‹ Magnétisme et hypnotisme; exposé des phénomènes observés pendant le sommeilChapitre 17 sur 46 · LA SUGGESTION A L ETAT DE VEILLE · texte numérisé non relu

LA SUGGESTION A L ETAT DE VEILLE

suggestion, mais encore par rinflûence œsthésiogénique des aimants. L'application d'un aimant produit le transfert des paralysies, des contractures et de Tanesthésie déterminées par suggestion. Un objet simulant parfaitement un aimant véritable, reste sans effet. Pour éviter toute cause d'erreur et les effets suggestifs involontaires, les deux appareils, le vrai et le faux, devront être dissimulés sous un linge. Toutefois, pour détruire l'effet de cette expérience, il suflat de faire croire au sujet qu'on lui applique l'aimant véritable, alors que c'est le faux : le transfert s'opérera encore, mais cette fois par suggestion.

Les hallucinations par suggestion à l'état de veille peuvent être facilement provoquées, tandis que les illusions sensorielles ne semblent pouvoir Têtre que plus difficilement, ce qui s'expliquerait par ce fait que l'individu étant éveillé, l'exercice normal et spontané des sens corrige les erreurs suggérées quant à la forme, les dimensions, la couleur, ou les autres qualités des objets.

On suggérera à un sujet la vue d'une personne indifférente ou amie : cette hallucination pourra durer plus ou moins longtemps ou être modifiée, transformée en une autre, ou effacée complètement sur une simple injonction. Un somnambule de M. Bernheim, dont nous avons parlé, reçoit à l'état de veille toutes les hallucinations qu'on lui suggère; on lui dit : « Allez à votre lit, vous y trouverez un panier de fraises. Il y va, trouve le panier imaginaire, le tient par l'anse, mange les fraises, absolument comme nous l'avons vu faire après l'hypnotisation. »

L'ouïe, le goût, Todorat peuvent être influencés dans les mêmes conditions.

Il est même possible, d'après M. Bottey (1), de provoquer des hallucinations à longue échéance, et des hallucinations rétrospectives. A une de ses patientes, il suggéra Fidée qu'elle trouverait le soir sur Son lit une assiette de gâteaux. Elle les vit en effet en se couchant, bien qu'elle n'y eût pas songé de toute la journée, et fut fort désappointée de ne pouvoir les manger. A une autre, il persuada tpi'elle avait vu la veille, à une heure déterminée, des enfants jouer à saute-mouton sous la fenêtre. Elle finit par en convenir et même par broder sur ce thème imaginaire quelques épisodes non moins fantaisistes.

Ces phénomènes pourront paraître bien extraordinaires. Cependant qu'on veuille bien observer que chez la plupart des sujets susceptibles de recevoir des suggestions à l'état de veille, le système nerveux n'est pas intact : ou bien il est sous l'influence de l'entraînement produit par l'habitude de l'hypnotisation ; ou bien il est modifié par un état névropathique préexistant, tel que l'hystérie par exemple. Certains délires partiels se développent par un mécanisme qui n'est pas sans rapport avec celui de la suggestion à l'état de veille. Au lieu de venir de l'extérieur, comme dans ce cas, une idée singulière naît spontanément dans l'esprit : elle s'y trouve

(1) F. Bottey, Magnétisme animal, p. 123.

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d'abord comme étrangère en présence de la cons" cience étonnée et opposante, peu à peu celle-ci se relâche, l'idée maladive y pénètre, s'y incorpore, devient partie intégrante de l'individu et passe à l'état actif sous forme d'acte ou d'hallucination.

Mais si la suggestion verbale à l'état de veille est compréhensible, que dire de la suggestion mentale et de la lecture des pensées ? Nous faisons allusion à la prétention, renouvelée des plus beaux temps du magnétisme, qu'ont émise récemment diverses personnes, de lire dans la pensée des autres ou de leur susciter des idées par la seule puissance de la volonté.

Tel est le cas d'un Américain, M. Stuart Cumberland, qui a donné à Paris plusieurs séances de — comment dirai-je? — de divination.

Ce gentleman, dit M. le D' Lépine (1), retrouve assez souvent une épingle cachée à la condition d'être, au moyen de la main, en contact avec la personne qui a caché Tépingle. Dans certaines séances, M. Cumberland a varié son expérience : il a découvert dans l'assistance la personne à laquelle pensait le sujet dont il tenait la main, et il aurait, dil-on, désigné le point du corps où le sujet éprouvait une souffrance.

