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LA LIBERTÉ DE PENSÉE

Depuis quelque temps, il est beaucoup parlé de questions qui, on doit le reconnaître, étaient de longue date reléguées parmi les pires fantaisies de l’esprit humain et dont il n’était fait mention que pour les signaler à la défiance, sinon au mépris des honnêtes gens.

La réaction qui a suivi la tyrannie ultrà spiritualiste des religions à dogmes despotiques et à miracles inexpliqués, mais en même temps indiscutables, la critique passionnée du dix-huitième

siècle s’attaquant à tout ce qui heurtait le bon sens et la conscience, les colères suscitées légitimement par les thaumaturgies persécutrices, avaient déterminé une résistance nécessaire contre les spéculations dont l’absurdité était le moindre tort et qui servaient d'instrumentant regni à toute une horde d’exploiteurs de la crédulité humaine.

Les superstitions et les crimes commis pour les imposer aux raisonnants avaient déshonoré, souillé l’idéal : la raison humaine, d’un effort violent, reconquit ses droits, et, dans l’orgueil sain de sa libération, jeta le vieux monde à bas, en bloc.

L’arrêt fut rendu, expliqué par des considérants de légitime colère : les fils de la Révolution se chargèrent de l’exécuter et ils le firent dans toute la plénitude de leur indépendance recouvrée.

Enfin la pensée était libre, il n’était plus de domaine systématiquement fermé à l’examen, il n’était plus de porte devant laquelle se dressât le Chérub de la Genèse, dardant son épée de ïeu et criant : — Tu n’iras pas plus loin.

Le dix-neuvième siècle bénéficiera dans l’histoire de cette situation exceptionnelle. Né de la nuit, il sera une aurore. Il aura la gloire d’avoir vu Prométhée, délivré de ses chaînes, s’élancer de nouveau à la conquête de la vérité, et si cette joie ne lui est pas donnée d’acclamer le triomphateur parvenu à son but, tout au moins l’aura-t-il suivi des yeux pendant les premières phases de la lutte,

et lui aura-t-il fourni des armes pour les combats futurs.

En effet, jamais, plus loin qu’en notre temps, n’aüra été porté l’esprit de l’investigation correcte, la passion probe de l’expérience et de l’analyse.

Le positivisme a imposé silence aux rêveurs et aux menteurs de parti pris : la science, s’emparant du domaine de l’expérimentation pure, a rejeté résolument tout ce qui lui était étranger, s’interdisant toute incursion dans le champ, dit métaphysique, déclaré par un arrêt subsidiaire au premier, à jamais fermé à la connaissance de l’homme.

« Ignoramus et ignorabimus , » dit Du Bois Reymond, commentant sans y prendre garde le mot de l’Ecclésiaste : « Ne médite pas sur une chose qui est trop au-dessus de toi ! »

Ainsi, dès que l’homme constate une vérité, la volonté lui vient de la pousser trop vite et trop loin.

De ce que seule l’expérience est un mode rationnel d’instruction, ressort-il qu’à cette expérience certains domaines soient interdits, et que, mis en possession d’un puissant outil d’investigation, nous devions aussitôt en limiter l’emploi, en nous interdisant certains domaines qui, restés dans le vague de l’éloignement, ne nous apparaissent qu’obscurs et confus.

Y a-t-il une métaphysique ? Nous ne pouvons ni l’affirmer, ni le nier. Tout se borne pour noüs à une tendance instinctive à la curiosité. Cette curiosité, nul n’a le droit de s’opposer à ce que nous

cherchions à la satisfaire, pourvu que nous n’usions que de procédés précis et scientifiques.

De quel droit venir poser une barrière devant l’activité humaine ? De quel droit venir nous dire : Vous étudierez ceci, mais nous vous interdisons d’étudier cela !

Ainsi parlaient les persécuteurs d’autrefois ; ils traçaient un cercle, quiconque tentait de le franchir était criminel. De notre temps on ne brûle plus, on ridiculise. Quand même on cherche à tuer.

Cependant certains hommes, au nom de cette liberté d’examen que nos pères ont conquise, s’obstinent à travailler, à marcher en avant, et, à mesure qu’ils font un pas, les barrières imaginaires se reculent devant eux, chaque jour qui s’écoule marque la conquête d’un pouce de terrain nouveau.

