‹ Magnétisme. Arcanes de la vie future dévoilés. Ou, L'existence, la forme, les occupations de l'ame après sa séparation du corpsChapitre 16 sur 33 · GS · texte numérisé non relu

GS

(jue cela se l'ait par nécessité. — Si nous sommes égaux, en âge, nous devons être égaux en corpulence ? — Oui, dans le inonde spirituel tout le monde y paraît à peu près de la même corpulence et du même âge: s’il y a des différences, elles n’existent que dans les affections humaines. — Si nous sommes aussi âgés, aussi grands les uns que les autres, il ne peut y avoir d’enfants ? — Il n’y a des enfants que pour ceux qui désirent en voir; mais les enfants entre eux se voient aussi grands que les hommes. — S’il en est ainsi pour l’égalité des âges et des formes, il devrait en être de même pour l’intelligence? Quand un enfant meurt tel, sur notre globe, il doit retrouver de suite tout son savoir qui doit être égal aux autres? — Non, s’il en était ainsi, ce ne serait plus une vie de progression. Ce qui fait le bonheur des esprits, c’est d’apprendre; les esprits apparaissent sur terre pour y dessiner leurs affections, qui multiplient à l’infini. Celui qui est mort enfant ne sait pas ce que sait celui qui a beaucoup vu et beaucoup désiré. Ce que tous les esprits savent également, c’est qu’ils ont tous vécu sur terre, et sur un globe antérieur ; ils connaissent tous le langage du ciel; mais chacun s’entreaide a développer son intelligence, ce qui est Ifien plus promjU que sur terre, mais qui n’en

laisse pas moins une différence très-grande entre les connaissances de chacun; il n’y a que les enfants morts au-dessous de trois ans qui, par l’edet de la pensée divine, restent ou paraissent rester dans cet état d’innocence duquel ils ne voudraient pas changer. — Je ne comprends pas comment un fœtus de quinze jours aura pu connaître les souffrances terrestres pour lesquelles il était utile, ditesvous, qu’il naquît; pourriez-vous mieux me faire comprendre cet arcane? — Je vous ai déjà expliqué que les hommes restaient sur terre un temps proportionné au désir qu’ils avaient de changer de position ; que les enfants morts tels avaient moins désiré d’apparaître sur cette terre que les autres, ce qui fait que Dieu, qui ne peut commettre d’injustice, les y laisse un temps calculé par lui nécessaire à les instruire de la fausse position qu’on y ressent. Ne croyez pas qu’un fœtus qui n’a pas vu la lumière de votre terre n’ait pas souffert un temps assez long pour lui prouver qu’il était, et va être heureux. Quoique dans le sein de sa mère, il souffre plus que vous ne pensez ; cest pour lui une prison comparable aux vôtres, dans lesquelles , si vous y passiez quinze jours, vous souffririez autant et plus peut-être qu un homme qui se fait un jeu d y passer (pielques

années : la dei nière douleur est toujours eelle (jiii nous impressionne le plus et cpu fait oublier les autres. Ainsi cet emprisonnement nécessaire de cet enfant dans le corps de sa mère pendant quelque temps est tout aussi pénible j)Our lui que de longues années d’existence terrestre pour d’autres : tout est pour le mieux et pour le plus juste , croyez-le bien. — Cependant si cette fausse apparition terrestre sullit pour connaître les sensations pénibles, nécessaires à notre existence future, je ne vois pas pourquoi je végetlerais tant d’années sur terre, quand j’aurais pu subir la même transformation que cet enfant.^ — S’il en était ainsi, la terre ne serait pas habitée; vous ne pouvez comprendre les sages lois de l’infini, c’est ce qui vous fait parler de celte manière. Une uniformité telle que vous l’entendez serait le repos absolu, ce serait le néant, et il n’y a pas de repos ni de néant; la variété des formes, des existences, vous assure une éternité de félicité. Adèle est fatiguée et ne veut plus continuer. Je lui adresse cette dernière question: — Si tous les esprits sont égaux en âge, le nom de frères leur convient mieux que ceux de pères, de mères et d’enfants ^ — Oui; mais ces noms n en existent pas moins j)our ceux (pii les affectionnent.

