‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 43 sur 47 · ERRATUM · texte numérisé non relu

ERRATUM

49 e livraison (page 465 de ce volume), dans notre réponse ù M. G., nous paraissons confondre Jean-Baptiste avec Jean l'Êvangéliste, en attribuant l'Apocalypse au premier, quand on l'attribue au dernier. Nous n'avons fait celte citation qu'après nous être renseigné auprès de l'Esprit de Jean-Baptiste lui-njêrne, qui est bien l'auteur de cet ouvrage, ( l non Jean l'Êvangéliste, auquel les prétendus livres de vérité l'attribuent. Nous n'aurions point fait cet erratum si nous n'y avions pas été engagé par notre estimable F.... en Dieu, M. Mathieu. Alp. Cahagnet.

IMMORTALITÉ (Suite).

A MONSIEUR CLEVER DE MALDIGNY, EX-CH1RUR- GIEN-MAJOR DE LA GENDARMERIE I)'ÉLITE DK PARIS.

Cher monsieur,

Pour traiter avec vous aujourd'hui de l'immortalité individualisée de l'âme humaine par le secours de celle du règne végétal, il était nécessaire que je m'en rapprochasse en quittant Paris, comme je l'ai fait, pour habiter la campagne. Paris! la chère capitale des savantes et des sottes conceptions de l'espèce humaine !... Oui, j'ai laissé votre magnifique palais des Tuileries, agrégation minérale de laquelle ne peut sortir aucune production de fraternelle et sage épuration qu'après des siècles de combinaisons plus ou moins personnelles... J'ai quitté votre vieille, grande et noire Notre-Dame, vaste entrepôt des expéditions religieuses de toute la catholicité parisienne, et vaste livre ouvert à tous les alchimistes de l'univers... J'ai quitté votre Palais-de-Justice, dont la gente chicaneuse ne me sourit guère mieux que les arguments de nos antagonistes... J'ai quitté votre rendez-vous des agioteurs honnêtes du siècle, le

palais de la Bourse de quelques-uns, dans lequel s'engouffre la bourse de tous.., J'ai quitté jusqu'à votre Arc-de-Triomphe, porte sublime par laquelle n'a jamais passé l'amour fraternel... Je suis allé in enfermer dans les échalats d'Argenteuil, admirer la vigne pousser, les arbres fleurir, les fleurs s'épanouir, et les insectes se réjouir aux rayons du soleil, qui protège et ne leur ravit pas leur liberté.

À quelle graine, à quel ognon ou à quelle rebouture vais-je m'adresser pour connaître sou passé, son présent, son futur? Ma foi, je n'ai que l'embarras du choix... Je vois directement sur le bord de ce chemin une jeune et jolie créature qui me parait être tout absorbée par une attention inquiète. Lirait-elle quelque billet doux dont les termes causeraient sa stupéfaction ?. , . Approchons. Mais non pas, elle enlève un à un les pétales argentés d'une pauvre petite pâquerette qui, encore tout humide de la rosée du matin, croyait pouvoir recevoir, elle aussi, aujourd'hui, quelques tendres propos d'amour d'un frère. Blanche fleur de la bonne aventure, pauvre martyre de la curiosité des cœurs aimants; quedis-je, des cœurs aimants? Ils sont généreux ces cœurs qui ne peuvent être heureux qu'aux dépens du repos des autres 1

Que t'a fait, cette fleur, belle enfant, pour venir l'arracher aussi brutalement que tu le fais à son

soi, à sa tige, à sa famille, et détruire ainsi, sans nul souci pour elle, les éléments de son être, les charmes de ses amours, le chef-d'œuvre de sa forme ? Sais-tu ce que lui a coûté de combinaisons, d'études, de travaux, la superposition, la blancheur et les constituants de ce pétale qui vient, selon toi, de te répondre non, il ne m* aime pas? Baisse donc un peu tes regards, et vois avec moi combien cette production tient peu à la terre qu'elle foule plus qu'elle ne la pénètre de ses courtes racines. C'est qu'elle sait, sans doute, que son existence est dépendante du moindre caprice du premier passant, et que la stabilité de ses amours n'est pas de ce monde. Regarde avec moi ce beau sanctuaire d'or quelle enfermait le soir dans cette blanche colerette que tu viens de détruire, de crainte que quelque insecte des ténèbres vienne en maculer la couleur. Vois avec quelle symétrie cette quantité d'étamines, qui sont autant d'adorateurs de son cœur, sont agencées ; ne te semble-t-il pas voir nos Âmes sortant ainsi toutes lumineuses du grand foyer divin, projetées par demicourbes opposées dans les espaces des espaces, ce qui fait qu'elles ne peuvent jamais produire la sphère complète de ces deux parties créées Tune pour l'autre, aspirant l'une après l'autre, et ne se rejoignant que dans le sanctuaire de celui qui seul possède la puissance de cette union ?

