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terminent mon livre, et il ajoute : « Chacun y applaudirait s£ elles n'avaient point de sous-entendu ». Ce sous-entendu, il le dévoile sans ambages : moi aussi je poursuis un intérêt que je n'avoué pas; Car, dit-il, «il lui serait facile de rétorquer l'argument ». Et non seulement il le rétorque, mais il l'amplifie On peut dire, cohtinue-t-il, « que toutes les fois que des intérêts privés sont touchés par des mesures de salubrité publique, c'est ainsi qu'ils se défendent, en suspectant les intentions de ceux qui réclament ces mesures. Nous pour- : rions dire que M. Delbœuf prêche pour sa parotsse, puisque, n'étant pas médecin, il soigne... les malades..…, ce qui constituetait un délit d'exercice illégal de la médecine ».
Voilà le grand mot lâché ! Je suis un concurrent, un concurrent gênant et qui sait ? peu scrupuleux peut-être. Mais rassurez-vous, cher confrère — M. Ladame mé permettra sans doute de lui donner de ce qualificatif cordial, usité d'ordinaire entre ceux qui professent l’art de guérir — rassurezvous ! La curée n'en vaudrait pas la peine. Il ne m'est ärtivé que bien rarement de soigner des malades par pur ititérêt humanitaire , et, dans ce cas, toujoürs avec le consentement et la collaboration du médecin traitant. Tous les autres, je ne les ai soignés qu'avec l'aveu du médecin, lorsqu'il jugeait impuissantes les ressources ordinaires de son art. Et alors, je le faisais dans un but général, soit philosophique ou psychologique, soit thérapeutique. Les observations que j'ai recueillies de cette façon ne sont pas sans quelque intérêt, et j'ai renoncé depuis près d’un an à pratiquer l'hypnotisme pour avoir le temps de les rédiger.
Maintenant, Monsieur, vous désirez peut-être savoir ce que ce labeur m'a valu ? J'ai fait parfois des voyages au loin; j'ai souvent payé le voyage à des malades indigents : j'en ai in-
rité contre la mienne, je tends la main à mon excellent ami, M. Liégeoïis. Lui et moi, dans le désintéressement le plus absolu. nous avons cherché la vérité, etc. » Ce nous est un pluriel, M. le Rapporteur en fait un singulier. Est-ce que ses insinuations s'adressent aussi à M. Liégeois ? Il ferait bien de le dire.
demnisé largement quand ils répugnaient à se prêter à une expérience qui, sans leur nuire, aurait pu être douloureuse (par exemple, l'hypnose substituée au chloroforme) ; je me suis astreint à aller une année durant trois fois par semaine passer plusieurs heures à l'hôpital pour recueillir des observations sur des individus atteints d'affections graves de la vue ; j'ai soigné autant, peut-être même plus de riches que de pauvres; j'en ai hébergé chez moi quand je jugeais utile de les tenir en observation ; des médecins ont eu recours à moi pour leurs mères, leurs femmes, leurs filles ; et jamais je n'ai accepté de mes clients que leur nue reconnaissance.
De temps en temps un aigle ou un vautour des Hautes- Alpes s'égare jusque dans nos contrées pour se jeter sur la chair vivante ou morte d'un pauvre lapereau. Gageons, Monsieur, qu'après le compte que je viens de vous rendre, vous serez peut-être encore jaloux de ma pauvre gloire, mais non de mes profits.
Quant aux médecins, il est faux que je les aie attaqués comme tels. M. le Rapporteur le sait bien, et mes écrits ainsi que mes amitiés (presque tous mes meilleurs amis à Gand comme à Liège sont médecins) protestent hautement contre cette calomnie, que les lecteurs me passent ce gros mot, dont je n'aurais eu garde de me servir si M. Ladame ne m'en avait donné l'exemple. Je regarde la médecine comme un art tout au moins consolateur quand il n'est pas bienfaisant, par conséquent les médecins comme des porteurs de consolations et de bienfaits. Aussi je ne me suis jamais fait faute de les inviter à mes expériences, de leur enseigner mes procédés, de leur donner les indications que me suggérait ma pratique. Ce que j'ai attaqué, ce n'est pas la médecine, c'est l'ignorance alliée à la suffisance. En le faisant, je prévoyais que j'allais ameuter contre moi presque tout le corps medical, car, je le répète, les corporations sont bien plus chatouilleuses que les individus. J'ai attaqué, d'une façon générale, ces médecins qui, la veille, avouaient ne rien savoir de l'hypnotisine, en niaient l'existence, et raillaient agréablement M. Delbœuf de sa crédulité, de ses expériences, de ses explications, et qui,
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le lendemain, le jour même où l’on parla, au nom de leurs intérêts avoués ou déguisés, d'interdire les représentations publiques d'hypnotisme, se posèrent tout d'un coup en gens pour qui l'hypnotisme n'avait plus de secrets, alarmèrent un public qui n'éprouvait aucune alarme, et se coalisèrent contre des forains, oui, contre de pauvres forains, ou des industriels qui avaient plus fait pour répandre la connaissance de l’hypnotisme et forcer l'attention publique que toutes les Facultés et les Académies de l'Univers !
