RÉPONSE A LA LETTRE PRÉCÉDENTE
Cher monsieur,
Votre lettre renferme de trop pressantes questions pour que je ne tente pas d'y répondre. Que ne puis- je plus souvent trouver dans ma correspondance des idées aussi lucides que les vôtres pour avoir le plaisir de les apprécier à mon profit. Je vous répondrai donc :
1° Que mon désir en publiant un ouvrage sur la magie a été, comme je l'ai dit dans mon introduction, d'étudier cette question, dégagé de tout enthousiasme et de toute négation. Je ne me suis point senti de force à annoncer à mes lecteurs que j'avais trouvé la loi de cette science par deux raisons, qui sont que je ne connais pas cette loi et que je ne la suppose pas exister. Si mon honorable collègue, M. Du Potet, l'eût possédée, il avait promis de la communiquer à ses frères ; il l'eût fait ; j'eusse été le premier à l'en remercier publiquement;
2 3 J'ai désiré prouver que les faits réputés magiques avaient été manifestés de tout temps, mais accidentellement et non mathématiquement» tel nous entendons ce mot. J'ai dit que l'existence de ces faits se trouvait prouvée aujourd'hui par les phénomènes du magnétisme. Que s'il n'était pas
possible de produire ces phénomènes à volonté, relevant d'une loi sans résistance, il était possible» par l'affinité des uns avec les autres, d'affirmer que ces derniers ont existé. C'est dans ce but que j'ai présenté une série de Faits passés, afin de les revivifier dans les phénomènes du magnétisme, et de rendre aux auteurs qui les ont cités tout l'honneur scientifique qui leur est dû. J'ai voulu venger leur mémoire insultée, rien de plus !!...
3° Dans ma relation des fascinations, j'ai dit que les moyens de les produire, non pas mathématiquement mais accidentellement, étaient : 4° Des sujets ayant cette faculté de voyance isolément ou contagieusement ; 2° l'emploi des narcotiques; S é une volonté vraie et non pas un simple désir ; 4 é une alliance avec les Esprits dégagés de la ma* tière : d'ici que je connaisse un moyen supérieur à ceux que j'ai cités, je maintiens mon affirmation sur ce sujet...
4° Dans ma relation des miroirs magiques, j'ai enseigné le plus clairement possible les seuls moyens connus jusqu'à ce jour en ce gehre de magie, et je n'ai lu aucun ouvrage où cette question soit traitée aussi longuement et avec autant de détails» Je maintiens encore mon assertion sur ce tujet, qui est qu'un cabinet à'opùqm tpiriluelk, tel j'en enseigne la composition eit h loi prfoeote et le plu uiuré moyen de réiwir (tan*
tèttè étude, en attendant la révélation d'un miroir unique qui représente la loi que vous et moi cherchons. J'ai dit comme tous sur ce sujet, dans les Arcanes de la vie f Mure dévoilés, etc., que le vrai voyant n'avait besoin d'aucun miroir; mais, il n'est ici question pour nos recherches que des vues qui font une résistance à ladite loi de seconde vue, résistance que nous voulons vaincre par les moyens proposés ;
5 è Pour ce qui concerne le mot loi, permettezmoi de vous dire ce que j'entends par ce nom, et ce que je crois que vous entendez vous-même. La loi que vous cherchez est une force à laquelle rien ne résiste, une puissance commandante et non dépendante; car, hors cela, cette loi est trouvée dans le magnétisme ! Eh bien, monsieur, permettez-moi de vous dire que je ne crois pas à l'existence d'une telle loi sur la terre. Je ne la vois qu'en Dieu ; lui seul veut et ne peut sans résis^ tance ni dépendance; l'homme, au contraire, ne veut et ne peut que soumis à la résistance et k la dépendance , ce qui fait que l'électricité que vous me citez comme exemple rencontre des résistances dans les isolants sur lesquels elle n'a pas de puissance, et dépend ellemême du concours de m constituante, qui sont verre, rétine, atmosphère, preiiion et mouvement, W l'électricité (toute force qu'elle vom perolt être)
ne peut toujours manifester les mêmes degrés de puissance identiquement dans les mêmes cas, elle n'est donc pas plus une loi que le magnétisme humain.
J'ai vu, il y a quelque temps, au Conservatoire des arts et métiers, a Paris, en compagnie du docteur Àndraud, médecin galvaniste, un facteur des postes, prendre les deux conducteurs d'une trèsforte pile galvanique qui nous avait cataleptisé les bras aune trentaine de personnes; cet homme ne ressentant aucun effet de cette puissance électrique nous regardait tout étonné, en nous demandant s'il s'y prenait bien comme nous. Il ne put sentir d'aucune manière la moindre agitation... Cet homme n'annulait pas les faits, mais il venait donner un démenti à la loi qui prétend régir le galvanisme. Un seul fait de cette nature entrave la proposition.
La magie existe, à n'en pouvoir douter, comme toutes les sciences connues, mais on a fait à son égard ce qu'on a fait à celui de toutes, en lui accordant plus d'étendue qu'elle en a, et, comme vous le dites, en faisant du naturel, du surnaturel.