90. Il y a longtemps cjne j’ai envie de te demaïuîer si la langue que vous parlez entre esprits a des sons comme no.s langues de la terre? Sur terre, j’adriesse aux esprits les questions que tu leur soumets en français, et ils me répondent dans cette langue; mais dLns le ciel, je ne parle pas cette langue; on sait, on sent, cela pénétre d’un cœur à l’autre, sans le secours de la parole. — Si, par exemple, je te mettais en rapport avec un étranger décédé, dont la langue te serait inconnue, et que lui de meme ne connaîtrait pas la tienne, comment ferais-tu pour lui transmettre mes questions, et lui pour y répondre ? — Si tes questions étaient en français , elles seraient bien comprises par l’esprit étranger, car les esprits décédés comprennent toutes les langues ; mais si, au contraire, les questions m’étaient adressées en langue étrangère, je n’en connaîtrais pas le sens, je les transmettrais mal, comme je l’ai fait envers M. Lauriot; il en résulterait des erreurs. Je n’aime pas ces genres de communications.— On dit qu’il y a des lucides qui parlent des langues qu’ils n’ont pas apprises ? — On ne peut parler une langue qui nous est inconnue. Ces lucides ont le goût de ces genres d’expériences; pour y réussir, ils disposent de la faculté (ju’ils ont, comme les esprits dégagés

(le la matière, de comprendre les pensées. Je ne me chargerais pas de parler une autre langue que la mienne, parce que je suis assurée que si je comprends bien les questions qu’on m’adresse, l’esprit auquel je les soumettrai aura plus de facilité à les comprendre aussi et d’y répondre. — Alors, pour parler à un esprit étranger, tu voudrais qu’on te posât les questions en français? — Oui. — Mais comment ferais-tu pour les lui transmettre? — Puisque je viens de te dire que les esprits comprennent et peuvent parler toutes les langues, ils ont aussi la faculté de lire dans ma pensée, et de répondre à la question posée, bien entendu si je la comprends moi-mème. Voilà, comme je te l’ai déjà dit, ce qui peut faire commettre des erreurs, auxquelles je suis exposée comme tous les lucides ; une pensée ou question mal comprise, mal rendue de part et d’autre, peut tout gâter. — Demande M, Swedenborg? — Le voilà. — Tous les objets matériels ont une représentation spirituelle, vous m’avez dit? — Oui. — De celte manière, si les esprits le désiraient, ils verraient et assisteraient à toutes nos actions ? — Oui, ils le peuvent, mais ne le font pas. — Ils peuvent également s’ils ont affectionné une partie de la terre, cette chambre par exemple, l’habiter si c est leur désir, et être, par conséquent, prés de

nous sans que nous puissions nous en douter ? — Ils peuvent tout ce qui leur plaît. — Je prie M. Swedenborg de me répondre à des demandes d’un autre genre ? — Parle. — Peut-il m’expliquer comment un lucide peut voir dans son œil si ce dernier est malade? — C’est l’œil spirituel qui sort du matériel et le visite. • — Il y a des cataleptiques qui voient par le creux de l’estomac ou toute autre partie du corps , comment cela se fait-il? — Cela se fait parce que l’âme n’est plus esclave des organes comme dans le corps matériel; elle peut transporter le sens de sa vue spirituelle où bon lui semble, surtout dans les conditions que tu viens d’exposer. — Alors l’àme n’aurait donc pas un corps, en tout semblable au corps matériel pour la reproduction de tous ses organes, si elle peut les transposer d’un point à 1 autre, l œil sous son pied par exemple? — Lame ne les transpose pas pour cela, elle peut voir où bon lui semble, puisqu’il n y a aucun obstacle pour elle ; si elle peut voir à une profondeur de cent pieds sous terre un filet d eau ou une mine quelconque qui s’y trouve, elle peut bien voir sous son pied matériel. L’âme peut voir où elle veut, peut être où bon lui semble, être en tout et partout, être tout et rien ; fâme ne tient pas de place matérit'llc, n’est su jette a aucune dé-