J'ai attaqué les médecins qui, au nom de la morale, revendiquèrent le monopole de l'hypnotisme, comme s'ils avaient le monopole de la moralité. Or les annales — d'ailleurs peu riches — des attentats commis contre les personnes à l’aide de l'hynotisme, citent aussi souvent, sinon plus souvent, des médecins que des profanes.
J'ai attaqué enfin les médecins — et M. le Rapporteur est de ceux-là — qui reconnaissent que l'hypnotisme est un instrument puissant d'analyse psychologique, et qui voudraient interdire aux psychologistes — et j'en suis — le droit de s'en servir. Et cette prétention inouïe, les plus illustres n'ont pas : craint de l'émettre.
Il faut agir avec la bonne foi de M. Ladame, pour extraire d'une page de mon livre absolument calme et froide, un passage dont on dénature sciemment le sens en vue de recueillir des applaudissements illégitimes. Belle affaire de mettre dans son parti une assemblée de médecins en venant célébrer sur : le mode lyrique leur dévouement et leur désintéressement que j'aurais méconnus ! Pour l'édification des lecteurs, dont peu certainement connaissent mon travail, tout récent et tiré à un nombre restreint d'exemplaires, je reproduis en note la page où se trouve la phrase incriminée (1).
(1) H s’agit de la transformation des somnambules en instruments criminels — nous voilà déjà bien loin de la question du lucre — et après avoir cité les paroles d'un adversaire de M. Liégeois, je continue en ces termes (p. 103) :
« Voilà justement ce que je pense et dit depuis longtemps. Je
Dans cette page il y aencore une expression que M. Ladame relève, at voici comment, grâce à sa collaboration, ma pensée est complètement dénaturée : « M. Delbœuf va plus loin. A l'entendre, ce sont les snédecins qui ont créé les dangers de l’hypnotisme, parce qu'ils n'y connaissent absolument rien et expérimentent de travers." Qu'on veuille bien relire mes lignes ; elles protestent d'un bout à l’autre contre cette interprétation inepte et méchante. Ah ! Monsieur Ladame, vous êtes médecin et même aspirant professeur dans le haut enseignement, vous parlez même quelque part de votre conscience, Etendant ce que j'écrivais plus haut, ne suis-je pas en
demande que l'on cite un fait, un seul fait où un hypnotisé ait été l'instrument d'un crime, non la victime, car ceci est possible. Mais qu'on y prenne garde. La meilleure sauvegarde contre les crimes possibles, c'est la divulgation la plus large des effets du magnétisme. La société a le plus visible intérêt à les connaitre. Ce ne sont pas les magnétiseurs publics qui sont dangereux ; mais bien, au contraire, les magnétiseurs privés, les captateurs de successions, les chasseurs de dots, les prêtres, les maîtres, et,en général, tous les détenteurs de l'autorité, les juges d'instruction. terribles ceux-là sans s'en douter. Pour ma part, le procès Célina Dissy m'a fait penser dès le début que cette malheureuse était une victime de la suggestion. L'affaire Chambige — autant qu'il est possible de la juger de loin — me montre en Me G.... une victime de l'hypnotisme ; je donnerai plus loin la raison de ma présomption. ll faut que chacun sache ce qui en est de l’hypnotisme, quels en sont les bienfaits et les dangers ; et c'est non seulement attenter à la liberté, à la justice, à la science, mais encore léser l'humanité et la morale, que de vouloir, en vue de favoriser des intérêts qu’on n'avoue pas, en réserver le monopole à des gens qui, à l'abri d'un diplôme, pourraient faire de la psychologie dans l'ombre.
