PREMIER EXTATIQUE
l"= séance. — Binet (Bruno), mon premier extatique, était un jeune homme âgé de 27 ans, d'une conduite très-douce, d’une intelligence très-restreinte en matière de spiritualisme, ayant peu lu, peu entendu parler de magnétisme, il se soumit à mon action avec confiance et m’offrit des phénomènes assez rares : il n’était pas isolé, se ressouvenait de tout ce qu’il disait dans ses crises, il était en sommeil par un seul de mes regards, subissait les lois de l’attraction magnétique avec une très-grande sensibilité, était on ne peut plus dépendant de mon influence et se relevait de cette indépendance instantanément, il voyait parfaitement l’intérieur des corps et donnait de salutaires conseils, possédait la vue rétrospective des
événements et actions datant de quelques années à un demi-siécle, les décrivait fort Lien; il ne voyait pas les objets prés de lui et les distinguait parfaitement à distance; il m’a donné des preuves d’une rare lucidité. J’ai tenu un journal spécialement consacré à ses vues matérielles, d’où j’ai extrait tout ce qui se rapportait à la métaphysique et au monde spirituel. Il y avait environ huit jours que je le magnétisais lorsque je le vis renversé comme par un coup de foudre de dessus son siège, le visage très-coloré et sous l’empire d’une peur qu’il cherchait à me déguiser sous les apparences d’un courage qu’il ne possédait plus.
— Qu’avez-vous? lui demandai-je. — C’est une voix que je viens d’entendre à ma droite (jui m’a répondu que votre mal était inguérissable, que je n’aie plus à m’en occuper, et je ne crois personne prés de moi, puis j’ai été frappé d’une commotion de laquelle je ne me rends pas compte. — Demandez qui vous a parlé? — C’est mon guide, me répond-on. — Comment nomme-t-on ce guide? — Gabriel.
— Bruno me répondait à voix basse comme lui parlait la voix. Il fut au moins huit jours à s’halntuer à cette voix qui devait dans la suite être l’oracle qui me répondrait aux questions (jue je lui adresserais sur le monde spirituel.
Comme Bruno me servait plus particuliérement à des expériences médicales et que je n’étais nullement disposée parler spiritualisme dans ce temps, il revenait toujours à ses communications. Ce qui fit que j’en pris note, et ne pris ce langage mystique au sérieux que lorsque j’y trouvai des arguments assez forts pour combattre ma raison.
J’ai numéroté ces séances pour éviter de rapporter les mille et un détails qui précèdent et suivent ordinairement ces sortes de communications qu’on ne peut toujours provoquer selon ses désirs, mais qu’il faut saisir quand elles se présentent. Comme la multitude de questions que j’adresse à ces extatiques sont naturellement distancées par des intervalles qu’on ne saurait éviter, on ne peut y trouver cette suite qu’exige un dialogue ordinaire, vu que les communications les plus précieuses arrivaient souvent au moment que je m’y attendais le moins; je prie donc le lecteur d’étre patient, de ne pas perdre de vue la moindre (piesiion, qu’il pourra assembler ensuite pour en former un ensemble instructif, et digne de méditation.
2. Votre voix pourrait-elle me dire ce que c’est que le magnétisme, <[uelles sont ses pro-
priétés ? — Le inagnélisme est un remède qui ‘peut guérir toutes maladies guérissables. — Le magnétisme est-il une propriété du corps ou de l’âme? — C’est une propriété de Tàme; le corps est la machine par laquelle il filtre, l’âme y est pour tout. — Quelles sont les autres propriétés de l’âme? est-elle libre de faire ce tpi’elle veut ? — Non, l’âme est influencée par d’autres âmes, ce sont ces dernières qui la guident dans le magnétisme comme dans toutes ses autres actions. — Ce sont donc des guides dans le genre du vôtre? — Oui. — En avonsnous tous? — Oui, un bon et un mauvais. — Où sont-ils placés ? — iMon bon ange est devant moi planant dans le chemin de la vertu, qu’il me montre, et le mauvais est à ma gauche. — Y a-t-il un moyen de se soustraire à j l’influence du mauvais? — Ils sont la pour | remplir leur mission, il faut qu'il en soit ainsi ; ; l’homme ne peut guère éviter plus l’un que l’autre.
O. Vous m’avez parlé d’âmes la dernière fois, pourriez-vous me dire quelle forme elles ont après leur séparation du corps ? — On ne me répond pas à votre question. — Demandez si , votre père vit et s’il est heureux ? — Oui, mon j père vit et se trouve très-heureux. — Pourrez- i
vous le voir ? — Oui. — Quand ? — Il m’apparaîtra soudainement au moment où j’y penserai le moins. — Pensez-vous qu’il y ait un moyen de communiquer avec les anges ou esprits ? — Oui. — Quel est-il? — La prière. — Quelle espèce de prière? — Celle du cœur; mais dans l’état où je suis, on a plus de facilité d’ètre avec eux, on n’a qu’à les désirer, ils sont de suite prés de vous.
4. Pourquoi avez-vous eu plus de peine à dormir aujourd’hui que les autres fois? — C’est de vous que cela dépend. — Pourquoi avez-vous des moments d’excellente lucidité, et d’autres beaucoup inférieurs? — Cela dépend de nous. — Nous manquons donc à quelque chose? — Il faudrait prier. — Quand? — Le soir avant de nous mettre au lit, vous de votre côté, et moi du mien. — Quelle prière faut-il faire? Peut-on nous la dicter? — Non, il faut qu’elle parte du cœur. — Est-ce hautement ou intérieurement? — C’est intérieurement. — Toutes les postures sont-elles bonnes?
— Non, il faut prier à genoux les yeux au ciel.
— Pourquoi plutôt à genoux qu’au trement ? — Parce qu’on doit s’humilier devant l’étre auquel on doit la vie, on lui doit soumission, ce n’est pas debout, avec fierté, ou couché à son
aise, qu’on doit parler à un être aussi supérieur, aussi bon ; nous pouvons bien faire ce léger sacrifice à celui qui donne avec tant de générosité. Infiniment petits que nous sommes, prosternons-nous le front dans la poussière, nous ne pouvons que nous traîner à ses pieds. — Faut-il prier aussi son bon ange? — Oui, non pour lui qui ne pourrait accepter ce qui n’appartient qu’à Dieu seul ; mais étant plus rapproché de son trône par sa nature et sa vertu , il nous sert d’intermédiaire en offrant notre prière à Dieu, et plus nous nous mettons sous sa protection, plus il peut nous inspirer de bonnes pensées. — Vous m’avez dit que nous avions un mauvais esprit dont nous devions subir l’influence, ce qui ressemblerait assez à la destinée. — La destinée n’est que dans les influences, et je vais vous dire com- j ment on peut se prémunir contre la mauvaise influence. Nous concevons une mauvaise pen- I sée; dés la première atteinte que nous ressen- ' tons de son influence, nous devons avoir recours au bon ange, pour qu’il ne la laisse pas i prendre racine chez nous, qu’elle n’y revienne pas à la charge sept ou huit fois, jusqu’à ce qu’elle nous entraîne à faire faction mauvaise qu’elle nous inspire; nous pouvons, en nous ! mettant sous la protection de notre bon ange.
(juiest la protection divine, éviter le piège tendu à notre ignorance. — Supposons que de mauvaises actions ne puissent être évitées comme nous le voyons tous les jours, celui qui commet le mal en est-il puni ? — Oui, car à sa mort il paraît devant Dieu, qui lui a toujours conseillé le bien, qui ne veut que le bien ; il lui fait alors une réprimande en lui rappelant tous les mauvais actes de sa vie, lui montrant avec douceur le chemin qu’il aurait dû prendre; lui recommande de se mieux conduire, et le place dans une société qui convient a ses goûts. — 11 n’y a donc pas d’enfer ou de lieux de punition? — Pardon, il y a des lieux différents où la souffrancen’existepastellequ’onnousla présente, ce sont des lieux d’épreuves où vous vous purifiez sans souffrances que celle d’être privés de la vue de Dieu. Comme je vous l’ai dit. Dieu est si bon, il a tant d’amour pour nous, qu’il nous punit seulement par la réprimande; mais cette punition est très-sensible, vu qu’elle estinfligée devant tout le ciel, ensuite nous sommes dans l’impossibilité de faire du mal, puisque les mauvaises pensées qui l’engendrent sont du domaine de la terre qui est le vrai enfer, et y restent ensevelies avec nos dépouilles mortelles. Ensuite^ au ciel, on a tout son intérieur à découvert, on ne peut avoir une pensée qui ne
puisse être vue à l’instant par tous ceux qui vous entourent ; alors vous auriez une mauvaise pensée, ce qui est de toute impossibilité; vous seriez dans la même impossibilité de l’exécuter; les autres, voyant notre corps à nu sans que nous en puissions cacher une faible partie, nous conseilleraient de mieux penser. — Vous parlez de corps, nous en avons donc un — Oui, nous sommes exactement comme sur terre, à part les habillements. — Swedenborg a parlé de ces choses, votre ange le connaît-il ? Etait-il inspiré par Dieu ? — Mon ange connaît Swedenborg, il était inspiré par Dieu. — Tout ce qu’il a révélé au sujet du monde spirituel est-il exact? — Non. — Il a donc commis des erreurs ? — On ne me répond pas à votre question.— Vous m’avez dit qu’on était au ciel en société, qu’y fait-on? la prière est-elle votre seule occupation ? — Oh ! non, on y est comme sur terre, avec sa famille, sa femme, ses enfants, ses amis. — Peut-on y satisfaire ses passions d’amour, de lecture, de musique? — Oui, mais pas de cet amour comme sur terre; c’est une amitié sainte, intime, un plaisir dese trouver réuni à ceux qu’on a toujours aimés; mais on n’y connaît pas l'amour de la femme dans l’acception du mot que vous voulez sans doute lui donner. On y lit, on y fait de la musique.
