‹ Magnétiseurs et médecinsChapitre 3 sur 20 · JO · texte numérisé non relu

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Un ou deux orateurs ont tenté de défendre la cause des représentations publiques d’hypnotisme : il faut reconnaître qu'ils n’ont pas fourni d'arguments dignes d’être pris en considération.

Au contraire, en dehors de l'Académie, les magnétiseurs ambulants ont trouvé, dans M. Delbœuf, professeur à l’Université de Liège, un ardent défenseur. Nous avons lu avec le plus grand intérêt le plaidoyer dans lequel il reproche à M. le professeur Thiriar d’avoir pris, à la Chambre des députés de Belgique, l'initiative de la demande d'interdiction des séances publiques d'hypnotisme.

Malgré l'estime que nous inspire le talent de notre éminent collaborateur, nous avons le devoir de protester contre deux des principales allégations contenues dans sa brochure.

Nous ne pouvons être de scn avis lorsqu'il affirme que les pratiques des magnétiseurs n'ent jamais déterminé d'accidents sérieux.

Depuis deux ans que nous avons l'honneur de diriger la Revue de l’hypnotisme , nous avons enregistré un assez grand nombre de faits qui prouvent l’action néfaste exercée dans maintes localités par le passage de certains magnétiseurs.

Le premier, M. Ladame a fait, dans son livre sur la Névrose hypnotique, un exposé frappant du sans-gêne avec lequel les magnétiseurs se jouent de la santé de leurs sujets. Depuis, M. le professeur Charcot a signalé l'apparition, dans un chef-lieu de département français, d’une sorte de manie hypnotique active qui pénétra jusque dans le collège de la ville. En particulier, un jeune élève, hypnotisé par ses camarades, fut atteint d’une série de troubles nerveux qui l’amenèrent à la Salpétrière. M. Pitres (de Bordeaux) et M. Andrieu (d'Amiens) ont observé des jeunes gens chez lesquels les pratiques de magnétiseurs ambulants et de saltimbanques avaient déterminé l'éclosion de graves accidents.

Enfin, récemment, nous recevions de M. Briant, médecin en chef de l'asile de Villejuif, l'observation d’un cas de délire mélancolique consécutif à des pratiques d'hypnotisme tentées par un magnétiseur.

Nous avons eu nous-même l’occasion d'enregistrer un certain nombre d'accidents analogues dus à des tentatives d'hypnotisme faites par des empiriques dans un but d'amusement ou de curiosité.

Nous ne saurions souscrire davantage à l'opinion émise par

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M. Delbœuf lorsqu'il prétend que c'est aux magnétiseurs que les médecins doivent ce qu'ils savent en matière d'hypnotisme.

Nous avons assisté aux séances données par les » plus célèbres » magnétiseurs de ce temps. Chez presque tous , nous avons constaté upe ignorance complète des faits physiologiques les plus élémentaires. Uniquement préoccupés du désir d'amuser ou de distraire le public, ils ne s’appliquaient qu’à produire des phénomènes ayant une apparence de merveilleux , sans se soucier des conséquences que leurs manœuvres pouvaient avoir sur l'état mental de leurs sujets. Quelques-uns faisaient preuve d’une brutalité inouïe. Tous, pour rehausser leur prestige , s'efforçaient de propager la croyance qu'ils étaient détenteurs d'un fluide spécial et magique ou d’une force fascinatrice surnaturelle, dont les autres mortels seraient à peu près dépourvus.

En résumé, l'opinion des personnes instruites qui sortaient de ces représentations était qu'elles venaient d'assister à des scènes de compérage ou à un spectacle malsain.

Aussi nous pensons que, loin d'avoir fait acte de vulgarisation utile, les magnétiseurs ont retardé le mouvement scientifique. Ils ont inspiré aux hommes sérieux le désir de n'avoir rien de commun avec ceux qui, sous prétexte de science, se livrent à des exhibitions théâtrales. Ils ont suscité dans les esprits plus de scepticisme que de confiance à l'égard des phénomènes qu'ils provoquaient.

Qu'on ne vienne pas nous dire que ces commis-voyageurs ignorants et déclassés ont inspiré à M. Liébeault ses remarquables études psychologiques sur le sommeil naturel ou provoqué.