« J'ai dit Zéser l'humanité, parce que les dangers physiques de l'hypnotisme naissent de l’hypnotiseur même. Il n'y a pas plus de rapport entre la médecine et le magnétisme, qu'entre la géométrie et la religion, qu'entre la physique et la musique. Je puis avancer hardiment qu'on nait magnétiseur comme on nait coloriste, comme on naît apôtre.
« Sans doute, l'idéal, c'est le médecin hypnotiseur, mais avant tout il faut qu'il soit hypnotiseur et psychologiste. S'il veut faire de
droit de dire qu’un diplôme n’est pas nécessairement un certificat de moralité scientifique? Mais il y a mieux, cette opinion n'est pas de moi. Plus haut (p. 55) je citais M. Bérillon, qui dit exactement la même chose en d’autres termes : « On ne s'improvise pas plus médecin hypnotiseur qu’on ne s'improvise oculiste, Nous avons pu nous assurer que la plupart de ceux qui n'ont eu à enregistrer que des accidenis ou des însuccès, le doivent uniquement à leur défaut de méthode, à leur inexpérience et à leur incompétence. Entre les mains d'un maladroit, d'un brutal ou d’un ignorant, il est naturel que l'hypnotisme devienne aussi dangereux que peuvent l'être la digitale et l’opium entre les mains d’un empirique (1). » Vous l’entendez, M. Ladame.
l’hypnotisme sans être hypnotiseur, à côté de quelques réussites, il enregistrera nombre d'échecs et tout malade entrepris inutilement est généralement un malade perdu pour la cure magnétique.
« Pour le vrai hypnotiseur, il n’y à pour ainsi dire pas de malade réfractaire. On a vu opérer M. Berheïm, et — si j'ose parler de ma pratique restreinte — tous les médecins de Liège et d’autres villes : qui m'ont amené leurs clients, savent combien peu j'en ai manqué. Je n'en compte certainement pas vingt sur un nombre supérieur à cent.
« Que le magnéliseur non médecin ne prescrive pas de remède, cela va de soi. Mais la lot est armée pour cela. Quant au reste, qu'on laisse, pour Dieu, le monde tranquille! D'autant plus que le magnétisme n'est pas facile à définir. Défendrez-vous donc à un de mes amis, membre d’une haute magistrature, qui, dans son entourage et dans son pays, passe pour guérir le mal de dents par simple attauchement, de faire servir son regard et son index au soulagement de ses semblables? Et pourtant voilà ce qu'on réclame à grand renfort de séances, de brochures et de sophismes. »
Jele demande à tout esprit non prévenu, y a-t-il là une ligne blessante pour n'importe qui et spécialement pour la Faculté? Est-ce blesser que différer d'avis ? Je laisse au lecteur le soin de répondre,
(1) Voir Revue de l'hypnotisme, 1° mars 1888, p. £81., et Comptes-rendus , p. 160:
Mais M. Liébeault dit la même chose, ainsi que M. Bernheim. Je rappelais, page 69 de mon opuscule, les propres paroles de cet éminent clinicien et professeur : « Je ne crois pas que l'hypnotisme doive rester, comme le bistouri, le monopole du médecin. D'abord ce ne sont pas les médecins qui l'ont inventé. Ensuite les études classiques de médecine et de chirurgie ne font pas l'hypnotiseur (1).- Pourquoi donc M. Ladame n'a-t-il pas excité les colères de l'assemblée contre MM. Liébeault, Bernheim et Bérillon?
Si l'hypnotisme est chose si dangereuse — ce que je conteste, — il doit être réservé aux hypnotiseurs, et non pas plus aux médecins qu'aux géomètres ou aux religieux, qu'aux physiciens ou aux musiciens. C'est clair comme le jour. Je pose en fait que sur mille, dix mille personnes peut-être, il y en a à peine une douée des qualités requises pour l'exercer. Or si, dans nos petites villes, dans nos villages, il se trouve que les médecins établis n'ont pas ces qualités, leur sera-t-il donc interdit d'invoquer le secours de tel ou tel amateur qui les possède? (2) Ne serait-ce pas Zéser l'humanité que de priver les malades de ce secours ou de les exposer à des manœuvres
(1) Une chose excellente. Dans le dernier considérant de son rap- “port, M. Ladame a écrit et a lu : « Mais, comme nous devons reconnaître avec M. Delbœuf que le diplôme de médecin ne sacre pas hypnotiseur, etc... » les mots soulignés ont disparu dans le texte imprimé. Ne faut-il pas que M. Delbœuf n'ait jamais raison, même quand on lui prend ou que l'on partage ses idées?