on y fait des usages comme sur terre ; on y démontre ce qu’on désire connaître, avec celle différence que ce ne sont pas des maîtres orgueilleux comme sur terre. Ce sont des amis, qui se font un plaisir de vous servir; on y apprend bien plus vite qu’ici-bas, en quelques leçons on sait ce qu’on désire. — Revient-onsur terre? — Non. — Se souvient-on de ce qu’on y a fait? — Oui et non. Non, parce que c’est un état si différent de l’état terrestre, on se trouve si heureux qu’on n’est pas tenté de penser à la terre; mais on sait qu’on y a vécu, qu’on y a laissé des parents, des amis qu’il vous tarde de revoir. — Gomment se peut-on réunir dans une si grande masse de monde, et après un temps plus ou moins long? — Cela se fait par la puissance de Dieu, c’est un enchantement incompréhensible. — Vous diles qu’on se retrouvQ tous en famille ; mais ces pauvres enfants trouvés qui n’ont ni père ni mère, qui les reçoit ? — Il n’y a pas d’enfants sans père ni mère; s’ils en sont abandonnés, ils les retrouvent au ciel, où il n’y a rien de perdu; en attendant, ils sont reçus par leur grand-père ou grand-mère, ils trouvent une famille qui les attend, et ils se trouvent placés, quoique dans des milliards d’étres, tout aussi vite que vous placeriez un livre dans voti e bibliolliè(pie; je vous dis, c’est
si miraculeux, que cela ne peut se comprendre ni s’expliquer. — Est-ce toujours Gabriel qui vous répond ces choses ? — Oui, puis je les sens et comprends.
11 est deux réponses sur lesquelles je prie de fixer un moment d’attention. Bruno dit qu’au ciel il est impossible d’y mal penser, parce que notre intérieur s’y trouve à découvert. Swedenborg a déjà dit cela dans son Traité du Ciel et de l’Enfer, cette révélation n’a rien d’incompréhensible devant la communication des pensées dans l’état somnambulique.
La deuxième réponse est qu’au ciel on retrouve les siens comme par enchantement . Nous voyons le même miracle, faut-il dire sur terre, par la facilité qu’ont les lucides de voir à des distances immenses des lieux désignés, sans avoir aucun rapport avec eux.
Bruno, comme je l’ai dit, n’a aucune notion de psychologie, n’est nullement porté vers la dévotion ; je ne peux l’influencer par ma manière de penser, qui, comme on le verra , est presque toujours hétérogène à la sienne. C’est pour qu’on juge de mon impartialité que je donne connaissance de toutes mes questions et des réponses qu’elles obtiennent, sans en dénaturer aucunement le
sous.
5. Je serais beaucoup plus lucide si vous n'é- /iez pas possédé d’un mauvais esprit. — Qu’entendez-vous par là? — J’entends qu’une personne avec laquelle vous n’avez plusdebons rapports est cause que vous êtes obsédé d’un mauvais esprit. — Que peut faire cet esprit sur moi, je ne le redoute nullement, je n’en ai jamais ressenti aucun effet? — Voilà bien les hommes qui ne redoutent rien ; mais sachez donc une fois pour toutes, que votre puissance est d’une complète nullité devant l’esprit; c’est ce dernier qui meut la matière, c’est lui qui possède l’action et la force, et Dieu sait seul quelle force un esprit peut déployer! Vous dites n’avoir jamais ressenti l’influence de celui dont je vous parle ; ne vous souvient-il pas que voilà trois ans, environ, vous éprouvâtes une gêne pénible dans vos sommeils, vous eûtes des visions affreuses, et si vous voulez l’avouer, vous fûtes soulevé dans votre lit, et maintenant vous devez encore éprouver beaucoup de peine pour dormir. — Il est vrai qu’il y a longtemps que j’ai dans la nuit des crises nerveuses que j’attribue à la faiblesse de ma complexion, j’ai eu aussi des rêves pénibles; mais cela ne me prouve pas que ce soit un esprit, surtout envoyé par cette personne que vous m’avez nommée, qui m’ait occasionné ce
trouble? — Qu’il vous sulïise de savoir que vous avez du connaître la puissance d’un esprit j)arce que vous avez désiré en voir, en toucher; vous avez été exaucé. Vous ne me dites pas toute la vérité, mon guide me le dit, et il ajoute que si l’ange de lumière qui vous guide n’eût pas été si puissant, vous en auriez vu d’autres, vous auriez pu être souftletté, jeté à bas de votre lit; vous êtes heureux d’en être (juitte pour si peu, priez et vous en serez bientôt débarrassé. — Je ne comprends trop rien à tout ce que vous me dites, il s’est passé des choses qui m’ont à la vérité beaucoup surpris et fait souffrir; mais j’avais toujours attribué ces faits à une irritation nerveuse ou toute autre cause matérielle. — Il est vrai que les souffrances que vous avez éprouvées sont dues à votre système nerveux : mais tout ce qui a rapport à l’intelligence était sous la dépendance de ce mauvais esprit. — Vous dites (pie c’est un esprit qu’on m’a envoyé, cette personne ne connaît nullement la cabale, et je suis assuré que vous faites erreur. — Je vais vous expliquer comment cela s’est fait. La scission qui est survenue entre vous et cette personne, qui est à quebpies lieues d’ici, s’est faite par correspondance, vous avez éci'it (piebjne chose qui a blessé cette ])eisonnc, (pii a toujours été
jalouse de vous, elle vous a répondu sous l’empire de la contrariété qu’elle éprouvait. Cette personne a des humeurs trés-àcres, des désirs Irés-ardents, elle aurait voulu vous voir à tous les diables, elle vous a écrit des choses qui vous ont fait beaucoup de peine, la lettre a été le conducteur de ce mauvais fluide colérique, la disposition nerveuse dans laquelle vous vous trouviez alors s’est trouvée apte à vous laisser envahir par ce fluide, la position d’esprit dans laquelle vous étiez , hors cette circonstance, a facilité l’esprit à s’introduire chez vous; sous la nature de ce fluide, vous avez directement demandé à voir des esprits, auxquels vous ne croyiez pas alors, et l’une et l’autre circonstance ont contribué à vous mettre dans l’état d’obsession. Renvoyez avec force ce fluide sur la personne que je vous ai désignée, priez, et vous serez débarrassé, et moi je serai lucide.
Comme on doit le penser, je fis des recherches minutieuses pour confronter la date qu’il me donnait et celle de cette soi-disant lettre. Ce ne fut que le lendemain qu’une personne à la- (]uelle je parlai de cette révélation me remit sur le vrai chemin de cette brouille qui datait effectivement de ce temps où je reçus une lettre (pii produisit sur mon esprit un tel effet de contrariété que je jiassai plus de (rois hçurcs dans
un bols, en proie à une telle agitation que je ne savais ee que j’étais. 11 est vrai que j’eus des visions depuis ce temps qui étaient extraordinaires, il est certain que j’éprouvai des effets d’attraction étant bien éveillé, dans mon lit; que je fus obligé, une fois surtout, de m’y cramponner, vu que j’avais la moitié du corps qu’on m’enlevait et qui était tout à fait hors le lit. Il est vrai que dans ce temps-là je fis quelques conjurations par écrit pour entrer en communication avec des esprits pour savoir à quoi m’en tenir sur leur compte, je tins un journal alors de ces visions et des phénomènes corporels que j’éprouvais , mais par la suite je classai ces faits parmi ceux des maladies nerveuses, et je ne comprends pas comment Bruno peut les classer différemment; je ne peux voir dans cette révélation aucune communication de pensée puisque je ne pouvais penser moi-même, que j’étais présumé envoûté, et qu’il ne savait rien de ces faits auxquels je n’attachais aucune importance.
f). Aujourd’hui pourrez-vous mieux voir votre père que la dernière fois? — Je le vois. — Pouvez-vous lui parler? — - Oui. — Comment est-il habillé? — Il est dans les mêmes vêtements qu’il portait sur la terre : veste
bleue, pantalon de velours rayé, ehapeau de feutre un peu râpé. — Demandez-lui où estil maintenant? — Dans le ciel. — Est-il heureux? — 11 est très-heureux. — Quelles sont ses occupations? — 11 lit beaucoup et il se promène comme il faisait sur terre. — Peut-il vous protéger ? — 11 peut me donner des conseils salutaires, il viendra me revoir quand je le demanderai. — Qui donc vous réveille ainsi quand j'y pense le moins? — C’est Gabriel. — Par quelle raison ? — C’est parce qu’il prévoit que le mauvais génie pourrait me répondre à sa place et pour déjouer ses desseins ; il me réveillera ainsi quand il ne trouvera pas utile pour le moment de répondre à vos questions.