Tel est encore le cas de M. Blackburn, qui opère devant la Société des Recherches psychologiques de Londres, M. Blackburn a pour sujet M. Smith, un jeune mesmériste de Brighton.

M. Smith est assis, les yeux bandés, dans un des salons de la Société devant une table où se trouvent un crayon et quelques feuUles de papier à sa portée. A côté de lui est

(i) Lépine» Le co^ de M. Cumberland, (Science et nature, 21 juin 1884.)

posté un membre de la Société qui Tobserve attentivement afin de découvrir le moindre « truc » s'il en existe dans l'expérience. Un autre membre du comité quitte alors le solon et dans une chambre fermée, dessine une figure quelconque. (Fig. 18, 49, 20, 21, 22, A, B, C, D, E.)

Fig. 18 et 19. — A et B, dessins pensés par M. Blackbarn. A' et B* ; dessins exécutés par M. Smith.

Il appelle ensuite M. Blackburn dans cette chambre, et après avoir eu soin de bien refermer la porte, lui montre le dessin. Ceci fait, M. Blackburn est conduit les yeux bandés dans le salon, et placé (assis ou debout) derrière M. Smith , à une distance de soixante centimètres environ.

Après une courte période de concentration mentale intense de la part de M. Blackburn, le sujet, M. Smith, prend le crayon et, au milieu du silence général, reproduit sur le papier qui est devant lui aussi exactement que possible ,

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« rimpression » du dessin qu'il vient de recevoir-/!); (Fiff i8, 19, 20, 21, 22, A', B^ C', D', E\) ^'

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Fig. 20 à 22. — C, D, E, dessins pensés par M. Blackbum. G', D', E', dessins exécutés par M. Smith.

(1) J. Deniker, La lecture de la Pensée et la Société des recher- CAe« psychologiques, {Science et nature, 1885, tome IV, p. 243.)

Tel est encore le cas de jeunes ladies, membres de la même Société magnétique, qui devinent les objets, les nombres, les mots pensés par différentes personnes.

Remarquons tout d'abord que le nouveau genre de lucidité de M. Smith et des dames en question ressemble à s'y méprendre à celui des somnambules magnétiques du temps passé. Autrefois les somnambules pouvaient seules prétendr^e à la seconde vue, aujourd'hui l'état de sommeil magnétique n'est plus nécessaire : simple affaire de mode. Or la question de la lecture des pensées, de la lucidité, de la double vue est jugée, et jugée définitivement. Pour que l'on consente à la rouvrir, il faudrait d'autres expériences, en vérité, que celles que nous offre M. Blackburn.

Rappelons les piteux échecs des sujets se prétendant doués de seconde vue devant l'Académie de médecine. Rappelons encore les aveux loyaux de M. Morin, président de la Société du mesmerisme(î). Habemus confitentem reum; que faut-il donc de plus? Nous conseillons à M, Blackburn, s'il veut convaincre les incrédules, d'essayer ses opérations devant un public moins seleoted que celui de la Société de recherches psychologiques. Encore devrat-il attendre que son sujet, M. Smith, ait acquis une plus grande pénétration de pensée, ou une plus grande habileté calligraphique; car il faut beaucoup de bonne volonté pour trouver dans quelquesuns de ses dessins une analogie quelconque avec ceux dont on prétend lui avoir suggéré la pensée.

(1) A. s. Morin, Du magnétisme et des sciences occultes,, Paxis. 1860. Voy. aussi plus haut, cli. iv, § 3.

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Quant aux jeunes ladies, nous ne voyons pas pourquoi elles ne continueraient pas leurs petits exercices de divination, qui rentrent, à n'en pas douter, dans la catégorie des jeux innocents.

Le cas de M. Cumberland est un peu différent. D'abord, il n'élève aucune prétention au surnaturel. Bien qu'il y ait quelque ambiguïté dans ses explications, il attribue les résultats qu'il obtient « à une puissance exceptionnelle de perception dont il est doué, et qui lui permet de saisir les impressions qu'un sujet lui communique par V action du système physique ?» Il ne s'agit donc plus à proprement parler de lecture des pensées et de suggestion mentale, mais tout bonnement d'hyperesthésie tactile, ce qui rentre dans le domaine des faits dont peut connaître la science positive.

