RÉAX.1TÉ DES PHÉNOMÈNES HYPNOTIQUES
.-depuis Laurent de Jussieu jusqu'au professeur Charcol, . une série ininterrompue d'hommes de science ont cons- . talé les phénomènes somnambuliques, se sont évertués à les mettre en évidence, à les reproduire, à les expliquer. Tous ces hommes se seraient donc abusés de la façon la plus grossière, ou auraient été mystifiés avec un ensemble, une constance, une perfection plus difficiles à admettre pour le bon sens que le somnambulisme lui-même. Il y aurait quelque ridicule à soutenir une opinion aussi radicale; il n'y en aurait pas moins à prétendre que toutes . les personnes mises en état de somnambulisme, parmi .lesquelles se trouvent des gens instruits, éclairés, incapa- . blés de fourberie ont simulé le sommeil. De nombreux ', étudiants ont été hypnotisés par Heidenhain en Allema- , gne, par le D"^ Brémaud en France : le premipr a endormi son propre frère; Hack Tuke (1) a vu endormir devant „ lui des professeurs, des ecclésiastiques, plusieurs hommes J éclairés. M. Ch. Richet a endormi plusieurs de ses amis, un grand nombre de personnes honorables; doit-on " penser qu'ils se sont moqués de lui? A propos de ce scep- ,ticisme exagéré, on lui doit une anecdote qui mérite . d'être rapportée.
r II avait endormi une personne devant une jeune Anglaise, étu- :^ diante en médecine^ qui, après laséance, lui déclara que la bonne . foi de la personne hypnotisée ne lui paraissait pas prouvée, et ^ qu'elle ne croirait au somnambulisme que quand elle aurait été ^ elle-même endormie. L'expérience lui ayant étï proposée, séance ~ tenante elle accepta et fut mise en somnambulisme. A son réveil,
elle n'y pouvait pas croire et elle ne se rendit à Tévidence qu'après "^ avoir consulté sa montre, qui lui apprit que ce qui lui avait paru
une minute avait duré une heure et demie.
i^' (1) Tuke, Le corps et tesprit, action du moral et de l'imagination ' sur le physique, traduit par V. Parant. Paris, J.-B. Baillière, 1886.
Cette prévention est tellement forte chez certaines sonnes que même après avoir subi l'influence des p dés hypnogéniques, même après avoir été rédui l'état d*automates, elles conservent encore la convi qu'elles auraient pu ne point céder à l'influence e volonté de Tendormeur.
Un médecin de Breslau avait affirmé à Heidenhain qu'il insensible au magnétisme. Dans une première expérience il dans une sorte d*en gourd issement et fut mis dans Timposs •de parler. Réveillé, il prétendit que s'il n'avait pas parlé parce qu'il n'avait pas voulu. L'expérience ayant été renou il fut obligé d'avouer cette fois que, s'il n'avait pas parlé, ce pas parce qu'il n'avait pas voulu, mais bien parce qu'il n'ava çu.
Un jeune homme distingué, appartenant à une de nos gr écoles d'enseignement, désireux de se rendre compte de la i •de l'hypnotisoce, demande à être endormi par M. Bernheii moins de deux minutes, il est mis en catalepsie et exécu mouvements automatiques. A son réveil, il a conservé conscience de l'expérience, et s'imagine qu'il aurait pu ré aux injonctions de l'endormeur. 11 est endormi de nouveau, rateur met ses bras et ses jambes en l'air, puis lui dit : «Es -d'abaisser vos bras et vos jambes, si vous pouvez; mais je préviens que vous ne pouvez pas. » 11 ne peut en effet, et, réveil, il est convaincu qu'il y avait impossibilité matérie résister à l'acte suggéré (1).
M. Ch. Richet raconte qu'un de ses amis est ten croire qu'il simule, lorsque, plongé dans Tengourc ment hypnotique, il exécute les mouvements qui lui suggérés.
Quand je suis engourdi, dit-il, je simule l'automatisme,
(1) Bernheim, De la suggestion dans Vétat hypnotique^ répc I. Paul Janet, Paris, 1884.