7. Les mauvais esprits ont-ils un chef qu’on nomme diable? — Non. — Tous les esprits ont-ils existé sur terre? — Oui. — Les anges et les esprits ne sont-ils pas égaux? — Non, les anges et les esprits sont des hommes qui ont habité la terre ; mais il y a une grande différence dans leurs attributions, leurs lumières et leur sagesse ; les anges sont plus près de Dieu, connaissent mieux ses desseins et les font exécuter. — Les anges ont-ils des ailes ^ — Les ailes ({u’on représente sur leurs
(épaules ne sont que des symboles qui figurent la vitesse avec laquelle ils franchissent l’espace, vu que pour eux il n’y a plus d’espace, ils n’en ont pas positivement ; mais ceux qui croient et désirent leur en voir, ils leur apparaissent ainsi. — Les esprits travaillent-ils au ciel? boivent-ils? mangent-ils? — On fait au ciel exactement ce qui se fait sur terre, avec cette din'érence que ce n’est plus un besoin, c’est un plaisir ; ce n’est pas pour de l’argent qu’on travaille, mais par contentement. — Les esprits peuvent-ils porter des objets matériels ? — Il y en a qui ont cette propriété; leur force est incompréhensible quand il leur est permis de l’employer.
8. Dans cette séance je n’obtiens rien d’instructif; Bruno se trouve réveillé, s’il m’arrive de lui adresser une question que je lui ai déjà soumise antérieurement, ce qui m’olfre de grandes dilliciiltés, ne pouvant me ressouvenir au juste si j’ai fait telle ou telle question ayant quelque rapport avec celle du jour, il se trouve réveillé subitement en me disant : On vous a déjà répondu ; ce qui m’est arrivé beaucoup de fois, meme dans les consultations médicales. Il me faut donc prendre toutes les précautions possibles , ce (|ui
est très -gênant, surtout lorsqu’il y a un mois et plus qu’il ne m’a parlé de spiritualisme.
9. Quelle est la substance d’un esprit? — C’est une substance semblable à de l’air, ce qui fait qu’il peut traverser tous les corps sans rencontrer d’obstacles. — Quelle est la forme spéciale d’un esprit? — Celle de l’homme, puisque tous les esprits ont été hommes sur la terre; mais il peut prendre la forme qu’il veut une fois dégagé de la matière. — Vous dites qu’il y a des méchants esprits autour de la terre, y en a-t-il de même au ciel ? — 11 n’y a pas de méchants esprits au ciel, ils errent autour de la terre. — Pourquoi cela est-il ainsi ? — Pour satisfaire leur envie de faire le mal, qui est plutôt l’accomplissement d’une mission qui, quand elle est terminée, les rend dans l’ètat des bons, et alors ils vont au ciel comme les autres, personne n’en est exclu. — Qui leur commande de faire le mal? — Le mal est utile, sans lui il n’y aurait pas de bien, on ne pourrait apprécier l’im sans l’autre ; le mal est la conséquence du bien, le bien de l’un fait le mal de l’autre et ce dernier fait le bien du premier. Dieu a trouvé utile d’en agir ainsi, et il ne nous en doit pas compte.
10. Bruno a une forte extase, il va au ciel pour la première fois, il y voit son père qui lit assis près d’une petite table. — Quel est ce livre que votre père tient ? — Il est semblable aux nôtres ; mais l’impression n’est pas la même. — Quelle forme a-t-elle ? — H y a des lettres en forme de D, puis d’autres faites comme des petits crochets, des croissants; je ne peux guère vous la décrire, mon père ferme le livre et dit que nous ne pourrions rien comprendre à cette écriture, laissez-moi un moment retourner au ciel ; après un quart d’heure il se réveille , regarde son lit d’un air de mépris et s’écrie : Oli ! je comprends pourquoi les morts ne regrettent pas la terre, qui donc pourrait désirer végéter sur ce tas de boue quand on a vu ce que je viens de voir. — Qu’avez-vous donc vu? — Le ciel. — Eh bien ! ce ciel , comment est-il donc ? — Oh ! j’étais dans un lieu sans horizon, éclairé d’une lumière superbe, il y avait devant moi un être que je crois Dieu, qui était assis sur un trône, sa tête était recouverte d’une toque brillante, sa barbe était grise, je croîs, son bras était appuyé sur celui de son fauteuil , il était dans une grande robe de velours cramoisi toute semée de fleurs de lis en or. Son air était majestueux, il parlait à ses ministres, qui étaient
au nombre de six ou de sept, je ne les ai pas comptés; ils étaient tous assis sur les degrés du trône et étaient habillés d’une robe de même étolFe et même couleur que celle de Dieu; mais je ne crois pas y avoir vu des broderies d’or. 11 V avait autour d’eux et dans le lointain une
multitude d’êtres qui se promenaient. Oh! que les hommes de la terre sont laids près de ces belles figures ! ces peaux si blanches. Ils avaient des gazes en forme d’écharpes qui leur couvraient une épaule, puis un petit jupon en gaze si fine qu’on découvrait aisément toutes leurs formes; leurs pieds étaient dans des sandales attachées avec des cothurnes, mais, mon Dieu, que c’était beau I j’étais élevé dans l’air, je voyais la terre sous mes pieds, et tous ces petits hommes si glorieux, si fiers, qu’ils me paraissaient vilains et petits près de ces êtres divins qui étaient prés de moi I que ma chambre me paraît sale et obscure près de ces lieux; j’aurais voulu ne plus me réveiller. Je conçois bien le colonel qui n’attache aucun prix aux deux cent mille francs qu’il a perdus ; que sont les richesses de la terre prés de celles du ciel ! Je voudrais pour cent francs que vous vissiez ce que j’ai vu, quel sublime spectacle ! — Mon cher Bruno, vous étiez dans une extase supérieure, je suis contrarié de ne pas m’en être
doulë, je vous aurais conseillé d’observer bien des choses. Nous devons nous estimer heureux que vous vous ressouvenez ; cela vous procure une douce jouissance et à moi des renseignements précieux, seulement je crois que vous avez biit erreur au sujet du personnage que vous prenez pour Dieu ; ce ne pouvait être lui, nous nous en informerons plus tard.
1 1 , Demandez à votre çjuide si c’est Dieu que vous avez vu dans votre extase de l’autre jour? — Non, c’était Gabriel lui-même. — Pourquoi vous est-il apparu ainsi présidant son conseil ? — Il ne présidait pas de conseil ce jour-là, il me voulait donner une séance. — Dans quel but? — Celui de me montrer les grandeurs et les biens que Dieu réserve aux hommes qui l’aiment. — Qu’entendez-vous par les grandeurs et les biens? — J’entends les facultés avec lesquelles l’âme obtient ce qui fait sa joie. — Est-il toujours babillé ainsi? — Non, c’était pour donner plus de charme à cette vision. — Demandez-lui si c’est son Véritable nom que celui de Gabriel? — Non, les anges au ciel n’ont pas de noms, ils en prennent un pour visiter les hommes :
celui de Gabriel signifie ange de lumière de Dieu.
12. Vous m’avez dit une fois que Gabriel était aussi mon ange, il peut donc conduire plusieurs personnes à la fois ? — Des milliers. — Mais comment cela se fait-il ? c’est incompréhensible. — C’est directement parce que cela est extraordinaire que cela est ; si c’était une chose qui nous parût facile, ils ne nous seraient pas supérieurs ; ce n’est qu’en faisant des choses que nous ne comprenons pas qu’ils nous surpassent.
13. Demandez à Gabriel pourquoi, malgré ma bonne envie de croire tout ce que je vois, tout ce que vous prédisez , et qui cependant arrive à point, suis-je encore incrédule et ne peux obtenir cette foi qu’on dit si nécessaire pour arriver aux grandes solutions métaphysiques; ce n’est pourtant pas manque de bon vouloir. — Vous croirez plus tard, le doute n’est pas défendu; plus on a douté, plus la foi devient ferme. Vous croirez ; suivez vos impulsions, ce n’est pas un crime, il vous est préparé de grandes révélations, on vous instruira peu à peu.
14. Vous m’avez dit que vous aviez vu le ciel comme une immensité sans bornes, pourriez-vous m’en donner une plus entière descrip-
tion ? — C’est une immensité sans bornes éclairée par une lumière des plus brillantes, et continuellement; c’est pourquoi il n’y a pas de nuit. — Y compte-t-on le temps comme sur terre? — Non. — Les anges comme le votre voient-ils Dieu ? — Oui. — Sous quelle forme?
— Celle de soleil. — Est-ce notre soleil terrestre? — Non, il n’y a qu’un soleil au ciel qui est le soleil spirituel, sous la forme où apparaît Dieu ; notre soleil terrestre n’est luimême que le réflecteur des rayons qu’il reçoit, comme un plateau reflète la lumière du foyer.
— Y a-t-il des distances au ciel pour ceux qui l’habitent ? — Ils n’en connaissent pas ; car sitôt qu’ils désirent être dans un lieu ils y sont à l’instant. — Comment s’y trouve-t-on ? assemblés ou dispersés ? — On y est par sociétés, selon ses goûts, et on s’y promène comme sur terre.
— Y a-t-il plusieurs cieux? — Oui, il y en a trois. — Comment sont-ils ? — Ils sont superposés les uns sur les autres comme des nuages, selon leurs qualités ; les hommes après leur mort vont dans l’un ou l’autre.
