CONCLUSION
A toi jeunesse des Écoles françaises, force vivant* présentement de l'avenir, j'ai dédié» c'est-il-dlre confié les espoirs de mon cœur, en te montrant d'une part nilogismedu prétendu fondateur du cuthollclsmo, et de l'autre part des propositions — non entiùromeiit nouvelles — mais épurées, restreintes et coordonna* pour les besoins de classification do l'esprit humnln, Je t'ai offert ces propositions — fruit de trente onnéits d'aspirations et d'études — dans le langage du cœur et non dans celui de ta haute éducation; ne perds pas de vue que c'est du milieu de l'atelier qui a bu toute ma sueur, que sortent ces aspirations de mes pcnntc*. Ne m'accuse pas de la nudité dans laquelle je te les présente, je n'avais que le vestiaire du prolétaire p<>nr les babiller; mais permets-moi un conseil avant de f* quitter. Si je t'ai vue la bouche blante au* pMs d'autels réprouvés par la raison humaine , je mVh\ pas moins vue écouter et te nourrir d'£ft*ei#r.*m*ftf s philosophiques desquels je voudrais également t*éf6igner par une semblable appréciation de* illAgism** de ces enseignements.
Dysi peine quelques joor* tu te pnrui* en foute Ter» h. chaire de l'incontestable savant, M. fc&v* j, pwr
l'entendre te parler des grandeurs, des gloires et des décadences des nalions premières! Troublée dans la ; sagesse de cet enseignement par la jalousie des chevaliers de l'étcignoir, tu méprisas ces derniers, et tu respectas ton professeur, ce qui me prouve la profondeur de ton jugement; mais si je ter vois avec plaisir interroger — par le savoir profond de cet homme — les péripéties des existers passés , je te verrais avec peine unir tes conclusions aux siennes sur des propositions philosophiques aussi désespérantes qu'elles sont contraires aux aspirations du progrès. Non, je ne laisserai pas passer sous silence, avant de fermer ce livre, ces paroles prononcées par l'honorable professeur Renan au Collège de France, le 24 février -1 862, sur la part des peuples sémitiques dans rhistoire de la civilisation (1). Ce savant conclut ainsi cette ouverture de son cours : « Arrivera-t-on, dit-il, à une vue plus certaine de la destinée de l'homme et de ses rapports avec Vinfinil Saurons-nous plus clairement la loi de l'origine des êtres, la nature de la conscience, ce qu'est la vie et la personnalité? Le monde, sans revenir à l'incrédulité et tout en persistant dans sa voie de philosophie positive, retrouverat-il la joie, l'ardeur, l'espérance, les longues pensées! »
(1) Voir : ouverture du cours de M. Renan, ayant pour t tre : Dp la pçrt des peuples sémitiques dans VhUtoire de la civilisation.
# Vaudra-t il encore un jour la peine de vivre, et l'homme qui croit au devoir trouvera-t-il sa récompense ? »
« Cette science à laquelle nous consacrons notre vie, nous réndra-t-ellc ce qu« nous lui sacrifions ? Je Vignore. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en cherchant le vrai par la méthode scientifique, nous aurons fait notre devoir. »
« Si la vérité est triste, nous aurons du moins la consolation de l'avoir trouvée selon les règles; on pourra dire que nous aurions mérité la trouver pins consolante, nous nous rendrons ce témoignage que nous aurons été avec nous-mêmes d'une sincérité absolue, t
Je répondrai, moi : \° que nous ne pouvons douter de la destinée de l'homme et de ses rapports avec l'infini ; en ce qu'étant une fraction * ce grand corps infini, et par conséquent ne pouvant être autre que ce qu'est ce corps. La destinée de l'un commande celle de l'autre.
Les millions d'années (démontrées par la science astronomique) que mettent certains corps célestes à échanger leur lumière avec leurs frères de l'univew, nous affirment donc irrécusablement des échanges corpusculaires lumineux entre ces globes? Ces échanges nous prouvent que l'exister de ces corpuscules échangés remonte aux millions d'années de leur entrée en voyage... ou sans cela, de quoi serait composée cette lumière? Se créerait-elle en route; avec quoi? de cor-
puscules à corpuscules ? Oh ! nous doublons la question au lieu de la résoudre; il n'en resterait pas moins la destinée du voyage bien prouvée.
Notreglobe est-il le point d'arrêt de ce voyage? Non, assurément, vu qu'il n'est pas connu qu'il soit aux dernières limites de l'univers. Par cette simple proposition, nous nous trouvons donc devant une immortalité corpusculaire lumineuse remontant à des millions d'années, et devant une immortalité ultérieure probablement de durée égale.
Irons-pous, devant une telle proposition scientifique, douter des rapports des parties avec le tout, et voudrons-nous priver l'homme seul du privilège de ces relations? Si nous ne le pouvons par la force des choses, nous ne pouvons qu'affirmer ces rapports, et des rapports tels que ceux-ci démontrent d'euxmêmes qu'ils sont soumfe à une destinée qui les fait être ce qu'ils sont. Nous ne pouvons donc que les connaître au jour le jour dans leurs divisions et- non dans leurs compléments. Ce serait arriver par une prétention contraire à vouloir, connaître le tout avant de connaître la partie.