M. Ch. Garnier, l'illustre architecte de l'Opéra, qui avait servi de sujet à M- Cumberland, répéta lui-même ensuite les expériences de ce dernier et les réussit sans dijEculté.

« Étant fort nerveux, dit-il, je suis à ce qu*il parait un excellent sujet ; mais ma nervosité me rend aussi apte à pénétrer la pensée d*un sujet. Je me suis donc essayé à cette devinette, et trois fois sur trois, je suis arrivé en quelques secondes à découvrir l'objet qui avait été désigné mentalement... Ce qui me guidait dans mes recherches, c'était tout simplement le mouvement insensible et instinctif de la main que je serrais dans la mienne. »

Ces faits sont connus depuis longtemps. Chevreul, Babinet, Faraday ont démontré la production inconsciente de mouvements d'une. très faible intensité. Il y a plus de cinquante ans que M. Che-

vreul a fait remarquer que Tidée de certains mouvements s'accompagnait d'une tendance inconsciente et involontaire à les exécuter (1). Il expliquait ainsi les oscillations d'un pendule tenu à la main et les mouvements des tables tournantes. La même explication convient dans le cas de M. Oumberland.

Les mouvements du sujet, dit le Temps, n'ont pas le caractère des mouvements complets et visibles. Ce sont des indices d'action et de réaction plutôt que des mouvements véritables : un homme tient, par exemple, un pendule à la main, il pense à un mouvement possible : le pendule se met en branle ; il pense que le pendule va s'arrêter : le pendule s'arrête. La cause réelle est celle-ci : s'imaginer un mouvement, c'est le voir en idée ; or l'imagination n'agit pas en dehors des organes ; elle provoque le commencement du mouvement qu'elle rêve.

Le chapitre précédent nous avait notablement éloignés de notre point de départ : il n'y a guère été question de ces phases tranchées qui forment comme le squelette de l'hypnotisme, et qu'il ne faut pas perdre de vue, sous peine de s'égarer. Ce qui va suivre va nous y ramener. En opérant sur des sujets favorables, le D'' Brémaud a réussi à produire non seulement les trois périodes distinctes de l'hypnotisme, mais encore un autre état qui n'avait pas encore été décrit.

En 1883 et en 1884, dans des conférences faites à Paris, et dans des notes présentées à la Société de

(1) Chevreul, Revue des deux mondes, 1812, et De la baguette divinatoire, du pendule explorateur et des tables tournantes, Paris, 1854.

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Biologie, ce médecin faisait connaître le résultat de ses études sur Thypnotisme chez les sujets sains. Depuis longtemps il s'était aperçu* que parmi les jeunes gens de quatorze à vingt-six ans, on en rencontrait un certain nombre qui présentaient sur le corps.des zones d'anesthésie, et que c'était précisément ceux-là chez qui il était le plus facile d'obtenir des phénomènes hypnotiques. Ces états nerveux sont analogues à ceux qu'on obtient chez les hystéro-épileptiques et peuvent être aussi classés sous les* dénominations de catalepsie, de léthargie et de somnambulisme. Mais il obtient en outre un étatqui n'a pas encore été indiqué par les auteurs qui se sont occupés d'hypnotisme, qui précède les autres phases, et qu'il désigne sous le nom i^état de fascination (1).

Les nombreuses expériences que le D' Brémaud a faites à l'École de médecine navale de Brest, et . qu'un nombreux public compétent a pu contrôler, l'induisent à admettre que loin de constituer une rare exception, les faits qu'il a observés comportent un caractère étendu de généralisation et ne sont pas imputables à une idiosyncrasie nerveuse particulière de ses sujets : ceux-ci, en effet, bien que tous Bretons, appartenaient à des catégories sociales trè^ diverses : jeunes médecins, étudiants, sousoflciers, matelots, soldats.

A Paris même, M. Brémaud, sur une série de quatre jeunes gens ignorant les phénomènes qu'il

(1) Voyez outre les Comptes rendus de la Soc,, de Bioî. le Bull, du cercle Saint-Simon^ no 1, 1885: Des différentes phases de l'hypnotisme et en particulier de la fascination, par le D» P. Brémaud, . médecin de l'e classe de la marine.

cherchait à déterminer, a pu, en quelques minutes, en mettre un en état de fascination suivi de catalepsie et de léthargie. Sur une autre série de jeunes gens, étudiants en médecine, déclarés propres au service militaire, et par conséquent en parfaite santé, dix-sept ont pu être mis dans une même séance en état de fascination, et cela en une période de temps allant de quelques secondes à trois minutes. Il put ensuite obtenir la catalepsie, la léthargie et le somnambulisme, ainsi que les phénomènes particuliers à chacun de ces états, contracture, excitabilité neuromusculaire, automatisme, illusions et hallucinations.

