‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 30 sur 114 · RÉALITÉ DES PHÉNOMÈNES HYPNOTIQUES · texte numérisé non relu

RÉALITÉ DES PHÉNOMÈNES HYPNOTIQUES

que je puisse, ce me semble, faire autrement. J^arrive avec la ferme volonté de ne pas simuler^ et malgré moi, dés que le sommeil commence, il me parait que je simule. On comprendra, ajoute l'auteur, que ce genre de simulation d*un phénomène se confond absolument avec la réalité du phénomène. L*automatisme est prouvé par le seul fait que des personnes de bonne foi ne peuvent pas agir autrement que des automates (1).

Il est certain que beaucoup de somnambules ont été convaincues de supercherie; mais ce n'est pas une raison pour douter qu'elles fussent réellement en somnambulisme. Les sujets exhibés par les charlatans, dit encore M. Ch. Richet, sont vraiment endormis, et cependant ils simulent et se livrent à des jongleries de tout genre. Il n'y a aucune contradiction dans les termes. Une femme endormie est toujours elle-même; il n'y a rien qui s'oppose à ce qu'elle ait conscience de sa situation^ à ce qu'elle puisse réfléchir, simuler. Elle est endormie, comme le prouvent tous les phénomènes physiologiques qu'elle présente, la catalepsie, la contracture, l'anesthésie, les mouvements fibrillaires des paupières, la convulsion des yeux, la suppression des mouvements de déglutition.

Mais, tout en étant endormie, elle joue son rôle; essaye de deviner l'avenir, de lire dislinctement dans le corps des malades qui la consultent, de deviner, par une boucle de cheveux, Tâge, le caractère et la santé de quelqu'un. Les divinations font partie de sa tâche. Elle le sait et s'y conforme.

Cette opinion est d'autant plus admissible que les somnambules sont en général des hystériques, qui ont une tendance naturelle irrésistible et très souvent inconsciente à tromper et à simuler.

Au fond, l'inconstance des phénomènes hypnotiques,

(1) Ch. Richet V homme et V intelligence, Paris, 1884.

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leur irrégulariU^S leur singularité même sont plus ap{ rentes que réelles.

f>;s différences que Ton constate sont principalem rJ^'S différences de degré dans le sommeil provoqué; cela même est une preuve en faveur de son existem Braid fait ohsf.'rver que si les personnes hypnotisaUi mut influencées à un degré très différent et très iné il uy a pas lieu d'en conclure au doute sur la réalité d phénomènes: qu*au contraire il serait étonnant que taoil de gens, divers par leur état physique et mental, réagissent tous d'une façon égale et identique vis-à-vis des] procédés hypnogéniquos.

Cependant quelle que soit la diversité de ces états, ik présentent tous le même symptôme fondamental, autour duquel les autres viennent se grouper en plus ou mois! grand nombre, et d'une façon pour ainsi dire accessoire: j(î veux parler de l'automatisme. Dès le premier degré d'hypnose, ce phénomène se révèle; il est même jusqnli un certain point indépendant de la profondeur du sommeil; car le fasciné, qui a conservé la conscience délaimême et (lu monde extérieur, est un automate plus pa^ fait ({ue le somnambule, dont pendant l'hypnose, Il personne est absente et qui ne se souvient de rien aa réveil.

C'est cet automatisme qui nous rend compte des singularités du sommeil provoqué.

Fie somnambule n'a pas d'initiative : son cerveau, qui a cessé d'agir spontanément, est une machine qui attend sa mise en marche pour fonctionner. Si donc une somnambule devine l'avenir, voit à travers les corps opaques, aooomplil en un mot ce répertoire de tours que tout le monde connaît, c'est qu'on lui en a suggéré l'idée. Avec cel appétit instinctifdu merveilleux qui, chez certains esprits.

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résiste à la culture scientiGque la plus complète, on se laisse empoigner par quelque coïncidence fortuite, par un hasard heureux, et dans l'enthousiasme du moment on proclame l'existence d*un prodige sans tenir compte des nombreuses tentatives vaines où la lucidité somnambulique a été convaincue d'impuissance.

Quant aux phénomènes psychologiques de l'hypnotisme, l'hyperexcitabilité, les hallucinations et les illusions sensitives et sensorielles, ils n'ont rien, comme nous le verrons, qui ne soit explicable d'une façon rationnelle dans l'état de la science. C'est surtout dans cet ordre de faits que l'hypothèse de la simulation perd toute espèce de vraisemblance.

On voudra bien reconnaître, je pense, dit le professeur Charcot(l), à propos de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, que l'analomie et la physiologie si compliquées du système neuro-musculaire ne s'improvisent pas. Or, supposer que le premier venu soit capable, par une mimique aussi savante qu'habile, de simuler dès une première expérience, avec une précisioa absolument rigoureuse, sur plusieurs points du corps à la fois, l'action isolée et combinée des muscles, ou encore les effets de l'excitation d'un tronc nerveux quelconque pris au hasard, serait chose vraiment puérile.

Quant aux troubles de la sensibilité, leur simulation n'est pas davantage plausible et on peut démontrer facitemenl qu'elle n'existe pas. La preuve, par exemple, que les hallucinations de la vue pendant la catalepsie ou le somnambulisme sont réelles, que les objets dont la vue est suggérée sont vus réellement, c'est que, si l'on fait approcher ou s'éloigner l'objet imaginaire, on voit la pupille se rétrécir ou se dilater d'une façon proportion-

(l) Charcot, Noie sur les divers élats nerveux délerminés par r hypnotisme chez les hystériques» Progrès médical, 1882, p. 126.

CULLERRB.

Délie au mouvement opéré. De plus, la sensibilité générale de l'œil, pendant rhallucination,se trouve modifiée; auparavant, la conjonctive et la cornée étaient frappées d^anesthésie; pendant l'hallucination, elles redeviennent momentanément sensibles comme à l'état de veille. Mais il est un moyen saisissant de montrer que les hallucinations de la vue sont bien réelles : il suffit, pendant le phénomène, de placer devant Tun des yeux un prisme qui dédouble l'image fictive. On constate alors que Timage fausse est toujours placée conformément aux lois de la physique (1).

Concluons donc en affirmant la réalité, dans le passé, du somnambulisme magnétique, et pour le présent, da sommeil hypnotique. Les successeurs de Mesmer ne se sont trompés que partiellement; et on peut dans leurs idées tenter de faire aujourd'hui la part de la vérité et celle de Terreur.

Est-ce à dire qu'il n'y a plus d'erreurs possibles, et que

tout ce que désormais avancera un hypnotiseur doive

être considéré comme parole d'évangile ? Nous ne con-

, sellions à personne de le croire.

(1) Ch. Feré. Annales mêdico- psychologiques^ 1883, t. II, p. 291.-* Société de biologie, octobre, décembre 1881. — Archives de neurologie, 1883, t. lil.

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