Vois à côté de ta victime sa sœur, dont l'existence paisible est écoulée. Sais -tu ce que contient cette pyramide qui remplace ce beau cœur dont je te parle? eh bien, elle contient autant de germes de créatures semblables auxquelles elle va faciliter dans un instant de rejoindre le sol sur lequel elles vont dormir du sommeil de la tranquillité jusqu'au printemps prochain. Elle a su prévoir à l'avance tous les besoins et les risques de ce sommeil, en emmaillottant chacun de ses enfants dans des langes convenables, qui défient, plus que les nôtres, les intempéries du temps. Je t'effraie, sans doute, en te contant ces choses par lesquelles tu vois que les fleurs pensent, aiment et prévoient ; mais ne demandais-tu pas à cette pauvrette s'il t'aimait ? Pour rendre ta question conséquente avec ellemême, il est donc naturel d'admettre que cette fleur sait ce que tu ne sais pas savoir. Elle sait plus encore, puisqu'elle sait enfermer dans le cœur de ses enfants tout ce qu'il leur est utile de connaître et de faire pour vivre de la vie des pâquerettes des champs. Elle ne fait que de faire, en cette circonstance, ce qu'ont su faire toutes les pâquerettes desquelles elle est sortie, et ce que sauront faire toutes celles que contient cette simple peti te graine que peuvent à peine distinguer tes yeux. Oui, chère et belle enfant, toutes les pâquerettes de la vie éternelle sont dans ce' pauvre petit point que tu vois à peine.

Vois avec moi une autre merveille dans ce svelte bleuet qui a pris demeure dans ce riche champ de blé, sublime substance coulante de la chair de l'homme. Ne représente-t-il pas à ton cœur ce bel autel au sept lampes bleues, contenant chacune une stalle destinée, sans doute, à quelque ange en méditation sur les éthers des sphères spirituelles? Ses neuf étamincs qui semblent porter le deuil de la lumière céleste, si j'en juge à l'obscurité de leur manteau noir, ne paraissent guère être dis* posées à déposer leur espèce dans ce pistil, sanctuaire d'amour, qu'ils regardent avec plus de dédain que de volupté. Peut-être savent-ils mieux que nous que plus les races s'étendent, plus elles se divisent et moins elles s'aiment. Ah ! un bleuet doit aimer tendrement, puisqu'il est la parure favorite des premiers ans, et par conséquent des premières amours de l'homme. Sais-tu qu'on accorde à ces jolies fleurs la vertu de guérir et d'éclaircir la vue de l'homme? Sais- lu quand et comment on leur accorde cette vertu? Eh bien, c'est quand elles sont mortes selon les hommes, et doublement mortes selon la chimie ; c'est en ayant passé par la distillation, c'est-à-dire en ayant subi l'action du feu matériel, qui, si elles n'étaient pas totalement mortes après leur défloraison, les tuerait à coup sûr, car le feu est un brutal dissolvant de toutes choses. N'est-ce pas que les hommes sont

plus incompréhensibles dans leurs propositions que moi dans les simples révélations que je leur fais sur ces choses? Oui, belle enfant, les corpuscules qui ont formé cette belle couronne bleue qu'admirent tes beaux yeux, seront un jour les meilleurs oculistes que tu puisses connaître, et dans ces immensités de circulation que présente le corps humain, sauront bien trouver les obstructions ou les puissances qui troublent ces globes si nécessaires à l'homme pour admirer ce qu'il méprise, et détruire par leur savoir ces agents de trouble, comme savent le faire si bien les rois dans leur royaume. Tout en proposant de telles puissances aux choses après leur mort, ces hommes nient l'existence de ces choses. N'est-ce pas que les hommes sont drôles?

