‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 2)Chapitre 29 sur 42 · LE CENTENAIRE · texte numérisé non relu

LE CENTENAIRE

Le père Ambroise, doyen de son département, jouit, dit-on, à sa centième année, de toute la fraîcheur d'une mémoire de quinze ans, de toute la lucidité d'appréciation d'un homme de cinquante ans, et de toute la rectitude de jugement des plus sages philosophes. Aussi, les jeunes gens ainsi que

les vieillards aiment-ils à l'interroger et lui demander des conseils. Un jeune homme du monde, un savant d'Acadérçjie, un suffisant de théâtre le questionnait un jour à peu près dans ces termes, et le centenaire lui répondit ainsi que suit.

D. Eh bien , noble vieillard, vous qui avez tant vécu, qui avez vu tant de générations disparaître sous vos pas, qui avez formé sans doute tant d'espoir et subi tant de déceptions, que pensezvous de l'existence humaine ?

R. Peu de chose.

D. Peu de chose n'est pas une réponse à ma question.

R. Ma réponse est applicable à votre demande.

D. Cela est vrai ; on m'a dit que vous pensiez beaucoup et que vous parliez très-peu. On se fatigue de tout dans la vie. Je me contenterai de votre laconisme, et je vous soumets à nouveau ma question. Que pensez-vous de l'existence terrestre, de ses frivolités et de ses sagesses ?

R. Ses frivolités sont ses réalités, ses sagesses sont ses erreurs.

D. Votre appréciation est sévère, mais on ne doit plus aimer ce qu'on quitte ; donc, ne parlons plus de la vie, mais des combinaisons humaines. Que pensez-vous des religions en général ?

R. Les religions sont plus des aspirations d'or-

gueil et des déceptions d'ignorance que des marquesd'une respectueuse reconnaissance et de digne savoir.

D. Que pensez-vous des gouvernements en général?

B. Qu'ils sont dignes des gouvernés.

D. Et des lois sociales, qu'en pensez-vous ?

R. Qu'elles ne peuvent soumettre les passions ni dominer la puissance de l'or.

D. Les sciences, les arts, comment les appréciez-vous ?

R. Comme des stimulants d'amours et d'appétits orgueilleux.

D. Des alliances internationales, qu'en pensezvous?

R. Qu'elles sont des utopies.

D. Les alliances sociales le sont-elles également?

R. Non, puisqu'elles sont la base du chacun pour soi.

D. Et celles de la famille, sont-elles plus dignes?

R. Dignes d'être revues et corrigées.

D. On m'a dit que vous aviez étudié presque toutes les hautes questions de l'esprit humain ; que vous aviez visité presque toutes les capitales du monde, eu des rapports avec les meilleures écoles de votre temps. Pouvez-vous me dire ce que vous pensez de la cosmogonie ?

R. Qu'elle est un abtme pour l'esprit humain, une source de suppositions, d'affirmations et de contradictions ; ses solutions seront toujours entachées d'ignorance.

D. Et de l'astrologie, qu'en dites-vous ?

R. Qu'elle est le fruit des premières recherches de l'humanité? Aspirant sans cesse après des choses hors leur domaine, les hommes ont dû penser les avoir laissées en route; aussi, les recherchèrentils du regard et de la pensée vers lescieux. Chacun crut voir dans le point lumineux céleste de son choix sa première ou sa dernière demeure, et ne désira autre chose que d'entretenir une suite de rapports avec ces premiers domaines, de ses exister. L'homme, s'appropriant un astre pour berceau, doit trouver bien restreint ses droits au tombeau! L'astrologie, pour moi, est la science du calendrier terrestre; telle planète, telle étoile, telle comète même peuvent bien être perçues dans tel horizon tel jour, sans pour cela dire à l'homme autre chose qu'elles marchent comme lui avec régularité vers des étapes inconnues, étapes arrêtées de toute l'éternité par le grand géographe de l'univers.

D. Mais ont-elles quelque puissance de rapport avec notre globe et l'homme en particulier?

R. Comment voulez-vous nier ces rapports dans le grand rapport des contiguïtés de la nature? Si

ces rapports cessaient une seconde, ils ne seraient plus ; mais leur perception, à des dates reconnues, n'est autre, pour l'homme, que des avant-coureurs d'autres dates qui le concernent, dates qui ne peuvent faire autrement que de correspondre, puisqu'elles sont la continuité des grandes 'évolutions astrales et humaines. Le pied de l'homme est trop près du globe qu'il foule de son poids pour ne pas être lié par des rapports de contiguïté et de répercussions, vibratoires aux agitations internes et externes des globes ! L'étude de l'astrologie, c'est l'extension du point vers les circonférences du cercle, c'est planer par la pensée dans le domaine des domaines. Croyez-moi, enfant d'un jour, regardez mieux vos langes terrestres avant de déployer vos ailes célestes vers d'aussi vastes régions!..