(2) Voici par exemple une lettre que, la veille de mon départ pour Paris, je recevais d’un médecin chargé d’un service à un hôpital de Liège : « Monsieur Delbœuf, Vous obligeriez une de nos meilleures familles du.... celle de M.......... à...., Si vous vouliez vous y rendre pour magnétiser sa dame, souffrant d’une maladie nerveuse depuis longtemps déjà. Si vous acceptez de rendre ce service, je vous prie d'informer M... du jour et de l'heure de votre arrivée à la gare de... où la voiture viendra vous prendre. Recevez, etc. (signé) le D' X. — Le docteur... est le médecin traitant. » Ditesmoi, M. Ladame, dites-moi ce que j'aurais dû faire. — N. B. Cette lettre est reproduite intégralement, je n'ai supprimé que les noms propres.
imprudentes? Il y a en Belgique, à Tellin (Luxembourg), une bonne femme, célèbre comme masseuse. Elle passe pour faire
des miracles, et, de fait, elle est, à ce qu’il paraît, merveilleu- |
sement adroite. Autrefois nos médecins — ceci est de l’histoire — ne parlaient d'elle qu'en souriant. Aujourd’hui ils lui adressent leurs clients. N'est-ce pas de leur part plus sageque de masser eux-mêmes sans patience et sans adresse?
M. le Rapporteur va me répondre qu’il ne réclame pas le monopole pour les médecins. Il le dit dans le cours de son mémoire : « Je ne sache pas, dit-il, qu'aucun médecin ait jamais vraiment demandé pour le corps médical le monopole de l'hypnotisme. » Non? vraiment? Cependant je lis à la dernière page : « L'interdiction des séances publiques est une simple mesure de police qui ne peut suflire aux exigences nouvelles créées par l'avènement de l'hypnotisme dans les sciences médicales. Ce n'est même qu'un des petits côtés de la question. Nous demandons davantage... L'emploi de la thérapeutique suggestive doit rentrer, comme tout autre agent médical, dans les lois et règlements qui régissent l’art de guérir (1). » Que signifie ce bloc enfariné? Il sera donc permis à chacun d'hypnotiser son semblable pour s'amuser ou s'en amuser, de le rendre même malade, — pourvu que ce ne soit pas en public, mais il lui sera interdit même de le soulager d’une migraine. Si le Christ revenait sur la terre, on aurait bientôt fait de le mettre, par l'amende et la prison, dans l'impossibilité de guérir par sa parole les perclus et les paralytiques. Et com-
ment va-t-on se comporter avec Notre-Dame de la Salette,
Notre-Dame de Lourdes et leurs contrefaçons, qui font visiblement de la thérapeutique suggestive ? Mais peut-être n'aura-t-on pas contre ces dernières puissances, le courage que l'on a montré contre les somnambules de foire!
Eh bien, je demande, moi, tout simplement, que chacun puisse faire de l'hypnotisme public ou privé sous sa propre
(1) Ce sera même une mesure salutaire à d’autres titres. Elle coupera l’herbe sous le pied à M. Delbœuf, n'est-ce pas, M. le Rapporteur? ë
responsabilité. Survient-il un accident ? la loi répressive est là, et la victime peut réclamer des dommages et intérêts. Que faut-il donc davantage ? Faut-il que, juste cent ans après la Révolution française qui a aboli les maïîtrises et les jurandes, on vienne revendiquer pour toute une classe de citoyens, dont un sur cent peut-être aura les aptitudes voulues, à côté d’autres droits surannés, le droit d'hypnotiser impunément, lorsqu'on déclare l'hypnotisme chose éminemment dangereuse! C'est là un pur défi à l’histoire et au bon sens. Voyez à quelles conséquences conduisent ces règlements et ces lois d’un autre âge ! C’est à Pasteur sans contredit que la médecine doit ses plus précieuses découvertes, qui l'ont élevée de l’'empirisme à la science. Or, Pasteur n'est pas médecin; on le lui a rappelé. Il n’a pas le droit d'opérer lui-même; il ne peut que former des élèves qui opèrent pour lui! En quoi cette collaboration est-elle plus légale que celle d'ün médecin et d'un hypnotiseur forain?