Que fait auprès de ce bleuet cet ardent coquelicot, ce Morphéc, ce dieu du sommeil, ce narcotique des pensées humaines, ce harem nombreux d'aspirants à l'amour d'une sœur, ce rendez-vous symbolique des couleurs de la terre? car ce rouge ardent qui décore ses pétales est peut-être le foyer d'où sort le bleu céleste sous la figure de flamme fluidique, passant au jaune lumineux par la macération, et par un changement d'état formant le vert, quatre couleurs pouvant, par des combinaisons diverses, engendrer celles du prisme. Je t'ai dit que cette plante était le narcotique des pensées

humaines; c'est encore lorsqu'elle ne manifeste plus son existence d'apparat à nos yeux, qu'elle manifeste à notre esprit sa puissance de domination. Ce n'est pas aux pieds que cetle puissance s'adresse jamais, mais bien aux centres nerveux du cerveau pour y produire cette stupéfaction voiu sine de la mort, si elle n'y conduit pas» Si cette jolie fleur était bien morte, elle ne ferait pas de telles merveilles, et si elle produit de telles merveilles selon les hommes, c'est qu'elle sait faire autre chose que de se parer de belles couleurs; c'est qu'après être morte, elle est encore plus forte que l'intelligence humaine, puisqu'elle annule cette dernière par sa puissance narcotique. Oui, les hommes soutiennent de fameux contresens.

Gomme compagne du même sillon, je vois auprès de cette fleur une délicate nesle, la coquette des champs, à la forme gracieuse, aux couleurs attrayantes. Vois ses cinq pétales violacés parsemés chacun de quatre petites nervures : c'est dons elles, à n'en pouvoir douter, qu'elle renferme les douces et les pénibles émotions de son cœur ; car qui donc sur la terre ne subit pas ces deux compléments de toute existence? Cette fleur ne te parait-elle pas sublime de couleur et de correction? Regarde cet imperceptible velouté qui décore ses frêles pétales. Duvet naissant au menton du roi de la création peut-il le disputer, par le soyeux et la

souplesse, à cet idéal assemblage de je ne sais quelle substance qui le forme? Eh bien, sache, belle enfant, que chacun de ces linéaments imperceptibles, vacillants au moindre souffle du zéphir, est un assemblage innombrable d'êtres pensant et agissant avec plus de précision cent fois que toutes ces armées d'êtres humains, assez civilisés tout juste pour tourner la tête du côté du commandement et la baisser du côté de la sottise, comme tu le vois faire dans toutes ces revues qui t'émerveillent. Oui, chacun de ces poils imperceptibles est toute une nation qui était contenue dans une graine grosse comme la pointe d'une épingle, avec mille nations semblables qui forment de sa racine au pollen de sa reproduction. Chacun de ces poils est composé d'autant d'aspérités vivantes, d'autant d'artères que ton noble estomac, et tapissé de \rillosités dont les hommes ignorent les sublimes fonctions. C'est à cet imbécile ou capricieux hasard (que les savants opposent a Dieu) qu'est dû un aussi merveilleux ensemble de choses. Je t'ai dit que ces linéaments étaient un composé d'êtres pensants et agissants, c'est d'abord pour être d'accord avec les études que nous faisons, et, en second lieu, pour soutenir la thèse des savants botanistes; car si nous n'accordions pas de savoirfaire à toutes ces plantes lorsqu'elles ont passé par la mort du foyer matériel, ce serait nier la néces-

site de la nourriture et des drogues dans la conservation de l'être, vu que la mort ne peut alimenter la vie, je le pense. Ta vois donc que pour être d'accord avec ceux qui nient la vie après la mort, il faut que nous acceptions l'activité après l'anéantissement, ce qui est tout un, mais ce qui est un palliatif pour les argumentateurs contre l'immortalité individualisée des espèces. Je dis individualisée, car j'y suis encore autorisé par les propositions de ces mêmes contradicteurs de nos études, en ce qu'ils n'admettent pas que les vertus du coquelicot égalent celles de l'émétique; par conséquent chacun opérant éternellement selon son espèce et ses puissances, c'est que chacun reste éternellement ce qu'il est. Nous devenons logiques sans forcer la question.