Cham, soi-disant le père de la magie, ne connaissait pas l'arcane que prétendait posséder Hermès Trismégiste. Ce dernier, tout en possédant les secrets de l'Eternel, n'eut pas celui de vivre sur la terre mille ans et plus comme il le désirait.
Moïse, le béni et l'inspiré du Seigneur, tout en ayant ramassé la manne du désert (que vous ne connaissez pas, sans doute), trouva dans Pharaon un collègue qui lui disputa sa puissance magique, et fut obligé d'avoir recours dans sa vieillesse à la compagnie de deux jeunes filles pour fournir, à ses nerfs usés par l'âge , le baume sans pareil que devait lui fournir la manne précitée.
Salomon, l'alchimiste, le dieu de l'or, l'idole de la franc-maçonnerie, qui passe pour être le père de l'alchimie chez les adeptes, et le père de la magie et des sciences chez les francs-maçons, n'en est pas moins descendu dans la tombe, laissant sur elle sa fiole d'elixir de longue vie, de laquelle la loi des corps glorieux n'était pas sortie.
Saint-Jean-Baptiste, l'homme des forêts, le précurseur du roi des mages, dont l'Apocalypse t tant fait de fous, sans faire un homme desprit qui put trouver la loi qu'il contient, ne fut pas moins victime de sa non prescience, nous dit-on, ce qui nous prouve qu'il ne possédait pas la loi de conserver sa tète sur ses deux épaules.
Le Christ, le Verbe divin, le Dieu trinaire, le roi des mages, ne pouvait opérer ses miracles qu'aûie de la foi des peuples, relevant ainsi luimême de la puissance d'autrui.
Appolonhjs, de Thyane, vit la loi de son art entravée par l'action de saint Pierre. Ce dernier
tri-même n'eut pas la puissance de ravir sa tète à les ennemis.
Albert (le grand), qui faisait parler des tètes mécaniques, ne put faire parler la sienne aussi longtemps qu'il le désirait.
Agrippa, le mage en renom, l'homme des seigneurs de son temps, est mort misérablement à l'hospice sans y opérer la moindre fascination.
Les Bacon, Arnault db Villeneuve, Gérer, Nicolas Flamel, Cardan, Faust, Paracelse, comte de Saint-Germain, saint Martin, Cagli09tro, etc., etc., etc., tous pères au premier degré des sciences occultes, n'ont pu opérer chacun dans leur art que soumis aux résistances de cet art.
Les alchimistes, en mourant à peine centenaires et sans corps glorieux ; les mages sans avoir pu vaincre des forces supérieures et des accidents qu'ils n'avaient pas étudiés. Les sorciers, en mourant de la galle, ou victimes des maux qu'ilsavaient voulu infliger aux autres. Mesmer lui-même dans un âge peu avancé pour les ressources que, disaitil, offrait la science qu'il venait révéler aux hommes.
Je ne connais rien de plus permanent que les faits magnétiques ; cependant ils sont si peu régis par une loi que, semblables aux manipulations chimiques et physiques, ils dépendent d'un geste, d'un regard, d'un je ne sais quoi, qui bit que le
trop ou le trop peu entravent journellement la loi
de Y identité.
En somnambulisme, je n'ai reneontré rien de plus général que la faculté de voir à volonté les âmes des décédés, ce qu'on nomme, en magie, nécromancie, et cependant cette loi est si fragile, si éphémère ou si caprieieuse que, comme en tout ce que j'ai observé, je n'ai pu admettre que le fait accompli et non à accomplir, les phénomènes, si étendus soient-ils des tables tournantes, ne nous offriront que ce qu'ils pourront et non ce que nous voudrons; l'accident en sera la loi et l'esclave. Je ne crois pas que le peu de sagesse que possède l'homme puisse lui offrir autre chose que ceci. La loi la moins contestable est, sans contredit, celle du lever du soleil ; cette loi ne doit pas imposer de dire : le soleil se lèvera demain ; elle ne peut qu'imposer dédire : le soleil s'est levé Mer. La loi de toute chose est, selon moi, dans la manifestation pr/sente de cette chose. En magie, comme en tout ce qui est connu, la loi est à trouver ; nous en avons des fragments ; contentonsnous-en. Celle primordiale que nous cherchons est dans la cause des causes qui est Dieu, je 1q répète avec vous; mais je ne la chercherai pas avec vous ailleurs qu'en lui, si je suis digne un jour d'une telle connaissance. Sur çn globe accidentel*
lement ce qu'il est, je ne peux connaître que des accidents.
Veuillez, cher monsieur, recevoir mes salutations fraternelles.
àlp. Cahagnet.
Nous croyons ne pas devoir mieux faire que de donner connaissance à ce sujet h nos lecteurs d'une lettre que nous recevons à l'instant de notre estimable ami et frère en Dieu, M. le comte Brice de Beauregard, le collaborateur du journal Y Hermès, et l'un des plus instruits magnétistes que nous connaissons.