Je suis bien plus long que je nele voudrais et surtout queje n'espérais l'être. Mais tout est étrange dans ce rapport, On y débute par un dithyrambe en l'honneur de la liberté — qu'on se propose d’étrangler — puis on passe immédiatement à des attaques injurieuses et d’une suprême inconvenance contre quelqu'un qui n’est pas là pour se défendre et qu'on représente comme mon:client! M. Ladame a recours aux termes les plus violents du vocabulaire français: il traite « mon client » tour à tour de « magnétiseur de tréteaux, de misérable, de criminel, de scélérat » (*). On dirait que Donato l’a ruiné par une concurrence déloyale. Ce qu'il y a de particulier, c'est que dans mon ouvrage, cité par M. Ladame, je ne parle pas des magnétiseurs publics, et que les noms de Donato et de Hansen n’y figurent qu’en passant, en note, page 65, 99 et 114!
Puisque donc M. le rapporteur fait de moi l'avocat des « magnétiseurs de tréteaux », j'accepte le rôle et garderai encore un instant la parole pour défendre des gens qui auraient trouvé en moi un défenseur, si j'avais assisté à la séance. Le
(") J'ai commis ici un lapsus oculi. Voir plus loin : la réplique de M. Ladame, p. 76, et mes observations, p. 82.
te
point de mire, la tête de Turc de tous les coups de poing assénés par la vaillante main de M. Ladame, c'est Donato. Dussé-je maintenant m'exposer aux cris réprobateurs du Congrès et aux coups de foudre de M. Ladame je dirai que la seule fois que j'ai été en relation verbale et expérimentale avec Donato — c'était l'année dernière — j'ai appris quelque chose en causant et expérimentant avec lui. Il m'a montré des phénomènes qui étaient en apparence des phénomènes de communication de pensée, et pour lesquels je ne trouvais pas d'explication. Ces phénomènes ne sont pas susceptibles, vu leur délicatesse d’être exhibés sur la scène. M. Donato, avec une bonne grâce dont je lui sais infiniment gré, et je tiens à le dire dans ces pages, m'en a donné l'explication scientifique. Cette explication m'a frappé ; il y a là une mine nouvelle et — à première vue — extrêmement féconde d'explorations psychologiques. Pour ma part, lorsque j'aurai le temps, j'en ferai usage et rendrai publiquement à son inventeur l’hommage légitime qui lui est dû.
Je l’ai dit, et je ne me dédis pas, le monopole est l'ennemi du progrès, et ce sont, non les médecins, mais les magnétiseurs publics — quel que soit l'intérêt qui les pousse, et que je trouve, quant à moi, parfaitement avouable — qui ont imaginé la plupart des méthodes d'hypnotisation. Où en serait encore le magnétisme sans les Puységur, les Faria, les Noiset, les Dupotet, les Lafontaine, les Mouls, les Donato, les Hansen, les Focachon, tous gens qui n'étaient pas médecins? Seraientce les Roussel, les Dubois d'Amiens, les Burdin et autres académiciens qui l'auraient mis en honneur ? “tt quant aux médecins qui s'étaient convertis au magnétisme, les Deslon, les Husson, les Braiïd, les Liébeault, comment ont-ils été accueillis par leurs confrères ? A la Salpêtrière, M. Voisin (") vient de porter un toast au docteur Liébeault. Reconnaissons-le de bonne foi, l'hommage est bien tardif; il y a quarante ans que le docteur Liébeault croit au magnétisme, trente ans qu'il le pratique, pauvre et méconnu, sacrifiant à son idée la plus
(‘) Je me suis trompé. C'est M. Van Renterghem d'Amsterdam.
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belle des clientèles, vingt-trois ans qu'il a publié son premier livre qui passa inaperçu et dont tout le monde parle aujourd'hui sans l'avoir lu.
Oui, Monsieur, vous avez beau tonner contre l'abus de la réclame ; vous avez beau dénoncer aux colères du Congrès par vos plus véhémentes apostrophes, « le magnétiseur des tréteaux », son nom vivra dans l'histoire plus que le vôtre, à moins qu'elle ne les accole tous deux comme ceux du persécuté et du persécuteur.
