‹ Magnétiseurs et médecinsChapitre 11 sur 20 · NES · texte numérisé non relu

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étrangers ressemblerait trop souvent à un guet-apens, et il n'y aurait bientôt plus de congrès possibles.

« Il est une seconde chose que M. Ladame a oubliée : c'est que, du jour où il se proposait de me traduire à sa barre, les convenances les plus élémentaires lui faisaient un devoir de m'en prévenir et même de me donner communication préalable de son réquisitoire. Il en a jugé autrement. Il a préféré s’exposer au soupçon d’avoir spéculé sur mon absence. Je laisse l'assemblée juge du procédé. Quant à moi, tout en me défendant, j'accueille ses attaques en ce qu'elles ont de personnel, avec la plus complète indifference (1).

« Un mot encore : je demande à M. le Président le droit de répondre dans le compte-rendu des séances, au rapport de M. Ladame, dès que j'en aurai pris connaissance. »

pital pour un mal quelconque à la jambe. Le médecin, jugeant les autres moyensinefticaces, coupe la jambe à l'enfant, puis le renvoie chez lui. Indignation de la famille, action en justice. Le médecin est condamné à 10.000 francs de dommages-intérêts. Aussitôt la Faculté toute entière s'alarme ; de cette affaire elle fait son affaire et se cotise pour qu'on la porte devant la juridiction supérieure. Que réclame-t-elle donc? N'est-ce pas le jus impune coupandi ? Voilà en action les privilèges.

L'Etoile belge du 12 janvier 1890 rapporte le fait d'un guérisseur somnambule établi à Braine-le-Château, chez qui la foule afflue. Le correspondant se lamentaïit à la pensée de tant de jeunes médecins , pleins de science, attendant vainement une clientèle, qu’un charlatan leur enlevait. Je résume en trois mots la réponse que, dans le Journal de Liège du 15janvier, j'ai faite à ce correspondant : — ou le somnambule guérit les malades; et alors qui peut se plaindre ? au lieu de le tracasser, les jeunes médecins devraient, au contraire, tâcher de lui dérober son secret — ou bien il ne les guérit pas ; et, dans ce cas. la clientèle des vrais médecins ne subit une diminution que momentanément — si, en outre, il leur fait du mal, la loi est armée, et les victimes n'ont qu'à réclamer devant le juge.

(1) Ici vient la parenthèse. (L'assemblée accueille, à plusieurs reprises, par des murmures réprobatifs, les paroles de M. Delbœuf.)

« M. le Président reconnaît à M. Delbœuf, ce droit de la façon la plus absolue.

« M. LE PRÉSIDENT exprime à M. Delbœuf tous ses regrets de l'incident. Il le prie de croire que M. Ladame a surtout visé les opinions et non pas l’homme pour lequel tout le monde professe la plus grande estime. Si M. Delbœuf croit qu'il a été attaqué directement, il peut être assuré que l'assemblée lui accordera toute latitude pour répondre.

« M. BÉRILLON déclare qu'il a adressé à M. Delbœuf une invitation à assister aux travaux du Congrès de l’hypnotisme au même titre qu'à tous les savants qui ont publié des travaux sur cette science à l'époque contemporaine. Le titre seul du rapport de M. Ladame, publié longtemps à l'avance dans le programme du Congrès , indiquait assez quelles seraient ses tendances. De plus, il faut reconnaitre qu'il eût été difficile à M. Ladame de traiter la question de l'interdiction des séances publiques d'hypnotisme sans teuir compte des opinions exprimées par M. Delbœuf sur ce sujet et sans les discuter (1).

- L'assemblée, consultée, décide que la réponse de M. Del bœuf sera insérée dans les comptes-rendus, à la suite de la discussion sur le rapport de M. Ladame. »

Cette réponse, la voici (p. 44 des Comptes-rendus du Congrès) :

La réponse de M. Delbœuf.

La meilleure réponse que l'on puisse faire au rapport de M. Ladame, c’est le rapport lui-même. Les lecteurs qui liront jusqu'au bout cette diatribe m'auront assez vengé. Aussi je ne

(1) Ou mes souvenirs me trompent bien, ou M. Bérillon n'a rien dit de semblable. Toutefois c'est là un point secondaire. Seulement c'est parler pour ne rien dire. Il est clair que je savais qu'on traiterait des séances publiques et dans quel sens. Quant au second point, s’il eût été difficile, etc., c'est autre chose. La forme est

désire qu’une chose, c'est qu'il recoive la plus large publicité possible, et pour ma part, je m'engage à le répandre (1).

Que doit être un rapport? Un exposé simple et calme de l'état d’une question et un examen critique des opinions en présence. Qu'est le rapport de M. Ladame ? Tout autre chose. On y trouve un hymne, des imprécations en périphrases, des apostrophes, un dithyrambe ; mais d'arguments, point:ou peu. En fait d'adversaire, M. le Rapporteur n’en voit pas d'autres que moi. Il cite de moi une ou deux phrases tirées d’un ouvrage étranger au débat, et il en dénature le sens et la portée pour mieux m'accabler. Des raisons que j'ai fait valoir à l'appui de ma thèse dans un autre opuscule où je traite la question in extenso et qu'il feint de ne pas conpaître, pas un mot. C'est à faire croire que je lui aurais donné l'exemple de défendre une cause par des déclamations et des hors-d'œuvre. C'est pourquoi je demande la permission de présenter quelques observations.