C'est se moquer agréablement du monde que de prétendre que ces entrepreneurs de spectacles ont guidé MM. Charcot, Dumontpallier, Mesnet, Bernheim et tant d’autres médecins éminents dans leurs études cliniques sur l’hystérie, l’hypnotisme et le somnambulisme. |

Ce qui est vrai, c’est qu'une seule des leçons de M. Charcot a plus fait pour intéresser le monde scientifique à la cause de l'hypnotisme que cent mille séances données par les magnétiseurs.

En nous joignant à ceux qui demandent l'interdiction des séances publiques d'hypnotisme, nous n'avons pas l'intention de limiter le droit des penseurs qui veulent poursuivre des expériences de psychologie.

Les philosophes et les médecins psychologues pourront à leur

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aise, sous leur responsabilité, continuer leurs études dans leur cabinet de travai’. Il ne leur viendrait d’ailleurs jamais à l'esprit l’idée d'aller expérimenter sur les tréteaux d’une salle de théâtre.

Quant à ce qui est de l'hypnotisme envisagé au point de vue thérapeutique, nous nous rallions à la formule de M. Ladame, d'ores et déjà acceptée, en France, par tous les esprits sérieux :

« La pratique de l'hypnotisme appartient complètement à l’art de la médecine et doit être soumise aux lois.et règlements qui s'appliquent à l'exercice de cet art. »

D' EDGAR BÉRILLON.

J'ai la faiblesse de croire que si, dans le feu de la polémique , on est excusable de se laisser aller à certaines vivacités de langage, on ne l'est pas de ne pas opposer argument à argument, preuve à preuve, expérience à expérience. Aussi j'écrivis immédiatement à M. Bérillon, avec prière de vouloir bien l'insérer dans sa plus prochaine livraison, la lettre suivante : |

Liège , le 15 juin 1888.

Mon cher Directeur.

Dans le n° de juin de la Revue de l'hypnotisme, vous me faites l'honneur de vous occuper de ma brochure sur l’Hypnotisme et la liberté des représentations publiques. Plus d'un de vos lecteurs aura sans doute éprouvé comme moi le regret que vous combattiez ma thèse, sans rappeler au moins brièvement les arguments sur lesquels je l’appuie. Vous reproduisez in extenso l'attaque et vous faites ressortir avec complaisance « le remarquable talent d'exposition et la compétence indiscutable » des académiciens belges qui veulent interdire l’hypnotisme ; mais de ceux qui ont tenté de défendre la cause de la liberté, vous vous bornez à dire : « il faut bien reconnaître qu'ils n'ont pas fourni d'arguments dignes d'être pris en considération. » En serait-il vraiment ainsi, ou bien la force de votre conviction aurait-elle ici joué un mauvais tour à votre impartialité?

Et d'abord je nie formellement la compétence des membres de la Commission chargée par l’Académie de Médecine de Belgique de faire rapport sur la question de l'interdiction des séances

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publiques d'hypnotisme. Ils sont cinq : MM. Masoin, Crocq, Boddaert , Héger et Semal. Je défie n'importe qui de citer d'eux une seule ligne concernant l’hypnotisme. Un de ces commissaires est allé à Nancy pour la première fois la semaine dernière. Un autre a vu son premier hypnotisé chez moi; le rapporteur — il le dit lui-même — s'est mis tout récemment à lire en hâte quelques ouvrages pour faire son travail, que vous publiez. Mais il est un académicien , M. le professeur Nuel, qui a pratiqué et vu pratiquer scientifiquement l’hypnotisme ; je le sais de science certaine. Il a combattu les conclusions de la Commission. Son discours vient d'être imprimé. Vous le publierez aussi sans doute, le devoir d’une Revue aussi spéciale que la vôtre étant de fournir à ses lecteurs, en leur donnant le pour et le contre, le moyen de se faire euxmêmes une opinion (1).

Mais passons. Parce que je plaide pour la liberté, vous faites de moi le « défenseur des magnétiseurs ambulants ». Vous oubliez que je ne suis pas seul à soutenir leur cause. N’ai-je pas avec moi MM. Liébeault et Bernheim en France, et Morselli en Italie qui ont, à coup sûr, « une compétence indiscutable ? » Est-ce que dernièrement, quand Léon est allé à Nancy et que le maire a voulu interdire ses représentations, les deux premiers et M. Liégeois ne sont pas intervenus pour le protéger, et cela victorieusement?

