‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 32 sur 47 · NOUVELLES MAGNÉTIQUES · texte numérisé non relu

NOUVELLES MAGNÉTIQUES

A M. CAHAGNET.

Paris, le U mai 1836.

Monsieur et honoré collègue, J'ai la satisfaction de vous annoncer que le jury magnétique, prenant en considération les services que vous avei rendus au magnétisme, le xèle et le dévouement dont vous y avez fait preuve, et le mérite de vos estimables ouvrages, vous a décerné une médaille de bronze.

Je regrette que l'état de voire santé ne tous permette pas de venir la recevoir en personne au banquet mesmérien ; elle sera à votre disposition au bureau du journal du Magnétisme. Le jury est heureux de pouvoir compter dans ses rangs un homme aussi distingué, et se trouve flatté que vous ayez bien voulu lui donner votre concours.

Agréez, cher monsieur et cher collègue, l'assurance de mes sentiments de vénération et de sympathie fraternelle.

Pour le jury :

Le vice-président.

Se Mouift.

Nous avons cru devoir publier cette lettre, non pour en faire retomber sur nous-mème toute la délicate attention, car nous possédons dans notre correspondance au moins la matière de deux volumes de semblables adhésions, remerciements et louanges de la part d'hommes fournis par tous les rangs de la société. Nous n'avons jamais publié une de ces lettres.

Si nous agissons autrement aujourd'hui à l'égard du jury magnétique, c'est que ce jury est composé d'hommes studieux et sous la présidence du seul homme qui fait autorité dans le monde magnétique, en nos jours, M. le baron Du Potet, et que c'est par ce savant magkiétiste que nous ayons été proposé au jury même.

La médaille qui nous est doouée n'est d'aucun prix à nos yeux, vu notre manière de juger ce genre de récompense ; mais c'est l'adhésion entière du jury magnétique; c'est l'entrée, après dix an* nées d'attente de nos propositions, dans cette école qui, par prudence, ou faute de renseignements suffisants, les avait laissées à la porte... M. Du Potet remettant cette médaille a notre bien-aimé frère en Dieu, M. Lecocq, horloger de la marine, l'a fait précéder d'une très-délicate allocution à notre égard, en nous citant à rassemblée présente comme étant le promoteur des manifestations américaines... comme un publiciste, dont la position pécuniaire très-préoaire, ne s'était pas effrayée des charges que lui imposaient ces publications incessantes, et ajoutant qu'il y a dix années, lorsque nous lui dédiâmes le premier volume des Arcanes de la vie future dévoilés , il n'était pas de notre avis ; mais que les manifestations spirituelles de nos jours, ainsi qu'une étude approfondie des faits cités par nous, avaient changé sa manière de voir, en donnant son adhésion à l'ensemble et non aux détails de nos études ; et qu'il priait M. Lecocq de nous offrir à ce sujet la poignée de main fraternelle que méritaient nos travaux.

Nous ne ferons pas ressortir aux yeux de nos lecteurs tout ce que cette opinion d'un homme aussi considérable que M. Du Potet a d'avantageux pour

le succès de nos études, et tout ce que nous avons ressenti de joie en nous voyant tenir une place estijuable dans le cœur de ce savant, dont le bon souvenir n'est pas effacé du nôtre... Le spiritualisme s'est assis humblement à la table des étudiants magnétistes de toute nuance d'école. Il faut espérer qu'il se rendra digne de cette noble distinction.

ALP. CAHAGNET.

MYSTIFICATION SOMNAMBUL1QUE.

Je ne sais pourquoi je me trouve à chaque instant témoin des roueries somnambuliques. C'est, sans doute, afin d'asseoir mon jugement sur cette faculté et dire avec plus d'assurance dans mes Etudes magnétiques ce que j'en pense. J'ai déjà traité de cette question dans le Guide du Magnétiseur, mais je l'ai fait si laconiquement qu'elle n'y offre pas d'intérêt. Voici le fait nouveau que j'ai à conter au lecteur, afin de le prémunir contre beaucoup de lucides, dont la seule qualité est de rire et de tromper les magnétistes et le public.

M. Jules Chabassierre, professeur de dessin, âgé de vingt ans, né à Orléans, habitant Argenteuil, entra en sommeil magnétique sous l'influence de M. l'Hérault, fruitier, demeurant audit endroit. Doué d'une grande sensibilité magnétique, il était

