‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 27 sur 47 · IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

IMMORTALITÉ

A MONSIEUR CLBVBR DE MALD1GNY, EX-CHIRUR- GIEN MAJOR DE LA GENDARMERIE DÉUTK DR PARIS.

Cher monsieur,

Je sois charmé que l'article que j'ai publié dan* la dix* huitième livraison de V Encyclopédie magné* tique spiritualisle m'ait rappelé à votre bon souvenir et me facilite de m'entretenir a nouveau avec vous. Je vous ai remercié, au nom de l'humanité ignorante de laquelle je fais partie, du courage et de la loyauté que vous avez déployés, en publiant le résultat de vos curieuses expériences ; mais, vous remercier en deux mots ne me semble pas suffisant, je veux le faire plus amplement par quelques lettres, dont je prendrai la liberté de vous faire hommage. Veuillez ne voir dans ce besoin que je sens de m'entretenir avec vous publiquement, que le but d'adresser également quelque pensée au cercle éclairé qui vous entoure, cercle que vous avez quelque peine à initier aux ténèbres de nos études. Vous sentez déjà que je veux traiter avec vous de l'immortalité de l'âme humaine, no» pas pour vous démontrer cette immortalité que vous admettez, proposition que vous sauriez mieux

tenir que moi par la haute éducation que vous avez reçue ; mais, pour entrer en rapport avec ceux qui vous argumentent avec aussi peu de bonne foi sur nos propositions, permettez-moi de traiter de cette importante question avec le laisser-aller et le peu d'instruction dont j'use largement dans mes écrits. C'est un prolétaire étranger à tottes sciences qui, par un surcroit d'enthousiasme, si ce n'est de /Wît, veut traiter desdites sciences en langage de Patetitr. N'attendez point de ma part de termes i ; non, je dirai è mon aise : on chai est

ce bout d'histoire dont je me fais le

J'ai «camarade d'atelier que j'allais voir très* tnt à sa chambre. Il n'eiiste aucune étiquette point de sonnette à la porte, point d'antichambre ni de valets qui vous introduisent «•près de nos seigneuries; une simple bobinette à me ficelle se tire plus facilement, et la i s'ouvre on ne peut plus soumise è ce heurte* prolétaire. Un jour où, comme les autres, j'eatraia ainsi chez mon ami que j'avais trouvé dix §ri$ en chemise, sans savoir si elle était en toile en en calicot, je le fais brusquement et me trouve fcee è face avec un être en chemise, mais un être eapriimmé dans un corset on ne peut mieux moulé e(f femfRi % eet être -se tourne vero moi et jette un

cri d'effroi 1 c Mille pardon*, mademoiselle ou madame, je ne savais pas..» je me retire. •• * Je me heurte contre les chaises en faisant mille salutations à cet ange ou ce diable de femme que je ne m'attendais pas à trouver chez mon ami* Je desceods le sixième comme un vrai écureuil, et je sais dans la rue que je crois encore être devant ce que j'ai vu*

Entre nous ouvriers, si dons avons aussi un brin d'étiquette, noos avons également le brin de sensibilité de tous les seigneurs dn monde. Je rentre à l'atelier où je trouve mon ami qui rentrait comme moi et auquel je conte mon aventure.

« Oh ! me dit-il, c'est ma bonne petite sœur qui est arrivée d'hier au soir; je suis allé coucher chat Charles et je lui ai donné ma chambrê.»Une longue explication s'en suit, après laquelle mon ami a quelque peine à calmer 1 émotion que j'éprouve* Je rentre chez moi poursuivi par l'image de cette belle créature ; ses blanches épaules, sa taille fnc» sa candeur, un je ne sais quoi me fascine et mé rend fou ; je ne peux dormir. Les jours qui aui* vent me trouvent dans la même agitation ; j'ai revu la sœur de mon ami ; je lui ai présenté à nonveat mes excuses en rougissant comme elle rougit elle* même; mon cœur bat avec violence auprès d'elle; mon sang bouillonne; je ne vis plus, je sois amoureux de ces épaules que recouvre ce bleue

