c’est en Nirvana seul que cette identité, adéquate au Grand Tout, se retrouve.

En Dévalîjian, l’état dépend du Karma, comme aussi en dépend le nombre de réincarnations qui devra être nécessaire pour que l’identité nirvanique soit recouvrée.

Donc, qu’on ne confonde pas cette théorie avec celle des religions qui ont inventé un paradis ou un enfer, récompensant ou punissant éternellement une existence vertueuse ou criminelle.

Si nous continuons à nous élever impitoyablement contre la justification du point de départ, la différenciation de l’absolu, par contre, en laissant cette question irritante de côté, nous reconnaissons la logique de l’idée occulto-boudhique.

Sans savoir, d’ailleurs, sur quelles preuves réelles l’occultisme base sa connaissance détaillée de l’état dévakhanique, nous citerons cette page empreinte d’une poésie de large allure :

« En Dévakhan, l’amour, cette puissance créatrice, place l’image aimée en face de l’amant qui désire sa présence, et cette image est toujours là, prête à répondre au moindre appel pour combler les désirs de l’être aimant. Seulement, il ne peut y avoir là rien qui ressemble à une union

corporelle : un corps matériel ou Mayavi-Rupa, — corps d’illusion, — étant aussi invisible aux sens psychiques que le corps psychique l’est aux sens physiques. Si, de deux êtres s’étant aimés, l’un reste vivant sur la terre, et ne peut avoir qu’en rêve le sentiment de ses relations avec l’être envolé, bien qu’au réveil il devienne, la plupart du temps, inconscient de ses relations, l’être dévakhanique, lui, conservera toujours, sans interruption, le sentiment et les joies de la possession psychique de l’être aimé, puisqu’il n’aura à subir à aucun instant la séparation qu’imposent les liens du corps à celui sur qui ils pèsent durant cette vie terrestre.

» En Dëvakhan , notre Ego est devenu une individualité toute mentale, toute spirituelle, et ce qui, pour lui, dans la vie grossière des sens, était une illusion, un rêve, un produit de l’imagination, devient dans ces nouvelles conditions la réalité elle-même, cent fois plus réelle que la fausse réalité dont nous sommes dupes ici-bas. »

Et il convient de méditer cette phrase qui renferme toute la théorie de la vie future :

« Le ciel, atteint par une individualité, est exactement adapté à ses capacités, car le ciel est sa propre création, l’œuvre de ses aspirations et de ses facultés. »

Et M. Sinnett définit ainsi le Karma , lui rendant son véritable sens ésotérique :

« Karma est une expression collective qui dénomme un groupe d’affinités bonnes ou mau-

vaises, générées par l’être humain pendant sa vie terrestre, et dont le caractère s’imprime pour ainsi dire dans chaque molécule du cinquième principe, l’âme humaine, auquel il reste inhérent pendant toutes les périodes de changement que ce dernier traverse, depuis le moment où il sort de la vie active, jusqu’à ce qu’il y rentre. »

Et nous trouvons, dans un travail fort curieux sur le Dèvakhan , cette idée intéressante à tous les points de vue :

« Ceux qui, n’ayant pas cru à une continuité de vie consciente après la mort, ont borné toutes leurs aspirations au monde terrestre, ne peuvent pas réaliser ce qui n’existe pas pour eux, et leur repos dévakhanique, quelle qu’en soit la durée, sera un sommeil sans rêves dont ils ne se réveilleront que pour commencer une nouvelle incarnation. »

Revenons maintenant au stade immédiat que la monade humaine parcourt aussitôt après la mort, c’est-à-dire à Kama Loka.

C’est là que séjournent, pour un temps plus au moins long, Linga Sharira, le corps astral, et Kama Rupa , le corps du déçiv.

Mais ce n’est pas tout ; à cette Coquille astrale restent attachés les principes inférieurs de Marias , une fausse ressemblance de la Conscience, sorte d’instinct moral, incapable de générer une idée, de s’en assimiler de nouvelles et d’accomplir dans le sens spirituel aucun progrès.

C’est un résidu en lequel subsiste encore un

souvenir actif des impulsions reçues pendant la vie. Kama Rupa ne peut pas s’adapter aux conditions d’une existence permanente : les apparences de conscience qu’il peut encore présenter sont nécessairement passagères.