lél ioration, est inaltérable et incompréhensible. Si In veux t’arrêter à des comparaisons de volumes, de grandeur, d’espace et de temps, tu ne comprendras jamais'des lois spirituelles ; sache (pie râme peut être dans le point le plus minime de la création matérielle sans l’emplir, et peut emplir l’univers par ses rapports avec lui.

M. Pienard, d’une loyauté à toute épreuve, charmé des résultats que’j’avais obtenus, désirant les proclamer à l’occasion, et voulant les appuyer de tout le poids de la vérité dont il est un des plus fervents disciples , désirait depuis longtemps se procurer le portrait du vénérable Swedenborg, pour comparer le signalement qu’Adéle nous en avait donné avec l’image de ce grand homme ; il s adressa, à cet effet, à la société des disciples de la nouvelle Jérusalem, pour acheter la gravure ejui le représente si fidèlement , dit-on. A peine 1 eut-il en sa possession, qu’il me l’adressa; je la communiquai à Adèle, dans son état de veille, pour qu’elle puisse la comparer avec l’original dans son état somnambulique. Je lui posai les questions suivantes : — Que penses- tu de cette gravure que je t’ai montrée dans ton état de M'ille.'’ I^jIp exnctemrnl la ressemblance

(le M. Swedenbor(5, cesl bien lui; mais il me semble un peu plus âgé, quoicpje, dans l’élat spirituel dans lequel il m’apparaît, il soit infiniment plus beau que sur cette gravure; selon la lumière qui nous éclaire, le visage est plus ou moins jeune et frais. — Tu m’as dit, dans le temps, qu il portait unliabit dont les revers étaient d’une autre couleur; il n’est pas possible de les distinguer sur cette gravure, voudrais-tu me décrire ces couleurs ? — Il m’apparaît portant un habit de la forme que je t’ai décrite dans le temps, semblable à celui de la gravure, avec des gros boutons; il est de couleur marron, les revers du devant sont verts, ainsi que les parements des manches; il a une

culotte courte d’un gros bleu, des boucles aux

jarrets et sur ses souliers; c’est un homme fort; sa physionomie m’en impose toujours, quoiqu’elle n’ait rien de dur ni de méchant, mais elle est grave et respectable. — Lui vois-tu les cheveux poudrés? — Non, ils sont frisés comme je te l’avais dit, et comme le représente la gravure, ils sont bruns et il en a beaucoup; il a les sourcils bien fournis, enfin je t’avais dit tout cela. — Penses-tu que cette mise soit celle de l’emploi qu’il avait à l académie de Suède? — Non, je le lui ai demandé dans le temps, il m’a répondu que je le voyais

dans sa mise ordinaire , qu il la préférait a toute marque de distinction.

Ces nouveaux renseignements ne m’étaient nullement nécessaires; les révélations qu’il m’avait faites par l’intermédiaire d’Adèle , qui cadrent si bien avec ses ouvrages que je n’avais pas lus alors, comme je l’ai déjà dit, avaient sufti pour que je ne croie pas à la présence d’un esprit trompeur; les sentiments religieux dont sont empreints tous ses renseignements ne sont pas d’un esprit des ténèbres, et, un tel esprit eût-il pu fouiller dans la mémoire de ce grand homme au point de me reproduire ce qu’on a lu, avec autant de vérité, il en aurait fait de même pour la mise et pour la couleur des habits, l’un ne lui étant pas plus impossible que l’autre; mais cette supposition anéantirait la croyance qu’on a, en théologie, que les esprits inférieurs ne peuvent influencer ni dérober les pensées d’un esprit supérieur. Je n’ajoute cette réflexion que pour quelques eonsciences timorées qui voient le diable partout et en tout; je suis loin de l’adresser aux gens dont l’esprit est dégagé de ces puériles craintes. J’ai été aussi loin que possible pour dépeindre et reconnaître un homme que je n’ai jamais vu ; assurément, je ne peux en faire plus; que ceux qui seront à