A ton regard candide, je devine que mon langage sourit moins à ton jeune cœur que quelque fait qui distrairait ta vue s'il n'éclairait ton esprit. Viens avec moi, belle enfant, je vais te faire voir une autre merveille de l'immortalité des espèces. J'ai dans ma pauvre serre, sur une planche, un ognon que je ne destine pas à la casserole, sois-en assurée, mais que je destine au creuset du grand chimiste de l'univers. Viens le déposer dans la terre avec moi ; tes mains sont plus blanches et plus délicates que les miennes; ton haleine est plus suave, envoie sur lui un des soupirs de ton cœur,

et place-le dans le berceau terrestre, avec tonte la douceur que tu mettrais si tu veillais au coucher de ta jeune sœur... Attendons un moment, ce qui veut dire, pour la nature, quelques mois... Que de vents du nord et d'ouest ébranleront le globe qui le contient ! que de douleurs et que de larmes verra verser la terre par les êtres qu'elle supporte! que de vœux à exaucer feront les êtres qui le frôleront de leurs pieds d'ici son éclosion ! Mais sache que chaque chose est soumise à la loi de succession. Les globes sont où ils doivent être, et les heures du temps matériel sonnent quand elles doivent sonner. Chaque brin d'herbe, chaque arbuste, chaque fleur, chaque graine, chaque ognon, chaque rebouture a sa seconde de réveil, son heure d'éclosion, son jour de reproduction et son temps de repos!... Oui, chaque seconde, remarque-le bien, est un coup de rappel frappé par le tambour-maître de l'univers, qui invite tant d'innombrables êtres à se placer dans leurs rangs, sous les armes. Excuse si je me sers d'une figure aussi impropre pour démontrer à ton entendement une aussi grande question, en accolant l'harmonieux classement des constituants d'une tendre fleur à la figure allégorique des bouchers de notre espèce. L'Éternel me pardonnera, je l'espère, de me servir de la fange des conceptions humaines pour prouver la divinité de son harmonie. Oui,

chère enfant, chaque brin d'herbe comme chaque fleur ont leur seconde pour s'épanouir au soleil de notre globe, et pour se fermer aux ténèbres de ce même globe. C'est ainsi que l'ognon de lis, que ta blanche main a déposé en terre, commence déjà à ouvrir son sein, pour en laisser sortir ou y appeler les corpuscules qui doivent l'élever sous peu de cet état abject à l'état de grandeur et de pureté où tes yeux le verront... Regarde cette petite pointe verte qui soulève avec peine ce petit tas de terre qui la recouvre... pense, soulever ! pense bien à ce mot> la force nécessaire à cette action est dedans, dessous, au-dessus cette pointe verte. Le coup de pied newtonien me semblerait bien brutal pour produire ce lent et délicat travail ; et encore admettre le pied, il faudrait admettre la jambe, le corps, la volonté, enfin un être formé de toutes pièces, ce que ne veulent pas admettre ceux qui nient tout ce qu'ils ne proposent pas... Mais je ne veux pas te parler métaphysique; tendre et confiante en mes paroles, je ne dois t'instruire que sur ce que tu veux et dois comprendre. Tu vois donc cette pointe verte, qui a vaincu les résistances de la pesanteur, s'ouvrir, s'allonger, s'élargir, se colorer, se parfumer, je ne sais avec qui ou avec quoi, ni par la puissance de qui ou de quoi; mais toute semblable a toi, belle enfant, qui as quitté le sein de ta mère pour admirer le tien

tifattre, notre enfant végétal quitte ses langes pour s'élever majestueusement. Jusqu'où? Je l'ignore; mais je pense que c'est jusqu'au besoin de remercier Dieu, son père, de sa tendre sollicitude envers lui, et par l'acte de la procréation qui lui a été permis d'accomplir, appeler au chœur de cet hymne de reconnaissance le plus d'êtres qu'il pourra, afin que le Seigneur en soit mieux glorifié. Le lis, comme toi, belle enfant, n'est pas une fleur aussi commune que les autres. Vois la hardiesse de sa tige, le tendre vert de ses feuilles, le blanc de ses pétales qui forment cette corole, ce lit nuptial dans lequel l'or brillant de ses six ctamines a su assez tenter les rois pour en faire leur fleur favorite. Ils ont vu dans ces trois couleurs qui le décoreut des allégories qu'ils ne savent guère mettre à profit. Le tendre vert de ses feuilles représente la douce espérance, qui élève l'âme vers des affections meilleures et vers des lieux plus purs; le blanc de ses pétales est l'image de la pureté et de la justice céleste, et For de ses étamines est le symbole de la lumière, de l'intelligence qui conduit à l'admiration. Oh ! rois souillés de sang et de larmes, qui avez osé orner vos blasons de cette fleur du ciel, vous rendrez compte aux anges, un jour, d'avoir ainsi maculé le symbole de la pureté de leur âme ! L'heure de la pleine existence de cette fleur est sonnée, chère enfant ; vois ses six pétales s'ouvrir