La science, et c’est la véritable mission qui lui avait été léguée par les siècles passés, a mis les penseurs en garde contre les suggestions séduisantes de l’imagination : mais où elle a exagéré ses droits, c’est lorsqu’elle s’est montrée aussi intolérante que les religions, englobant dans une réprobation irréfléchie les utopistes — qui sont peut-être les savants de demain — et les investigateurs sensés qui découvraient des horizons dont elle s’obstinait, quand même, à nier l’existence.

Elle s’oppose, formidablement, usant de toutes les armes morales dont elle dispose, au mouvement qui, jugé superficiellement, semble l’ex-

pression d’une réaction nouvelle, provoquée par l’intolérance des Académies, substituées aux Eglises, mais qui, étudié, en dehors de toute routine et de tous préjugés, répond à la loi inéluctable du progrès intellectuel de l’humanité.

Sont-ce donc tous des fous ou, ce qui serait plus grave, des renégats, ces hommes qui, ayant consacré leur vie à la défense de la Liberté de pensée, se sont dit un jour et ont osé dire aux autres : « Il semble en vérité qu’en dehors de ce qu’on appelle la matière, dans le sens étroit du mot, il y ait autre chose: »

Ces gens ont-ils glissé, par une débilitation cérébrale, de l’incrédulité la plus implacable à la foi aveugle et stupide qu’ils raillaient tant naguère ?

Cette question, la première qui se pose même devant les esprits les moins malveillants, repose sür une première erreur dont il convient de faire justice.

Il semble, et les préjugés courants entretiennent cette confusion, qu’il existe deux mondes, absolument distincts, le.monde de la matière... et l’autre. C’est ainsi qu’avant les découvertes de la science moderne, on séparait en domaines absolument spéciaux les minéraux, les végétaux et les animaux. Chacun de ces groupes avait ses limites infranchissables, aucun lien n’unissait la pierre à la plante, le végétal à l’animal. De trois divisions on était ensuite arrivé à deux, le monde organiqiie et le monde inorganique.

Aujourd’hui, qui oserait soutenir une semblable thèse ? Où commence, où finit le monde organique ? Les minéraux vivent, sont sensibles, évoluent et meurent, Mario Pilo l’a prouvé ; certaines plantes sont si proches des animaux que les observations les plus minutieuses ne peuvent leur assigner une place définie dans l’échelle des êtres. Voici que grâce aux travaux de Darwin, d’Huxley, d’Haeckel, leur continuateur génial, la Nature apparaît dans une unité superbe, emportée tout entière par le courant d’évolution qui, mûrissant, pour ainsi dire, ses éléments les plus bruts en apparence, les vivifie et universalise le travail de la semence, de la germination, de la floraison, de la fructification universelles.

Soit, dit-on, mais la limite est atteinte. L’homme * est l’expression la plus parfaite de cette évolution. Il est à la fois le but et la limite. Quand il meurt, la nature a accompli son œuvre et n’a plus qu’à revenir en arrière. L’homme mort, son corps se désagrège, les éléments qui le constituent retournent à la terre, grand et éternel creuset de l’évo-^ lution.

Après tout, c’est possible. Cependant il semble bien étrange que cette force dont nous constatons le mouvement s’arrête ainsi tout à coup, se heurte comme à un mur à cet acte qui s’appelle la mort, et que l’évolution soit achevée parce qu’un animal, un peu mieux organisé que les autres, a vécu un certain nombre d’années. Nous revenons à la Ge-

nèse fantaisiste — car bien entendu, comme il a été prouvé par Fabre d’Olivet (1) et Lacour (2), jamais la Genèse n’a eu le sens ridicule et antiscientifique qu’on lui attribue — la Nature ayant fait l’homme, tel que nous le connaissons, trouve q\ie cela est bien et se repose. Elle ne sait que cet exercice et elle le recommence à perpétuité.

L’homme est si parfait qu’après lui, tout ce qu’il y a d’énergie dans la force propulsive de la Nature est épuisé. Peut-être remarquera-t-on qu’il y a là quelque vanité de notre part !

Maintenant, si usant de cette liberté de pensée que nous devons à tant de persécutés et de martyrs, quelqu’un dit : « La logique veut que l’évolution continue, non pas seulement en se recommençant elle-même, mais en continuant son mouvement en avant ! »

On crie au spiritualisme, voire même à la folie.

Mais où est donc la limite qui sépare ce qu’on appelle le monde matériel de ce qu’on appellerait le monde psychique ? L’évolution continue, avec les éléments même dont elle a toujours disposé ; il peut y avoir un changement d’état. La science pendant des siècles n’a connu que les états solides, liquides et gazeux. Depuis que Faraday a découvert l’état radiant et que Crookes a notifié l’hypothèse nécessaire du protyle, cette question de l’évolution ultra humaine n’a-t-elle pas fait un pas de géant ?