1 5. Vous m’avez dit qu’il y avait trois cieux superposés comme des nuages? — Oui, ce sont des espèces de sphères, car tout ce qui existe a une sphère. Gabriel peut envelopper dans la
sienne tons les êtres qui sont sous son égide ; de meme l’homme a un cercle particulier qui l’entoure aussi et dans lequel est enfermé tout ce qu’il lui est nécessaire de posséder. — Quelques auteurs ont déjà parlé de ces sortes de sphères et ont même été jusqu’à dire que l’homme renfermait dans la sienne un univers en petit? — Que cela ne vous étonne pas, l’homme il est vrai possède un univers matériel en petit. — Ces cieux sont sans doute cette belle nappe bleue parsemée d’étoiles que nous admirons au-dessus de nos têtes ? — Non, c’est au-dessus de nous, de notre terre, mais dans un air plus pur et d’une étendue immense, et ces cieux ne semblent faire qu’un, ils n’offrent aucune difficulté à être traversés. — Comment après la mort monte-t-on au ciel ? — Comme une bulle de savon, un peu d’air qui monte sur l’eau. — A-t-on une forme en sortant de son corps? — Non, mais elle se dessine petit à petit, et en entrant au ciel elle est celle de l’homme, qu’il y conserve toujours, sans, vous pensez bien, y être altérée comme sur terre.
) G. Bruno me donne encore quelques détails sur les esprits. Un esprit c’est de l’air, dit-il, mais il peut prendre la forme (pi’il veut, porter
(le très-pesants fardeaux ; dans Téta! où je suis je suis esprit comme eux, je suis hors de mon corps, je le vois assis sur la chaise, je me promène dans ma chambre sans être vu ni senti de vous tjue je touche, je me vois même à mon établi en train de travailler, je me vois où je veux ; ce (jui me ferait croire que je suis plusieurs êtres. Comme des images qui seraient empreintes à chaque place, je regarde mon âme, du moment elle est semblable en tout à mon corps, seulement je lui vois le front beaucoup plus blanc, je suis mieux que mon corps.
17. Pourquoi parfois me répondez-vous â peine si j’ai fini de vous questionner, vous ne devez pas avoir le temps de reproduire mes paroles? — Cela vous étonne, et vous allez être encore plus étonné si je vous dis que moimême je suis parfois tranquille spectateur des paroles que prononce ma bouche; il m’arrive souvent que je ne prends aucune part aux débats (jui ont lieu entre vous et Gabriel, c’est lui (pii s’insinue dans mon corps, répond par ma voix à vos questions, et je me trouve auditeur de vos discussions; vous ne pouvez croire cela, i puisipie vous ne croyez pas aux esprits. — Je j pense vous avoir assez prouvé que je croyais â j l’existence de Pâme après sa séparation du j
corps, et par conséquent à l’existence des esprits puisque l’âme en est iin ; mais je ne peux comprendre et ajouter une foi aveugle à tout ce que vous me dites; sans anéantir les facultés de l ame, je ne peux bien les appréeier que d’après des preuves irrécusables ? — Vous ne manquerez pas de preuves ; mais elles ne répondront pas toujours à eelles que demande la raison matérielle, parce que je vous ai déjà dit que les deux états d’ètre sont si ineompatibles quoique se faisant suite) qu’ils ne peuvent se prouver l’un par l’autre; l’un ne paraît exister que par l’aufre, et c’est le spirituel qui est la vraie vie, la vie matérielle n’est qu’une copie de cette première et n’est entourée que d’erreurs.
18. Il y avait quelque temps que je n’avais magnétisé Bruno quand un jour il m’arriva tout souffrant, et me faisant des excuses pour son manque d’égards envers moi, me pria de le guérir comme je l’avais déjà fait plusieurs fois. A peine endormi il me dit : — Vous ne voudrez jamais croire que le mal que j’éprouve m’est occasionné par de mauvais esprits qui sont logés dans mon ventre. — Si je n’avais pas connu Bruno pour un franc et bon ami, j’aurais pensé qu’il voulait me mystifier ; mais
j’étais assuré de sa boiiue foi dans tout ce (ju’il me disait, je ne pouvais que penser qu’il s’hallucinait facilement. Cependant il me vint à la mémoire que Swedenl)org assurait dans ses éerits que les esprits s’assemblaient souvent en société dans une partie quelconque du corps î Les possessions deLoudim et mille autres faits analogues voudraient faire de cette assertion une espèce de vérité. Je laissai Bruno me débiter à son aise son système, me contentant de toujours le questionner sur les endroits qui me paraissaient obscurs. Je lui dis doue : Expliquez-moi comment cela vous paraît possible? — L’on dit souvent j’ai mal là, j’ai un bouton, une douleur, maux qu’on attribue à un refroidissement ou à autre chose quand ce ne sont, à proprement parler, que des esprits qui s’insinuent chez vous pour y rompre par tous les moyens possibles l’harmonie delà vie, vous créer mille embarras, mille misères pour satisfaire leur penchant au mal et au trouble. Le monde traiterait de folie quelqu’un quidirait qu’un esj)rit, sous la forme d’un vent, d’un bouton, vous donnera des coliques, une inflammation afin de paralyser vos j actions, en vous tenant couché ou enfermé i chez vous dans un moment où il vous serait nécessaire de sortir pour vos afl'aires, qui sou-
vent par un léger retard en apparence en souffrent beaucoup, et quelquefois les plus grands elTets dépendent ainsi des plus petites causes ; on voit autrement la cause ou pour mieux dire on ne la voit pas du tout, et la pauvre espèce humaine se trouve aveuglée par son sot orgueil qui ne voudrait pas descendre à admettre ce que je dis.
19. Vous m’avez dit hier que des esprits sous des formes quelconques s’introduisaient chez nous, pour nous tourmenter à leur gré sous le masque de la maladie; nous sommes donc les plus infimes esclaves de l’univers , il n’est nullement présumable que nous soyons les jouets de tel ou tel esprit selon son caprice? — Ce que je vous ai dit hier est le fruit de mes connaissances dans l’état où je suis, c’est ma conviction, je parle de ce que je vois de mes yeux et je défends à aucun somnambule, ayant les lumières que j’ai, de me démentir.— Comment se fait-il qu’un esprit qui doit avoir une forme quelconque puisse prendre celle d’un petit bouton, d’un vent, etc.; c’est impossible, c’est incomprébensible ! — C’est parce que nous ne pouvons le comprendre qu’ils le font; s’il n’y avait rien de miraculeux dans leurs actions, ils ne nous seraient pas su-
périeiirs; s’ils pouvaient se faire entre eux le mal qu’ils nous font, ils ne nous prendraient pas pour leurs victimes; mais comme ils ne ])euvent se tromper ni s’inlluencer l’un l’autre, ils nous tourmentent, nous, par besoin, et comme je vous ai déjà dit, l’homme, qui par leurs conseils se voue à mal faire, les a])pelle même à son secours, comme il s’en trouve beaucoup; lorsqu’il quitte la terre, il prend la place de celui qui l’a conduit dans ses mauvaises actions, et l’esprit passe dans une sphère où ses pensées de mal ne le suivent pas; voilà comme marche cette épuration de la terre a Dieu. — Vous m’avez cependant dit que les mauvais esprits faisaient le mal par mission, que ce mal était utile, que Dieu n’en punissait pas le coupable : je vois que nous devons bien avoir assez qu’un mauvais esprit prés de nous, sans en avoir comme de la galle. — Je vous ai dit que le mal était utile, c’est vrai, mais pour qu’il s’exécute, il faut qu’il prenne des formes. Ce n’est pas votre bon ange qui donnera les formes au mal ; sa mission à lui, est de donner ou appliquer les formes du bien, c’est donc le mauvais qui est obligé d’appliquer le mal pour satisfaire son besoin de jouir de son travail. S’il n’avait pas le goût d’en agir ainsi, le mal n’existerait pas, alors il peut tirer de lui et nous sus-
