‹ Magnétisme. Arcanes de la vie future dévoilés. Ou, L'existence, la forme, les occupations de l'ame après sa séparation du corpsChapitre 2 sur 33 · LK BARON DU POTUT HT HÉBERT ( DE GARNAY · texte numérisé non relu

LK BARON DU POTUT HT HÉBERT ( DE GARNAY

Messieurs,

Il existe un grand nombre d’écrits sur le magnétisme, le somnambulisme et l’extase, qui classent de différentes manières les phénomènes de ces états ; mais aucun n’est allé au delà des faits purement physiques. Si quelques-uns ont cité, avec réserve, quelques faits psychiques, ils ont eu soin de n’y ajouter aucune observation importante; il est facile de deviner le but de ces réticences ; leurs auteurs sont des hommes de mérite occupant une position distinguée dans le monde, ayant un nom qu’ils ne voudraient pas rallonger de trois lettres, sot ou fou, s’ils disaient ce qu’ils ont vu et ce qu’ils croient !! Tous répètent : Nous laisserons des manuscrits , on en fera ce que l’on voudra ! il n’est pas temps d’aborder cette question ; c’est compromettre le magnétisme. Cet excès de générosité antisociale d’attendre après sa mort pour faire du bien peut avoir pour résultat ce qui vient d’arriver après le décès du docteur Gorgeret, auteur d’un grand nombre d’écrits scientifiques et médicaux, qui depuis quebpies années se livrait à la recherche des propriétés spirituelles des plantes médicinales par le secours du somnambulisme ; sa veuve vient de vendre ces précieux manuscrits à l’épicier ! Les écrits du docteur Bertrand n’ont-ils pas eu le même sort ! ! Qui dit à ces hommes craintifs que les fruits de leurs travaux n’auront pas la même destinée ?

D’autres ont peur de révéler des vérités qui pourraient blesser l’esprit de sectes. Si ces dernières soutiennent avec courage et boiiiie foi des erreurs, combien n’en devons-nous pas montrer pour les éclairer? Devons-nous redouter quelque chose quand nous venons remplacer la foi par l’expérience , et que nous démontrons à tous les iuefl'ables bontés du Créateur? Non, messieurs, vous le savez depuis que vous avez acquis, comme moi, des pmives irrécusables d’un monde meilleur ; ce sont ces preuves rpi’il faut que tout le monde ol tienne, et la scicme que vous propagez avec une si coin ageuse perse -

vérancedoit les fournir à tous. Il manquait un livre à la bibliothèque du magnétisme qui pût offrir les moyens de se les procurer ; j’ai eu la hardiesse de l’entreprendre et d’y traiter des questions bien audessus de mon intelligence et de mon instruction ; si je n’avais pas été secondé par la lumière divine, j’aurais succombé sous une aussi pénible tâche; c’est ce livre, messieurs, auquel vous avez daigné prêter votre généreux appui, pour lequel je vous dois les plus sincères reinercîments , que j’offre, en ce jour, au public. J’aurais pu appuyer les révélations qu’il contient sur une masse de faits qui se trouvent dans les livres religieux historiques des peuples anciens et modernes ; je n’aurais présenté qu’un hors-d’œuvre , dans un siècle où il faut des preuves pour croire, et non des récits plus ou moins entachés de spéculations politiques ou religieuses. Je me croirais l’homme le plus méprisable du globe si je spéculais sur des mensonges !

Puissiez-vous, messieurs, ne pas avoir à vous repentir de la bienveillante confiance que vous avez placée dans cet ouvrage que vous ne connaissiez qu’imparfaitement, et ne pas regretter l’indulgente bonté avec laquelle vous avez daignéobliger celui qui est avec la plus dévouée reconnaissance.

Votre serviteur,

Alph. Cahagxkt.

A MONSIEUR ALPll. CAHAGNET.

Monsieur,

Je viens vous remercier du témoignage que vous me donnez de votre estime en m’offrant la dédicace de vos Arcanes.

Dans une semblable matière un autre, peut-être, se serait montré irrésolu, car un jugement, que l’on peut connaître d’avance, sera porté sur nous. Vous serez un visionnaire et moi un enthousiaste qui ne sait point mettre de bornes à sa croyance. Qu’importe ! voici mon sentiment.

J’aime les hommes qui cherchent l’inconnu, les esprits aventureux qui, semblables aux voyageurs, s’exilent de leur patrie pour aller à la découverte de lointains pays. Ils sont nécessaires et c’est souvent par eux que le monde s’enrichit. Toutes les recherches sont utiles , ont leur valeur ; lors même qu’elles sont négatives elles éclairent toujours l’esprit en lui faisant reconnaître ses erreurs. Beaucoup d’hommes sont pénétrés de ces principes , aussi nous voyons chaque jour des coeurs généreux se lancer dans de périlleuses entreprises. L’un franchit les mers pour remonter à la source d’un fleuve ; l’autre pénètre à travers des forêts vierges, au milieu de mille dangers , ne voulant conquérir pourtant que quelques brins d’herbes, des insectes, quelques animaux inconnus ; celui-ci explore un sol que les flots cachent à la vue depuis la création du globe. Celui-là , également audacieux, s’enfonce dans la terre, heureux s’il y découvre un filon nouveau ; plus téméraire, cet autie s’élève dans l’air et s’y confond avec les éléments.