« Magnétiseurs ambulants! saltimbanques! » C'est bientôt dit. Mais qu'est-ce que cela prouve? Ne vaudrait-il pas mieux croire M. Liégeoïs qui, dans son Mémoire juridique sur le somnambulisme , dit d’un de ces magnétiseurs ambulants, M. Hansen, qu'il l'a reconnu « homme de bonne foi entière et de parfaite honnêteté, ne prononçant pas un seul mot qui, de près ou de loin, pût être taxé de charlatanisme » et qu'il en a reçu des leçons « données avec la meilleure grâce du monde? »

Avant la publication de mes Lettres, je n'avais été en relation qu'avec M. Canivez, connu sous le nom de Léon. Je puis vous assurer — et M. Liégeois que j'ai vu depuis, parlait comme moi — que jamais je n'ai vu homme moins charlatan que lui, plus serviable, plus modeste, et ayant des idées plus précises et plus positives sur le magnétisme. J'ai dit dans mes Lettres et je répète que bien des gens, qui passent ou veulent se donner pour « com-

(1) Inutile d'ajouter qu'il n'a pas été inséré.

pétents » en cette matière, pourront retirer beaucoup de fruit d'une heure de conversation avec lui.

Depuis la publication de mes Lettres en brochure, j'ai vu une fois Donato dans une séance intime. Je n'ai trouvé chez lui que le sentiment bien légitime de sa force. Il fait de Ja réclame, j'en conviens. Mais s'il fallait jeter la pierre à tous ceux qui font de la réclame pour vivre, dites-moi donc qui ne risquerait pas d'être lapidé, depuis les directeurs des grands et des petits magasins jusqu'aux inventeurs de toutes sortes, depuis les dentistes jusqu'aux littérateurs? N'a-t-on pas même vu dernièrement toute la presse conviée par un savant docteur en magnétisme à des représentations, dont la Revue a rendu compte, et telles qu'on n’en a jamais vu sur « les tréteaux » de Donato? (1).

J'ai, dites-vous, émis l'opinion que les médecins doivent aux magnétiseurs de profession ce qu'ils savent en fait d'hypnotisme. J'ai fait plus qu'émettre une opinion : j'ai établi par l’histoire que c'est là une vérité, et cette vérité est reconnue par MM. Bernheim, Liébeault et Morselli — je ne nomme que ceux qui prennent la parole dans mon ouvrage. — Mais je n’ai dit nulle part, comme vous avez l'air de me le faire dire, que ces « commis-voyageurs ignorants et déclassés (vous êtes bien dur pour eux alors que vous avez été si indulgent pour d’autres) ont inspiré à M. Liébeault ses remarquables études psychologiques sur le sommeil naturel ou provoqué ». Quelle nécessité de ne mettre en avant que le nom de M. Liébeault, lorsque j'ai parlé de Braid, de M. Heidenhain, des médecins suisses, y compris M. Ladame, des médecins italiens, auxquels même on pourrait ajouter peut-être MM. Beaunis et Bernheim , comme on doit y ajouter M. Liégeois ?

Quant à M. Liébeault, il ne doit rien à ces « commis-voyageurs ». Tout le monde sait cela. Mais jusqu'en 1883, il n’a pas vendu dix exemplaires de ses « remarquables études » parues en 1866, et que, depuis quelque temps, on se plait à citer avec éloge, sans les avoir lues toujours (les avez-vous lues?). Et jusque hier encore, pour ainsi dire, « ses assertions — je reproduis les paroles de M. Bernheïm dans la préface de son livre sur la suggestion — n'ont trouvé que des incrédu'es, et les médecins

(1) Il s’agit des expériences de M. le Dr Luys sur l'action des médicaments à distance.

ont rejeté ses pratiques sans plus ample examen » faisant à leur confrère la réputation d'un illuminé, pour ne pas dire pis.