Mais le kama-lokiste, le Corps astral encore soumis aux dernières impulsions ou pulsations du Désir et aux lointaines influences d’une conscience dont le principe est désormais hors de lui, n’en existe pas moins pendant un certain temps à l’état d’Elémentaire.

Le Kama lokiste est plus ou moins alourdi par les éléments matériels qui ont subsisté en lui.

Le Kama lokiste, né d’un homme qui a donné en lui la prédominance à l’élément psychique, sera plus léger, se désagrégera plus rapidement que celui dont la vie a été grossière et matérielle.

La première condition d’une bonne naissance astrale est une bonne mort terrestre.

Celui-là seul a bien vécu, dans la signification moyenne de l’expression, qui a accompli son évolution physique et intellectuelle dans des conditions normales.

Si l’homme a vécu d’une vie frugale, mais sans misère, qui ait compromis le jeu de ses organes, s’il a joui d’un bien-être relatif, sans excès et sans privations, ayant entraîné lui-même son corps au minimum des besoins à satisfaire pour la conservation de la vie, s’il s’est appliqué à suivre, en les périodes distinctes de son exis-

tence, une hygiène appropriée à sa situation sociale et à son âge, il arrive au terme en de parfaites conditions physiques. Il meurt, sinon de vieillesse, au moins par la fatigue normale des organes. La vie a accompli en lui son œuvre parachevée. La durée de sa vie a dépendu déjà du Karma physique qu’il apporte en naissant, c’està-dire de la bonne ou de la mauvaise qualité des éléments qui ont servi à la formation de son corps, du plus ou moins d’excellence du moule générateur auquel s’est agrégée l’étincelle vitale. S’il les a améliorés ou, si tout au moins, il n’a pas aggravé son état, il meurt dans les meilleures conditions possibles. Le Corps astral naîtra à son tour en équilibre, dégagé des éléments premiers qui se sont épurés par l’évolution même.

Si l’homme a été bon, honnête, dans la sincérité du mot, s’il a développé sa conscience, ses éléments psychiques, sa partie spirituelle emportera avec elle la majeure partie de Manas , n’en laissant dans le corps astral qu’une parcelle sans importance.

L’état de mort terrestre, aidant en proportion que nous pourrions appeler géométrique au développement de la partie psychique, le Corps astral, allégé et de la partie purement matérielle et de Kama Rupa et de Manas inférieur, évoluera librement dans le Monde astral en s’éloignant de son ancienne patrie terrestre. . [;

Il restera dans les régions supérieures du Kama Loka jusqu’à sa parfaite désintégration.

Nous allons voir l’importance de cette observation.

Examinons le cas contraire.

1° Brutalité physique, détraquement de l’organisme par des excès, par des privations, par le vice ou par la misère, par culpabilité de l’individu ou défaut d’organisation sociale.

2° Brutalité morale, existence criminelle, vicieuse, subordination perpétuelle de l’élément psychique à l’élément matériel.

Ici, la naissance astrale s’accomplit dans les pires conditions. L’évolution régulière n’a pas été accomplie. Les parties matérielles de l’Être, loin de s’être affinées, se sont alourdies, les parties spirituelles se sont en quelque sorte matérialisées, atrophiées, Le Karma est mauvais, la balance baisse du côté de la matière, de l’animalité.

Linga sharira , alourdi, reste alors dans le plan inférieur du Kama Loka.

En ces conditions, il est encore, pour ainsi dire, lié à la terre. Les élémentaux dont il s’est rapproché ont encore prise sur lui, il est soumis aux forces humaines dont il ne s’est pas dégagé et qui peuvent le contraindre à se rapprocher encore plus à l’état de revenant, de matérialisation, voire même, comme Katie King, d’être quasi-vivant et provisoirement réincarné.

Le Kama-Lokiste inférieur — l’Elémentaire impur — erre, flotte près de la terre, attendant du temps sa libération de l’animalité. Le poids

est lourd, la chaîne à laquelle il est rivé est solide, car c’est lui-même qui l’a forgée.

Il se peut même que la brutalité, la matière, l’emporte à ce point que l’élémentaire, par une sorte de régression, soit revenu à l’état d’élémental.

Il nous reste à traiter la question des évolutions violemment interrompues par des causes diverses.

