‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 34 sur 47 · APPARITION DUNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

APPARITION DUNE JEUNE FILLE

SUICIUÉB KN JUILLET 4855.

M. B..., ayant la avec fruit l'ouvrage des Arcanes de la vie future dévoilés, et ayant déjà sollicité plusieurs apparitions d'Adèle, vient en ce jour pour que cette lucide appelle la belle-sœur de ce monsieur, jeune personne qui s'est suicidée, il y a quelques jours, à l'aide du charbon, par suite d'un chagrin d'amour. Adèle ne tarde pas à entrer en rapport avec cette personne. Le signalement qu'elle en donne à M. B.. . est reconnu d'autant plus exact que cette pauvre fille était borgne et avait des traits exceptionnels, qui devaient plutôt être un réfrigérant qu'un calorique en amour. La conversation suivante s'établit entre le beau-frère et la talle-sœur :

— Pour quelle raison vous ètes-vous suicidée ?

— Pour des raisons que je ne dois pas faire connaître.

•— La personne pour laquelle vous avez dit par écrit que vous quittiez la vie ne vous aimait donc pas?

— Il ne savait pas que je l'aimais.

— Où en avez-vous fait la rencontre?

— C'est une connaissance d'enfance.

— Vous avez écrit vos dernières volontés en

mentionnant tons les détails de votre enterrement et de l'ornement du lien de votre sépulture, assurant que tous laissiez suffisamment pour couvrir les frais. On a exécuté ponctuellement votre volonté à l'égard de l'enterrement. Tenture blanche, drap blanc, couronne blanche, rien n'a été omis; mais les frais de la sépulture ne peuvent être couverts par le peu que vous avez laissé, peu qui est déjà employé pour l'enterrement. N'aviez-vous pas une somme de six cents francs que votre mère vons connaissait antérieurement? Où se trouvé-telle ? Nous n'avons pu la trouver.

— Si j'ai mentionné lés détails de mon enterrement et de ma sépulture, c'est que je savais pouvoir en solder les frais avec ce que je possédais. Si j'ai demandé jusqu'à une couronne blanche, c'est que je méritais qu'elle ornât mon cercueil. J'avais, il est vrai, la somme dont vous me parlez, mais je l'ai prêtée : je ne veux pas faire connaître la personne. Vous dites que vous ne pouvez couvrir les frais de ce que j'ai demandé, vous n'avez donc pas trouvé une reconnaissance du mont-de-piété?

— Nous n'avons rien trouvé, et cependant il n'est pas un chiffon qui n'ait passé dans les mains de votre mère.

—Vous la trouverez, soyez-en assuré, car elle existe.

— Dans tous les cas, elle ne pourrait couvrir les frais à faire, telle en soit la valeur.

— Elle couvrira ces frais.

— C'est le tout de la trouver?

— On la trouvera.

— Vous feriez mieux d'indiquer où elle est ?

— Je ne le sais plus maintenant que vous avez tout changé de place ; mais je vous assure qu'on la trouvera.

— Gomment vous trouvez-vous depuis votre décès.

— Moins bien qu'ayant.

— Par quelle raison ?

— Je ne devais pas faire ce que j'ai fait.

— Comment s'est opéré votre réveil, et quelles ont été vos premières pensées?

— Je suis sortie de l'état d'asphyxie comme on se réveille le matin après une nuit pénible.

— Avez -vous su de suite que vous étiez décédée?

— J'en doutais, vu que je me voyais encore couchée et pleine de vie. Je ne sais qui me fit lever, et je fus très-élonnée de voir mon cadavre qui restait sur le lit. Je ne pus douter alors que j'avais quitté la vie matérielle, mais un vide affreux s'opéra tant dans mes pensées qu'autour de moi; je ne sus plus ce que j'étais, où j'étais, ni ce que j'allais faire!!... Ma chambre me parut in-

supportable! Je m'habillai et je me transportai chez vous. Je m'adressai spécialement à votre Es* prit. Je rappelai à votre mémoire le nom des personnes que je désirais voir assister à mon convoi. Celui de la personne de mon affection vous fut influé par moi... C'est pourquoi il a assisté à mon enterrement ! ... J'y assistai moi-même, puis j'errai de votre maison chez quelques amis et chez d'autres parents...

— Vous aviez écrit que vous désiriez inviter, pour assister à votre convoi, toutes les personnes que vous avez connues. Je ne connaissais pas toutes les personnes de votre connaissance; je ne sais si j'ai satisfait à votre désir?

— Oui, en ce qu'il y était... et que c'était à son intention que j'avais généralisé l'invitation.

— Est-ce ce jeune homme qui a déjeuné avec moi?

— Oui.

— Je le connaissais si peu que son nom se trouvait effacé de ma mémoire ; je ne sais par quelle circonstance j'ai pensé à lui.

— Je vous l'ai dit : c'est moi qui ai présenté son nom à votre mémoire.

— Mais ce jeune homme ne se doutait pas le moins du monde qu'il assistait a une fin aussi pénible d'un amour qu'il avait inspiré bien involontairement. Il m'a même dit que c'était un criroç

de se suicide* et plutôt une preuve de détachement des êtres qu'une marque d'attachement pour eux?

— Je lui avais laissé ignorer l'affection que j'avais pour lui !... Il a raison, c'est un crime de se suicider.