D. Et l'astronomie, qu'en pensez-vous?

R. Qu'elle est la sœur cadette de l'astrologie. Ce que les hommes n'ont pu définir dans la première, ils l'ont pointé dans la deuxième. L'astronomie détache les regards de l'homme de la terre et l'invite à chercher au delà le régulateur de si grandes choses. Cette étude renferme ses erreurs comme la première; l'existence de l'homme est trop courte pour résoudre ces questions ; aux astres seuls appartient de connaître la généalogie et les intimités de leur famille.

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D. Comment jugez-vous la métaphysique ?

R. Comme une science de l'âme et non une science du corps. Pour se livrer à son étude, il faut se détacher de la boue terrestre, des appétits des sens, et rentrer dans l'interne des choses ; le langage matériel n'est d'aucun secours à ses démonstrations; la méditation est seule son domaine.

D. Et la physique, qu'en pensez-vous?

R. Qu'elle est le palper des choses terrestres, le point d'appui, la sécurité de l'état matériel ; elle est l'infini de l'œuvre humaine.

D. L'histoire naturelle vous semble- t-elle nécessaire au bonheur de l'homme?

R. Elle est plus que nécessaire à son bonheur; elle en est le contenant et la vibration ; étudier l'œuvre de Dieu est toute la religion de rame, est l'alliance la plus désirable des choses de ce monde, est l'admiration la plus justifiable de leurs beautés et l'amour le plus absolu de tout cœur en état de gratitude.

D. Que pensez-vous de la chimie ?

R. Oh ! j'en pense trop de choses pour répondre à votre question. La chimie est le foyer de toute force et de toute manifestation ; voilà ce que j'en peux dire?

D. La mécanique vous a beaucoup plu, dans votre temps, m'a-t-on dit ?

R. Oui, j'ai pris ma part dans les combinaisons

infinies du levier. Quand la mécanique sera à la chimie et non fiancée, comme elle lui ett simplement de nos jours, elle sera digne de JVprît humain; elle sera la vie de son œuvre; par die l'homme pourra espérer sa petite part de divinité.

D. Je sais que vous avez étudié également l'alchimie?

R. Oui, et je l'étudié encore.

D. Est ce que vous croyez à nés miracles?

R. Je crois aux choses naturelles et je lai««e les miracles aux aveugles; l'alchimie a ses lois restreintes à son domaine et non quoi que ce soit an delà. Je ne nie pas les corps glorieux des philosophes hermétiques ; mais je m'en tiens à leur corps matériel. Certaines combinaisons chimiques peuvent faire espérer des résultats non étudiés sans faire espérer tous résultats. La plus simple notion sur les manipulations chimiques doit laisser l'étudiant dans le doute et non dans la négation. La simple action des affinités galvaniques et photographiques doit inviter les hommes au silence sur la transmutation métallique. La simple action des excitants médicinaux doit tenir en suspens tout jugement sur les propulseurs vitaux de l'exister matériel de l'homme; la question seule de l'immortalité terrestre exige d'être suspendue jusqu'à plus ample démonstration.

D. Ayant fréquenté les meilleures écoles philosophico-religieuses de votre temps, ayant étudié les meilleurs philosophes de l'antiquilé, à quelle proposition vous étes-vous rattaché, par exemple, en religion?

R. À respecter Dieu par mes actes et à l'aimer par mon cœur.

D. Vous n'appartenez donc à aucun culte ?

R. J'appartiens au culte de la vérité.

D. La vérité a droit à ses autels comme l'erreur a les siens.

R. Tout autel demande des ministres, et des ministres savent trop garder pour eux ce qui est destiné à tous, par conséquent, la vérité dans tous les cœurs est mieux placée que sur tousles autels. Diea est dans toutes les parties de son œuvre ; son amour pour toutes ces parties n'est jamais en retard de l'appel qui lui est fait. Je laisse aux intelligences en sommeil le soin de faire faire par autrui ce qu'elles ne peuvent faire elles-mêmes. 'Tant que vous verrez l'autel desservi par le prêtre, ne croyez qu'à l'enfance humaine.

Alp. Cahagnbt.

(La suite au prochain numéro.)

Paris. — Imp. de L. Guérin, rue du PetH-Carreau, 36.

ÉTUDES SPIRITUALITES.

▼ne A dtetenee, IMasfte, llfaléaee», Y«U. — Lu«|<fo Adèle ftfaginot.

11 nous arrive souvent de nous trouver consultés par de pauvres gens de la campagne, chez lesquels ia croyance à la magie, aux maléfices, aux ensorcellements, etc., est plus répandue qu'on ne pense, et ne peut pas être facilement combattue. Il est vrai que parmi eux, comme dans tous groupes d'hommes, il y a le lot des esprits faibles, crédules, craintifs, qui s'émotionnent de peu de choses, et le lot des esprits forts, menteurs et méchants; ces derniers sont toujours prêts à imposer leur vouloir, et les premiers toujours prêts à l'accepter. Qu'une simple résistance de ceux-ci vienne à se manifester de leur part, ceux-là promettent monts et merveilles par la menace, ce qui jette le trouble dans l'esprit faible, qui craint à chaque instant de sentir sur ses talons son ennemi, duquel il double le savoir et les forces. Il le dit savant parce qu'il l'a vu lire dans le Dragon rouge ou le Grand Albert. Il ledit aidé du diable parce qu'il Ta rencontré une nuit dans le bois voisin, revenant comme lui sans doute de quelque pays des alentours ; mais il se garde bien de lui prêter le projet d'autres affaires que celles tout juste de venir pactiser avec le démon ; d'ailleurs il a vu