ciler UMt; iiuiltitiicle de maux dont chaeiiii i(‘présente un mauvais esprit ou sou action. Le bon fait l’opposé, et c’est ainsi que ce combat perpétuel du bien et du mal ne peut pas Unir, tant que l’homme matériel existera; c’est donc pourquoi je vous ai dit et je vous répète que, tous les anges et les mauvais esprits qui sont sur terre deux par deux prés de nous pour nous guider au bien et au mal, comme on guide un enfant, ont été hommes sur terre; ce n’est que depuis qu’ils l’ont quittée, qu’ils sont ce qu’ils sont, et on peut facilement deviner quel rôle un homme vivant sur terre remplira après l’avoir quittée, rien que par ses inclinations; plus il aura désiré faire du mal , plus il en fera faire quand, à son tour, il sera appelé à conduire, au lieu d’ètre conduit comme il l’était sur terre ; c’est une chaîne qui monte à l’infini dont bien des anneaux nous sont encore cachés. — Vous venez de me dire que les esprits ne pouvaient s’influencer entre eux, comment se fait-il qu’un peu de tisane ou un cataplasme guérissent ce bouton que vous représentez comme un mauvais esprit? — Je vous ai dit qu’ils ne pouvaient s’influencer au spirituel; mais sur terre il n’en est pas de même, vu que c’est de cette influence continuelle que dépend notre vie, et je vous répondi ai cpie le remède
(jue vous ap])liqiicz se Iroiive é(re l’influence (lu I)on sous la forme d’une fleur ou d’une foraine, et c’est ainsi qu’ils s’entre-chassent par des applications de remèdes ou de maux, sous des formes matérielles qu’ils peuvent influencer à leur gré. — Alors tout ce qui existe ne serait donc qu’un composé d’esprits? — Oui, en cela qu’ils peuvent en revêtir toutes les formes, qu’il n’y a rien de mort dans la nature, et que tout ce qui existe est partagé en deux camps, l’un bon, l’autre mauvais, ou je dirais bien autre chose. — Pendant que vous y êtes, dites, ne retenez rien, votre système ne me déplaît pas. — Eh bien, je vous dirai que le bien, que le mal, ne sont l’un et l’autre cequ’ils sont, que parce (pie nous nous trouvons dans des positions où nous ne pouvons en bien apprécier les effets; car, selon la position, le mal est un bien pour l’un, et le bien est un mal pour l’autre; tel on voit le feu qui fait le plus grand bien, quand on a besoin de lui, et qui gène quand on n’en a pas besoin ; non pas (pie je prétende dire par là, qu’un homme (pii se casse la cuisse en ressente du bien ; mais quoique cet accident a nos yeux soit dans la catégorie du mal, le médecin et tous ceux qui vivent du mal d’autrui y trouveut autant de bi('n (pic le jiatient y seul de mal; ainsi,
jugez. — Je juge que vous êtes ingénieux. — Je suis vrai. — Je ne le nie pas. — Je ne dois pas terminer cette séance sans mentionner une révélation à peu près semblable dont je fus témoin dans une société où j’avais été invité pour y voir une somnambule on ne peut pas plus sensible à l’action physique de son magnétiseur. Un monsieur s’approche d’elle, pour la consulter sur une indisposition qu’il ressentait, et je crois en même temps pour savoir quoi penser du somnambulisme. A peine en rapport, elle lui dit : Votre mal n’a rien de dangereux, c’est une inflammation occasionnée ])ar une malheureuse passion que vous avez. — Quelle passion, lui demanda-t-il ? — Vous ne vous formaliserez pas si je vous la cite devant la société ? — Citez, je n’ai rien à me reprocher. — Vous avez trop souvent soif. — Tout le monde se mit à rire h l’exemple du consultant. — Je n’ai pas toujours eu ce défaut, répliqua-t-il. — Je le vois, et j’en vois la cause. - — Quelle est-elle? — U y bien longtemps de cela, vous aimiez passionnément une jeune personne; elle ne vous payait pas de retour parce que vous n’étiez pas disposé à l’épouser, par de bons motifs que vous aviez alors; vous quittâtes le pays où elle demeure, et depuis ce temps elle conçut une telle rage
contre vous, qu’elle vous désira tous les maux possibles ; vous devîntes victime de sa mauvaise intluence. — Qu’entendez -vous par là? — J’entends qu’à dater de ce temps vous avez é(é sous l’empire d’un mauvais esprit, qui a déranp-é votre conduite en allumant chez vous un
feu que vous crûtes toujours éteindre ou calmer en vous livrant à la boisson, et, qui plus est, ces besoins de boire chez vous sont périodiques. — Ce que vous venez de me dire est exact, pour l’aventure et mon défaut; mais je ne peux croire que telle en soit la véritable cause. — Vous voyez bien cependant que je vous dis la vérité sur un point, je ne mens pas plus sur l’autre; mais ne vous en désolez pas, il y a un remède. — Celui de ne plus boire sans doute? — Oh ! vous ne le pourriez pas de vous-même; il n’y a pas de puissance, hors celle que je vais vous enseigner, qui pût vous rendre votre liberté. — Dites-moi quelle est cette puissance ? — Le soir, avant de vous coucher, agenouillez-vous, priez Dieu du fond du cœur de vous délivrer de ce défaut ; puis, relevez-vous, animez votre pensée par le souvenir de ce que je vous dis, tachez de passer à l’exaltation, ensuite élevez les hras, vous figurant que cette jiersonne est présente devant vous, et jetez-lui avec dédain etcolèi cle mauvais Iluide dont vous
êtes imprégiiéf en disant : INîauvais esprit qui m’obsèdes, fuis loin de moi, an nom de Dieu, le seul et l’unique créateur, ton maître et le mien; retourne à la source d’où tu es sorti. Priez votre bon ange de vous aider dans cette opération ; faites cela jusqu’à ce que vous soyez débarrassé, et vous ne tarderez pas à l’être, je vous l’assure. — Comment voulez-vous que le fluide dont vous me parlez aille rejoindre cette femme qui est à plus de cent cinquante lieues d’ici ? — Vous figurant qu’elle est dans votre chambre, près de vous; elle ne sera plus à cent cinquante lieues. — Je ne comprends pas cela. — Agissez sans comprendre et vous verrez.
Le magnétiseur, qui ne croit pas aux esprits, qui prend beaucoup de plaisir à cataleptiser sa somnambule, reprit ses expériences sans faire aucune attention à ce qu’il venait d’entendre. Comme cette révélation se rapprochait trop de celles de Bruno, et de mes autres extatiques, j’en pris note, je crois la mettre à sa place pour arrêter la pensée du lecteur sur ce genre de possession ou d’envoûtement, dont le dernier mot n’est pas dit; il est vrai que c’est élever de nouvelles diflicultés sur le libre ou non libre arbitre, (jui établiraient plutôt ce dernier que le premier. Cependant ce genre d’aliénation des facultés de l’homme ne pour
rait être généralisé, et ce pouvoir de quelques êtres, sur leurs semblables, ne semblerait plutôt qu’un assemblage de deux organisations , dont Tune est destinée à maîtriser ou dominer l’autre pour un temps, et ressemblerait assez à la puissance du magnétisme, qui est nulle devant une organisation qui n’entre pas en rapport avec elle; il serait on ne peut plus malbeureux qu’il en fût autrement; il ne suffirait qu’un vœu d’un ennemi, pour vous réduire dans l’état le plus abject et dépendant; cependant, je le répète, cela est trés-possible.
20. Après un moment de concentration , Bruno voit venir à lui un ange, en costume céleste, robe diaphane, cheveux flottants, physionomie de femme, les jambes nues, les pieds dans des sandales à cothurnes; cet ange enlève Bruno, qui me dit sortir de son corps et s’en aller; après un instant, il dit : J’ai traversé des nuages; mon ange m’a conduit prés de mon père, et m’a laissé seul avec lui. — Que faisait votre père ? — Il lit toujours. — Est-il heureux? — Oui. — Boit-il? mange-t-il? dortil? — Il ne dort, boit et mange, que lorsque cela lui plaît, et non par besoin; s’il a envie d’une poire, d’un fruit quelconque, il en cueille un et le mange ; mais, je vous le répète, ce n’est
pas par besoin, car les esprits n’ont aucuns besoins de ce genre dans le ciel. — Quels usages et occupations ont-ils? — Comme sur terre, ce qui leur plaît le mieux. — Quelles sont leurs connaissances? — Celles qu’il leur plaît d’avoir, ils étudient et savent par eux-mémes ce qu’ils désirent connaître. — Votre père peut-il se tromper? — Non. — Peut-il me répondre à quelques questions ? — Oui. — Est-ce un bon esprit qui est venu dans la séance dernière? — Non, je m’en méfiais; mais ils ont tant de malice, ils s’entourent de tant de précautions qu’on a du mal à les reconnaître. — Qui vous dit, maintenant, que c’est bien votre père qui vous parle? un mauvais esprit peut-il prendre sa forme? — Oui; mais mon père se fera reconnaître en posant sa main sur sa poitrine, signe qu’un mauvais ne pourra prendre, parce que Dieu ne permet qu’aux bons de se servir de ces sortes de signes, qu’un mauvais ne peut prendre : un ange, par exemple, sera reconnu par une étoile, un croissant, un diamant, ou une pierre fine, sans cela on ne saurait jamais si ce sont de bons ou de mauvais esprits.
