‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 44 sur 47 · APPARITION D'UN ECCLÉSIASTIQUE PAR DES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

APPARITION D'UN ECCLÉSIASTIQUE PAR DES ECCLÉSIASTIQUES

Le 12 mars 1855, je reçus un petit mot de M. l'abbé Almignana , par lequel ce vénérable ami me prévenait que deux Ecclésiastiques, ayant lu sa dernière brochure ayant pour titre : Du Somnambulisme , des Tables tournantes et des Médiums y etc., avaient désiré entrer en rapport ■ avec lui, et qu'à cet effet, il leur avait promis qu'il ferait son possible pour obtenir d'Adèle une séance d'apparition, il leur avait même donné jour et heure pour le 14 courant, me laissant tout juste la faculté d'accepter et non de refuser cette expérience. Je comptai sur ceux qui nous conduisent et nous éclairent dans ces études. Si j'avais été à même de conseiller M. Almignana, à l'égard de ce genre de preuves à donner à des personnes qui, pour la plupart, y sont très-hostiles, je l'aurais prié de ne pas disposer de moi ; mais il en fut autrement que je le supposais, les deux ecclésiastiques qui étaient accompagnés par le digne abbé, me parurent être des personnages d'une instruction au-dessus de celle ordinaire, et placés dans une position qui pouvait en temps opportun être une autorité dans cette grave question.

Après les préliminaires d'usage, afin de nous

bien entendre sur les questions que nous allions traiter, je crus devoir appeler Adèle d'après Vêlât de mon esprit. Je dis d'après l'état de mon esprit, vuque,sensitif à un très-haut degré, je sens assez juste où je suis, et avec qui je suis ; comme toute la force et le calme d'un lucide paraissent dépendre absolument de l'état de son magnétiseur, ce dernier ne doit jamais répondre aux doutes de son esprit par un sentiment de crainte ; tout le succès d'une étude quelconque réside dans la confiance et dans l'ardeur qu'on met à la faire. «

Adèle entra en sommeil très à son aise, quoique paraissant être dans une sacristie, à en juger par les longues soutanes et les douillettes qui décoraient notre petit réduit.

Ce fut M. l'abbé qui eut l'honneur de la

première apparition : ce monsieur demanda madame sa mère. Adèle lui en donna un signalement si détaillé et si exact, que ce monsieur ne désira plus que de s'entretenir par l'intermédiaire de la lucide, avec cette mère chérie. Plus d'une confidence de cette dernière mouillèrent les yeux de ce bon fils d'une larme d'amour. L'étonnement et les exclamations ne manquèrent pas. Adèle dit : cette dame avait l'oreille un peu dure, et un timbre de voix remarquable par le son et la douceur, aimait beaucoup les fleurs, cultivait même les pensées avec amour, et, qui plus est, leur parlait

comme à des être animés. Cette révélation étant exacte, enlevait instantanément l'idée que ce n'était qu'une image qui était devant elle, car une image ne parlant pas, ne peut faire apprécier le son de la voix de la personne qu'elle représenterait. M. l'abbé demanda à sa mère combien elle avait eu d'enfants ? Adèle répondit quatre. Erreur. — Avait-elle des filles et des garçons? — Elle n'avait qu'une fille. — Vous faites encore erreur, car elle n'eût jamais de filles. — Est-ce cette dame qui te fait cette réponse là? demandaije à Adèle. — Non, mais je vois bien les enfants de cette dame, et il y a auprès d'elle en ce moment une jeune fille âgée de 13 à 15 ans au plus, qu'elle a dû perdre à cet âge, (suit un commencement de signalement, que M. l'abbé interrompt en reconnaissant cette jeune fille pour la sœur de sa mère, sœur de laquelle elle parlait toujours, et qu'elle regrettait beaucoup.) Il lui demanda alors combien elle avait eu de garçons? — Trois, répondit Adèle, qui, avec cette jeune fille, fait les quatre enfants que j'ai cru qu'elle avait eus. — Il est vrai quelle a eu trois fils, mais sont-ils morts ou vivants, où sont-ils, et que font-ils, le sait-elle? — Us sont encore sur la terre, deux sont dans une position avantageuse; mais le troisième est dans une position précaire. — Où sont-ils? — Il y en a un ici qui est vous-même. — Je dois faire

observer que jusqu'à présent ce monsieur n'avait rien dit qui put le faire supposer être le fils de la dame demandée, au contraire, il avait à dessein je le pense, cherché à déguiser sa pensée à cet égard, Adèle continua par plusieurs révélations sur l'intimité qui pouvait régner entre les trois frères, le caractère de chacun et leurs affections. Puis cessa cette séance après une heure de recherches diverses.

L'ecclésiastique qui accompagnait M. I'abbc, curé lui-même dans une grande ville près de Paris, désira soumettre à Adèle quelques questions au nom d'une dame qui possède les arcanes, et désirait une apparition, ainsi que quelques conseils sur son état présent. Adèle, très-fatiguée, doutait de ses forces, je la magnétisai à nouveau, et nous demandâmes l'apparition de la personne dont on nous donna les noms. Le signalement fut aussi minutieux et exact que le premier : par conséquent, la lucide entra en rapport avec le spiritualisé présent, et une conversation d'une heure en fut le résultat. Je ne peux répéter ici les choses intimes qui s'y dirent, vu que mes oreilles ne doivent retenir que les choses utiles à tous, et non celles qui pourraient troubler en quoi que ce soit les intéressés au silence de ces choses.