chez lai des herbes, des pommades, des fioles qu'il ne connaît pas? ses animaux sont toujours bien portants* ses moissons riches, ses affaires prospèrent en toutes choses; et lui, ses bestiaux sont malingres ou meurent, ses moissons sont faibles ou nulles, son personnel est souffreteux et craintif, ses greniers «ont pleins de souris et de rats ; des bruits se font entendre la nuit, et mille histoires fantastiques font suite à ces appréciations. Ces braves gens se disent lçs uns aux qutresque nous les avons dépossédés, que nous sommes un grand savant, contre lequel lep plus malins de leurs contrées ne peuvent lutter ; aussi nous abordent-ils de l'air le plus respectueux du monde, et boivent-ils nos paroles avec la meilr Jçure foi du monde,

Nous ne voulons pas ici ne faire la part que de lu crédulité. Il y a certes celle de la mauvaise influence magnétique qu'on ne peut nier chez certains hom-r mes plus ou moins vindicatifs. Il y a celle également de la connaissance et de l'administration de certain nés plantes de la famille des toxiques, dont les animaux et les gens à l'occasion se trouvent très-mal, || y A la connaissance des venins des animaux qui, manipulés et administrés tant intérieurement qu'ex? térjeurement, produisent les plus grands troubles. (I ja en plus les alliances spirituelles, qu'on n* peut pas plus leur refuser que nous désirons qu'on peqp les refuse : alliance dont les Esprits turbu*

lento tirent le plus grand parti possible, \ y avoir effectivement trouble occulte cornu u tremble matériel, nous l'avoosasseï ditdaus notre ÉÊmfie magnétique; mais ce que mu» devons fcire •tôt toutes choses» dans les eirconatauces eè non* aem* mes consultés, c'est de tâcher de les mouler émm l'esprit des croyants, de fortifier leurmofulafaibW, et de venir à leur secoure par quelques moyens» nitâires de raréfaction de 1 air et de propreté émm leurs étables, écurie», maisons et nourriture mi besoin» .• -

Nous ne voilions pas aller jusqu'à leur mer las faits, disons-nous , car nous perdrions tout notre prestige , et nous aurions la douleur de ne plos rendre à la liberté , à la saoté et an calme, tant de pauvres frères, bien à plaindre i eoop *6r, et par* fois bien maltraités par les pertes énormes qu'ils font tant dans leurs liestiaut que dans leurs bien* et leur famille. Nous ne pourrions en plus eooteiett~ cieusement nier ces faits, puisque nous tairons qu'ils peuvent eiister; mats nous ne voulons pas leur donner du relief, de l'importance, ni trop d'étendue. Nous les restreignons le plus que nous pou* oos, afin de raffermir les cœurs et de calmer les intelligences troublées.

Voici quelques-uns de cet faits pris dans un giand nombre, que nous ne mentionnons pas paur ne paa être enduyeox*

Premier fait. — A Osny, la bonne famille D... S... P..., très-maltraitéeen ce genre, menacée d'une ruine complète, est depuis deux années sous notre surveillance. Le succès a répondu à notre attente ; mats de temps à autre, quelques accidents se manifestent encore , le tableau du passé aidant grossit les craintes, on voit toujours l'ombre des maléGciers dans la moindre chose : c'est ainsi que, dernière- ' ment, on se plaint de perdre déjeunes poulets. Une douzaine, sur soixante, sont allés sans doute faire une bonne fricassée dans la chaudière de Satan, ou de mauvais voisins en font du bouillon pour leur confortabilis. Nous guettons ces malhonnêtes gens, et nous découvrons qu'une belle vache se passe cette fantaisie sans prendre le moindre soin culinaire à l'endroit de la cuisson. On ne peut en croire les yeux d'Adèle, qui cependant sont en grande réputation dans cette maison ; mais on se décide à faire le guet, non plus le fusil au bras, la nuit, dans nos deux arpents enclos de murailles, mais dans notre étable, où les poules trouvent de quoi becqueter à leur aise. Là nous surprenons alors notre gastronome en flagrant délit d'anthropophagie bestiale, et l'on ne peut plus douter du moyen de disparition des autres poulets. On sépare le troupeau volatile du troupeau quadrupède , et le dommage cesse. Un autre cas se présente : nos vaches ne donnent presque plus de lait ; quelle en est la cause ? Adèle sou-