On fait grand état des dangers du magnétisme. Vous-même, à la liste vague de ses méfaits, véritable cortège d'opéra, vous ajoutez quelques cas. Mais j'ai demandé, dans ma brochure , qu’on citât un accident notable, un seul, arrivé à Donato , à Léon, ou à Hansen, et ce défi est resté sans réponse à notre Académie de Médecine. De plus — je regrette que vous ne l’ayez pas dit — j'ai réduit à néant les allégations — les seules qui eussent un caractère sérieux — de M. Lombroso contre Donato. Elles ont fait le tour de l’Europe, et j'ai démontré, documents en mains, qu’elles sont fausses et, qui plus est, inventées. Or, elles reparaissent de nouveau dans le discours que M. Guermonprez a prononcé à l’Académie de Belgique, et que vous reproduisez dans le n° de juillet. Laissez-moi ajouter que, si l’on faisait le compte des accidents vrais ou supposés dus aux magnétiseurs ambulants d'une part, et aux médecins amateurs et inexpérimentés d'autre part, la comparaison serait loin encore d'être à l'avantage de ces derniers.

Ne l’avez-vous pas dit vous-même? Je lis dans votre Revue (n° de mars, p. 281): « On ne s’improvise pas plus médecin hypnotiseur qu'on ne s’improvise oculiste. Nous avons pu nous assurer que La plupart de ceux qui n’ont eu à enregistrer que des accidents ou des insuccès (M. Charcot se range modestement parmi ceux qui comptent sinon des accidents, du moins beaucoup d'insuccès, voir même page, quelques lignes plus haut), le doivent uniquement à leur défaut de méthode, à leur inexpérience et à leur incompétence. Entre les mains d'un maladroit, d’un brutal ou d’un ignorant, il est naturel que l’hypnotisme devienne

aussi dangereux que peuvent l'être la digitale et l'opium entre

les mains d’un empirique. »

Entre des mains expérimentées, le magnétisme ne présente aucun danger, et même, manié par des maladroits, il en offre moins que le chloroforme et le bistouri, la morphine ou le nitrate d'argent ; car je ne sache pas qu'il ait jamais causé mort d'homme. Mais j'admets qu'il en présente. Deux conclusions seules sont logiques et légitimes : c’est de rendre responsable l’auteur des accidents, quel qu'il soit — c’est ma thèse à moi et celle de beaucoup d’autres — ou bien, si l'on veut monopoliser l’hypnotisme, de n’en autoriser l'emploi que par des magnétiseurs patentés, après examen. Celui-là aura son brevet qui, sur 100 malades , comme

dit M. Bernheim, saura en hypnotiser 80. Mettons 50 pour être large. Nous verrons combien il y aura de diplômés.

Pauvres magnétiseurs ambulants! 1 en est jusqu’à trois que l'on pourrait nommer! et presque tous les médecins se liguent contre ces trois! Pourtant je défie n'importe quel académicien de Belgique ou autres lieux de faire ce que Donato fait sur « ses tréteaux ».

Quant à la conclusion que vous attribuez à M. le docteur Ladame et que vous adoptez, bien qu'elle soit en contradiction avec votre opinion rapportée plus haut, à savoir que « la pratique de l’hypnotisme appartient complètement à l’art de la médecine », elle a été émise pour la première fois en 1665 par quelqu'un qui s'appelait M. Josse.

Pour moi, je défends la liberté et rien que la liberté. J'ai dû prendre en main la cause des « magnétiseurs ambulants » puisque les « docteurs patentés » les attaquaiïent. Je suis ennemi de tout privilège, de tout monopole. J’appartiens à un petit pays qui a mis en pratique toutes les libertés. Je verrais avec peine, avec terreur, porter atteinte à l’une d'entre elles.

Vous savez peut-être, mais beaucoup de vos lecteurs ignorent à coup sûr qu'en Belgique, le diplôme médical, qui donne le droit d'exercer l'art de guérir, ne présente qu'une garantie morale. Les particuliers peuvent créer des universités, et ces universités ont Je droit de conférer des diplômes au même titre que les universités de l'Etat. Le gouvernement n’a rien à voir dans la nomination des professeurs de ces universités. Une faculté de médecine peut se composer des premiers venus; ceux-ci peuvent faire ou ne pas faire leurs cours ; ils président aux examens sans que l'Etat intervienne en quoi que ce soit. Après quoi, les diplômes ainsi délivrés, sont entérinés par lui, pourvu que la formule en soit conforme à la loi. Et voilà jetés dans la vie et au milieu des malades des docteurs qui ont tous les droits énumérés par Molière.

C'est là de la liberté ou je ne m'y entends pas. Et, avec cela, il serait défendu à un magnétiseur ambulant de donner des spectacles publics d’hypnotisme sous sa responsabilité! Avouez que ce serait le comble de l'absurde.