21. Je vois un ange que je peux à peine fixer. Oh ! c’est un ange de lumière ! — Demandez-lui son nom ? — Il me répond, Ga-
briel; mais je ne peux lui parler, parce (pie lui-même parle à une foule considérable de personnes assemblées autour de lui; il tient deux couronnes (pi’il me montre; elles sont pour nous deux. — Quand nous donnera-t-il ces couronnes? — Dans le ciel. — Nous avons le temps? — Vous en avez moins que vous ne le ])ensez. — Qu’en savez-vous ? — Je le vois. — Comment cela? — On me montre un six très-brillant, qui veut dire six années, puis je vois votre cadavre devant moi privé de vie, ou du moins la vie le quittant. — Piegardez-le moul'ir, c’est sans doute de la poitrine ? — Non, ce sera de la gorge, c’est un mal de côté qui vous montera à la gorge, et vous étranglera, faut-il dire, subitement. — Regardez, et dépeignezmoi cette scène? — Je vois votre âme sous la forme d’une fumée d’encens, qui sort par tous vos pores, prend tout doucement la forme de votre corps, puis vous montez aussi doucement, vous traversez les deux cercles, vous arrivez au troisième; vous recevez la remontrance due à vos fautes de la part de Dieu, vous n’êtes pas assez pur pour rester dans ce cercle qui est le plus divin, vous redescendez pour achever de vous purifier : là, je vous vois recevoir la couronne qu’on vient de me montrer, qui est vei te; vous êtes d’une blancheur éclatante :
votre forme est plus svelte, vos cheveux sont bien lissés, un front découvert, enfin comme tous les esprits, sans perdre la forme de vos traits, ils sont plus délicats et relevés par cette blancheur céleste qui rend tous les esprits si beaux à voir î Vous vous livrez à l’étude des livres; vous avez du papier, de l’enere, vous écrivez, vous avez prés de vous des petits enfants, vu que vous les aimez beaucoup; vous tenez un petit garçon qui vous doit la vie, ou vous appartiendra, vous ne serez pas longtemps sans monter au ciel supérieur; que c’est bizarre! je vous vois au ciel sans cesser de vous apercevoir sur terre! Mort, je ne me rends pas compte de cet extrême anéantissement avec cette extrême vie; vous me paraissez vêtu en blanc comme beaucoup d’autres. — Vous me voyez lire et écrire, puisqu’on a connaissance de tout ce qu’on désire, sans avoir recours à ces moyens, ils me paraissent inutiles! — Je vous ai déjà dit que dans le ciel on n’était pas comme des momies, on y possède les mêmes passions (jue sur terre, surtout celles qui vous rendent le plus heureux possible; alors, vous qui aimez tant l’étude, vous vous y livrez, vous i écrivez vos réllexions; mais, vous devez lepentser, sur des sujets autrement graves et curieux !(pie sur terre ; ce sont de vi-ais écrits, (piand
sur terre ce ne sont ffuc des romans, des vélilles; vous connaîtrez autantque vous désirerez, et vous ne manquerez pas de désirer. — Quand mon ?ime est sortie de mon corps, vous a-t-elle paru former un corps par tous ses or- ."anes semblable au mien 1 — Je viens de vous dire que cela se dessinait bien, mais devenait plus prononcé lorsqu’elle s'élevait, et qu’enfin rendue au lieu de sa résidence, elle était en tout semblable au corps, à part la délicatesse des traits et la blancheur de la peau. Dans le cercle où vous serez, vous aurez le pouvoir de visiter la terre.
21 bis. Mon guide est près de moi, avezvous des questions à lui adresser? — Votre guide peut-il voir la matière? — Oui. — Les autres esprits répondent le contraire ! — C’est qu’ils n’en ont pas le pouvoir, le mien peut la voir. Comment voudriez-vous que, si certains esprits ne pussent voir la matière, qu’ils fissent des apports, qu’ils causassent des obsessions, qu’ils bouleversassent des meubles et toutes choses matérielles. Pour frapper un coup sur cette commode, il faut la voir ; pour agiter cette sonnette, il faut la voir, en toucher le cordon; j)our renverser ce vase, il faut savoir où il est posé; pour apporter une lettre ou autre chose,
il faut le tenir. Mon guide dit qu’il peut voir selon son désir les objets matériels. — Lequel de la matière ou de l’esprit est sensible? — C’est l’esprit qui rend la matière sensible et la soutient. — Si l’esprit soutient la matière, pourquoi un amputé qui doit avoir une jambe spirituelle (puisque l’âme est en tout semblable au corps, dites-vous), pourquoi cet homme at-il besoin d’une jambe de bois ? — Un amputé a une jambe spirituelle qu’aucune puissance au monde ne peut séparer de son corps; mais cette jambe n’ayant plus les organes matériels dans lesquels elle fonctionnait, elle ne peut, pas plus qu’un ouvrier sans outils, faire une chose où ils sont nécessaires. — Si c’est la matière animée par l’esprit qui souffre ou est sensible, pourquoi ce même amputé souffre-t-il parfois, comme s’il avait sa jambe matérielle, c’est donc que l’esprit peut souffrir seul? — Je vois de ce moment un amputé, j’a- I perçois sa jambe spirituelle qui est beaucoup plus blanche que l’autre, je vous l’assure, quoique je voie également la jambe de bois, qui le soutient, et mon guide me fait voir que la soulTrance que cet homme éprouve ne doit cette sensibilité qu’à son alliance avec le corps matériel, elle se trouve sujette à toutes les sensations de cette jambe matérielle dont elle est
le prolongement; mais cette sensibilité pénible ne peut exister, lorsque le corps périssable sera totalement séparé de l ame. — Pourriezvous me dire comment les convulsionnaires du xviii*^ siècle, qui étaient soumises à des épreuves auxquelles les métaux ne résistent pas, pouvaient ne pas être broyées par ces expériences?
— Tout cela s’opérait par la volonté et la puissance de Dieu, et vous le savez, rien ne lui est impossible, l’esprit se retirait de ces corps; ce qui les rendait insensibles, et alors Dieu les soutenait dans ces cruelles expériences; il nous est impossible de comprendre ce miracle. — L’esprit de Dieu se prêtait donc à de semblables comédies ? — Je n’ai pas à répondre à votre question. Dieu n’est pas un acteur que nous puissions siffler ou applaudir!!!
22. Demandez à votre guide si au ciel on est réuni à la femme qu’on a aimée sur terre ?
— Pas toujours ; on est réuni à la femme qui a été créée à votre image, ayant les mêmes affections, besoins et goûts que vous. — Qu’entendez-vous par là, l’épouse de la terre ne serait pas l’épouse du ciel ? — Non; au ciel, comme je vous l’ai dit , on ne peut rien se cacher, se dis- i simuler, chacun peut lire dans votre cœur et | connaître vos vraies affections; sur terre, c’est l
bien diiïerent, le eorps matériel cache les défauts de lame; on se croit sympathiques run l’autre; on s’assemble, et sitôt la passion brutale assouvie , que le corps n’a plus aucun besoin, on reprend sa liberté d’agir, de penser; on ne dissimule plus, et l’on s’aperçoit trop tard qu’on devrait être à cent lieues l’un de l’autre, loin d’être dans le même lit. Comme chacun emporte au ciel ses affections terrestres , qu on n’en peut faire le sacrifice à personne, et qu’au contraire on peut les satisfaire, on ne se recherche plus pour se contrarier, on se recherche pour jouir ! alors la femme que vous avez connue sur terre ne vous offrant pas ce que vous recherchez. Dieu vous en donne une autre qui est la moitié de vous-même. — Vous semhlez expliquer par là, commela Bihle, que l’homme aurait été créé mâle et femelle. Un corps matériel renfermerait-il deux corps, qui se dédoubleraient à la mort? — Non; il n’en est pas ainsi, l’homme a été créé mâle et femelle; mais non androgyne, ni deux corps 1 un dans l’autre, comme vous dites, mais bien séparément, c’est-â-dire il naît double et vit séparément. Chaque être a son complément i qui l’attend au ciel. — Je ne comprends pas cette explication? — Je vous dis que tout être qui naît est double, soit femme, soit homme;
qu’on se retrouve au ciel, quand bien même on ne se serait pas rencontré sur terre. — Alors, selon vous, sur terre on serait disjoint? — Oui; pour mieux vous faire comprendre, mon guide me présente en tableau comment cela se fait; je vois devant moi plusieurs femmes, dont la première enceinte met au monde un garçon qui se dédouble à 1 instant, en me laissant voir une petite fille qui sort de lui, qui lui ressemble en tout, et elle rentre comme un germe dans le corps de la seconde femme pour
Ce sera cette petite fille qui sera le complément ou l’épouse du petit garçon , duquel elle est sortie et qu’on prendrait plutôt pour son petit frère jumeau ; .ils se rejoindront au ciel , n’importe en quels temps et en quels lieux ils soient nés, parce que mon guide me dit que la petite fille, qui est la moitié du petit garçon, peut, selon l’ordre et la volonté de Dieu, ne pas être couvée de suite ni dans le même pays, sans cela on se retrouverait le même jour au ciel ; mais quoiqu’elle naisse en d’autres temps, elle n’en rejoindra pas moins sa moitié ])our la compléter et vivre avec elle d’une union aussi sainte que pure ; quand cette seconde moitié naîtra, elle fera le même dédoublement que la première, et il sortira d’elle un garçon qui, lui,
ne pourra être comj)lélé (jue lorsqu’il sortira de lui une moitié de la meme manière, qui sera une petite fille, et ainsi à l’infini. Comprenezvous maintenant? je vous explique là le mystère de notre apparition sur terre qui vous est dévoilé. — Je vous en remercie; s’il en est ainsi, Dieu est infiniment bon! — Pouvez-vous comprendre la bonté de Dieu dans votre malbeureux état d’ignorance? que diraient les savants d’un tel mystère, qu’ils prendraient pour un système, eux qui en ont tant fait et qui en feront tant, s’ils voyaient comme moi qu’il n’y a pas d’unité simple possible, que tout est par couple; chaque chose à l’infini possède deux moitiés, deux côtés, l’union des deux fait le bonheur, l’éloignement fait le malheur. — Ainsi vous croyez que chaque être a une moitié de lui-même dédoublée à l’infini? — Oui. — Vous croyez que la première moitié rejoint ou attend la seconde? — Oui. — Que c’est lorsqu’ils se retrouvent au ciel, que le bonheur est vrai, et l’union éternelle? — Oui; je n’aurais et ne pourrais croire cela dans mon état ordinaire, parce que c’est une vérité, et que nous n’acceptons que les erreurs.
Voici une révélation que je ne peux appuyer d’aucune réflexion; si elle n’est pas vraie, elle est au moins cousolanfe.