dépérissent et toeurent ; les moissons ne lont pas à la hauteur de» loyers, le mari est atteint d'hypocondrie, la femme est dévorée par l'ennui et le désespoir, toute la machine est arrêtée ; encore une année» et d'un libre cultivateur nous allons faire un simple dontestique. Que faire? que devenir? Que faire? Adèle voit que notre écurie est dans de mauvaise» condition de salubrité. Une rigole, ménagée au mi* lieu, contient et ne laisse pas écouler les urines; un air froid et humide saisit nos chevaux ayant chaud, en rentrant ; une fluxion de poitrine et des douleurs les attendent : les uns en sont morts» les autres en souffrent. Nous en avons un dont les genoux de devant en sont atteints, ce qui fait qu'il s'agenouille facilement et se relève difficilement. 11 faut vendre ce cheval et le remplacer par un autre ; il faut donner plus de pente à l'écurie et un air plus sain a Nous obtiendrons une salubrité que nous désirons, avec 250 grammes de goudron déposé dans un vase d'eau dans deux angles opposés de cette écurie ; nous allons mettre ces chevaux à l'eau blanche et purger l'un d'eux ; cette partie de la localité ira bien. Notre étable n'est pas très-saine, le fumier est déposé à son entrée ; nos vaches sont fatiguées de faire des veaux, ce qui fait que deux , qu'on croyait pleines, ne le sont pas. L'aiguillette de Robin n'est pas nouée pour cela, mais un peu de repol et une bonne nourriture nous feront avoir

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de faire visiter les personnes de la maison de son gendre, ainsi que la nature de cette boule. Nous trouvons dans le personnel indiqué un homme avec lequel le maître, qui est d'un caractère un peu sévère, a eu une contestation dont notre serviteur ne trouve pas les 'motifs justes à son égard; aussi a-t-il recours à la vengeance occulte. Il sait composer ce qu'en magie on nomme une gobe; mais au lieu de la déposer sur le passage des bestiaux comme cela se pratique ordinairement, il la fait avaler à notre belle vache, qui, en quelques heures, rend son Ame à la vache blanche du paradis. Cette gobe est composée de poils de différentes natures, de poudres plus ou moins toxiques, de ligatures plus ou moins cabalistiques et d'imprécations plus ou moins magiques. Le poison seul suffisait à ee passe-port d'outre-prairie, si nous n'osons dire d'outre- tombe. Nous donnons des détails si minutieux, à notre honorable abonné, qu'il nous récrit de suite que tous les doutes sont levés sur cette question, et que nos conseils seront suivis à l'égard du malfaiteur occulte désigné.

Cinquième fait. — Ces jours derniers c'est le tour à une pauvre famille habitant Chambord, qui, ayant entendu parler de nous, fait 16 lieues pour venir nous conter ses troubles et implorer notre secours contre ses ennemis. Adèle se surpasse en descriptions d'intérieur, descriptions dont chacune

étonne au plus haut degré ces confiantes gent. Nous avons une étable,dit la lucide, dans laquelle

sont quatre vaches dont trois sont pleines.... Gomment, comment, trois pleines! s'écrient les

consultants tout ébahis à cette nouvelle.

— Oui, reprend Adèle, seulement qu'une seule

que vous croyez pleine de 8 mois, ne Test que d'une quinzaine de jours. Une autre que vous

croyez avortée, n'a eu qu'une grande inflammation

traduite par une forte diarrhée qui vous a fait

croire à un avortement, mais elle est bien pleine;

vous devez savoir qu'elle diminue de jour en jour

son rendement de lait.

— Gela est vrai, répondent ces personnes tout

étonnées qu'elles sont de cette faculté de Yoir chez

elles ce qu'elles n'y peuvent voir elles-mêmes.

— Voilà une étable qui ne me convient pas, reprend Adèle, elle est trop petite pour quatre vaches, elle n'a pas d'ouvertures suffisamment grandes; elle est de beaucoup au-dessous du sol de la route, ce qui la rend très-humide: de plus, elle est le rendez-vous de tout le voisinage, qui à la veillée trouble plus qu'il ne calme les bestiaux qu'elle renferme. Nous sommes aussi un peu démoralisés, ce qui fait que nous ne changeons pas la litière, qui me semble être suffisamment malsaine pour vicier le peu d'air qui règne là, et faire dépérir nos bètes. Il nous fout donc de l'air, de l'espace, de la propreté et du

calme autour de nos animaux, qui, en remplaçant les betteraves qu'il» mangent par des carottes pour quelques jours, reviendront tels que nous le désirons. Il faut surtout qu'une nichée de lapins que j'aperçois là dans un coin déménage, car ils n'ajoutent pas à la propreté de ce lieu. . . .

— Hélas mon Dieu, vous voyez tout cela! s'écrient ensemble l'homme et la femme qui consultent, et comment donc q'vous fat tes, vous n'êtes jamais venue cheux nous?