Nous les classerons ainsi :

Les morts-nés qui ont à peine vécu dans le sein de la mère ;

Les morts aux premières périodes de la vie ;

Les morts par accidents ;

Les morts par crimes d’autrui ;

Les morts en raison de crimes personnels ;

Les morts par suicide.

Nous nous trouvons en face d’une série de désorganisations, d’entrées prématurées dans le Kama Loka. Ici, le cas est différent de ceux qui ont été examinés plus haut.

Il y a eu un arrêt brusque, volontaire ou involontaire, de l’évolution normale.

Pour les enfants morts-nés, il est évident que l’évolution n’a même pas commencé à s’accomplir. La partie spirituelle n’a pas eu le temps de se développer. Le corps seul a végété. La force vitale n’a pas été épuisée. Le Kama Rupa s’est à peine éveillé, Marias est resté muet. Ce sont, en réalité, des entités purement matérielles en qui

l’esprit ne s’est manifesté qu’en des proportions presque inappréciables.

La loi même de l’évolution veut que l’étincelle spirituelle, une fois manifestée, recherche, retrouve un appareil dans lequel le développement s’opère.

C’est ce que Victor Hugo a si bien exprimé, par une intuition de génie, dans son poème, le Revenant .

Les forces vitales de l’enfant mort sont restées auprès de la mère, et quand l’acte paternel s’est accompli, elles ont repris possession du moule physique qui permettra leur évolution.

Mais en toute autre condition de cessation brusque de la vie, l’être désincarné devra achever à l’état de Corps astral la période de temps qui aurait été employée sur terre à l’évolution normale.

Ces Elémentaires ne sont pas, à proprement parler, des morts. Ce sont des vivants qui, dépouillés violemment de leur corps matériel, vivent réellement à l’état de corps astral :

« Arrachés de la vie en pleine sève, dit M. Sinnett, dans toute l’ardeur des passions terrestres, attachés par mille et mille liens qui n’ont pas eu encore le temps de se dénouer à tous les appétits de la vie, dominés par les désirs qui les animaient et qui les ont suivis, pour ces êtres, le danger est extrême. Ils ne peuvent guère, à moins d’avoir été, dès cette vie terrestre, des héros ou des saints, s’éloigner de son atmosphère où ils cherchent

incessamment à rentier dans la vie par tous les moyens possibles (1) ».

Plus terrible encore est la situation de ceux qui sont morts par le suicide ou en état de crime brutal.

Pendant la période équivalente à celle de leur évolution normale, ces Elémentaires, chez qui la partie psychique est restée à l’état rudimentaire, appartiennent aux besoins, aux passions qui les ont poussés à l’infamie.

Violents ils étaient, violents ils subsistent, brutaux et traîtres : Alors ils engagent une lutte perpétuelle contre les corps astraux des hommes mal équilibrés, afin de les chasser et de se substituer à eux. D’où les fous, les épileptiques, les névrosés de tout ordre, et ceux aussi alcooliques, mangeurs de haschish, fumeurs d’opium, morphinisés qui ouvrent eux-mêmes la porte à ces larves aux aguets. Ce sont de réelles possessions contre lesquelles la force ordinaire de la volonté reste impuissante.

Aussi ces Elémentaires guettent les hommes en état de sommeil, de rêverie, et si le corps astral s’éloigne un instant, il lui faut engager une véritable lutte pour reprendre possession de leur domaine, d’où les cauchemars et les affres des visions monstrueuses.

Les élémentaires s’emparent aussi des corps astraux vaguant dans la partie inférieure du

(i) On comprend ce que les guerres laissent d’Eiémentaires à évolution interrompue dans le torrent astral.

Kama-Loka et parviennent à une sorte de réincarnation apparente, sous formes de fantômes matérialisés.

Mais aussi, soumis à la puissance matérielle de l’homme, ils peuvent être contraints de lui obéir : ce sont le plus souvent des Elémentaires qui produisent les bruits, les mouvements provoqués par les imprudents qui, faisant tourner les tables, ignorent quels étranges êtres ils provoquent.

Ils sont galvanisés aussi par l’effort du médium et sont les instruments de la plupart des phénomènes produits.

Dans les séances d’évocation, de médiumnisation, les élémentaires, qui sont aussi nombreux que les grains de poussière dans l’air — revêtent la forme psychique — corps astral — projetée par le médium et apparaissent en totalité ou en partie, le plus souvent dans l’obscurité, la dilution extrême de ces formes n’en permettant pas la perception sous les rayons lumineux ou la lumière possédant une trop grande force de dissotiation qui empêche une cohésion suffisante des molécules astrales.

