D' LÉON TÉTARD
Il résulte de cet article, si sobre, si sage, si franc, que Donato — visé dans la lettre de M. Bérillon — ne propage pas sur l’hypnotisme des idées inacceptables. Il n'y en
(1) J'ai cherché en vain, parmi la liste des adhérents au Congrès de l’'hypnotisme, le nom de M. le docteur Tétard. M. Donato m'a écrit — je lui laisse toute la responsabilité de son dire — que l'article a été rédigé par M. Bérillon lui-même.
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a pas une seule dont je ne sois prêt à prendre la responsabilité, et je ne doute pas que M. Bernheim en ferait autant. Son autorité scientifique n'est donc pas à dédaigner, et je ne sais si j'accorderais plus d'autorité à ceux qui prônent la force neurique rayonnante , la médicamentation à distance ou la polarité humaine. Il en résulte encore qu'en public, Donato parle comme dans les conversations particulières ; qu'il ne va pas sur les brisées des médecins, et que ses expériences sont absolument inoffensives. Nous allons néanmoins bientôt voir le nom seul de Donato soulever les fureurs du Congrès de l’hypnotisme. Où donc est le méfait ?
Le 24 juillet, je répondis à M. Bérillon par la lettre suivante :
Mon cher Directeur,
Que la Revue attaque les représentations publiques et ceux qui les organisent; que, pour discréditer les unes, elle traite les autres impersonnellement de « saltimbanques », c'est son droit et je n'ai rien à y voir. Mais il n’en est plus de même si, sans provo cation de ma part, elle me cite en me présentant comme le défenseur des « saltimbanques » tandis que je suis celui de la liberté ; si elle m'attribue des opinions et des raisonnements qui ne sont pas les miens; et surtout si, lorsque je me défends avec mesure, elle me laisse dans l'ignorance du cas qu’elle fait de ma réponse, et finit par m'en refuser l'insertion. Dans mon pays, pareil refus est interdit par la loi.
Que dois-je dire maintenant de ce procédé dont on use à l'égard d'un «éminent collaborateur »? On ne fait connaitre en aucune façon l'ouvrage que l’on a en vue, on n'en donne même pas le titre, et on le-range dédaigneusement parmi les écrits dont «l'argumentation n’a aucune valeur », tandis qu'il ne renferme pas une assertion qui ne soit appuyée par des expériences la plupart originales, pas une dénégation qui ne soit fondée sur des documents publics et authentiques.
Et, laissant de côté ce qui concerne ma personne, quel jugement doit-on porter sur une Revue qui est censée faire connaitre /a vérité à ses lecteurs, et qui ne fait entendre qu'un son, étouffant systématiquement tous les sons tant soit peu discordants? Car elle se garde bien de reproduire le discours de M. Nuel, alors qu'elle reproduit celui de M. Guermonprez, et de faire savoir que
l'Ecole de Nancy, que M. Morselli, et tant d'autres que je pourrais citer, défendent avec conviction comme moi la cause de la liberté.
La lettre que je vous ai adressée, n’attaque personne; et lorsque vous faites sonner bien haut la compétence des Académiciens de Belgique, permettez-moi d'y voir une tactique. Je les connais un peu. lis ont proclamé solennellement que le cas de Louise Lateau était miraculeux, et ils n’oseraient pas encore aujourd'hui dire le contraire. Je sais aussi ce que pèse leur science en hypnotisme. Quelle meilleure preuve pourrais-je en donner que celle que je rapporte dans mon livre? Il n’y a pas encore un an, une Revue médicale, qui a toutes ses attaches à l'Académie, se moquait agréablement de mon discours sur les cures par l’hypnotisme, et proclamait avec assurance qu'alors seulement on pourrait parler de thérapeutique hypnotique, quand les médecins se seraient * décidés à faire des expériences.
Je connais les membres de la Commission, et l’un d'eux même est un de mes intimes amis. C'est chez moi qu'il descend quand il vient à Liège. Or il y a deux ans il ne connaissait rien de lhypnotisme, et ne voulait même pas en entendre parler. J'ajoute que c’est le seul qui, dans le rapport de M. Masoin, arrive avec des faits convenablement analysés et avec une argumentation raisonnable.
Ceci, pour vous prouver que je n'avance pas une parole à la légère. Mais, je l'ai dit dans un journal de médecine (le Médecin du Foyer, qui défend naturellement la même cause que vous, mais qui insère mes réponses), quand ils'agit de science, il n’y a pour moi ni ami, niennemi. Je proclame bien haut —on pourrait dire brutalement — ce que je crois être la vérité. Cette campagne de tout le corps médical contre l’hypnotisme public, campagne où l'on voit se colleter pour ainsi dire, des grands hommes avec des gens qu'ils traitent de saltimbanques, me révolte, je l'avoue. Et encore, de quelles armes se servent-ils? Voyez M. Lombroso — qui n'a pas toujours répondu à mes défis (1). — Et dans son numéro de juillet, la Revue reproduit, sans faire en note la moindre restric-
(1) Voir plus bas, vers la fin, ma dernière réplique à M. Ladame. Il s’agit des faits mis à la charge de Donato par le célèbre criminaliste, et que J'ai démontré, preuves en mains, être tous controuvés, dénaturés ou inventés pour les‘ besoins de la cause.
tion — sous le couvert d'un professeur de Lille, qui montre par là l'étendue de ses lectures — les inventions calomnieuses du médecin de Turin. Vous me dites que vous avez les mains pleines de faits. Pourquoi donc ne les publiez-vous pas au lieu de ces mensonges . Maintenant que vais-je faire de la lettre que vous me renvoyez. Je n’en sais encore rien. ]1 y a des organes de publicité qui me la demandent. Il est possible que l’ardeur que je mets à défendre le grand principe de la liberté, l'emporte sur certains scrupules.
Agréez , etc.
Quelque temps après, M. Bérillon m'écrivit une autre lettre, également charmante, mais où il répétait son éternel argument : « Je vous dirai simplement que pour garder quelque autorité, quelque valeur aux yeux des personnes instruites, des personnes qui lisent et qui pensent en France, nous devons combattre les magnétiseurs, considérés universellement comme des cabotins. »
D'où je concluais que la Revue se réglait sur l'opinion, au lieu de se donner pour mission de la former ; qu’elle savait se servir de sa plume pour défendre la vérité, et, au besoin, pour la combattre; et que, quant à moi, je devais, à son exemple, me retourner contre Donato, si je ne voulais pas perdre toute autorité et toute valeur aux yeux des personnes qui pensent en France. C'était peu réjouissant, mais je me résignais en songeant que MM. Liébeault, Bernheim et Liégeois feraient peut-être exception, et que, après tout, on ne faillit pas à ses propres yeux quand on soutient sa foi.
Ainsi se clôtura notre correspondance à ce sujet. Ma lettre ne fut pas insérée, et je la gardai sans projet d'aucune sorte, Je ne pensais guère à la publier un jour.
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