(1) La Langue Hébraïque restituée.

(2) Les Œloïm ou les Dieux de Moïse.

Alors on admettrait le surnaturel !

Oh ! la bataille des mots ! ils font plus de mal au progrès que les idées. Pour ne pas subir le ridicule d’une qualification, des hommes se condamnent au silence, au besoin renient leurs convictions les plus intimes. Avoir été matérialiste toute sa vie et s’entendre appeler spiritualiste !

Or, il n’y a pas plus de limites entre le matériel et le spirituel, qu’entre l’animal et l’homme. Entre le naturel et le surnaturel, il n’existe que des degrés d’évolution, que des stades dans la puissance de perception ou d’acuité des organes. Physique et psychique ne sont que des expressions qui visent le degré de densité ou de ténuité de la substance et les timides devront méditer cette pensée de Tyndall : « Si l’esprit humain, semblable au pèlerin qui soupire pour son foyer lointain, veut se tourner vers le mystère dont il est sorti, aussi longtemps qu’il fera de pareilles tentatives, non seulement sans intolérance, ni bigotisme quelconque, mais en reconnaissant, d’une façon éclairée, qu’il est impossible d’atteindre ici la dernière fixité de la conception, alors, contrairement à toutes les restrictions du matérialisme, j’affirmerai qu’il y a là un champ pour les nobles efforts de ce qui, par opposition à nos facultés connaissantes, peut être nommé les facultés créatives de l’homme.»

Axiome : Le surnaturel n’existe pas.

Le miracle d’bier est la banalité pratique de demain.

La liberté de pensée implique-t-elle nécessité de négation, quand même ?

« Le doute, disait Arago, est une preuve de modestie et il a rarement nui au progrès des sciences. On ne pourrait en dire autant de Tincrédulité. Celui qui, en dehors des mathématiques pures, prononce le mot impossible, manque de prudence... »

Et aussi, celui qui prononce le mot de surnaturel.

Lactance proclamait surnaturelle et inepte l’existence des antipodes, et saint Augustin ajoutait qu’en tout cas, il ne pouvait être question de terres habitées.

Aucun autre univers que celui de la terre n’est possible, disait Aristote, le vide n’existe pas... chez l’homme seul le cœur bat... le côté gauche du cœur est plus froid que le côté droit... les hommes ont plus de dents que les femmes...

Et pendant de longs siècles il fut interdit de discuter Aristote.

Sans l’intolérance criminelle, il y a deux mille ans que la science, avec Empédocle, aurait étudié le principe de la sélection et de la survivance du plus apte, proclamée au XIX e siècle par Darwin, que l’Institut de France mit à l’index pour cette hérésie. ^

Copernic, eut si grand peur d’être bafoué, « il l’a avoué lui-même », que ce ne fut que six mois avant sa mort qu’il osa publier son système du monde.

Mais pourquoi remonter si loin :

Recherchez dans la France Mystique comment Erdan traite Hoené Wronski, l’inventeur de la Loi Suprême dont le fameux Lagrange avait reconnu en pleine Académie l’effrayante généralité, ajoutant que dans cette loi toutes les Mathématiques modernes étaient contenues. Aujourd’hui, il n’est pas un polytechnicien qui ne pioche son Wronski.

La coalition contre le progrès est formidable.

Tantôt c’est le gouvernement qui s’érige en juge. En 1808, Fouché faisait saisir et détruire administrativement la Philosophie de Ravarebonhi dans laquelle un groupe de savants, sous le pseudonyme de Nicolas Beugnet, posaient les principes du transformisme et de l’hérédité.

Tantôt ce sont les « bons confrères » qui font le silence autour d’une expérience nouvelle : ainsi en fut-il pour Jules Cloquet, qui, dès 1832, faisait devant l’Académie de médecine le récit d’une opération, dans laquelle la sensibilité avait été supprimée par le magnétisme.

Dès 1849, Burq constatait l’influence directe des métaux sur l’organisme humain. Il fallut trente ans et l’énergie de M. Charcot, pour que le fait fût officiellement reconnu.

En 1878, le père Didon protestait violemment contre les mécréants qui avaient osé, à l’Exposition, placer, dans la section d’Anthropologie comparée, des singes anthropoïdes !