« Tant qu’un penchant vers le corps reste dans l’âme, dit Thomas Taylor dans son introduction au Phédon, elle attire en conséquence à elle une enveloppe quelconque, de nature aérienne ou composée de l’esprit et des vapeurs de son corps terrestre ou enfin amassée à la hâte dans l’air environnant ».

Rien de plus logique.

Les anciens affirmaient d’ailleurs que les âmes impures, pendant un certain temps après qu’elles ont quitté leurs corps, errent çà et là dans leurs enveloppes spirituelles, vaporeuses ou aériennes, qu’elles apparaissent aux environs des tombeaux et hantent leurs anciennes demeures.

« Ils sont, disait Apulée, le fléau des méchants et la vaine terreur des bons. »

« En supposant, dit Cudworth, que les esprits ou fantômes possèdent certains corps souples qu’ils peuvent condenser jusqu’à les rendre visibles aux hommes, il est assez raisonnable de penser qu’ils ne peuvent les resserrer et les fixer au degré de fermeté, de matérialité et de solidité que conservent la chair et les os ou du moins qu’ils ne le pourraient sans une difficulté assez grande et au prix de souffrances assez sérieuses pour les empêcher de tenter l’épreuve. Malgré cela, il est incontestable qu’ils peuvent parfois se servir d’autres corps solides et les faire remuer ou agir, ainsi que dans cette fameuse histoire de Phlegons où le spectre s’évanouit, non pas comme le font généralement les fantômes, mais en laissant après lui un cadavre. »

On comprend aussi que dans l’angoisse suprême de la mort, en un effort en quelque sorte désespéré pour accomplir un désir violent, le corps astral, arraché du corps matériel, se projette vers les êtres aimés.

L’aventure qui suit n’est qu’un exemple entre mille de ces apparitions d’élémentaires :

« La femme du capitaine Wheatcroft vit en rêve, pendant la nuit du 14 au 15 novembre 1857, son mari qui se trouvait aux Indes. Elle s’éveilla aussitôt et le vit debout auprès de son lit, en uniforme, les mains pressées contre sa poitrine, le visage livide et les cheveux en désordre. Il la regardait avec une expression de désespoir. Elle distinguait jusqu’aux moindres particularités de sa toilette. L’apparition faisait des efforts pour parler, mais aucun son ne se produisit. Elle disparut. Le matin, elle raconta l’événement à sa mère, convaincue que son mari était blessé ou mort. Quelques jours après, arrivait une dépêche annonçant que le capitaine avait été tué le 15 novembre, devant Lucknow. Elle écrivit alors à l’intendant de son mari que la date devait être fausse. Ayant pris des informations auprès du ministère de la guerre, elle reçut l’avis que le 15 novembre était bien la date de sa mort. Mais plus tard arriva la lettre d’un témoin oculaire, dans laquelle le 14 novembre était indiqué comme le jour de la mort, et l’intendant Wilkinson reçut aussi du ministère un acte de décès, rectifiant la première erreur. »

Donc élémentaux et élémentaires sont les deux classes d’êtres, — dits fantastiques — avec lesquels l’homme peut entrer en relations :

Les morts sont pendant un temps plus ou moins long à l’état d’élémentaires, et il se peut que la volonté humaine les puisse évoquer. Mais ils ne peuvent devenir visibles qu’en ces deux cas : leur

corps astral est encore assez chargé de matière pour apparaître sur notre plan — ou bien ils trouvent à leur disposition un corps astral — soit de médium, soit d’homme endormi, en léthargie, en syncope — dont ils peuvent momentanément s’emparer pour se matérialiser.

Un désir persistant de revoir un mort retient le corps astral de ce mort dans le voisinage de celui qui a le regret sincère. L’oubli est un renvoi de l’élémentaire, une libération (1).

Qui veut comprendre doit méditer.

Il nous reste à expliquer ce qu’est le Nirvanâ, resté jusqu’ici incompris même des hindouistes les plus avertis. Le Nirvanâ n’est point l’anéantissement, c’est le suprême état de perfection vers lequel tend la marche des éléments matériels et psychiques de l’humanité.

(1) Voir notre nouvelle : La deux Jois morte.

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