CHERUEL
14, me Bassesse, à Rouen, Le 8 septembre 1858.
VISIO» ft'imR LEVRETTE. — SENSIBILITÉ DBS CHEVAUX A L'ACTION MJUSHÉTIQtTB.
Gai**), * part* iStt.
Monsieur Cahagnet,
Encore un mot, monsieur. La vision
d'une chienne rapportée dans votre dernier cahier n'a rien qui m'étonne, car depuis douze ans que j* élève de ces fidèles animaux la même chose arrive souvent, et j'ai été à même de le remarquer ainsi qu^une personne de Caurel à laquelle j'avais donné une ^e ces petites bètes, qui, de temps à autre, s'obstinait à ne pas quitter la maison, se tenant renfermée dans une grange sur le foin, s'imagi* nant probablement qu'elle avait des petits à soigner ; cette petite chienne n'a jamais fait de petits,
et elle avait l'habitude de voyager tonte l'année, appartenant à un messager ; mais quand l'époque arrivait, il était impossible dé la faire partir. J'ai une petite levrette, maintenant Agée d'un an ; sa mère ayant Tait des chiens, ma petite levrette en prit un à sa mère, le plaça sous elle, le lécha ; enfin, on eût dit que c'était sa progéniture ; c'était la misère pour les séparer ; je ne laisse point faire de chiens à ma petite levrette.
J'ai lu aussi votre article au sujet d'envoûtement de chevaux. Comme vous le dite*, monsieur, le cheval est un des animaux le pins sensible entre tous à Faction magnétique; j'ai été bien des fois à même dé le remarquer. Depuis onze ans j'habite Caurel, pays où tous les gros cultivateurs sont marchands dé chevaux ; un de mes voisins, vieux maquignon, m'a montré nne foule d'expériences eant se douter qu'il faisait do magnétisme ; j'ai retenu Part de dompter un cheval fougueux, et de donner des jambes à une rosse au point de passer avant les chevaux de race, essais que j'ai faits cent fois moi-môme depuis, once ans. Il n'est pas nn propriétaire ici qni hésiterait à me confier le poulain le plus rétif. On sait que les guides de la main gauche et le fouet de l'autre, pas un cheval ne me -résiste ; ils prennent parfois le mon aux dents, mais bientût ils topberafeitt épuisés si je voulais i il un faut pas perdre la têtu; il faut conser-
ver sa présence d'esprit en lançant le fluide à la tète du cheval par la main qui tient les guides avec une ferme volonté de le terrasser; alors il tremblera sur ses jambes et s'arrêtera épuisé. Si tous aviez peur, le cheval l'emporterait sur vous et, courant longtemps, vous seriez perdu, brisé. Si tous les conducteurs de chevaux étaient bien persuadés de la force que leur présence d'esprit leur donne sur le cheval, il arriverait rarement des accidents lorsqu'un cheval s'emporte. D'ailleurs, un homme peut toujours arrêter un cheval emporté en lui présentant, dans la direction de la tète, le bout des doigts étendus. Hier encore, j'étais dans les champs avec quelqu'un qui fauchait une voiture d'herbe; le cheval qui avait faim s'avançait au tas d'herbe pour en manger ; je l'arrêtai rien qu'en lui présentant le bout des doigts vis-à-visdesyeux, chose qu'il ne pouvait soutenir du regard sans branler la tête. Je ne finirais pas, monsieur, si je voulais vous raconter toutes les histoires que je connais au sujet du cheval. Si vous étiez assez aimable pour nous venir voir un jour à Caurel, je vous prouverais ce que j'avance ; je vous montrerais mon savoir-faire au sujet des chevaux, et ce serait un véritable bonheur pour moi, car ayant conduit la charrue jusqu'à vingt ans, je me crois à mes belles et jeunes années quand je manie un cheval, et j'oublie mes quaranteans ; j'oublie aussi» mou-
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sieur, que tous n'avez pas le temps de me Kre; je vous en demande pardon, tous priant encore de me rappeler an souvenir de ces dames, et pour vous, monsieur, croyez à l'assurance de mon profond respect.
ALEXANDRIE PERGAKT.
Institutrice libre, à Caurel, près Reims (Manu).