Adèle affirme cette déclaration parce qu'elle a horreur du suicide. Je lui dis : ce n'est pas humain de jeter un tel mépris sur la tombe de cette mal* heureuse au Heu d'y laisser tomber une larme ! Sais-tu tout ce que son cœur a dû souffrir étant aussi aimant qu'il l'était, et n'ayant aucun des attraits exigibles par la société pour être aimée à son tour? Vois donc cette malheureuse, cette Ame tendre et bonne, cachée derrière le hideux visage que tu nous dépeins, cherchant comme ses compagnes, comme les besoins de ses sens le lui commandaient, un regard d'amour dans cette société plus belle et surtout plus égoïste qu'elle, et ne trouvant que le dédain le plus absolu. Joins à cela une bonne instruction, une existence solitaire, une altération de caractère, que sa position a faite. Oh! j'en trouve assez, moi, pour légitimer ce qu'elle a fait ; il faut espérer que Dieu lui pardonnera en faveur de ses douleurs morales.

Adèle me répondit : — Voilà comme vous êtes vous autres hommes : faciles à pardonner dans des causes qui ne sont pas les vôtres!... Pardonnezvous au forçat lorsqu'il s'échappe du bagne, ou au

prisonnier lorsqu'il s'échappe de prison ? Non; tous vous empressez de les rechercher et de les emprisonner à nouveau. Sachez donc que notre séjour sur la terre est fixé comme celui du prisonnier. Si nous venons à la quitter, nous nous trouvons dans les mêmes conditions de ne pouvoir nous fixer nulle part, puisque nous n'avons pas le laisser-passer que délivre seule la mort naturelle. Sachez que les suicidés sont marqués au front, non d'un fer rouge, mais du sceau de la réprobation spirituelle, comme le sont les forçats parmi vous. Tous les Esprits, dont l'existence s'est accomplie selon l'ordre, s'éloignent au plus tôt du suicidé, en le regardant comme étant un égoïste, un mauvais serviteur, qui a refusé de remplir la mission qui lui était confiée. Il a rompu avec la société entière en se séparant d'elle ; la société spirituelle en agit de même à son égard jusqu'à ce que le temps de la punition qui lui est infligée soit écoulé. Là, alors, il rentre dans l'harmonie du ciel.

— Quelle est cette punition ?

— D'errer, comme le fait cette jeune fille, dam l'atmosphère la plus attachée à la terre, sans pouvoir s'élever plus haut.

— Quels lieux leur sont assignés; qu'y font-ils?

— Ils errent dans des lieux convenant à leur position. Ils font ce qu'ils peuvent et non ce qu'ils veulent; c'est ainsi que la personne qui est devant

moi erre auprès de sa mère et de quelques amis terrestres.

— D'après ce que nous connaissons de la faculté qu'ont les Esprits de voir les êtres et les lieux de leur affection, comme vous le faites vousmême si facilement dans votre état de somnambulisme, cette jeune personne peut se trouver selon ses vœux auprès de l'Esprit qu'elle aime, et jouir des créations que renferme le globe attractif dont l'Esprit Swedenborg nous a donné connaissance tome 3 des Arcanes.

— Elle ne peut voir, jouir et posséder que les images des êtres et des choses qu'elle a connus sur la terre; mais simplement jusqu'au temps où elle les a connus ; par conséquent n'ayant jamais parlé d'amour avec celui qu'elle aime, elle ne peut que le voir et répéter ce qui s* est passé. Gela pourrait satisfaire ceux qui ne se croient pas morts ; mais ceux qui, au contraire, se séparent de la vie terrestre, parce que cette vie leur est insupportable, ils ne peuvent rentrer dans le passé de cette vie et y trouver de la jouissance. Cette personne qui sait qu'elle est spiritualisée sans progrès aucun, sans pouvoir jouir d'une création dans laquelle il ne lui est pas permis d'entrer, ne peut jouir que de l'Etat dont je te parle, qui est un état de privation semblable au néant !... Crois ce que je te dis, cela existe ainsi .

Trois jours après cette séance, je reçus une lettre de M. B... m'annonçant que la reconnaissance do mon t-de -piété dont il est parlé précédemment avait été retrouvée, et que la valeur supposée de l'objet engagé (devant le peu qui avait été prêté), lui semblait suffisante pour couvrir les frais qui restaient à faire.

Devant un fait de cette nature, pourra-t-on argumenter que le lucide a vu dans la pensée de M. B. .. cette particularité qu'il ignorait d'autant plus que la spiritualisée passait pour avoir six cents francs en caisse, ce qui est loin du besoin d'emprunter... Dira-t-on que la lucide a vu cette reconnaissance dans l'appartement de la spiritualisée appartement dans lequel il ne restait plus rien lui appartenant ! Pourquoi ne compléterait-elle pas notre étonnement en nous disant où elle voit cette reconnaissance; son triomphe serait encore plus grand. Il est vrai qu'on nous dira : faites-en autant avec tous les spiritualisés pour lesquels on vous consulte sur des questions de ce genre, questions qui intéressent fort souvent l'avenir des familles. Nous répondrons que ce manque de pouvoir de notre part prouve, au contraire, que nous ne faisons pas ces découvertes par le seul secours des facultés spirituelles; car, s'il en était ainsi, notre fortune serait faite et au-delà ; des sommes considérables nous ont été proposées à cet effet* Non,

ne pouvons que ce qu'on nous accorde de faire, qui est d'être les humbles et fidèles interprètes des êtres d'outre-tombe avec ceux de notre terre. Les premiers sont eux-mêmes soumis en ce genre à des pertes de mémoire, à des ignorances de leur état et à des récriminations envers ceux qui n'ont de respect fort souvent pour leur mémoire qu'en vue de ce qu'elle leur procure 4e bienêtre.

Nous ne pouvons, dans ce simple article, développer notre manière de voir et d'admettre qu'il en doit être ainsi, nous n'avons désiré que d'appeler l'attention des hommes studieux sur l'ensemble de cette apparition.

Au». Cahagnet.

Page 1