très-difficile à conduire, dit-on, pour une simple question qui lui fut adressée par une personne ; il resta ou fit le fou pendant plus de seize heures sans qu'on put le tirer de cet état. Ce fut M. Lecocq, notre bon ami, qui fut appelé auprès de lui et qui réussit, non sans peine, à le rendre à son état normal. M'ayant parlé de lui, on me l'amena et on l'endormit un soir, chez moi ; je le questionnai sur différents sujets; je n'obtins que des réponses spirituelles, qui ne me prouvèrent pas la grande lucidité dont on le disait doué. Le 26 avril) je fus tout surpris de voir M. Lecocq m'apporter un tableau représentant un très-délicat point de vue, peint à l'huile, en 75 minutes, par ce lucide, la veille au soir, les lumières éteintes. Une douzaine de témoins avaient pris les précautions désirables afib d'éviter toute fraude. Devant un tel tour de force, qui était le deuxième que je connaissais, je fus émerveillé. Ce jeune homme avait donhé à toutes les personnes qui Pavaient vu en sommeil, des preuves d'une bonne lucidité, soit par des apparitions ou des vues à distance. Il promit qu'il ferait à nouveau un deuxième tableau, le 25 mai suivant; que ce tableau serait un portrait de Napoléon, qu'il dédierait à l'impératrice, et qu'il l'en suivrait un avenir pour lui, Celte fois-ci non magnétiseur, Ainsi que d'autres personnes, désirèrent, diw l'intérêt de Ifl science magnétique.

rendre cette séance aussi publique que possible* Les autorités, les notabilités et les prolétaires d'Àrgenteuil ainsi que des environs, furent convoqués pour ce beau jour. Je ne sais ce qui m'inquiétait à ce sujet ; je désirai qu'on endormit à nouveau ce jeune homme devant moi afin de lu questionner à mon aise et de m'assurer s'il n'y aurait pas quelque mystification. On l'endormit, je le questionnai^ mais je crus m'a percevoir que soti magnétiseur se formalisait de mes questions qui, du reste, étaient toutes de précaution ; ce dernier me dit à plusieurs reprises : nous avons déjà adressé ces questions ; nous avons pris toutes les précautions désirables. Je n'en continuai pas moins à lui demander pourquoi il voulait peindre Napoléon plus qu'un autre personnage? 11 me répondit que tel était l'avis de son guide. — Qui est Votre guide ? — Un peintre. — Quel est son nom ? — - Blanchard. — Depuis quand est-il spiritualisé ? — Depuis dix années. — Peignait-il encore lors de son départ de la terre ? — Oui ; mais il s'était fait trapiste. — S'il peut vous conduire la main pour faire le portrait de Napoléon, ne pourrait-il pas aussi bien Vous faire faire le portrait de la reine Hortense, ce qui serait tout aussi agréable à Na« poléon, et beaucoup plus Avantageux pour noi étudei; d'ailleurs ce portrait existe à profwion en tooi lieu* lur toute» çJw# e#, on croira è uw eo«

pie ? — Je ne pourrai peindre des Esprits que dans deux ans. — Ne pourriez-vous pas aussi bien peindre Napoléon i l'Age de trente ans, par exemple, qu'à l'Age qu'il a actuellement ? Ce fait serait plus concluant. — Je dois le peindre tel il est en ce jour. Je serai deux années sans en peindre d'autres. — Que ferez-Yous pendant ces deux années ? Je serai placé dans une école par Napoléon, et là, j'apprendrai ce que je ne connais pas. Je dessine, mais je ne peins pas. J'ai besoin d'assouplir ma main, d'habituer ma vue, et de connaître à fond le mélange des couleurs. Il faut que mon guide supplée a tout cela, ce qui lui est très- difficile, et le force à ne pas me faire offrir des toiles de premier ordre au public.

Nous en restâmes à peu près là ; mes doutes ne furent pas dissipés. Le 25 arriva ; deux nuits avant, j'avais su qu'une déception m'attendait le 35; aussi n'allai-je à cette séance que tiré par mon habit, dirai-je, par quelques amis. Je n'avais pas voulu faire connaître à mes amis de Paris, ce risque-tout. Le soir arrivé, cent-cinquante personnes, au moins, emplissaient la pièce ; il fut arrêté que quatorze personnes seulement assisteraient aux préliminaires de cette séance, afin de visiter les couleurs, les pinceaux, la toile, et apposer leur cachet ou leur signature sur cette dernière avant de la livrer au lucide, puisqu'on ferait

rentrer le monde et qu'on éteindrait toutes les lumières. Il en fut fait ainsi, et nous nous trouvâmes tous dans la plus pure obscurité. Le jeune homme fredonnait à son aise quelques airs, puis s'entretenait d'Alexis avec M. Marcillet qui avait été invité d'assister à cette soirée. Cet estimable magnétiste l'encouragea avec une bienveillance qui me fit un grand plaisir. Un peintre célèbre avait accompagné M. Marcillet et adressa quelques questions au lucide, questions auxquelles ce dernier répondit très-spirituellement. Il demanda l'appui de cet artiste, qui lui promit de présenter lui-même la toile à Napoléon. Le somnambule avait invité l'assemblée à s'unir à lui, vu que dans ce moment il jouait son avenir et qu'il serait le plus heureux des hommes si un jour sa bonne mère apprenait ses succès, et que son nom fut honoré des mérites de son fils. Mais comme entre-filets à ces sorties pathétiques, il y avait des légèretés, des indiscrétions de l'ordre de celle-ci, vous ne voyez pas* vous autres que je n'ai qu'à copier un très-joli portrait qui est là auprès de moi. Oh! oui, cela ne sera pas long, et à peine un quart d'heure fut écoulé qu'il dit : voilà l'esquisse; je ne veux pas qu'on suppose quelque supercherie de ma part ; mon guide permet qu'on allume une allumette, et que trois personnes seulement regardent cette esquisse. On alluma une allumette, et les trois per-

sonnes les plus près communiquèrent à l'assemblée toute leur satisfaction.