— C'est mon secret, reprend Adèle, et elle continue ainsi qui suit : — Nous avons 14, devant cette étableune écurie habitée par deux chevaux l'un blanc et l'autre roux* Le roux est plus fringant, quoiqu'on dirait que le blanc est plus âgé que lui : ces chevaut sont très-fatigués; l'un d'eux vient d'avoir une flufcion de poitrine occasionnée par une imprudence de votre part. Vous les menez boire, ainsi que les vaches, à un petit ruisseau que je vois non loin de là; ce ruisseau a une eau très-froidé en été, et très-malsaine dans l'hiver. Pourquoi ne les conduisez -vous pas à la rivière, qui h'est qu'uh peu plus loin ?... , Cette écurie n'&t guère plus saine que rétable. Geci, joint à là négligence et à Une nourriture passablement remuée par les rata et les souris, ne nous conduira pas ê tout bien si nous continuons. Il faut revenir à des soins plui détaillés, etc., etc. Dana tout celé, je fi'ai pas ehcorê

rencontré le pire, je crois qu'il existe dan* l* greniers; oh 1 là noua entassons fourrages et grains sans soins, et dans des lieux au-dessous du sol, qon aérés suffisamment, au milieu de peuplades de l*ats et de souris, que deux pauvres chats que je vois là ne peuvent dominer selon leur plaisir. . . ♦

— Mais qui qu'ça veut dire que vous voyez tout ce tel que ça est? vous êtes donc venue cheux nous? s'écrient ces bonnes gens.

—Oui, répond Adèle, j'y suis chez vous. Je vois bien là un gro* chat gris moucheté, qui, en qualité de voisin, vient rendre visite aux deux vôtres; mais possédant meilleure cuisine qu eux, il ne les aide guère à livrer combat à ce nombreux gibier.

D... Mais qui qu'envoie ces rats cheux nous ?

R. . . Ce sont, eux-mêmes qui s'accouplent et trouvent bon d'élever leur famille au milieu de oe grer nier d'abondance.

D... Etqu' faut-y faire pour les chasser ?

R... Donner deux compagnons à vos deux chats; à quatre, ils seront assez. Il faut, en plus, me placer oes groins-là à tel endroit, de telle manière; il faut aérer dans les beaux jours ces foins-là, etc., etc.

D... Mais vous o' voyez donc pasqu'euqu' un qui nous font du mal ?

R... Qui vous désire du mal, oui, mais qui vous en font autrement que par la médisance, nqn« Voue

avez eu une altercation, il y aquelque temps, avec un voisin. Le juge de paix a connu cette affaire et vous a donné raison ; mais l'homme condamné, d'un cacaraclère jaloux» vindicatif et médisant, ne vous épargne pas en paroles. Il ne peut rien sur vous en sorcellerie, il ne la connaît que pour en avoir peur lui-même. Vous avez une autre personne plus dangereuse avec laquelle vous avez eu différentes fois des altercations très-vives; cette personne est une femme, parente si elle n'est pas votre mère ; elle vous a fait une scène il n'y a pas longtemps qui vous a beaucoup troublés. Ménagez cette femme, elle a de mauvaises dispositions a votre égard.

D... Mais c'est itol' mère?

R... Raison de plus pour la bien recevoir et ne pas faire attention à ce qu'elle dit. Vous avez là deux frères qui profitent et peuvent profiter tout à fait de ces différends. Croyez-moi, laissez dire votre mère, entendez-la, mais ne l'écoutez pas.

D... Ehben! et pis moi qui dessèche, s'écrie la femme, et moi qui étouffe, s'écrie l'homme; quoi faire?

R... Vous, madame, votre retour d'Age vous gêne déjà, vos inquiétudes au moins autant; il faut suivre tel régime, dont vous vous trouverez bien, et bien faire attention à tout ce que je vous ai dit concernant vos bestiaux; quand vous les verrez produire et mieux se porter, quand vous

verrez vos rats et vos souris disparaître dans les pattes des chats, tous recouvrerez le calmé et la santé vous-même. Et vous, monsieur, continue Adèle, s'adressant au mari, vous avez fait ou manqué de faire une chute il n'y a pas longtemps?

R... Ma foi, j'nons point tombé, que sachions... Attendez donc... tiens, c'est vrai» tout d' même ; j'ons manqué d' tomber de d'sus la voiture de paille à ton frère» dit-il à sa femme. Tu sois que j' m' suis rattrapé à une corde ; dame ! je m' tuais sur lecoup, mais ça n ma pas fait d' mal.

D. Cela vous en a fait plus que vous ne supposez. Le mouvement brusque que vous avez faitpour ne pas tomber a renvoyé le sang des reins dans le poumon, où il est encore engagé dans certaines parties en ce momept, ce qui vous procure les étouffements que vous éprouvez.

R... Tiens, qu' c'est drôle, qui qu'aurait dit ça? dit la mère. J' suis capable de mourir étouffé d' n'avoir pu mourir ta tête cassée sur I' pavé.

D... Vous ne mourrez pas pour cela. Je réponds de vous comme de toute votre maison, si voua voulez faire ce que je vais vous conseiller.

R... Pardié, si j' voulons faire; j' somme pas venu de seize lieues pour n' faire rien. Sauvez-nous» v'Ià tout c' que nous vous d'mandons.