à l'aurore de ce beau jour de juin ; avec quelle souplesse se volutent-ils au souffle du zéphyr qui balance leur tige. Est-ce pour mieux offrir à notre regard ce berceau de ses amours qu'ils cou* Traient il n'y a qu'un moment? Je l'ignore; mais ce que j'ai à te faire remarquer au milieu de ces six étamines, c'est ce pudique pistil, tout semblable à toi ce matin, effeuillant un à un les pétales de cette blanche marguerite, pour savoir s'il t'aimait. Ce pistil est la vierge de ce blanc sanctuaire. Son langage et ses amours doivent t'ètre inconnus : sache seulement que dans un instant le bonheur après lequel ton cœur aspire va combler le sien.

Si en Europe, bel ange terrestre que tu es, tu crains tant de remonter aux cieux sans avoir échangé les soupirs de ton cœur avec un ami ; si généralement, dans les autres parties de ce globe de douleurs, la chance est encore moindre, vu que chaque frère n'offre qu'un cœur ù un nombre plus grand de cœurs de sœurs, Dieu a voulu, sans doute, qu'il en fût autrement dans le règne végétal, en offrant à chaque vierge de ce règne autant d'adorateurs qu'elle en peut désirer. Que cette connaissance ne t'inspire aucun désir lascif; qu'elle double, au contraire, ta pudeur et ton amour pour le seul cœur qu'il te convient d'aimer.

Às-tu compris, plus que moi, comment ce sublime phénomène s'est opéré? comment d'un point

— ooa —

si petit est sorti un arbuste aussi grand et aussi beau? Ne crois pas que s'est borné là tout le travail de cet ognon ; ce qu'il a produit au-dessus de la terre n'est pas plus merveilleux que ce qu'il a produit dans cette même terre. Malgré l'obscurité apparente de cette dernière, elle n'est pas moins assez éclairée dans l'opacité de ses agrégats pour produire des beautés égales, si elles ne dépassent celles qu'admirent tes yeux. Cet ognon que nous avons déposé dans son sein n'est plus isolé maintenant; le produit de l'acte d'amour sur lequel j'ai prié ta pudeur d'étendre un voile s'est introduit dans cet arbuste, et est venu se déposer dans le sein de ce même ognon dont il est sorti, produit qui s'est divisé en autant de lui-même dans tous ces petits ognons que tu lui vois accolés : ce sont autant d'enfants dans lesquels il a déposé ce qui avait été déposé en lui, ce germe de vie, ce moi de son espèce, cette immortelle existence qui s'est ainsi manifestée du premier ognon créé jusqu'à celui que nous voyons, et jusqu'à ceux qui lui succéderont. Les savants disent que ce n'est pas là une immortalité individualisée, prouvée. Pensetu comme eux ? Non, tu as su trop bien voir, et tu es trop lucide pour nier une aussi puissante proposition. La nature a destiné ces ognons à se manifester à nos yeux en temps et heure, comme tu les as vus, sans jamais changer de forme ni de