Cette éternelle conservation des corpuscules de la création, nous étant affirmée en plus par l'éclosion sans cesse identique des germes — ou ce qui est tout un pour notre enseignement — par leur éçlosion à des états différents, nous prouve que l'être corpusculaire sait entrer et sortir de ces états... Ce savoir est, à n'en pouvoir douter, une succession de mémoires différentes,
dira-t-on; oui, répondrons-nous; mais de mémoires qui sont autant de fractions de la mémoire complète de l'être, comme chaque ligne est la mémoire fractionnée de chaque page d'un livre... Que peut-on savoir, dont on n'ait pas mémoire ?
Ne pas entrer «n rapport à volonté avec les fractions de la mémoire antérieure ou ultérieure des êtres, c'est n'être que ce qu'on est par la lecture de tout livre par Jequel on n'est bien réellement en rapport qu'avec la page qu'on consulte, présentement; mais on n'en peut pas moins se trouver en rapport avec toutes comme avec celle-là; il ne s'agit que de savoir en tourner les feuillets.
Eh bien, enfants, ayez foi dans ma parole; vous pouvez faire par le grand livre de la nature ce que vous faites par ceux de vos mains... Interrogez, il vous sera répondu. Sacrifiez quelques heures aux études que je vous soumets depuis quinze années, et vous ne direz pas avec M. Renan : « Arrivera-t-on à une vue plus certaine de la destinée de l'homme et de ses rapports avec l'infini ? •
Ne vous attachez pas avec ce professeur à vouloir connaître Vorigine des êtres avant de vouloir connaître votre propre être.
Sachez mieux que lui que la nature de la conscience n'est pas un être, mais simplement un composé d'émotions différentes de l'Âme, occasionnées par des place* ments plus ou moins raisonnes des pensées, et non
quoi que ce soit autre. La conscience, c'est la voix de l'àme qui approuve ou récuse ces émotions !
Sachez aussi que la vie c'est la succession desdites pensées avec faculté d'attraction et de répulsion, attraction et répulsion qui constituent — comme dans le galvanisme — une contagion d'ondulations, qui physiquement démontrant, plus que métaphysiquement parlant — produisent le mouvement, et celui-ci deux courants contraires, par conséquent établissant sans cesse deux genres différents d'êtres de ces mêmes pensées. Par ces courants s'écoule la collectivité du savoir de ces pensées, ou de leur mémoire, ce qui est tout un pour nous, qui disons que la mémoire de Vétre constitue son moi.
Dieu est, comrile je vous l'ai dit, le propulseur général et premier de ces ondulations corpusculaires en ce qui concerne leur parcours des espaces; mais leur ayant octroyé à chacun une semblable faculté propulsive interne de leurs propres pensées.
Voilà comme la vie nous est définie, restent les moyens de contrôle qu'offrent nos études pour le certifier.
La personnalité c'est le mot moi, sans cesse existant par ses facultés mémoratives, moi s'agrégeant éternellement à tout ce qu'il aspire comme se désagrégeant de tout ce dont il ne veut plus:
La joie, V ardeur, V espérance, les longues pensées, sont des classements plus ou moins libres, justes et harmoniques, des pensées constituant les amours de
l'être auquel elles s'agrègent. Si les pen?ées sont moins longues aujourd'hui chez les étudiants leur nature, c'est que le foyer menstruel dans lequel elles se manifestent est alimenté de faux moyens d'extension... Les bouchers de l'intelligence seuls s'en ré* jouissent I... Ils les ont confinées dans leur dissolvant prétendu positivisme et leurs cachots inquisitoriaux !. .. Sachez vous éloigner de ces lieux et de ces enseignements, dont la grande et désespérante étude aura conduit sans doule votre professeur à demander quelle sera la récompense du devoir.. . . Je lui réponds : celle de s'en être acquitté. Celle d'avoir appris à respecter les grandeurs, les beautés, les bontés, les lois, les harmonies et les amours de la nature, ainsi que les égarements humains;
Est-ce parce que la corruption de l'homme menace de rendre insociable (par le jésuitisme) cette fleur du parterre divin que nous devons demander si un jour vaudra encore la peine de vivre? Quand je ne pourrai plus fraterniser avec le cœur de l'homme, je fraterniserai avec les autres richesses de l'univers! Le. boulet religieux présent détaché de mon être ne peut que me rendre ma liberté d'études et ma dignité de libre penseur ; mais rassurons-nous, les enfants de Loyola ne possèdent pas l'élixir philosophique, et les tyrans de toute nature passeront malgré eux à l'alambic de l'égalité.
Le grand régulateur des mondes sait en temps opportun remettre ses plus chères pensées en meilleur
état d'amour. L'harmonie astrale en est un sûr garant. Quand la marche régulière d'un globe est influencée par. celle d'un autre, leur créateur rétablit le juste système d'échange entre eux, et ce trouble momentané est aussitôt réparé au proût de l'exister harmonique de tous.