Je suis certain que, soucieux comme vous l’êtes des intérêts de la vérité, vous ne refuserez pas à votre collaborateur l'insertion de ces lignes. Je vous en remercie â l'avance et vous prie d’agréer, mon cher directeur, l'assurance de mes sentiments tout dévoués.

J. DELBŒUF.

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La Revue me refuse l'insertion de cette lettre. Correspondance | à ce sujet.

Cette lettre n'ayant pas paru dans la livraison de juillet, j'écrivis le 16 juillet à M. Bérillon la lettre suivante :

Mon cher Directeur,

Je vous ai adressé vers la mi-juin une lettre en réponse à un article de vous qui me concernait. Au commencement du présent mois, je vous ai rappelé cette lettre, vous priant de m'en faire parvenir l'épreuve le plus tôt possible. Nous voici dans la seconde moitié de juillet, et je n'ai reçu ni épreuve, ni même un simple accusé de réception. Dans l’article en question, vous voulez bien m'appeler votre « éminent collaborateur » mais votre silence me fait craindre que, sur certains sujets, ma collaboration ne soit pas estimée bien haut. A moins que la cause, à la défense de laquelle la Revue consacre aujourd’hui presque toutes ses feuilles, ne vous paraisse de nature à être compromise par deux pages de contradiction. Je viens vous demander de me faire connaitre, par retour du courrier, vos intentions, pour que, si vous me réfüsiez l'insertion de cette lettre, — ce que je ne puis encore admettre — j'avise à ce que j'aurai à faire.

Agréez, etc.

Le 18 juillet, M. Bérillon me renvoya mon manuscrit avec une longue lettre très aimable. Il y disait que le succès de la revue qu'il dirigeait « tenait surtout à ce qu'elle s'était for- . mellement interdit toute compromission avec les magnétiseurs ambulants. C'était grâce à des efforts considérables qu'elle avait peu à peu intéressé le public à la cause de l'hypnotisme, et, si des défiances persistaient encore, c'était que les magnéliseurs propageaient des idées inacceptables. Il connaissait Donato, homme charmant et aimable; #naîs &l lui refusuil toute autorité scientifique, d'autant plus qu'il ne dit pas en public ce qu'il dit dans des conversations particulières. Si l’on insérait dans la Revue ce que j'écrivais sur Donalo, je serais exposé à voir découper le passage et à le voir im-

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primer sur des affiches el des prospectus (1). Cela pouvait m'être indifférent à moi, mais lui, M. Bérillon, serait désolé pour sa part que la Revue ait pour bu (?) une réclame aussi bonne. Il terminait en me priant de ne pas lui en vouloir de ne pas insérer ma lettre, etc. ».

Cette lettre était curieuse à plus d'un titre. Elle décelait des préoccupations extra-scientifiques, car la vérité — d'où qu'elle vienne — reste la vérité. La Revue n'avait pas toujours été dans ces sentiments. Voici ce qu'elle publiait sur Donato, dans sa livraison du 1° janvier 1887, sous la signature de M. le docteur Léon Tétard :

Depuis un mois les conférences de M. Donato attirent, tous les mardis, un public considérable à la salle des Capucines. La Revue de l'hypnotisme avait le devoir de confier à un de ses collaborateurs le soin de vérifier l'exactitude des faits annoncés. Aussi avons-nous accepté avec empressement la mission d'aller, sans parti pris, contrôler les expériences et les dires du magnétiseur dont tout le monde à entendu parler.

Nous avions déjà assisté à une de ses séances publiques, à Reims, en 1875. Alors, le magnétiseur se bornaït à expérimenter sur des sujets à lui ou sur des personnes de bonne volonté, sans entrer dans l'explication des phénomènes produits.

Actuellement il a changé de manière et nous l'avons entendu faire l'exposé des progrès réalisés depuis quelques années par les médecins qui se sont occupés d’hypnotisme. Mettant à profit les. travaux publiés par l'École de Paris et par celle de Nancy, il a fait une conférence dans laquelle nous n'avons rien pu relever qui pût choquer nos convictions scientifiques. Un certain nombre de médecins, d'une compétence reconnue, se trouvaient dans la salle: ils ont dû reconnaitre comme nous que le conférencier faisait preuve, sur un grand nombre de points, d'une réserve dont il faut lui savoir gré.