M. le curé ne fut pas moins content que M. l'abbé, et M. Almignana, caché derrière cef

messieurs, riait sous cape de leur étonnement, étonnement qu'il se souvenait avoir éprouvé comme eux à la première séance d'apparition que je lui donnai. Tout avait été à merveille, mais au sujet de la cause de la spiritualisation de la personne demandée, Adèle avait vu faux. Faible de la poitrine, convulsions d'estomac, palpitations de cœur, inflammations d'intestins, dépérissement général, étaient plus que suffisants pour amener la mort ; mais ne l'avaient pas amenée.Tous les détails d'Adèle étaient exacts; mais l'homme était mort d'une suite d'accident, qui n'avait pu offrir aucun doute à cet égard. Adèle, très-fatiguée, faisait des efforts inouïs pour voir celte cause de mort et ne pouvait y parvenir ; elle dit : je sais qu'il est mort à la suite d'une chute ; mais je ne vois pas cette chute. — Regardez bien, lui répondit le curé, est-ce de dessus un toit ou par une fenêtre? — Je vois bien une maison, des arbres, un perron, une chaise, je sais qu'il n'est pas tombé de haut, mais je ne le vois pas tomber. — Priezle de vous le faire voir? — Oh ! je vois un cheval.., puis une voiture... tiens! tiens! voilà... c'est la voiture qui verse, c'est cela! c'est cela! — Oui, c'est bien cela, reprit le curé, mais était-il seul dans cette voiture? — Non, ils étaient trois, — Que sont devenus les deux autres ? — L'un a eu l'épaule fracturée, l'autre la tète contusionnée. —

Et le troisième ? — Et le troisième un coup intérieur duquel il est mort quelque temps après. — Oui, cela est exact. — Est-il heureux? — Bien plus heureux que sur la terre. — Pourquoi ? — Parce qu'on lui avait fait embrasser une profession qui n'était pas de son goût.— Quelle était cette profession ? — Celle de prêtre. — Qui rayait forcé de prendre cette profession? — Son père et sa mère ; non, celte femme était sa bellemère. — En êtes-vous sûre? — Très-sûre, puisqu'il me le dit. — Comment le voyez-vous vêtu ?

— En prêtre; il me dit qu'il a bien souffert, ee qui le rendait très-triste et rêveur. Regardez, me dit-il dans l'état où ils m'ont mis, ils voulaient que je fasse maigre, comme si je ne Tétais pas assez comme cela. — Qu'était cet homme à l'égard de la personne qui Ta fait demander ? —

— Il était son parent. — Oui, il était son cousin, mais n'était-il que cela? — Oh ! il était pour elle un frère, sans les bons soins de cette dame, il aurait trouvé la vie encore plus insupportable. — Cette dame est malade, pourrait-il lui donner quelques conseils sur sa santé? — Il lui conseille de la distraction, car tout son mal est moral. — En sa qualité d'Esprit, ne pourrait-il pas lui dire si une ordonnance qu'on lui a envoyé de Paris est bonne à suivre? — 11 n'en sait rien, mais si on lui avait laissé suivre sa première vocation, il pourrait

mieux le dire. — Quelle était cette vocation ? —

— La médecine, vu qu'il a été étudiant en médecine avant d'être prêtre. — L'entourage de cette dame lui convient-il ? — Oui. — Quel est cet entourage ? — Vous en premier lieu , puis une femme plus jeune, puis un vieux monsieur. — Que suis-je pour cette dame ? — Un consolateur. — * Qu'est-elle pour moi ? — Une personne toute dévouée. — Qu'est ce vieux monsieur pour cette dame? — Un digne homme, mais un peu grognon.

— Se trouve-t-elle bien dans sa société ? — Oui, par rapport à l'affection. —Et autrement? — Oh ! il n'y a rien à craindre, son temps est passé, et il l'a assez bien .employé. — Que se propose de faire ce monsieur à l'égard de cette dame? — Un voyage. — Où? — AArgenteuil. — Qu'y faire? — Me consulter pour elle. — Doit-il venir seul? — Non, vous devez l'accompagner, du moins telle est son intention. — Si cette dame recouvre la santé, pourra-t-elle reprendre sa profession ? — Diteslui quelle a assez mis d'enfants au monde comme ça y et qu'elle laisse aux autres cette besogne. Cette dame était sage-femme.

Si je suis entré dans ces quelques détails, c'est moins pour être indiscret, vu que je ne nomme personne, que pour mettre le lecteur au courant de cetf conversations longues et intimes qui s'établissent souvent entre les consultants et la lucide,

consultations qui, à n'en pouvoir douter, transportent les premiers du doute a une certitude inébranlable. C'est ce qui arriva à la suite de cette causerie de deux heures et demie. Ces deux ecclésiastiques n'exprimaient qu'un seul regret, qui est celui d'être forcés, par leur position, de garder le silence sur des faits de cette nature, et me promirent de revenir me voir, et de faire une étude approfondie de cette question. M. l'abbé Almiguana, 16, rue Bernard, à Batignolles, peut certifier l'entière exactitude de ce procès- verbal.

Alp. Cahagnkt.

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