Aujourd’hui que le mot « impossible*» est rayé

du dictionnaire des sciences naturelles, l’intolérance se rabat sur le surnaturel, comme si les mêmes sceptiques n’eussent pas déclaré le téléphone et le phonographe impossibles parce que surnaturels. Il restera à M. Bouillaud l’immortelle gloire d’avoir pincé le nez de l’opérateur, qui faisait fonctionner le phonographe à l’Académie, sous prétexte qu’il devait être ventriloque 1

Le surnaturel, c’est l’ignoré, c’est l’inconnu.

C’est surtout l’incompris.

N’est-il pas surnaturel que des chenilles et des chrysalides, des larves de la Tipula Oleracea , congelées an point de ressembler à de petits morceaux de glace, revivent au premier dégel, que des rotifères qui sont restés desséchés sous une masse de sable pendant quatre années ressuscitent à l’humidité ? Il paraissait surnaturel que l’organique sortît de l’inorganique et cependant le problème d’acides appartenant aux corps gras, des aldéhydes et des alcools, est résolu.

La panique des hommes et surtout des animaux n’est-elle pas inexplicable ?

Est-il naturel de se faire enterrer pendant plusieurs mois et de sortir ensuite de sa tombe en parfaite santé ? Est-il naturel de jeûner pendant un mois de suite ? Est-il naturel, comme les Aïssaouas, de manger du verre, de se percer de lames aiguës, de jongler avec des charbons ardents ?

Quoi de plus surprenant que le phénomène de l’audition colorée, sensible cependant pour une

personne sur huit, comme l’a établi le professeur Sachs.

Théophile Gautier disait qu’après une absorption de haschisch, il entendait le bruit des couleurs. Les sons lui arrivaient verts, bleus, rouges...

Il est prouvé que le son développe les couleurs d’un tableau. L’œil, aidé par le son, distingue mieux les caractères. Les adeptes du surnaturel, « les fous » songent à utiliser ces données dans la thérapeutique. Le son, force inexploitée, — a-ton assez ri du moteur Keely ! (1) — développe la faculté du goût, tandis qu’il diminue celle du toucher. La lumière influence également l’odorat, le goût et le toucher.

Allons plus loin : il est absolument surnaturel — donc impossible — qu’un être humain vive de deux vies absolument distinctes, changeant totalement de goûts et de caractères, selon qu’il se trouve dans l’un ou l’autre de ces états, oubliant coitiplètement ce qui s’est passé avant la métamorphose, mais cependant, pendant ces deux vies, se comportant normalement et vaquant à ses occupations ordinaires.

Cet être surnaturel s’appelle cependant Felida X*** et a été suivi de longues années par le docteur Azam (2).

Le surnaturel, c’est-à-dire l’inexplicable, mais

(i) Le moteur Keely, qui n’a pas donné les résultats attendus, était basé sur ce principe : que les vibrations sonores peuvent produire le mouvement. Le principe est juste ; l'avenir le prouvera.

(a) Voir la Revue scientifique 1882-1883.

il nous entoure, il nous cerne : niera-t-on les pressentiments, niera-t-on qu’en fixant son regard sur telle personne au théâtre, on parvienne à l’obliger à se tourner du côté où on se trouve ? Niera-t-on que vingt fois dans la rue, après avoir cru rencontrer telle personne et s’être aperçù de son erreur on la rencontre réellement quelques instants après ? Niera-t-on que, très souvent, on éprouve la sensation du « déjà vu » en un endroit où jamais on n’est encore venu ?

Coïncidences ! Effets du hasard ! Hallucinations !

La réponse est facile et présente cet avantage de donner prétexte à la paresse. Les fous estiment, eux, que la plus petite bribe de lumière éclaire un sentier inconnu et ils s’y aventurent, sans souci des huées qui les suivent.