‘^3. Je demandais l’autre jour, par l’entremise de ma somnambule Adèle, à l’esprit Mallet, s’il y avait des villes au ciel comme sur terre ; il dit ne pas le savoir. Votre guide peutil vous le dire ? — Oui , il y a des villes au ciel, pour celui qui désire habiter des villes. Si M. Mallet ne vous a pas répondu clairement, c’est qu’il n’entre pas dans ses goûts d’étudier et de fréquenter les villes. — M. Mallet paraît gêné dans ses réponses, je ne sais pourquoi? — Parce que vous lui demandez des choses qu’il ne lui est pas permis de vous faire connaître, et d’autres qu’il ne connaît pas. Je vous ai déjà dit qu’un esprit au ciel ne savait que ce qu’il désirait savoir,* il fait consister son bonheur dans la connaissance d’une chose , peu lui importent les autres. — Cependant tous les esprits devraient voir des villes , des groupes de maisons et de gens, puisqu’ils sont dans des lieux habités comme sur terre ? — Les esprits ne voient que ce qu’ils veulent voir; s’ils se plaisent dans une maison, ils ne voient qu’elle; s’ils se plaisent dans une ville, ils voient une ville, de même une campagne, des jardins, des lieux j)ublics et de réunion; s’ils veulent voyager, ils voyagent : il y a de tout au ciel , et il n’y a rien. — Comment rien! je ne comprends |)as que quelque chose soit rien. — Je
ic comprends Lien, moi; ce sont des images, des apparences; ce sont des arbres, meubles, effets et rien, puisque le désir expiré, tout cela est disparu, il n’en reste plus rien : ce sont des images appropriées par la bonté de Dieu à la nature des êtres. — Est- ce bien votre guide qui vous répond ces choses ; vous me répondez si vite que j’en doute fort? — Je vous réponds plus vite que je ne le ferais, si ce n’était pas mon guide qui le fasse à ma place. — Votre guide est donc dans vous ? — Je vous ai déjà dit qu’un esprit peut être dans moi, parler par ma bouche, sans que je sache comment; mes lèvres remuent malgré moi, et j’articule des mots brièvement, quelquefois j’entends à côté de moi. Souvent j’attends les réponses, quelquefois je ne les obtiens pas; mais du moment mon guide n’est pas positivement en moi, il est peut-être à cinq cents lieues; je communique avec lui par un fd sympathique, une espèce de rayon ; je me regarde , pour mieux m’exprimer, comme le porte-voix dans lequel il parle à distance. — C’est très-surprenant que vous entendiez ainsi et que vous fonctionniez par l’effet de ce fil sympathique. — Tout vous paraît étonnant; mais il n’en est pas de même pour moi , un esprit pourrait me parler du bout de l’iinivers, si l’univers avait un bout;
il n’y a pas de distance pour nous. Ce qui vous étonnera davantage, c’est qu’un esprit peut parler à plusieurs personnes à la fois, quoique en différents lieux, et leur apparaître à la fois ; mais sachez que fort souvent ce n’est que son image, une espèce de dédoublement de sa personne , qui peut prendre toutes les formes, les costumes; se trouver à différentes places, sans quitter celle qu’il occupe au ciel. Mon guide n’a pas que moi auquel il répond; il en a bien d’autres sous son influence. — La science de laquelle nous parlons, lui plaît donc pour qu’il y réponde ainsi ? — C’est sa spécialité. — J’adresse de nouvelles questions auxquelles il m’est répondu : on ne peut répondre à ces questions, ce qui vous est dévoilé par d’autres somnambules l’est par le secours d’esprits que Dieu charge de vous instruire; les esprits ne se nuisent pas entre eux, et ne peuvent pas toujours répondre à ce qui leur est demandé; moi je vous communique telle lumière, un autre fait de même d’un autre sens, vous n’avez pas à vous plaindre, vous savez bien des choses cachées.
J’ai été étonné un moment de savoir qu’im esprit peut être en différents lieux à la fois et parler à plusieurs personnes; mais la réflexion m’a confirmé ce fait, prenant toujours pour
point (Je dépai't et connue preuves iiialériell(‘S ce tpie nous voyons faire aux somnamJjules sur terre pour lesquels il n’y a pas de distances; ils pourraient donc, s’ils se trouvaient dans cetélat, à la fois voir au même instant un lieu ou une personne désignée, parler avec elle et donner des renseignements semblables. Un esprit pour ces voyants ressemble à un orateur sur lequel tous les regards sont portés, quoique partant de différents points, et de même toutes les intelligences recueillant à la fois la parole qui n’est qu’une pour celui qui la prononce et qui est mille fois une pour les mille et une personnes qui l’ont recueillie. Un autre point peut aussi s’éclaircir ; c’est l’image ou le dédoublement de riiomme et de la chose. Nous avons encore des preuves matérielles de ces faits dans les expériences magnétiques , où l’image d’une chose reste empreinte à la place où elle a posé. M. Teste cite à cet égard une curieuse expérience dans le journal qu’il a fait paraître dans le temps : Une somnambule entre dans une pièce et s’écrie : Quelle jolie petite fdle est assise sur cette chaise ! Sur cette exclamation M. Teste lui fait observer qu’elle se trompe et qu’il n’y a pas de petite fille : loin de se rendre à cette déclaration, elleen voit une sur cbaquecbaise, et il y en avait six. M. Teste ne pouvant se rendre coiiq)le
(le celle hallucination, se contenta de recueillir les détails exacts de riiahiileinentde ces petites filles et reconnut (ju’une petite fille exactement semblable avait joué un moment avant que la somnambule entrcàt dans cette pièce, et avait sauté sur les six chaises l’iine après l’autre en s’y asseyant; cette vision à elle seule prouverait cette (espèce d(î dédoublement ou d’image si nous n’en possédions pas de semblables tous les jours. Il n’est pas de magnétiseur qui n’ait dans les vues à distances de ses voyants découvert une multitude d’erreurs entourées d’une grande quantité de vérités; sans chercher à en expliquer la cause on passe dessus, en ne les citant pas, quand au contraire il y a souvent de (|uoi satisfaire amplement la curiosité. Un voyant dit : Je vois dans cette chambre une commode, un secrétaire, qui n’y sont pas; vous criez à l’erreur, k la mauvaise lucidité, sans vous rendre compte de l’état dans lequel est ce voyant, ni s’il n’y a pas eu précédemment dans cette pièce les meubles qu’il désigne et qui n’y sont plus. J’ai fait ce genre d’expérience et de recherches, j’ai reconnu souvent que l’image des objets matériels posés à un endroit y restait des temps très-longs. Chacun sera à même de véi ifier le fait et par la rectifier son jujjemcnt sur les erreurs prétendues
des lucides. 11 y a même une autre influence qui jette également dans l’erreur, c’est la prévision. Un somnambule peut voir comme présents à cet endroit une maison, un jardin qui n’y sont pas, qu’il n’est pas probable même qu’ils y seront, et cependant le lieu, l’objet existent pour le voyant et existeront un jour dans tous les détails donnés et prévus.
La troisième révélation dans cette séance est qu’au ciel ce ne sont que des espèces d’images. Je ne peux encore me prononcer à cet égard sans déplus amples renseignements ; déjà sur terre l’esprit a l’assurance de croire créer ce qu’il lui plaît, création inappréciée par nos sens, mais qui paraît très-réelle pour l’esprit dans l’état de somnambulisme. 11 n’est personne qui ne se soit assuré de la soi-disant réalité de cette création; que l’on consulte à ce sujet les expériences de magie de M. le baron du Potet; cette puissance créatrice qui n’appartient qu’à Dieu, que l’homme tire du monde type, peut atteindre un tel degré de force que la ma tiére se trouve dépendante et paralysée par elle. Toute l’harmonie de ses lois se trouve anéantie par les faits d’attraction et de suspension. 11 ne faudrait pas nier qu’un extatique puisse se tenir matériellemeTit debout sur un tabouret créé spirituellement.
Cos faits, sans dire qu’au ciel les objets qui nous entourent sont les enfantements de notre désir, ne tendent rien moins qu’à le prouver; quand au contraire étant alors de la nature du monde des causes nous pouvons en disposer li notre profit, nageant dans cette atmos{)hère d’images, elles se groupent autour de nous, selon la pensée divine qui y préside, pour satisfaire à nos besoins par lesquels elles se trouvent dominées ou appelées.