Adèle conseille ce qu'elle croit nécessaire; de mon côté, je parle à l'imagination, je développe le

pour et le contre de ees trouble», et nous finissons far donner à ces brave» gens une bonne dose de foi qui, noua a-t-on assuré, a fait effet. Ce n'est pas toujours une petite besogne que de capter l'entière confiance de ees ètrea crédules et méfiants. La femme nous demande, avant de nous quitter, si elle n'a pas fait un péché en nous consultant, et si elle peut encore rentrer dans l'église. Nous l'engageons, au contraire, à prier, et nous lui démontrons qu'il ne peut y avoir péché en cherchant le calme et la santé ; que nous ne sommes pas des entants du démon, loin s'en faut, puisque, au contraire, nous aimons et adorons le même Dieu qu'elle ; que nous allons le prier ce soir même pour eux, et qu'ils aient foi en nous.

Ce faible aperçu donne à nos jeetenrs une suffisante idée de ce qu'on doit penser des croyances i la magie chez les gens des campagnes, et de tous les cas où la peur, le manque de soins, l'abandon des choses conduisent à grossir un mal très-facile à annuler, lorsqu'il est connu*

Sixième fait. — Il s'agit ici de vols ; nous ne manquons pas de demandes en ee genre ; demandes auiqu elles nous refusons de répandre, tant en vue des erreurs que nous pouvons faire, que pour ne pas remplir l'office de délateurs; mais, cette fois-ci, les accusations, pèsent sur un pauvre garçon d'écurie qui, jt la veille peut-être {le perdre son pain et l'hon-

near, peut être sauvé par nous. Je prends & cei égard toutes les précautions possibles, en me faisant promettre qu'on ne fera aucune poursuite et qu'on ne parlera même pas de ce qui sera dît par la lucide. Le tout bien convenu, Adèle entreprend les recherches... Quel le surprise! quelle dénonciation) Ce n'est pas le pauvre domestique qui est le coupable , mais bien le mari lui-même. Oui, de temps à autre, il retrouve adroitement le moyen de rétablir l'honneur de ses culottes, comme on le dit vulgairement, eu lottes que la femme porte en disposant des cordons de la bourse commune. Le premier voleur, dit très-franchement Adèle à la consultante, n'est pas votre mari.

D*.. Et qui donc ? reprend cette femme avec Vivacité.

R.». C'est vous, répond Adèle.

D... Comment cela I moi, une voleuse?

Adèle se met à rire et dit le plus convenablement possible ces mots :

Ré . « Oui » Madame, vous dérobez à la connaissance de votre mari vos petites économies en les cachant quelque part, et lui vous dérobe vos écus en découvrant vos cachettes. Vous vous trompei mutuelle* ment ; tout est là.

D.*. Êtes - vous bien sûre de ce que voua dites le?

ft».. Vous le savet fflieu* que moi', càt toilà

déjà plusieurs fois que vous avez retrouvé la cachette de votre mari, ce qui vous a prouvé que c'était lui qui vous prenait cet argent ; mais ce que vous n'avez pas découvert, c'est que votre mari vous vole pour rétablir la justice, comme vous croyez le faire vous-même à son égard. Il ne dépense pas cet argent ; il a environ quinze cents francs en billets quelque part, qu'il destine à votre fille, que vous n'aimez pas trop, quand vous en avez à peu près autant, que vous destinez è votre garçon. Vous voyez qu'il serait plus avantageux pour vous deux déjouer argent sur table, et plus rassurant pour les personnes qui vous servent de ne vous voir faire qu'une bourse commune.

Je ne saurais dire ce que cette révélation produisit dans l'esprit de cette femme, qui remercia Adèle avec effusion et la qujtta pleine (nous le crames) de calme et de meilleures dispositions conjugales.

Septième fait. — Oh ! là, nous entrons dans le noir. Un de nos vénérables amis est volé une première fois d'une somme de mille francs ; ce sont des économies obtenues avec peine ; la victime est Agée et se propose le repos. Qui est venu poser son veto si méchamment sur cette décision ? Notre ami vient trouver Adèle, qui pour lui est la protégée de Dieu, si elle n'est pas Dieu elle-même; mais c'est toujours avec la même réserve, c'est à titre d'é-

tudes et rien de plus que nous nous mettons à l'œuvre.

Adèle voit très-difficilement une femme qui ne vole pas, mais qui est là pour quelque chose. Il y a résistance de la part du coupable, ou Adèle ne veut point parler ; enfin elle donne un signalement qui s'applique dans tous ses détails à la belle-fille de la victime, belle-fille qui est présente ainsi que son mari, fils de notre ami. Je connais cette personne/ je la regarde en riant, elle me comprend et rit à son tour ; mais le papa pleure ses mille francs; les paroles d'Adèle ne l'éclairent pas; sa belle-fille estjncapable d'une telle action ; ce ne peut être qu'une femme lui ressemblant qui l'a volé : il en vient directement une chez le vieillard auquel ce signalement s'adresse. Cette femme n'est pas en très-bonne odeur de réputation honnête dans le pays ; elle a acheté» pour comble de doutes, un fauteuil quelques jours après le vol, et on ne lui connaît aucune ressource ; son mari est fainéant , elle est paresseuse, aimanta bien vivre et à briller. C'est elle ; on ne la recevra plus, mais on ne parlera de cet affaire à personne. Adèle n'appuie pas ces soupçons et conclut qu'on ait à se tenir sur ses gardes. Une année se passe» et notre vénérable vieillard revient un jour dans le pire état de désolation possible : il est volé à nouveau, mais cette fois-ci c'est de tout le magot : dix-huit mille francs ; rien que cela d'un coup... !

ruine complète, douleur affreuse» tète perdue.