même de pouvoir confronter la couleur des cheveux et des vêtements, le fassent; je leur en saurai gré, vu qu’il ne me sera jamais possible de le faire moi-meme, je le pense.

Je ne conseille à personne de chercher à obtenir une autre définition de l’âme que celle qu’on vient de lire; ce serait fatiguer inutilement un lucide. Nous ne pourrons jamais expliquer la nature première ni les propriétés de l’âme et des pensées par nos solutions matérielles; il en est de même pour les lois qui régissent le monde spirituel ; nos mais, nos si, nos pourquoi sont inutiles à poser aux esprits; écoutons-les, assemblons ce que nous voyons et ce que nous entendons, comparons, jugeons, et ne prononçons jamais en dernier ressort, car notre jugement sera toujours frappé d’appel.

Que l’on se pénétre surtout qu’en questionnant un esprit on n’est pas le maître bien l élève; si un esprit inférieur vous jette dans de trop grandes erreurs, ne vous adressez plus â lui, mais ne le contrariez pas, ne le brutalisez pas! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire ; vous pourriez être victime de votre fol orgueil ainsi que votre lucide.

Ces précautions sont inutiles dans les apparitions simples; elles ne sont utiles que dans

Ki

les discussions métaphysiques que vous aurez avec eux.

Dans la question captieuse que j’ai adressée à Adèle sur la puissance dont l’esprit dispose de voir où bon lui semble, je cherche (d après ce qu’elle assure que l’âme porte la forme du corps) à lui faire comprendre qu’elle ne peut pas avoir l’organe visuel sous ses pieds, mais bien dans sa tête, ou alors cet organe serait l’ame elle-même se transportant où elle veut. La réponse qu’elle me fait est celle qu’elle m’a déjà faite il y a deux ans et qu’on a lue dans cet ouvrage. Le corps de l’âme est d’une substance semblable à du cristal , comme tout ce qui l’entoure, et dont elle peut voir toutes les parties sans difliculté aucune; ce qui est admissible puisqu’elle a cette puissance sur la matière elle-même, ce qui prouve qu’il n’y a qu’une seule substance dans la création dont les degrés sont plus ou moins lumineux pour notre état matériel, substance que l’âme peut pénétrer, soit en les éclairant de sa propre lumière, ou les voir par le seul secours de la leur.

Elle me dit dans la réponse précédente, que l’œil spirituel sort du matériel pour visiter ce dernier ; elle entend par là, qu’un somnambule, à ce degré, est lui-même hors de son corps matériel, ce qui leur fait, dit-elle, reconnaître si

une pei sonne dort, ou fait la dormeuse, par Ja seule inspection de la tête de l’individu qui leur paraît vide s’il dort magnétiquement. De cette manière le corps ne serait plus un obstacle à la vision. Beaucoup d’autres lucides diront peut-être le contraire, en ne jugeant que par eux, quoique hors de leur corps ils fonctionnent dedans; ils se croiront toujours dans ce corps , quand ils n’y sont qu’intimement unis, et qu’étant à l’instant où ils veulent être , ils ne pourront définir comment ils se peuvent trouver en entier, présents dans un espace éloigné, matériel, infiniment petit, et se trouver en même temps emplissant tout leur corps matériel. Peut-être Adèle n’eût-elle pu définir cette incroyable proposition, si les esprits ne la lui eussent définie eux-mêmes. Oh ! abîme de notre raison !

Page 1