(1) I me semble avoir vu à Paris, je ne sais plus où, des affiches de médecins, directeurs de revues, se recommandant d'elles pour l'hypnotisme. Pourquoi le magnétiseur Donato ne pourrait-il pas se recommander de quelques lignes tirées d’une revue qui ne serait pas la sienne ?

Comme il s'était mis à la disposition du public pour répondre à toutes les questions qui lui seraient posées, un certain nombre de personnes l'ont interrogé. Dans ses réponses il a su faire preuve à la fois de beaucoup de compétence et d’un grand esprit d’à-propos.

On à commencé par lui demander quelle différence il faisait entre l’hypnotisme et le magnétisme : — Au point de vue pratique il n’y en a pas, a-t-il répondu. Il n’y en a qu’au point de vue théorique : les uns, comme Mesmer, admettent l'existence d’un fluide mystérieux qu'ils ont appelé : électricité animale, fluide vital, magnétisme animal, etc., et j'avoue que pour moi je ne crois pas aux théories fluidiques. |

Un autre assistant demande ce que le conférencier pense de la polarité humaine :

— J'ai, réplique M. Donato, fait environ vingt mille expériences de magnétisme ; — j'ai cherché dans ces dernier temps à constater chez l’homme l'existence de pôles analogues à ceux que l'on rencontre dans les aimants naturels, et, je suis obligé d’avouer que je n'ai rien rencontré de semblable.

— Croyez-vous, dit un autre spectateur, à la suggestion mentale et à la transmission de la pensée ?

M. Donato répond que rien dans les expériences si variées qu'il a tentées, ne lui permet d'accepter pour le moment l'opinion que la pensée puisse se transmettre d’un cerveau à un autre, sans moyen physique, matériel. Au contraire. il croit à la toute-puissance de la suggestion verbale, ou par geste, si bien étudiée par le professeur Bernheïm et pratiquée depuis vingt ans par le docteur Liébeault, de Nancy.

Selon lui, la presque totalité des phénomènes d'hypnotisme sont du domaine de la suggestion. Il pense qu'à la suggestion s'ajoute une influence personnelle qui résulte de la compétence, de l'habileté ou de l'habitude acquise par l’expérimentateur.

Quant aux applications thérapeutiques de lhypnotisme, M. Donato croit à leur grande utilité. Il accepte comme parfaitement possible la guérison par suggestion des troubles nerveux et mentaux, et voit avec satisfaction les médecins recourir à ce procédé plein d'avenir. Mais quant à lui il se récuse : — Je ne suis pas, dit-il, un guérisseur elje n'empiète pas sur le domaine de la médecine. Mon rôle est celui d'un vulgarisateur ; je fais mon possible pour démontrer expérimentalement des faits méconnus par une grande partie du public, et niés par un

grand nombre de médecins. Je déclare avoir fait dans ce sens plusieurs conversions, entre autres celles de M. Morselli, professeur à la Faculté de Turin, de M. le docteur Brémaud et de bien d'autres, ce qui n'a pas empêché que mes expériences ont été, en Italie, l’objet d’une interdiction injuste, et pourtant ces faits ne sauraient désormais étre niés.

M. Donato procéda ensuite à ses expériences ordinaires qui présentent, sur celles des années précédentes, ce caractère particulier d’être faites plus scientifiquement ; et nous considérons ceci comme un résultat immédiat des travaux de l’École de Nancy, de la Pitié, de la Salpétrière.

(Ici vient la description de l'une de ces kxpériences faite sur M. Clovis Hugues.)

Nous n'insisterons pas sur les expériences variées auxquelles M. Donato s'est livré sur divers sujets. Nous devons constater que l'attention du public est plus vivement attirée par les phénomènes grossiers de l’hypnotisme que par les interprétations délicates. Le côté psychologique de la question n'est encore goûté que par un petit nombre de personnes d'élite.

Nous étions allé à cette conférence avec une certaine prévention, nous en sommes revenu avec l'opinion que, présentées telles qu'elles l'ont été devant nous par M. Donato, les expériences d'hypnotisme peuvent offrir un grand intérêt pour les esprits curieux qui n'ont pas la facilité de suivre les expériences faites par les médecins compétents, mats qu'elles ne constituent pas pour la santé et Va moralité publiques les dangers multiples qui ont été signalés dans ces derniers temps.

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