— Enfin, Adèle, rendez-moi mon pauvre argent, ou au moins découvrez-mot le voleur. Je voua en prie, ma bonne Adèle, ayez pitié de moi»

La chose est trop sérieuse et la prière trop touchante pour qu'Adèle ne prenne pas son meilleur télescope. Gare au voleur ! malheur à lui I Adèle veut lui mettre la main sur l'épaule ; cela géra. Hélas! hélas ! la voilà a nouveau, la voleuse ; mais ce n'est pas la voisine a la conduite répréhensible* ce n'est pas la belle-fille, c'est plus que ces personnes : c'est la propre petite-fille du vieillard. Adèle n'y tient plus; elle s'est tue déjà une fois, se tairait-elle une deuxième? Non, cette infâme, enfant unique, idolâtrée de son grand -père, comment la nommer? mais Adèle voit que c'est un esprit monstrueux, ingrat, méchant, capable de tous les vices ; elle ne peut se taire et commence ainsi :

D... Votre petite-fille n'est-elle pas venue vous voir il y a peu de temps ?

R..* Oui, mais elle est repartie.

D... Etiez-vouB Volé avant son départ?

11... Non, ce n'est que depuis quelques jours que je le suis.

D. . . Ce n'est que depuis quelques jour* que vous vous en êtes aperçu?

R%»* C'est vrai ; il y a peut-être plus longtemps que je suis volé.

D... Avez~voufe touché à ces valeurs depuis le départ de votre enfant ?

Le vieillard pâlit ; Adèle fait entrer dans son cœur,, à cette question, un fer rouge; mais il répond :

R... Oui,, Adèle» je les ai vues huit jours après son départ.

Adèle, à cette réponse, fronce le front et garde le silence.

— Eh bien ! lui dis-je» que vois-tu, que penses-tu ?

R... Je vois ce que je ne voudrais pas voir; je pense ce que je ne voudrais pas penser,

D... Parle; nous saurons apprécier ce que tu diras... Dites, dites, ma bonne Adèle, je vous en prie, s'écrie avec un accent de douloureuse inquiétude le consultant?

R.. . Vous sentez-vous la force de m'en tendre?

D..< Oui, sur tout ce que vous dires.

R. . . Ëh bien 1 il serait fâcheux de vous abuser davantage. C'est votre petite-fille qui Vous a pris vos valeurs. Déjà, il y a un an, je l'ai vue, sa tète accolée derrière celle de sa mère, comme si elle voulait emprunter une autre physionomie. Je n'ai pas voulu vous le dire ; je vous avais seulement prévenu de vous tenir sur vos gardes, mais aujour* d'hui je serais fautive si je ne vous disais pas ce qu'il m'est permis de connaître. C'est après une prière

bien sincère qu'il m'a été facilité de voir clairement la vérité ; non, on ne me trompe pas et vous faites erreur en croyant avoir compté vos valeurs depuis le départ de votre petite-fille ; elle les a emportées avec elle.

Je ne saurais rendre l'étonnement , l'ébranlé* ment, l'état enfin dans lesquels ces paroles d'Adèle jetèrent cet estimable homme*

— Ma petite-fille ! s'écriait-il ; êtes-vous bien sûre, Adèle?... ma petite-fille!... C'est vrai que ces deux vols ne me sont connus qu'après son départ... C'est vrai qu'ils sont très-gênés du moment, malgré ce que je leur ai donné. C'est peut-être vrai que vous pourriez avoir raison; mais comment faire pour retrouver ma pauvre argent? est-elledépensée'?

R... Il y a une fameuse brèche de faite au magot. Partez demain matin, sans aucun retard ; allez trouver votre fille , tenez-la à l'écart de son mari et parlez-lui franchement, en faisant des menaces de la livrer entre les mains de la justice... Elle tiendra bon... Oh! le petit monstre!... elle tiendra bon; mais partez et vous serez convaincu que je touche juste.

Une grande quantité d'explications complémentaires sont données par Adèle ; le voyage est décidé; moi seul, qui connais toute la fragilité des facultés somnambuliques, je crains une de ces erreurs qui peuvent porter les plus grands ravages, en quel-

ques secondes, dans l'esprit humain. Je me repentais d'avoir étudié cette affaire et je jurais de n'y plus être pris. Le vieillard parti, il s'acquitta de son engagement ; mais la petite tint bon et eut assez d'astuce pour tenter de faire voir à son grand-père la position de son propre père plus compromise que la sienne, et, par conséquent, l'accusa de ce vol. C'était le comble de l'infamie; car si je peux répondre de l'honnêteté d'une conscience humaine, je peux à coup sûr répondre de celle du père de cette misérable créature.