Faiîn. que votre scapel sait si bien lever adroitement parfois pour donner écoulement aux humeurs qu'il renferme; peu m'importe! ce brin d'épiderme m'a ravi ma gatté, et ma liberté en même temps; j'aime, je suisaimé, tout va pour le mieux, vu que nous n'avons pas de particule devant nos noms; on nous permet officiellement de nous unir et de ne plus rougir à la vue l'un de l'autre. Neuf mois sont à peine écoulés que d'autres blanches épaules demandent à les montrer sur la terre à des yeux non moins ardents de les voir. Pendant tout ce temps, ma compagne a pris soin de notre petit ménage, et moi du budget de nos dépenses. Nous recevons cet envoyé du ciel ou de l'enfer comme si c'était chose naturelle, sans nous demander chacun qui a formé ce bel ange joufflu. En père de famille, je ne vais plus au cabaret ni à la danse; je veux, prouver à ma jeune épouse qu'elle est la plus tendre affection que j'aie en ce moment ; aussi, le soir, me fais-jc un grand plaisir de lui faire la lecture; nous nourrissons notre intelligence de romans, bien entendu ; mais il me prend fantaisie de lire des livres traitant de sciences. Je me jette à corps perdu dans l'anatomie ; j'ai un besoin irrésistible de connaître le corps humain, et ce qui fait fonctionner un aussi superbe édifice. Je voudrais savoir qui ou quoi s'est échappé des blanches épaules de ma compagne, et ma ligature m'a émo-

tionné, enfin m'a rendu amoureux ou foU, ce qui, pour moi, est synonyme en ce jour. Je ne trouve aueun livre qui parle de ces choses, que je nomme, moi, des forces, des puissances célestes ou infernales; car, cher monsieur, je ne connais pas encore en ce jour le céleste plus que l'infernal. Ces deux prétendues créations me semblent sortir de la même source, mais passant par des milieux que je ne me propose pas de définir. Je veux également connaître comment cet acte que je ne sais nommer a su produire un second moi-même. Aucun livre ne traite de cette question hors les livres qui traitent de tout en ne traitant de rien, je veux dire les livres religieux, ces pauvres bouquins sont si terre à terre, que je les laisse sur leur autel pour en revenir a ma question favorite. J'ai vu de blanches épaules que j'ai aimées, sans savoir ce que c'est qu'aimer. Privé de tout raisonnement, j'ai produit un être qui raisonne! Où ai-je pris cet être? Il est vrai que je me réponds que ma compagne ou moi lavions peut-être en nous. Mais avoir en soi une demi-douzaine d'êtres semblables dont nous serons, sans doute, les père et mère un jour, est une proposition qui ne sourit pas à la science officielle. Les prendre dans l'air qui nous entoure n'est guère plus admis par cette même science; car, je crois n'y avoir rien pris de semblable. Où sont-ils donc? D'où proviennent-ils

donc T Répondons qu'ils sont d'où Us proviennent; mais don proviennent-ils?

Les plus savants entre les savants me répondent qu'ils proviennent de la collectivité des molécules qui en dessinent la forme visible à mes yeux ; mais, me dis-je, la création d'une seule de ces molécules pensantes (puisqu'elles forment un moi collectif, dit-on) est aussi incompréhensible que celle de la mollécule âme humaine; et dans ce que j'ai introduit dans le menstrue convenable, je n'ai rien va de semblable à ce que j'en vois sortir; d'où donc alors provient cette collectivité d'êtres? J'ai tant de peine à trouver l'individualité d'un seul, et voilà que, pour m'éclairer sur cette question, les savants la compliquent d'une masse d'individualités, pour le moins aussi difficiles à expliquer que celle que je cherche. Voyons, laissons ces savants, pour savoir une bonne fois ce que je désire savoir. Sans le germe de l'être que j'ai pressé sur mon cœur après neuf mois d'attente ; je n'aurais rien pressé du tout, je le pense ; donc ce germe étant utile, qu'était-il ? Les anatomistes me répondent qu'il était un composé de petits animalcules ayant la forme d'anguilles ou têtards; mais, dis-je, des anguilles ou des têtards, sont-ils faits comme des hommes? D'autres plus wmcieu*, d'une plup noble origine, roe répondent ? non, ces animalcule* «ont privés d'une grande partie de tout ce qui ponctue l'or«

ganisme humain ; nais le corps dé l'htm* se complète à l'aide du sang menstruel de la femiH, dont le cours est arrêté à cet effet*