Un incident était arrivé au lucide ; dès en commençant, il dit s'être couvert la main de peinture, et demanda un peu d'eau ; son magnétiseur lui en apporta ; puis, après quelques secondes, il se remit èson travail avec le même entrain de gatté. Quinte autres minutes étaient à peine écoulées, qu'il annonça que son guide permettait qu'il montrât le portrait à toute l'assemblée, quoi qu'il ne fût pas encore fini. On alluma quatre allumettes successivement, puis une salve de bravos fit retentir toute la salle.

Oh ! le beau triomphe, me disais-je, blotti dans le coin ou je m'étais fourré, et d'où je ne voyais que par les yeux des plus près. Entraîné à applaudir comme tous, mes mains ne purent s'approcher pour satisfaire à ce mouvement de satisfaction contagieuse, et une voix secrète me dit intérieure* ment, ce mot lavage.. Quoi laver? me demandaije. L'inspiration s'étendit jusqu'à penser si on s'était assuré qu'il n'y avait pas quelque couche de blanc à la gélatine ou à l'albumine sur cette toile peinte à l'avance et qu'un léger lavage avec l'eau demandée laisserait à découvert par degrés ? Oh ! je n'ai jamais été plus émotionné de ma vie. Je croyais qu'il en était ainsi, sans savoir pourquoi je croyais cela. La vitesse avec laquelle ce portrait

se faisait, l'aplomb du 1 acide, beaucoup d'autres idées se joignant aux premières me convainquirent que nous étions mystiGés.

Le portrait fut terminé en quarante-cinq minutes, les lumières reparurent, et chacun put voir cette toile si désirée; mais il y avait une condition, c'est que personne ne devait y toucher. Le peintre présent pria le lucide de la lui passer pour un instant, l'assurant que son avenir dépendait de la conviction qu'il aurait que ce portrait était fait dans les conditions exigibles. Le lucide ne voulut pas s'en dessaisir, plléguant que l'impératrice devait seule le toucher la première. L'artiste réitéra sa demande, en se contentant d'un peu de peinture que le lucide êterait du tableau et lui montrerait au bout de son doigt. On ne pouvait être plus obligeant et plus accommodant en même temps ; le lucide n'accorda rien, et ne voulant pas être réveillé par des raisons à lui connues, prit le portrait dans ses bras et refusa de satisfaire à la moindre demande sous les prétextes les plus futiles. Le bon M. Marcillet faisait son possible pour faire comprendre au magnétiseur qu'il pouvait lever tout obstacle par le fait de sa volonté ; mais ce dernier s'en référa au programme que le lucide lui avait tracé, programme dans lequel ce petit rusé avait tout prévu. Je sortis de la salle en afGrmant à mes amis que nous venions d'être témoins à non*

veau d'une rouerie de plus des somnambules. Les opinions étaient balancées, mais le lendemain, on soumit l'eau à M. Deloche, pharmacien, qui reconnut qu'elle ne portait pas la plus légère trace d'huile, et qu'au fond du vase était déposé un ré* sidu blanchâtre qui était le Tait du lavage du tableau, et non de la main prétendue maculée de couleurs.

• Son magnétiseur dit, un peu tard, qu'on ne l'y reprendrait plus.

Je ne donne qu'un très-court aperçu de toute cette histoire et des détails de cette séance.

Ce jeune homme voulait, le matin suivant, être endormi chez le commissaire de police, aux oreilles duquel cette mystification était arrivée, afin que ce magistrat jugeât lui-même s'il avait fraudé. Une douzaine d'heures de cachot lui ont servi, sans doute, à réfléchir sur son avenir qui ne promet rien de bon s'il continue de la sorte, et lui ont fait avouer toute la supercherie. Renvoyé de la maison où il était, il fut puni comme le méritait son action, qui a jeté une très-grande méfiance dans l'esprit des étudiants et des armes très-meurtrières dans le camp des incrédules. Si j'avais eu à conduire ce jeune homme, je ne pense pas qu'il m'aurait ainsi trompé ; aussi, semblait-il se trouver mal à son aise en ma présence, comme tous ceux que j'ai déjà démasqués de la marne manière. Que les

magnétistes te tiennent pour avertis , car cea joueurs de tours sont pins nombreux qu'ils le pensent, Il en est ainsi à l'égard des médiums. Sur cent, il y en a-t-il dix de vrais?... Chacun veut être ce qui n'est pas, veut être le pivot autour du* quel le cercle de la crédulité et de l'adulation tourne sans s'en douter. Hélas 1 que de déceptions de ce genre attendent la pauvre espèce humaine, H que de mal ne feront-elles pas à nos études...

Alp. Gahagkbt.

Page 1