Voici en quoi consiste cet état de fascination. Il est provoqué par la fixation d'un point brillant, mais d'une intensité médiocre, ou mieux par la seule action du regard. « Je regarde vivement, brusquement et de très près le jeune homme en lui enjoi-^ gnant de me regarder avec toute la fixité dont il est capable. » L'effet est rapide, parfois foudroyant, chez les sujets entraînés par des expériences précédentes. Le visage s'injecte, le pouls s'accélère considérablement; les pupilles se dilatent; l'œil grand ouvert est fixé sur le point brillant ou sur Toeil de l'opérateur; l'analgésie se produit; tout muscle que Ton fait entrer en activité, ou que l'on froisse avec la main, entre en contracture. La volonté est paralysée; les fonctions intellectuelles s'exaltent et peuvent être incitées à l'illusion et à l'hallucination. Enfin se développe un instinct d'imitation qui va jusqu'à la reproduction la plus fidèle, la plus servile des mouvements, des gestes, des attitudes, des paroles, des jeux de physionomie de l'opérateur.

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M. Brémaud a désigné cet état sous le nom de fascination, parce qu'il le considère comme analogue à celui de Toiseau en face du serpent. Pour le faire cesser, il suffit de souflQ.er sur le visage et les yeux du patient (1).

L'expérience prolongée un certain temps s'accompagne d'amnésie. Les muscles ne possèdent pas la propriété cataleptique et ne conservent pas les attitudes données. L'état de fascination s'établit avec une rapidité extrême chez les individus qui l'ont déjà subi ; un coup d'œil de l'opérateur suffit ; et saisi au milieu d'une action quelconque, le patient s'arrête pétrifié. Certains sujets ne peuvent, sans appréhension et sans malaise, se trouver en présence de celui qui les a déjà fascinés; un de ceux observés par le D^ Brémaud reconnaissait éprouver un certain sentiment de crainte toutes les fois qu'il le rencontrait et n'être jamais complètement à son aise vis-à-vis de lui.

Dans la série hypnotique, l'état de fascination occupe la première place ; il est le premier de ceux que l'on peut provoquer. Il ne peut être obtenu chez les femmes hystériques hypnotisables, très probablement parce qu'en raison de l'impressionnabilité

(1) Il y a de grandes analogies au point de vue psychique entre cet état de fascination et celui qui a été décrit à propos des cataleptiques, chapitre VI. On peut aussi en rapprocher les phénomènes d'imitation automatique, Técholalie par exemple, observés dans le somnambulisme. M. de Parville (Ch. Richet, VHomme et l'intelligence, p. 197) ayant hynoptisé des Indiens mosquitos avec des bouchons de carafe, ces individus imitaient servilement tous ses gestes : «.Je courais, ils couraient, écrit M. de Parville (Journal des Débats, 5 apût 1880) ; je m'asseyais, ils s'asseyaient; je m'agenouillais, ils s'agenouillaient ; je levais les ^ras, ils levaient les bras. »

trop grande de leur système nerveux, les^pratiques hypnotiques les amènent d^emblée à Tétât cataleptique en brûlant la première étape où il est impossible de les arrêter et de les maintenir. Il en est de même chez les femmes en parfaite santé et hypnotisables ; le phénomène de la fascination ne peut être produit chez elles, l'état provoqué d'emblée étant toujours la catalepsie.

L'état de fascination serait donc propre au sexe masculin. Chez les jeimes gens chez qui on peut le développer, les caractères en sont d'autant plus tranchés qu'on s'éloigne moins de la première expérience. Par l'effet de l'entraînement produit par la répétition des séances, et de l'accroissement d'impressionnabilité des sujets, la période de fascination finit par disparaître tout à fait. Alors ils entrent . d'emblée dans l'état cataleptique comme les individus du sexe féminin. En mars 1884, le D' Brémaud racontait à la Société de Biologie que les jeunes gens sur lesquels il expérimentait depuis plusieurs mois ne pouvaient plus être fixés dans l'état initial. Chez tous sans exception il- s'était passé le fait suivant : à un moment donné, alors que l'état de fascination durait depuis une ou deux minutes, ils s'arrêtaient brusquement au milieu d'une expérience, leur pouls redevenait normal, la catalepsie s'était brusquièment établie.