Ne nous effrayons pas plus des peuples qui s'en vont que de ceux qui viennent sans avoir produit, ni promettre quoi que ce soit de meilleur : l'exister terrestre — je vous le répète — est un intermède entre la dualité de l'aspiré et de la possession des choses. Les vrais domaines de l'être sont autrement calmes et assurés quand il ne sait plus que recevoir et remercier.
L'exister matériel est un effort d'étude et d'instruction, une fatigue momentanée d'impressions diverses enrichissant l'album de l'exister d'outre- tombe!
M. Renan nous dit encore que la vérité sur les ques- * tions qu'il pose pourrait être triste. Hélas! elle ne sera triste que pour l'erreur, que pour l'égoïsme et que pour qui spécule sur l'ignorance des autres; mais elle sera toujours belle et gaie par la grandeur de l'œuvre du Créateur, par l'harmonie des mondes, par les nobles aspirations des êtres, par le fraternel amour de chacun. Que M. Renan reprenne espoir, nous savons tous assurément que si la vérité absolue n'est pas dans le Vatican ni dans les palais des rois, elle est dans le sanctuaire divin!... Ne désespérons pas qu'il nous soit ouvert un jour selon notre véritable et désintéressé amour de la connaître.
Poursuivez, enfants de l'avenir, avec persévérante et calme résignation — le bonheur de la chercher ! Mais souvenez-vous qu'elle n'habite pas dans les temples des hommes I...
Et remarquez qu'elle n'est pas davantage dans les chaires d'enseignement philosophique' de vos professeurs sur les questions de cet ordre, puisque vous venez d'entendre conclure ainsi sur elle l'un des savants le plus estimé entre tous; conclusion qui cependant n'a pu être autrement qu'apostillée par ces autres suppositions correctives des précédentes, mais non plus affirmatives qu'elles.
M. Renan continue :
« À vrai dire, je ne puis m'arrôter sur de telles pensées; l'histoire démontre cette vérité qu'il y a dans la nature humaine un instinct transcendant qui la pousse vers un but supérieur. Le développement de l'humanité n'est pas explicable dans l'hypothèse où l'homme ne serait qu'un être à destinée finie, la vertu qu'un raffinement d'égoïsme et la religion qu'une chimère. •
Si l'histoire démontre cet instinct que je nomme, moi, une loi divine, elle ne permet donc pas l'hypothèse affligeante que ce savant professeur développe avec une certaine autorité, et à laquelle il paraît accorder plus de confiance qu'à la preuve historique contraire. Oui, enfants, restez plus vis-à-vis vos propres observations sur ces choses, que vis-à-vis celles des autres. N'acceptez jamais d'un professorat philoso-
phique ou religieux ce dont vous ne pourrez vous rendre compte. Sans refuser entièrement voire confiance à ce que vous ne comprenez pas, ne cessez pas d'en chercher la solution par une libre appréciation.
Voyez en ce moment les curieuses et persévérantes recherches que fait le savant M. Flourens pour connaître aussi, lui, où est le point de départ de cette vie, de cette locomotion, de cette respiration intelligentielle des êtres. Il en est arrivé à localiser ces facultés et accorder à chacune une alliance collective, il est vrai; mais avant tout, une individualité qui sait et peut par elle-même fonctionner avec une grande puissance de domination sur ses co associés, tant que les rapports collectifs existent entre eux. M. Flourens ne quittera pas l'état matériel sans être d'accord avec nos éludes sur V homme , soyez-èn assuré. Peut-être les nommerat-il et les exposera-t-il autrement; mais assurément l'exister spirituel, l'exister propulseur de l'état matériel ne pourra qu'en être mieux certifié. Espérons ne plus avoir enfin un jour la triste douleur de vous voir éternellement, jeunes gens de l'École d'anatomie, enfoncer avec l'insouciance de votre instruction présente votre scalpel dans ces chairs dont la plus infime partie, toute inerte qu'elle vous paraisse être, est au contraire en état d'éclosion à une vie et à des manifestations nouvelles. *
Espérons que l'amour de la chose et le respect pour son auteur vous saisiront alors chaque fois que de plus studieuses recherches se porteroût sur ces or-
ganes présumés morts, el remplaceront le souriie folâtre de vos études de cç jour. C'est là qu'est placée l'école du vrai progrès, et la preuve irrécusable que nos savants théologiens ont aussi leurs retours à faire aux études avant de se parer des droits et du savoir divins. Espérez, espérez, enfants, plus de succès que vos pères, si vous avez plus qu'eux le bon goût d'éviter les sottes dépendances des vieux us et coutumes, qui sont des points d'arrêt de toute manifestation progressive, et si vous savez mieux qu'eux briser les honteuses chaînes jésuitiques du présent et de l'avenir. Pour cela faire, suspendez vos apports à la sottise, et doublez ceux que . demande la raison.
Soyez moins Papelins pour être plus Ncwtonîens. La coupole astrale vaut bien celle du Vatican. Portez-y vos regards de préférence à cet orgueilleux et ténébreux ouvrage des hommes.