Ce n'était pas sur ce ton que le 26 décembre 1880, votre compatriote, M. le docteur Marc Dufour, président de la Société de médecine, écrivait à Donato, dans un rapport livré à la publicité.
Voici comment il s’exprimait : « Cher Monsieur, je viens vous témoigner ma vive reconnaissance pour l’obligeance avec laquelle vous avez consacré la soirée de l'autre jour à pratiquer chez moi des expériences sur l'hypnotisme et le somnambulisme. Elles ont vivement intéressé ceux de mes collègues qui étaient présents (1).
« Pour résumer ce qui s'était passé, vous avez, expérimentant sur des jeunes gens de notre ville, dont trois ou quatre m'étaient personnellement connus, produit les phénomènes suivants. (Ici la relation des expériences faites.) Veuillez agréer encore l'expression de mes sentiments de gratitude et recevoir l'assurance de ma parfaite considération. »
(1) Voici les noms dela plupart de ces collègues (ils étaient vingtcinq ) : M. le Dr Marc Dufour, président de la Société de médecine ; MM. les Docteurs Recordon, vice-président du Conseil de santé ; Challand, directeur de l'asile d'aliénés au bois de Céry ; de Séranville, médecin en chef à l'hôpital cantonal; de Miéville, de Nyon ; Gillieron de Chèbres ; Kaiser, médecin suppléant à l'asile d’aliénés du bois de Céry; Alfred Secrétan, de Lausanne ; Louis Secrétan, ibid.; Charles Secrétan. 1btd.; Hochrutiner, 1bid.; Chavannes, tbid.; Rogivu, tbid.; Hausamann, tbid.; Dumur, tbid.; de Cergeat, tbid.; Her, 1bid.; Pélissier, tbid.; Larguier des Bancels, tbid.; etc., etc.
A cette époque, aucun docteur de Suisse ne croyait au magnétisme ; tous s'imaginaient que les expériences de Donato étaient des effets de prestidigitation et de compérage. Un membre de l’Académie de Lausanne. aujourd'hui mon collèvue à l'Université de Liège, M. le professeur de Senarclenx, qui était l’un des invités chez M. Marc Dufour, a corrobor* cette information de son témoignage formel. Quelque tempsaprès M. Ladame publiait un ouvrage en collaboration avec M. Strohl. pharmacien. Les expériences qu'il rapporte comme étant siennes, avaient été faites auparavant par Dorato,à Neuchä tel, à la Chaux-de-Fonds, au Locle, etc. ! Dans ce livre, il commençait sa campagne contre Donato: ses pratiques, à lui, étaient salutaires, celles de Donato étaient dangereuses ; il avançait qu'une dame de Saint-Imier avait des crises nerveuses répélées depuis le passage de Donato dans cette ville. Or Donato n'a jamais été à Saint-Imier, ni dans les environs et n’a, en Suisse, hypnotisé en tout que quatre dames qui se portent à merveille. Dans son rapport, il parle de « un cas de viol pendant l'hypnotisme qui eut lieu peu de temps après le passage du cé'èbre magnéliseur +. Peut-on plus perfidement distiller la calomauie et faire un plus odieux usage du post hoc, ergo propter hoc? L'affaire, qui était une affaire de chantage, s'est terminée par une ordonnance de non-lieu, et la prétendue victime a été blâmée. Et quand mème le viol eût été réel, où est la relation? Les viols datent ils de l'apparition de Donato sur la scène du monde? — Je ne relève pas les assertions qui suivent, elles n’en valent pas la peine.
MM. les professeurs de Nancy ont rendu un hommage public à la bonne foi et à la courtoisie de M. Hansen, qui leur a enseigné avec la plus grande complaisance tout ce qu'il savait. Moi-même, dans mon livre sur La liberté des représentations publiques d'hypnotisme, j'ai tenu à rendre un hommage semblable à M. Canivez, connu sous le nom de Léon. Il faut en conclure que M. Marc Dufour, les professeurs de Nancy et moi ne poussons pas si loin que M. Ladarne le sentiment qu'un moraliste a défini l'indépendance du cœur.
Et maintenant, veut-on savoir pourquoi M. Ladame tonne