Emprunton3 à l'auteur, en les résumant, quelquesuns de ses exemples :

M. Z... est fasciné par le regard : les phénomènes physio-

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logiques annoncés se produisent ; ses yeux sont rivés sur ceux de Topérateur. Ce dernier recule, il le suit, la tète projetée en avant, les épaules remontées, les bras p.endants et immobiles. Sa physionomie est sans expression, ses yeux sont fixes, ses traits figés; pas un mouvement, pas un geste. « Parlez-lui, il ne vous répondra pas ; insultez-le, pas une fibre de son visage ne tressaillira; frappez-le, il ne sentira pas la douleur. » Cependant le sujet a conscience de son état, il ne perd rien de ce qui se dit ou se passe autour de lui, et, revenu à Tétat normal, il rendra compte de tout ce qu'il a éprouvé.

Cet état rappelle la catalepsie, dont il est d'ailleurs très voisin, et qui le suit immédiatement, pour peu que Texcitation visuelle qui Ta produit augmente un peu d'intensité. Si on dirige l'œil d'un sujet mis en fascination par le regard vers une lumière vive, l'état se modifie immédiatement ; la face, d'empourprée qu'elle était, devient pâle, l'œil demeure fixe, perdu dans une véritable extase ; les membres, immobiles le long du corps, peuvent recevoir et conserver les positions qu on voudra leur donner.

Mais, tout en rappelant la catalepsie, il n'est pas non plus sans analogie, au point de vue psychique, avec le degré de somnambulisme imparfait dans lequel, bien que la conscience soit conservée, le sujet obéit automatiquement aux injonctions de Topérateur. Citons encore les expériences suivantes (i) :

Je prie M. C... de fermer vigoureusement le poing, et, l'élevant au-dessus de sa tête, de le faire tomber violemment sur mon épaule; tant que je ne le regarde pas, il exécute ce mouvement avec une force qui fait hofineur à sa

(1) P. Brémaud, Bull, du cercle Saint-Simon, déjà cité.

musculature et témoigne de sa parfaite indépendance et liberté d'esprit; mais au moment où, pour la première fois il va frapper, je le fixe brusquement... le bras est resté suspendu, le poing fermé, le membre est agité de mouvements quasi tétaniques ; c'est que la fascination est survenue, pétrifiant M. C... dans l'accomplissement de son geste énergique.

Je prie M. Z... de vouloir bien compter, à haute voix et le plus fort possible, un..., deux..., trois..., etc. Je le regarde maintenant de très près, en le priant de fixer son regard sur le mien. Aussitôt sa parole hésite... il poursuit cependant faiblement : huit..., neuf..., puis se tait. L'état de fascination est survenu, entraînant la contraction des muscles masséters...

M. Z... est prié de vouloir bien ramasser le mouchoir déposé sur le parquet. Il se baisse, saisit le mouchoir, mais, au moment de se relever, il me regarde ; un brusque coup d'œil l'hypnotise, les muscles du bras et du tronc se contracturent immédiatement et le sujet reste immobile dans cette position gênante...

L'imitation se développe chez certains sujets avec une intensité remarquable. Chez Tun d'eux, fasciné par le procédé habituel du regard, l'opérateur obtenait la production de toutes sortes d'actions automatiques.

Je ris, M. C... rit aussi; je lève les bras, même mouvement du sujet ; je saute, il saute ; je grimace, il grimace; je parle, M. C... répète toutes mes paroles avec une parfaite imitation d'intonation musicale. Il répètç de même, avec une imitation scrupuleuse d'accentuation, quelques phrases d'allemand et d'anglais, d'espagnol, de russe et de chinois, prononcées par divers auditeurs.

Il existe, à l'état spontané, une maladie du sys-

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tème nerveux, connue sous différents noms, selon les pays, et qui présente avec ces phénomènes d^imitation les analogies les plus curieuses.