manière d'être. Une aussi persévérante manifestation de la production des espèces devrait bien nous prouver que ce qui est doit toujours être. Mais les savants ont dit, eux, qu'il n'en était pas ainsi, et que Tognon que je te montre n'est pas 1'ognon premier. N'est-ce pas que c'est pour le plaisir d'argumenter qu'ils parlent ainsi? car s'il n'est pas rognon premier, il n'en est pas moins une partie possédant la propriété du tout, car, autrement, il n'aurait pas besoin de se diviser ainsi pouf appeler ou étendre les agrégats de sa forme. Ces agrégats, qui forment son habit, pourraient tout aussi bien se joindre entre eux pour produire ce qu'ils produisent autour de la partie de cet ognon, que de s'agréger à cette partie. Si cette partie leur est utile comme point ordonnateur, c'est donc qu'elle contient en elle toute la puissance agrégeante de cet habillement ; par conséquent ce travail prouve, au contraire, l'immortalité de la moindre des parties comme celle du tout ; et j'ose te dire tout bas que ce travail prouve que le tout est en toutes les parties de son être, ce qui loin de l'anéantir le centuple au contraire. J'ose plus encore, en t'affirmant que toute une famille humaine est renfermée dans le dernier rejeton de cette famille ; ce rejeton est la dernière ujanifestation de cette famille sur la terre, comme le dernier bourgeon d'une branche d'arbuste est

le contenant et la fin de cette branche. L'un et l'autre se retrouvent dans le sanctuaire spirituel de leur manifestation ce qu'ils ont été et ce qu'ils doivent être éternellement. Crois cette proposition, mais n'en parle pas aux savants.

Sache encore que cet ognon que tu as déposé dans la terre pouvait manifester à tes yeux des puissances non moins grandes que celles que tu as vues, et cela sans le secours de la terre. Si un jour il arrivait que tes doigts si blancs et si effilés fussent attaqués par un de ces maux qu'on nomme mal d'aventure, panaris, tournioles, etc., tu n'aurais qu'à le prendre et l'ensevelir sous la cendre rouge du foyer, le laisser bien cuire, ce qui est dire en bonne physique bien mourir, puis tu l'appliquerais ainsi sur ton mal, et tu sentirais peu de temps après un grand soulagement qui te conduirait à la guérison. Tu me demanderas encore comment la mort de cet ognon, ainsi bien établie, peut avoir quelque puissance sur l'excès de vie du mal qui te tourmente? En ce que la mort représente bien le néant de l'activité, et que cette dernière, au contraire, représente la vie. Tu ajouteras, peut être, à ta question : comment, après sa mort, cet ognon devient un aussi studieux médecin, lui qui était destiné en apparence à n'être qu'une belle et légère fleur? Ce sont des mystères, mon enfant, que les savants éludent au lieu de les

étudier, et dont ils nient les beautés pour ne pas avoir la suggestion de les expliquer. Pour ce qui me concerne, je ne peux que te montrer ce contresens de l'esprit humain, et répéter encore : N'estce pas que les hommes sont drôles?

Si j'ai pris cet ognon pour sujet d'études, c'est que je voulais offrir à tes yeux un moyen d'étudier l'éclosion de ce qui est assez facile à saisir, pour m'éviter de te faire recourir à des instruments d'optique ou à des propositions qui n'ont pas le mérite brutal du fait... Je pouvais appeler ton attention sur ces graines imperceptibles à l'œil humain qui produisent des êtres géants; je pouvais avoir recours à un. grain de chènevis qui produit un arbre capable, en cas échéant d'orage, d'offrir un abri à ta svelte corpulence... qui, par les puissances que contient sa fleur, peut influencer les plus fortes intelligences, au point d'en faire des hommes méchants ou bons, religieux ou athées, sages ou fous ; que sais-je? leur faire croire créer des globes, des soleils, des espaces, des êtres, des amours sans fin !... Oui, tout cela est renfermé dans ce petit grain de chènevis que béquelte iusouciamment le chardonneret de nos bois... Je pouvais t'offrir un grain de blé recueilli dans un sarcophage égyptien, qui, après avoir sommeillé auprès de quelque vierge de ton espèce peut-être, pendant dix-huit siècles, dans cette nuit profonde

du tombeau, revoit un jour en Angleterre, à Londres, le beau soleil d'Europe, et reproduit aux hommes du dix-neuvième siècle le même froment que leurs frères ont mangé au premier siècle de notre ère; mais je t'aurais effrayée, sans doute; je ne cite ce fait qu'A ceux qui nient l'immortalité individualisée des espèces, car une telle préexistence de dix-huit siècles prouve à coup sûr une immortalité ultérieure, puisqu'elle est Tune et l'autre. La veille qui contient le lendemain est l'immortalité de ce lendemain. 11 en est ainsi de ce grain de blé qui a contenu en lui dix-huit siècles d'immortalité, et qui dans sa nouvelle manifestation en contient peut-être des millions.