Pourquoi d’abord M. le docteur Ladame, de l'Université de Genève, a-t-il tenu à m'attaquer isolément ? Pourquoi ne : met il en avant que ma personne? Pourquoi laisse-t-il ignorer que, même parmi les docteurs, il en est, et des plus illustres en fait de magnétisme, qui combattent à mes côtés pour la liberté des représentations publiques et spécialement que MM Liébeault et Bernheim de Nancy, M. Morselli de Tu in m'ont spontanément apporté leur appui et m'ont autorisé à

classique : on a dit, on a objecté, ou même M. Delbœuf a dit, a objecté. Mais on valait mieux, puisque, dans cette campagne en faveur de la liberté, MM. Liébeault, Bernheïim, Liégeois et Morselli m'ont apporté publiquement leur concours dans des lettres que j'ai publiées. Encore une fois, pourquoi m'isoler ? M. Ladame était-il jaloux des lauriers de cet Horace qui, par sa tactique savante, sépara ses trois adversaires et les immola sans peine ? Enfin — qu'on me pardonne de me répéter — M. Ladame n’a rappelé aucun de mes arguments. (1) C’est le but de la présente publication. Je tiens parole.

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publier leurs lettres? (1). A l'Académie de Belgique, on avait déjà employé envers moi ce procédé d'isolement. Je m'en plains, page 105 de l'ouvrage cité par M. Ladame et M. Ladame tombe... comment dirais-je ?.. dans la même inadvertance ! (2).

Nous venons de voir M. Ladame user contre moi de l'omission. Mais il ne dédaigne pas d’argumenter par addition. Il a entendu dire que, pour défendre les mauvaises causes, tous les moyens sont bons.

J'avais dit ceci — et M. Ladame cite mes paroles — que la campagne contre les magnétiseurs publics était menée « en vue de favoriser des intérêts qu’on n’avoue pas ». M. Ladame donne immédiatement un autre tour à ma pensée et me fait dire que la Faculté se remue « en vue d'intérêts honteux el inavouables » (3), et il part de là pour soulever contre moi l'indignation de l'assemblée et m'accuser de calomnier le - corps médical !

__ (1) Voir mon volume l'Hypnotisme et la liberté des représen-

tations publiques. Liège, Desoer, 1888, p. 69, 71 et 88.— Voir aussi le livre de M. Liégeois : De la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence. Paris, Doin, 1889, p. 627 et passim, et notamment la lettre à M. le docteur Semal de l’Académie de médecine de Belgique, p. 722-729.

(2) « Après quoi, il (M. le rapporteur Masoin).. s'écrie qu'il m'a placé « dans un isolement superbe, comme le grand-prêtre d’un « autel déserté » (p. 41 du rapport). Pour justifier cette péroraison, aussi superbe que mon isolement, il laisse ignorer — et l'assemblée devant laquelle il parle fait semblant d'ignorer — que M. Brouardel soutient le même combat que moi contre M. Liégeois, que celui-ci (p.627 et passim et notamment dans une longue lettre de M. Semal, p. 722-729, dont pas un mot chez M. Masoin) et ses collègues de Nancy et d'Italie se sont alliés à moi pour la défense des magnétiseurs publics, et que la thèse sur l’innocuité de l'hypnotisme entre des mains exercées, est appuyée par les premiers praticiens du monde, qui ont à eux seuls hypnotisé mille fois plus de personnes que tous nos académiciens ensemble. »

(3) Dans un autre passage, plus loin, il dit: « grossiers et inavouables ». Toujours le besoin d'ajouter et de dénaturer.

Ai-je besoin de faire remarquer que je n’ai pas dit honteux, et que je n'ai jamais pu le penser? Quellehonte y a-t-il à tirer profit de ses talents et de son savoir ? Ai-je encore besoin de faire remarquer que, dans la langue trançaise, « inavouable » ne signifie point et n'a jamais signifié « qu'on n’avoue pas ». Il y a nombre de sentiments, et des plus purs, qu’on n’avoue pas. Mais M. Ladame avait besoin de cette falsification de termes pour justifier ses apostrophes enflammées. Décidément votre cause est mauvaise, Monsieur, et elle n’aura pas été rendue meilleure par les applaudissements et les trépignements que votre sortie vous aura fait, je n'en doute pas, fraudüleusement recueillir. Car les corps privilégiés sont ainsi faits. Que devant eux le premier venu se lève pour dénoncer un soi-disant abus, qui selon lui, lèse leur dignité, dès qu'il a ouvert la bouche, il a raison; inutile de l'éconter jusqu'au bout ; l'assemblée vote par acclamation l'abolition de l'abus — qui souvent est un droit et parfois un néant.

Donc, Monsieur, ma périphrase signifiait tout simplement « des intérêts pécuniaires ». Ce sont bien là, n'est-ce pas, des intérêts que, dans l'occurrence, l'on n'avoue pas. Vous-même ne les avouez pas. À qui cependant prétendez-vous fhire accroire qu'ils h’ont pas guidé tant soit peu votre plume acerbe? Lotsque dernièrement, dans mon pays, les médecins s’en prirent aux pharmacleñs qui vendaient des remèdes sans otdonnance (je ne sais pas si le sulfate de magnésie ne figurait pas dans l'affaire), les demandeurs comme les défendeurs se retranchèrent derrière leur compassion pour l'humanité souffrante. Croyez-vous sincèrement que leur compassion ne cachait pas autre chose ?

Mais j'ai mieux à dire. Dans le cours de ses invectives, M. le Rapporteur laisse percer le bout de l'oreille. Il reproduit — en les tronquant (1) (funeste habitude!) — les paroles qui

(1) L'omission équivaut presque à une falsification. Voici le commencement du passage : «En attendant, bien que séparé de Zui par une frontière politique et par un dissentiment scientifique, et bien que mes compatriotes aient à tout instant invoqué son auto-

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