De quoi est composé le sang menstruel ? D'albu* mine, d'une substance ferrugineuse, et d'une substance colorante ou colorée. Qui arrête ce sang menstruel à l'introduction de ce germe, plus dans un temps que dans un autre ? — C'est le aature, me répond-on. — Qu'est la nature?*- Ce que vous voyez. — Je vois bien des choses, que sont ces choses ? — Nous ne traitons pas de cette question, — C'est vrai ; revenons à l'albumine, au fer, à la matière colorante, aux têtards ou aux anguilles. Ces têtards ou ces anguilles ont-ils vie?— Certainement, puisqu'ils se meuvent. (J# dirais plus juste, fnoiy en disant qu'ils nous méuwnf).-* Hais, que deviendraient-ils s'ils n'étaient pas introduits dans ce menstrue ? — Ce que devient toute graine hors la terre. — Sont-ce eux qui savent s'agréger et former de toute pièce l'être qee no** nommons homme ? — Certainement. — Qui lett* a donné la connaissance de ce sublime travail. -*- La nature.— Quand ? — Au moment de leftûre?> M et avant?— Et avant, ils étaient à l'état dtaer* tie, — Combien de temps sont-ils restés dans eêt état d'inertie ?-~ Nous w la «tous pal ?«* Qui feft s tirés de cet état d'inertie ? *- U t«w o» f tUpff néeewire ô cette ««wtoflo» 4* ffo*

Powr voir, il faut désirer voir, car je vous assure que je ne vois pas toujours tout ce qui se présente à ma vue ; je ne vois que ce que je veux observer, ce qui doit arriver à tous comme à moi, je le pense. Et pour sentir, il ne faut pas être inerte. Oh ! vous allez trop loin. J'en suis toujours à mes blanches épaules. Est-ce qu'il y avait des têtards ou des anguilles aux aguets sur ces formes arrondies par d'autres têtards ou d'autres anguilles? — Vous descendez à l'ironie. — Non pas, j'en reste à la recherche de l'homme. .. C'est bien de ce blanc épiderme que s'est produit le bel ange que je possède en ce jour. Je n'ai aucune autre connaissance de sa création que ce simple soupir échangé. Moi qui ai tant de mal à confectionner le moindre objet bien inférieur, à n'en pouvoir douter, à ce sublime chef-d'œuvre. Je ne me rends pas compte comment quelques têtards ou quelques anguilles ont pu former un Voltaire, un Descartes, même ua pauvre illettré. Où étaient donc placés chez ces animalcules du système pilleux ou système osseux, du système sanguin au système nerveux, du système dijestif au système adippeux, de l'homme religieux au marchand d'indulgence, d'un gendarme à un empereur, d'un garde-chiourme à un président de tribunal. C'est à désirer être à nouveau têtard pour connaître ce sublime assemblage de productions diverses ; mais, puisque nous en

sommes à ces animalcules officiellement reconnus, demandons à leur noble savoir en quel temps ils ont été créés par je ne sais qui, ce qu'ils sont? Il me semble voir un freluquet têtard se lever sur sa queue et me dire : je suis créé avant toi. C'est répondre plus logiquement que M. de Broglie, si logique que soit ce nouvel académicien. Mon cher têtard, lui répondè-je, je sais cela; mais ce que j'ignore, c'est la date de ta naissance, et qui t'a créé ? Ce brave aïeul me répond : une seule minute de préexistence à celle de ton enveloppe, n'est-elle pas une immortalité antérieure pour elle qui ne connaît que l'actualité ? Et savoir que nous étions créés par un être préexistant, n'est-il pas suffisant à ta noble intelligence qui ne sait encore se reconnaître bien existante, au sein des vibrations successives de toutes ses pensées, au sein des immensités d'espaces qui l'entourent, au sein d'harmonies et de régularités de toutes sortes qui frappent ses regards, au sein d'un plein parfait enserré dans une immensité sans bornes, par conséquent, sans moyens d'anéantissement de ce qui la constitue? Saisis donc tous tes scapels, toutes tes cor* nues, tous tes foyers, tous tes acides, et détruit à tout jamais la moindre mollécule qui te gène, puis tu traiteras alors de la mortalité des êtres et des choses. Dis à tes savants qu'ils te réduisent à ce bien qu'ils aiment avec tant de passion, et te

montrent ainsi à leurg élèves; là, ils auront au moins quelque raison de nier la survivance de ce qui est ; mais, hors cela, ils n'en sont qu'à des mots aussi mâts que leurs nobles conceptions. Dis-leur que réduit même au volume matériel que tu représentais lorsqu'ils assurent que tu étais têtard, tu n'en serais pas moins ce que tu étais à part la forme. Gomme la forme n'implique pas le rien, mais bien l'être sous une autre apparence dans un autre état, ils ne pourront nier ton futur plus qu'ils ne peuvent nier ton passé ; qu'ils sachent que le soupir qui a eu la puissance de te prendre où tu étais et te faire ee que tu es, pbct après cb qu'il

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