J'aurais pu également te dire un mot des amours de telles plantes ou de tels arbres, amours que connatt seul le calme des éléments, amours de prévision et non de vision, de distance et non d'attouchement; mais à quoi me servirait d'étendre celui qui dévore déjà ton jeune cœur par des récits de cet ordre? Les savants qui livrent combat à nos propositions savent ces choses, mais ils ne veulent pas que le commun des hommes les connaissent ; ils ne seraient plus aussi savants si tous les hommes Tétaient un peu plus. Oui, belle et tendre enfant, les savants nient l'immortalité individualisée des êtres devant de telles études, et surtout devant toi dont il est si pénible de voir les

beaux yeux inondés de larmes au souvenir de ta bonne mère. N'est-ce pas qu'ils n'ont pas sondé les pulsations de ton cœur à cette proposition? Tiens, ces hommes sont trop grands pour nos petites intelligences. Viens souvent auprès de moi te nourrir de mes études, te calmer de mes espoirs, et aimer la vie éternelle de mes amours, Laissons-là ces puits à larmes, y noyer ceux qui préfèrent la désolation à l'espoir. Crois-en l'immortalité individualisée de ta belle Ame, chère enfant ; mais surtout ne touche plus de tes blanches mains les marguerites des champs.

Conclusion. Par les observations qui précèdent, nous pouvons donc affimer aux panthéistes, gens d'esprit qui nient la vitalité immortelle individualisée des pensées de Dieu, pensées qui sont l'âme et l'esprit de toutes choses; gens qui affirment qu'ils doivent perdre la connaissance de leur moi à leur rentrée dans ce panthée, comme s'ils avaient pu en sortir, et être hors Vitre qu'ils disent être tout ce qui est... gens qui ne comprennent pas qu'être individualisé présentement, c'est admettre l'être éternellement... c'est admettre que ce tout est ce qu'il doit être, sauf les manières de voir et de sentir de chacune des parties de cet être ; c'est admettre que, .s'il en était autrement, ce serait rentrer dans le creuset primitif pour en ressortir plus pur par effet d'affinage, et non pour y changer

sa nature typique; que s'il en était autrement, ce serait admettre l'anéantissement de ce qui est en faveur de ce qui n'est pas; ce serait faire de ce qui n'est pas ce qui est, et vice versa; proposition tournant la question, mais ne disant pas où serait pris ce qui sera, et où sera placé ce qui est ; proposition qui ferait de l'être le plus parfait un capricieux créateur, manifestant continuellement des êtres négatifs ; car ce qui ne reste pas ce qu'il est, équivaut à n'être pas.

Nous voulons donc affirmer, disons-nous à notre tour à nos antagonistes, que ce tout, cet un, qu'ils font du grand pluriel des existences, est singulicment plus ténébreux à la compréhension de l'intelligence humaine, que d'admettre la conservation, sous d'autres manières d'être, des agents typiques, des moi, des Ames, enfin, de tout ce qui est, et de leur accorder de pouvoir >enir trouver (en cas échéant) les êtres parmi lesquels elles ont vécu matériellement, comme les agrégats des règnes dont nous avons parlé savent venir, en temps opportun, trouver les points attractifs autour desquels ils doivent se grouper pour un temps quelconque.

En effet, si nous avons vu de freluquets têtards sur les blanches épaules du chef-d'œuvre préMim' de la création, afin de produire un pluriel infini. . . si nous avons yu de sexagones ou d'octogones crh