Après avoir maîtrisé la foudre, l’homme la dirige et la force à transmettre ses pensées Je l’un à l’aulro eontinent : le soleil, au-

jourd’liiii, ropiodiiil les objets avec la (idélité de leurs Idrnies, et Tu'il humain est allé dans l’espace chercher un astre inconnu. Plus modeste, Paramelle, armé d’uue simple baguette, découvre les cours d’eau souterrains et enrichit de verdure le sol jusque-là désolé.

Mais, à côté de ces conquêtes, l’homme laisse voir sa faiblesse en s’ignorant toujouis lui-même. La science ne lui apprend lien de sa nature et de sa destinée ou plutôt elle le détourne d’une étude si nécessaire.

Demandez au savant du jour s’il sait d’où il vient, où il va ? il ne saura répondie ; qui pense en lui et le fait mouvoir ? il l’ignore ; qui voit, qui entend dans son cerveau ? il ne connaît de ces merveilles que les instruments passifs ; chacun de ses organes a une vie particulière, il en ignore la source et l’étendue ; malade, il ne sait rien non plus et, comme l’avare, il succombe auprès de trésors inutiles. Tout lui dit que sa vie, le mouvement qu’il se donne, ont un but, une raison, mais il détourne la tête et ne veut point sonder ces profondeurs ; demaudez-lui ce que c’est que le sommeil ? il n’en suit rien, et comment lorsque tout est assoupi en nous, des rêves s’y glissent, agitent et maîtrisent notre machine ? il l’ignore encore. Ah ! nous ferions un tableau immense de ce que les savants devraient connaître, et ce sont les choses les plus essentielles à notre bonheur, tout nous le dit, puisque ce que nous savons ne nous satisfait point.

Poursuivez donc vos recherches. Monsieur, fouillez dans les cerveaux, tâchez d’y découvrir les vérités qui y sont encore enfouies; elles sont nombreuses et ont toutes leur utilité. Si vous trouvez, vous serez combattu avec opiniâtreté et ce sera votre gloi7-e ; si, plein d’illusion, vous n’avez obtenu de vos extatiques que des réminiscences de leur veille, de leur éducation, un reilel de leurs préjugés et de leurs croyances, votre ouvrage sera, sous ce point de vue, encore un bienfait, puisqu’on apprendra le travail de l’àme dans ces moments où elle ne s’est levée qu’à moitié. Vous avez vu l’homme demi-mort, peut-être que dans cet état existe une confusion d’idées, et que les choses vues de cette manière sont encore mêlées d’ombre.

Cepeudaut, j’ose me permettre une observation sur la marche que vous avez suivie. Les choses révélées doivent avoir pour appui des principes qui y conduisent ; et franchir d’un seul bond la distance <pii nous sépare de Dieu peut paraître hasardeux. J’aimerais à voir un homme aller du connu à l’inconnu en laissant l’empreinte de .ses

pas, alln que l’on puisse suivre sa roule et marcher avec lui. Entre toutes choses, il y a des intermédiaires, des milieux, qui servent à guider et qui empêchent de s’égarer, des nuances saisissables qui n’interrompent point les anneaux de cette chaîne immense. Par le magnétisme, je m’explique le somnambulisme , et par cet état je comprends encore le jeu nouveau des facultés de l’homme ainsi placé. C’est ici seulement que je voudrais voir se grouper des faits nous montrant, par quelque chose de saisissable encore, les rapports de Tâme incarnée avec celle qui ne l’est plus. Ma faible intelligence médit qu’il doit en être ainsi, et, seriez-vous arrivé au but, qu’il faudrait suivre le chemin que j’indique, si vous vouliez qu’on vous suivît.

Quoi qu’il en soit. Monsieur, de mes opinions , j’attendrai, pour juger votre ouvrage, qu’il soit publié; il serait téméraire à moi de condamner sans avoir entendu.

Un philosophe sceptique a dit :

« L’àme ne me paraît qu’une faible étincelle >' Que l’instant du trépas dissipe dans les airs, d

Vous prouverez, j’espère, qu’il était dans l’erreur.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

Baron nu Potet.

Paris, le 10 décembre 1847.

A MOiNSIEllK LE BAROA DU POTET.

Chei' et lionorable Monsieur,

J’ai été très-sensible à l’obligeante lettre que vous avez daigné m’adresser ; je suis loin de mériter à tous égards les encouragements qu’elle contient, car je suis resté bien au-dessous de la tâche que je m’étais imposée ; comptez, cher Monsieur, sur ma gratitude et ma pure reconnaissance. Puissé-je lever le doute que vous concevez sur la marche que j’ai suivie ; je me suis bien gardé de touclier à la personne sacrée du Créateur et de m’élever de la terre aux deux ; je suis resté sur notre tas de boue, interrogeant les tombeaux, parlant avec des êtres décédés et rendant compte de nos relations. J’aurais pu prendre sur moi de faire le rénovateur, le prophète, l’inspiré, l’extatique même, mais j’aurais plané dans la sphère des orgueilleux qui ne voient qu’eux et rapportent tout à eux ; non, je suis resté près de mes lucides, et c’est par leur secours que j’ai exploré ce monde inconnu ; j’indique à tous qu’ils peuvent faire comme moi et juger si je leur présente un roman ou un livre sérieux; je n’ai rien fait qui ne puisse être fait, rien dit qui ne puisse être vérifié ; j’ai désiré être clair. Quand vous m’aurez lu. Monsieur, la puissante pénétration de votre esprit vous prouvera que je ne vous ai pas quitté; je suis resté narrateur impartial, respectant Dieu et les hommes.

(;’est dans celte conviction que je suis.

Monsieur le Baron,

Votre obligé et dévoué serviteur, AIp. Cahagnet.

O 29 (léfeinbre I8i7.

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