A leur tour, ils demandent à leurs contradicteurs, si réellement ils estiment que la « sécrétion » du cerveau est identique aux autres sécrétions du corps, s’ils peuvent affirmer, qu’en dehors de la matière connue, il n’existe pas d’autres états, né fût-ce que des dilutions au millionième et au cent millionième; si, selon eux,l’électricité,'le magnétisme ne seraient pas de la matière divisée en milliards de parties constituantes, et ils ajoutent, en suivant les règles de la plus pure logique :

« Pourquoi la pensée, pourquoi la force vitale ne seraient-elles pas une sublimation de la matière ? La pensée, le gaz, le minéral, ne seraientils pas des manifestations analogues, en quantités

différentes, soumises à des contingences diverses ? Dites, si vous le voulez, qu’en ses divers états, la matière est plus ou moins appréciable à nos sens, que certains sont même insaisissables, nous étudierons alors les sens eux-mêmes qui sont nos instruments d’expérience et nous chercherons si, développés soit par la nature, soit par la sélection, soit par l’exercice, les sens ne parviendront pas à percevoir l’imperceptible et à suivre dans son évolution la matière jusqu’en ses sublimations les plus délicates, à voir et à entendre la pensée, et si, comme tout l’indique, l’effort de la nature n’est pas épuisé, lorsque l’être humain s’est désagrégé,à suivre encore l’évolution du résidu psychique. »

Et s’il était prouvé d’ores et déjà que des constatations expérimentales, dans le sens le plus sévèrement étroit du mot, ont prouvé l’existence, la réalité d’une évolution psychique, faisant suite à l’évolution animale, s’il était démontré par les témoignages les plus éclatants, que cette force psychique existe en nous, qu’elle se manifeste et que par conséquent, en vertu de la loi de la conservation de l’énergie, elle doit continuer son évolution alors même que les organes matériels qu’elle animependantlavieontétédésorganisésparlamort!

Serait-il réellement possible que des savants, des hommes qui mettent leur orgueil à scruter audacieusement les secrets de la nature, reculassent devant le problème nettement posé, sous prétexte qu’on pourra les accuser de spiritualisme, de charlatanisme, que sais-je ?

Chose triste à dire, en cette voie, la France s’est laissée devancer, nulle part peut-être les préjugés dits sociaux n’étant plus puissants. Mais pour avoir plus longtemps hésité, nos savants regagneront bien vite le terrain perdu. Les travaux des Liébeault, des Charcot, des Dumonpallier, des Bernheim, des Luys, des Bérillon, de Ch. Richet, de Gustave Lebon et de tant d’autres, nous sont de sûrs garants de la prochaine révolution scientifique.

Révolution, oui, car il s’agit d’emporter cette absurde bastille de la séparation des domaines matériel et psychique ; il faut reconnaître, proclamer les droits de l’investigateur, jusque dans les profondeurs de l’inconnu, de l’à peine entrevu, il faut que soit étudiée dans toutes ses manifestations, si magiques qu’elles paraissent, la force existante, douée de propriétés aussi différentes de celles que nous connaissons, que les propriétés de l’électricité sont différentes de celles du levier. Et comme l’électricité et le levier se complètent et s’aident mutuellement, la force psychique viendra donner un élan nouveau, décisif peut-être à la vie terrestre.

Le mot magique a été écrit plus haut.

La magie est l’utilisation intelligente des forces inconnues, dédaignées ou incomprises. Depuis des siècles, la Magie lutte contre l’intolérance et la persécution ; sans ses protestations, toujours renouvelées .en dépit des bûchers, des tortures et des

mépris, pas Une découverte industrielle, utilitaire, n’eût été faite.

C’est à la Magie que sont dus tous les progrès de la physique et de la chimie.

La Magie fut toujours humanitaire et socialiste. Elle a toujours travaillé pour le bien-être universel. Contrainte de ne livrer ses secrets* qu’un à un, elle n’en a plus conservé qu’un seul, celui de la force psychique. Mais c’est parce qu’elle en a quand même affirmé l’existence que la logique de l’idée en a imposé la recherche aux vrais savants.

Dans cent ans, on élèvera des statues à Paracelse, à Guillaume Postel, à Cardan et à Mesmerÿ. et on s’esclaffera à la lecture des ,bouquins aujourd’hui officiels — y compris les encyclopédies plus dix-neuvième siècle les unes que les autres -roù ces admirables psychistes sont traités comme de vulgaires aliénés. On lit à la fin de la biographie des plus modestes, cette phrasé malencontreuse :

« Pendant la plus grande partie de sa vie, il fit preuve de facultés extraordinaires ; par malheur, il s’adonna aux sciences occultes, etc. »■

Et la science lumineuse n’est faite que des débris de la science occulte !

Ce secret de la science psychique, a-t-il été réellement surpris, a-t-on constaté scientifiquement l’existence de forces autres que celles qu’on a dénommées à tort rtiatériélles, les forces — ou plutôt la force — étant une, sur quelque objet et dans quelques conditions qu’elle s’exerce ? C’est ce que nous allons rechercher.

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