taux offrir leurs appas à des affinités, à des êtres de leur nature, afin de perpétuer l'individualité de leur espèce... si nous avons vu des corpuscules tenant de la matière de l'éther et de l'arôme échanger des baisers d'amour sur les ailes du plus léger zéphyr, en vue de perpétuer l'immortalité individualisée de leur être, nous devons admettre que ce grand panthée, qui peut être ainsi divisé, connu et défini par une partie de lui-même... que ce grand créateur qui peut se présenter à son gré sous toutes les formes, à tous les yeux, et raisonner individuellement dans toutes les individualités, a donc voulu et pu se diviser ainsi dans le but de n'être pas un bloc inerte continuellement bloc, tout et rien, puisque le tout qui ne peut dire éternellement moi, faute d'un vis-a-vis éternellement lui, équivaut au rien, qui seul n'est pas... Si ce tout a trouvé bon, répétons-nous, de se diviser ainsi en autant de fractions de lui-même, c'est qu'il aime la division, et qui aime une chose la conserve, à n'en pouvoir douter, afin de se conserver luimême. La conservation des choses, c'est les laisser telles qu'elles sont. C'est directement ce que nous admettons et soutenons depuis que nous soutenons la thèse de l'immortalité des êtres et des choses. L'individualité des êtres et des choses étant ainsi établie, ne peut l'être, comme nous l'avons vu, à l'état matériel que par des points d'attraits qui

sont les moi propres des êtres et des choses auxquels s'agrègent les antres moi invisibles à notre œil, mais irrécusables pour notre intelligence.

Nous sommes donc arrivés, de cette manière, à trouver des individualités préexistantes et surexistantes dans des états différents... nous sommes également arrivés, par la preuve qu'il nous est impossible d'anéantir quoi que ce soit, à conserver la division de ce toutpanthée, qui ne peut exister, comme nous l'avons déjà dit, sans un vis-à-vis qui représente les fragments de son être... S'il en est ainsi, i! est à présumer que ce tout jouit de pensées semblables aux nôtres, puisque ces dernières ne peuvent provenir d'une autre source que de la sienne... si ces pensées sont pendant toute notre existence terrestre en nous et présentes sans cesse à notre mémoire; si, plus est, elles sont transmissibles chez autrui à perpétuité, en les retrouvant chacune ce qu'elles sont et ce qu'elles ont été sur la page immortelle de l'histoire vivante du corps humain, c'est que ces pensées sont éternellement séparées et non confondues dans le tout... Si ces pensées sont ce que j'avance (le somnambulisme en est la preuve irréfutable), elles sont entourées de toutes celles qui ont concouru à leur manifestation ; par conséquent l'existence future de l'une prouve celle de l'autre.

Si ce loutpanthée sent par de semblables pensées,

cet dernières doivent produire à coup sûr à sou moi les mêmes sensations qu'elles produisent au nôtre, hors cependant les inharmonies de nos as** semblages en ce genre. Nous arrivons donc à conclure forcément que la conservation de cette division est la loi des lois, la vie et la seule dépendance qui commandent à ce panthée d'être éternellement ce qu'il a choisi et voulu être, sous peine de redevenir tout; être sans espaces, son* formes, sans pensées et sans division aucune, par conséquent sans action ; être enfin sans être, ni sans stabilité. Niant l'immortalité individualisée des êtres, on nie l'immortalité de Dieu, puisque admettre que ce qui est sorti de ce grand être est susceptible d'anéantissement, c'est admettre l'anéantissement même de cet être ; forcer ce même être de retoucher à son tout, en en changeant les divisions, c'est nier sa prescience, sa perfection et son savoir-faire : il faut donc nier Dieu dans la négation de l'homme, si on tient à la logique d'un raisonnement momentané.

Nous avons fait la part, aussi généreusement que nous l'avons pu, à nos antagonistes, en ne traitant de cette importante question qu'à leur point de vue, que d'après les notions scientificoofficielles admises, et surtout sans le secours de notre cabinet de nécromancie. Nous liront-ils? nous comprendront-ils? Je ne le sais; mais, dans

le cas contraire, je ne vois qu'âne manière de prouver à ces hommes qu'ils sont et savent quelque chose, c'est de leur laisser dire, c'est de leur laisser le soin de l'enseignement. Soyez assuré, cher monsieur, qu'ils crieront alors jusque sur les toits qu'eux seuls connaissent la loi, qu'eux seuls possèdent la force vitale individuelle et éternelle, et que l'immortalité individualisée de l'Ame humaine leur est aussi prouvée que celle de Dieu même.

Daignez, cher monsieur, leur donner pour moi Je salut d'admiration ou de compassion, à votre choix, et recevez pour vous la franche poignée de main fraternelle bien individualisée de celui qui est et sera éternellement, comme vous, une unité dans le tout.

Alp. Cahagnet.

CORRESPONDANCE

Page 1