À la première séance en succéda une deuxième, Adèle voulait avoir raison, et à chaque fois elle découvrait quelque chose; mais elle avait affaire à forte partie. La coupable était soutenue par des Esprits astucieux de premier ordre. Les valeurs volées étaient des actions sur les chemins de fer. Le vieillard en connaissait en partie les numéros; Adèle conseilla de mettre arrêt chez l'agent de change et promettait, en plus, que le coupable serait connu et que la victime rentrerait dans le tiers environ de la somme volée, tiers qu'elle voyait en un rouleau dans un coin d'armoire, dans la maison de la petite fille, rouleau caché sous des fatras; mais les deux autres tiers étaient déjà dépensés, selon elle ; des achats, un voyage, un amant dont le porte-monnaie ne s'était pas mal trouvé de ce vol ; des amis qui en avaient été obligés ; du gâchis enfin , et par-dessus

le marché, un jaune mari honnête, ignorant oes chose», et, de plus, volé lui-même antérieurement de cinq cents francs. Après des débats et des démarches infinis sans aucun résultat, le père va trouver le jugedepaii de l'endroit et l'instruit de l'affaire; mais comme un père ne peut accuser son enfant et que nous avons l'honneur d'Une famille à sauver, on traite de l'affaire à huis clos. Directement l'agent dé change est mis sur la piste des émissions des valeurs; il peut arriver même jusqu'à se trouver eh face de l'effrontée elle-même, qui a la hardiesse, aidée d'une fausse procuration sur papier libre, de proposer de vendre ces valeurs. Le juge de paix connait tout* et au moment où notre malheureuse part avec ses malles et son enfant, elle est sommée de répondre à un interrogatoire plus laptieu* que celui de son grand- père. Un seul mot heureux, prononcé par le magistrat, ébranle l'édifice mensonger* et les larmes viennent^ comme avant-coureur d'un franc aveu* dévoiler tout. Adèle a raison jusqu'au bout; elle est vainqueur, et le vieux père peut rentier dans six mille francs environ.

Toute cette affaire m'a considérablement agité, et m'a fait m' écrier une fois de plus : Oh ! savants ! oh! savants! (juesavez vous? que savons nous*..? Alphonse Gahagnet.

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— «lotîmes (c'était au commencement de 1849), Hamoud était Agé de trente-cinq à quarante ans, d'une taille au-dessus de la moyenne; il réunissait à une force peu commune une agilité vraiment remarquable ; sa physionomie, empreinte d'une volonté calme et énergique, présentait dans une minute cinq ou six expressions différentes, tant ses grands yeux bleu-gris étaient vifs et significatifs; d'un caractère généralement taciturne, il préférait la solitude au tumulte des villes et villages, et ne se laissait aborder que par ses plus intimes ou les affligés. Il nous a été donné, dans nos voyages en Turquie, Egypte, Crimée, etc., de voir bien des nobles têtes marquées d'une primitive et noble fierté qui portaient dans l'Âme un je ne sais quoi qui vous transportait de suite au temps des patriarches ; mais jamais, jamais nous n'avons pu rencontrer un visage aussi expressif, aussi grand, aussi pur que celui du célèbre tueur de lions. C'est une de ces physionomies qu'il est impossible de décrire, et dont l'imagination seule peut représenter les sublimes traits.

Ami sincère et dévoué de mon frère, qui lui avait rendu un signalé service en faisant reconnaître son innocence dans une révolte qui avait eu lieu dans le courant de 1848, et où il avait été compromis comme en étant le principal moteur.

Hamoud venait souvent passer quinze ou vingt

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une partie de mon existenoe pour être en co moment devant ce grand et puissant roi des anima» ; aujourd'hui encore, en songeant a ces récits, je sens la même ardeur s'emparer de mon cœur* et regrette vivement de ne pouvoir rendre en notre langue les expressions enchanteresses employées par Hamoud pour nous dépeindre ces grandioses scènes. Je vais, du reste, afin de vous donner une juste idée de cet homme vraiment remarquable, vous le montrer au milieu de ses compatriotes, et dépeindre, aussi bien que mes faibles moyens me le permet? tent, le procédé employé par cet habile chasseur pour tuer le lion, procédé dans lequel il vous sera facile de reconnaître l'action magnétique arrivée à sa plus haute puissance.

Hamoud-ben~Mohamet est arrivé dans une tribu qui, depuis trois mois, voit ses troupeaux dévastés parunénorme lion habitant les en virons du douar (4)} l'arrivée du sidi Marabout a été, comme de cou* tume, le signal de fortes réjouissances pour la tribu qui, depuis un mois, attend avec une impatience fiévreuse l'arrivée du célèbre chasseur. Les jeunes gens les plus vigoureux sont de suite envoyés pour visiter, connaître et rendre compte des lieux parcourus par ce terrible hôte des forêts ; pendant ce temps, des cavaliers arrivant bride abattus des tribus voisines, viennent saluer Hamoud, baiser lea

(1) Synonyme de tribu, mais plutôt ville arabe que triton.

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