Dans le Maine (États-Unis), on désigne sous le nom de Jumping une affection qui se caractérise par un automatisme de ce genre. L'excitabilité du patient est telle qu'à la moindre excitation, il fait un saut, répète à haute voix l'ordre qu'on lui donne et l'exécute irrésistiblement. — « Frappe, » dit-on à un patient de ce genre, et il frappe en répétant l'ordre : « Frappe !» — « Jette ! » « Jette ! » dit-il, et se met à jeter tout ce qu'il a à la main. Peu importe la langue employée ; il répétera aussi bien du grec que du latin ou toute autre langue, pourvu que l'ordre soit donné d'un ton bref, et en quelques mots.

« EnMalaisie, une des classes de névropathes désignés sous le nom de latahs imitent les mots, sons ou gestes de ceux qui les entourent, tout en jouissant d'un état mental parfaitement régulier dans l'intervalle des accès. Un exemple entre autres...

Le cook d'un steamer était un latah des plus corsés. Il berçait un jour, sur le pont d'un navire, son enfant dans ses bras, lorsque survint un matelot qui se mit à Tinstar du cook, à bercer dans ses bras un billot de bois. Puis ce matelot jeta son billot sur un tendelet, et s'amusa à le faire rouler sur la to ile, ce que fit immédiatement le cook avec son enfant. Le matelot lâchant alors la toile laissa retomber son billot sur le pont : le cook en fit de même pour son petit garçon qui se tua sur le coup.

En Sibérie, cette curieuse affection nerveuse est connue également et désignée sous .'le nom de Myriachit. Le D' Hammond (1) rapporte l'histoire d'un

(1) Hammond, Traité des maladies du systèmenerveitx, trad. par Labadie Lagrave. Paris, 1879.^

CULLERPB. **

pilote qui était forcé d'imiter avec une exactitude parfaite tous les actes qu'on exécutait devant lui.

Si le capitaine donnait brusquement en sa présence un coup sur son côté, le pilote répétait ce coup de la même manière et sur le même côté ; si un bruit se produisait inopinément ou avec intention, le pilote semblait forcé, contre sa volonté, de limiter à Finstant avec une grande exactitude. Les passagers, par malice, se mirent à imiter le grognement du porc ou d'autres cris bizarres ; d'autres battaient des mains, sautaient, jetaient leur chapeau sur le pont, et le pauvre pilote imitait tous ces gestes avec précision, autant de fois qu'on les répétait (1).

A côté des manifestations somatiques ou purement matérielles de Fétat de fascination, M. Brémaud en signale d'autres d'ordre plus exclusivement psychique : la paralysie de la volonté et l'automatisme provoqué. Il prend un des sujets qui lui ont servi aux expériences précédentes, se ,met à quelques pas de lui, et lui demande son nom.

— Comment vous appelez-vous? « — J... » répond le jeune homme en expérience.

— Non, monsieur, vous mentez ; vous vous appelez Bertrand!

L'attitude du sujet devient singulière, ses yeux s'injectent, se fixent sur ceux de l'expérimentateur, ses pupilles se dilatent, sa face s'empourpre, les syllabes de. son nom sifllent avec colère... puis peu à peu sous l'influence de ce nom de Bertrand répété

(1) Voyez le travail de M. Gilles de la Tourette, « Jumping, latah, myriachit, » (Archives de neurologie, juill. 1884.)

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fermement à plusieurs reprises, « le sujet abandonne son nom peu à peu, lambeaux par lambeaux » ; change d'attitude, devient pâle, et s'abandonne dans un demi-sommeil.

A partir de ce moment, bien que l'état du patient soit bien toujours la fascination, ainsi que l'indique la tendance à la contracture , la suggestion opère avec la même facilité que dans les autres états hypnotiques, et l'on peut provoquer des illusions, des hallucinations, des actes impulsifs de tout genre dont rénumération nous semble inutile, après les développements du chapitre précédent. Notons cependant un point important : dans l'état de fascination, la suggestion opère comme dans Vétat catalep" tiqucy et non comme dans l'état somnambulique. En effet, les actes suggérés ne sont spontanés à aucune de leurs périodes. Les somnambules mettent en action dans tous les détails qu'elle comporte l'idée suggérée, ils exécutent des actes plus ou moins compliqués, s'enchaînant ensemble et se déduisant les uns des autres. Les fascinés exécutent mécaniquement l'acte suggéré, après quoi ils retombent dans leur inertie première, et si l'acte est compliqué il aura besoin d'être suggéré dans ses diverses parties, sous peine de rester inachevé. C'est un point de rapprochement de plus à signaler entre l'état de fascination et l'état cataleptique.

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