24. Puisqu’un esprit peut s’introduire dans notre corps et nous faire parler malgré nous, peut-il nous faire agir aussi ? — Oui. — Cette demande que je vous fais se rattache aux possessions ; les possédés ont tous assuré ce que vous avancez. — C’est une vérité à laquelle dans mon état ordinaire je ne voudrais jamais croire, et j’y crois maintenant parce que je le sens et en ai la conviction. — Dans cette espèce de possession, puisqu’ils peuvent se servir de notre corps pour lui faire opérer ce qu’ils désirent, peuvent-ils influencer sur l’acte de la génération? — Un esprit ne peut faire l’enfant ; mais il peut influencer l’acte de le faire en s’insinuant dans les parties propres à la génération et en diriger l’action par la volonté de Dieu ; mais il n’en peut avoir le plaisir, il n’est
que le conducteur du travail et vous vous êtes l’ouvrier. Voilà dans quels cas cela se fait : Un homme tel que Napoléon, tout autre guerrier ou savant, n importe, se trouve destiné par Dieu pour naître au monde matériel et y accomplir de grandes choses; il est alors remis par Dieu sous la garde d’esprits qui sont chargés de protéger sa naissance, sa vie, ses actions. Les père et mère ne sont que les machines destinées également à coopérer matériellement à ce qui est arrêté spirituellement; alors il y a dans ce cas un esprit spécialement chargé de présider à l’introduction de cet enfant dans la femme ; il en dirige l’action, purifie en quelque sorte la semence, la dégage des actions qui contrarieraient celles qu’il doit accomplir, et j’ose dire qu’il bénit ce germe ou semence pour qu’elle arrive à bien. — Alors un mauvais esprit pourrait faire le contraire et influencer en mal le germe naissant? — Oui, c’est même utile; mais Dieu ne laisse jamais naître un tel être sans placer près de lui un bon guide pour contre-balancer le mauvais. — Si je vous ai demandé si un esprit pouvait enfanter de lui-même, c’est que cette question a été très-agitée dans le temps par les I théologiens, ils avaient même décidé que des I es[)rits appelés incubes et succubes s’unis-
saient avec nous pendant noire sommeil et pouvaient engendrer sans le secours d’un être matériel. Ainsi des femmes, des jeunes filles se sont dites enceintes de cette manière sans avoir habité avec les hommes. — Toutes ces choses sont des erreurs, un esprit ne peut que dans les circonstances que je vous ai fait connaître, manifester son influence sur la formation, la vie de l’être commis à sa garde par Dieu ; jamais un esprit ne pourra engendrer un être matériel sans qu’un être matériel ne lui prête ses organes.
25. Dans la dernière séance, vous m’avez dit que votre guide pouvait vous parler à cinq cents lieues de distance , celte révélation m’a un moment étonné; mais devant les expériences journalières du somnambulisme , par les communications à distance qui ont lieu, je me suis rendu à celte vérité , qu’il n’y a pas de distance appréciable pour les esprits. Je reviens sur d’autres révélations que vous m’avez faites; vous m’avez dit qu’au ciel il y a des villes, des lieux selon le désir de l’esprit de chacun ; vous m’avez dit aussi qu’on ne voyait que l’objet désiré, ce qui me ferait penser que ce serait un effet de la création de l’esprit, et non des lieux existant éternellement. — Ce sont des
lieux qui existent éternellement; mais la faeilité qu’on a de communiquer avec eux, la même facilité qu’on a de ne plus les voir ferait penser qu’ils n’existent pas réellement comme les objets terrestres. Je vais vous en donner un exemple. Je suis prés de vous, dans un lieu quelconque au ciel ; je désire être dans une plaine, un jardin ou une maison, je me trouve et vois ce que je veux, sans remuer de place si tel est mon désir; vous faites les mêmes vœux que moi, mais vous désirez être dans une église, un bal ou autre lieu, vous y êtes, sans cependant m’avoir quitté d’un instant ; c’est ce qui fait qu’à la place d’une bibliothèque, un autre désirera voir un tableau, ces deux choses existent ensemble visibles aux deux désirs et à la même place. Ainsi vous voyez que c’est un mystère bien incompréhensible que les hommes nieront et qui est une très-grande vérité. — La description que vous me faites me ferait douter qu’il y eût quelque chose de réel au ciel. — Tout ce qui y est, est plus réel que sur terre, où tout périt ou change de forme.
I Quant au ciel, tous ces objets sont impérissables et font votre joie éternelle. Seulement , que n’étant pas soumis aux mêmes lois que la matière, il n’est pas utile d’abattre une maison pour en bâtir une autre à sa place; elle se
trouve disparue et une autre la remplace ; quoique disparue, elle n’en existe pas moins , parce qu’elle ne peut être détruite; mais, comme je vous le répété, elle n’olTre aucune difliculté pour en laisser voir une autre à sa place. — Alors au ciel chacun, selon son aftection, doit bâtir des villes, des temples, des palais, sans doute ? — Non; les désirs que les esprits ont leur sont communiqués par Dieu, qui est le seul et grand architecte. L’homme croit faire à lui seul ces choses , quand il ne fait que de les désirer; mais les villes y sont uniformes, les palais plus beaux cent fois que tout ce que la conception humaine pourrait enfanter et croire ; et tout cela est approprié aux goûts et besoins des sociétés qui les habitent. Il y a tant d’harmonie entre vos goûts spirituels, que vous ne sauriez désirer ce qu’un autre esprit ne voudrait pas, surtout, remarquez-le bien, si cet esprit était membre de votre société, qui serait en quelque sorte une fibre de votre corps ; car les esprits ne peuvent s’influencer, et où ils prévoient que ne règne pas ce qu’ils désirent, ils ne s’associent pas à ces lieux. On s’assemble pour y exercer des usages, qui ne sont que des ])laisirs, et non des besoins; on s’isole de même si on le veut. — Si je veux composer un livre et qu’il soit lu, quel moyen puis-je employer
j)Our satisfaire ce désir? — Vous composez votre livre, vous désirez en posséder cinq cents exemplaires , vous les possédez ; vous désirez les donner, annoncer ou vendre, tout cela s’exécute comme sur terre , toujours avec la différence que cela procure du bonheur et non de l’embarras comme sur terre; vous possédez éternellement cet ouvrage, si telle est votre volonté. On peut expliquer la vie spirituelle par ce peu de mots : Vous ne désirez que ce qui vous est agréable de posséder, et la bonté de Dieu vous satisfait à l’instant. — Mais si je désirais le bien de mon voisin? — On ne peut désirer au ciel que ce qu’on peut obtenir; on n’entre pas au ciel avec des pensées de vol, de trouble, de mensonge; toutes ces pensées sont du domaine de la terre , et ne peuvent nous suivre en haut. — Vous m’avez dit aussi qu’un esprit pouvait apparaître en plusieurs lieux à la fois , comment cela se fait-il ? — Ce ne sont que des images de l’esprit qui apparaissent; il peut en avoir autant qu’il veut et les envoyer vers nous. — C’est bien ; mais ces images parlent-elles ? — Oui. — Ce sont donc autant d’individus? — Non , c’est toujours le même. — Toutes ces images, dites-vous, apparaissant dans différents lieux à la fois, et répondant à des questions différentes, feraient supposer des
masses d’esprits au lieu d’un. — C’est assez difficile de vous expliquer ce mystère; mais je vais tâcher de le faire pour votre instruction. L’esprit qui me dirige, et qui est au ciel, peut tirer de lui, à l’infini, par une espèce de rayonnement, une multitude de fils qui s’étendent et servent de rapports avec ceux qui désirent correspondre avec lui. L’esprit peut à chaque fil donner la ressemblance et le son de sa parole , quoique entre esprits on parle peu , la pensée est le seul lien de communication; alors il peut au même instant envoyer sa pensée, qui répond aux questions de ceux qui sont en rapport avec lui, par le moyen de ces fils sympathiques; il n’est qu’un , se multipliant, selon le besoin , à l’infini, et il est vu par tous â la fois, comme toute une assemblée au théâtre voit un acteur. On le croit en cent lieux à la fois, quand ce sont au contraire cent esprits qui sont en état de le voir qui l’aperçoivent au lieu où il est; mais son image peut de même remplir cet office, ce qui vous ferait croire à l’existence de cent individus. Cette image procédant de lui est en rapport avec ses pensées, et peut, comme lui, les représenter, car les pensées sont inaltérables. Je suis fatigué.
Cette séance fut la dernière que me donna
Bruno. Son résumé se rapporte aux observations que j’ai faites à la suite de la vingt-troisième séance, qui sont que l’image peut rester empreinte à un endroit où l’objet a séjourné, ce qui prouve matériellement que les esprits peuvent posséder le pouvoir de se dédoubler mieux que les objets matériels ne le font. On ne peut expliquer ces phénomènes ; mais on ne peut les nier. Comme je veux me renfermer dans les limites que je me suis imposées , de ne rien emprunter aux livres que j’ai lus , et auxquels on ne croirait pas plus qu’à ma parole, je ne cite pas de ces preuves qui cependant sont très-curieuses et instructives. Qu’il me suflise de recommander au lecteur d’expérimenter, par lui, sur tous ces faits et les suivants , qui ne sont pas moins curieux. On ne voit bien que par ses yeux , on ne comprend que son propre jugement. Je verrai si par la suite je puis donner quelques éclaircissements sur ces révélations.
J’ai regretté Bruno ; mais j’en ai été bien consolé par l’extatique Adèle, qui paraîtra en son temps et lieu, pour dévoiler autant qu’il est désirable aux yeux des studieux la preuve de l'existence de l’homme après sa séparation de la matière. En attendant, je vais la faire précéder de quelques extatiques, qui m’ont donné
des preuves non moins évidentes de ce que je me propose de démontrer aux hommes. Je répète que ces vingt-cinq séances qu’on a lues sont le résumé le plus curieux pris dans une bien plus grande quantité de sommeils. J’ai détaché tout ce qui était détails, pour rendre plus intéressant ce genre de lecture et de méditation, sans dénaturer en rien le sens des réponses. Que le lecteur ne s’ennuie pas après les apparitions, je ne peux entraver la marche que je me suis proposée dans cet ouvrage. Pour ne rien embrouiller, classons chaque chose à sa place; ce livre n’est pas un roman, il mérite un peu d’attention et de patience.