HYPNOSE BILATÉRALE
reprises qu'il était possible de dédoubler un sujet en état d'hypnotisme en déterminant chez lui Thémi-catalepsie et rhémi-léthargie.
M. P. Richer(l) a aussi signalé des faits d'hémi-léthargie et d'hémi-somnambulisme.
M. Dumontpallier s'est livré à de très nombreuses expériences d'hypnose hémicérébrale (2); il a montré que certains sujets pouvaient être divisés en deux moitiés sus et sous-ombilicales, susceptibles d'être placées dans une phase différente de Thypnotisme.
Les procédés employés pour produire ces divers phénomènes sont des plus simples. Ouvrez en pleine lumière l'un des yeux d'un léthargique, aussitôt la moitié correspondante du corps présente les caractères de la catalepsie, tandis que l'autre demeure en léthargie.
Sur un malade en état de somnambulisme, si l'on comprime l'un des deux yeux, aussitôt le même côté du corps est frappé de léthargie.
Pour obtenir l'hémi-somnambulisme et l'hémi-catalepsie, il suffit d'exercer d'un côté une pression légère sur le vertex, et d'ouvrir l'œil de l'autre côté.
M. Dumontpallier agit isolément sur chaque hémisphère cérébral de la manière suivante (3) : il place un bandeau sur l'œil gauche, et par la fixation du droite obtient l'hypnotisme; mais le côté droit seulement du sujet présente les diverses manifestations hypnotiques, c'est-à-dire les phases léthargique, cataleptique, somaambulique. Le côté gauche, en complète résolution, reste absolument indifférent aux excitations. Chez quel-
(i) P. Richer, Études cliniques sur VhyslérO'^pilepsie^ 1885.
(2) Dumontpallier et Magnin, Société de biologie^ comptes rendus i 88 i -1882.
(3) Bérillon, Hypnotisme expérimental, Paris, 1884.
132 PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE L*HïPNOTISME
ques malades, on aurait, mais très rarement, semble-t-il, observé une marche alterne croisée des phénomènes. Si l'on provoquait, par exemple, la léthargie à gauche et la catalepsie à droite, il arrivait que la léthargie se montrait à gauche dans la partie sus-ombilicale, et à droite dans la partie sous-ombilicale, et inversement en ce qui concerne la catalepsie (1).
En raison de Timportance psychologique de quelquesuns de ces faits, nous y reviendrons dans un chapitre spécial; aussi nous contentons-nous de les signaler ponr le moment.
Il existe encore toute une catégorie de phénomènes de» plus curieux que Ton observe chez les hystériques hypnotisables; nous voulons parler de Faction des œsthésiogènés pendant le sommeil hypnotique.
On sait que le D"" V. Burq a fait connaître que chez le» individus dont la sensibilité^ était modifiée par diverse» maladies, on pouvait obtenir Tamendement de ces trou* blés de la sensibilité et même leur guérison par l'application de divers métaux sur la surface cutanée, chaque malade étant doué d'une idiosyncrasie métallique spéciale, c'est à-dire étant |plus spécialement influencé par un métal donné.
Depuis, le nombre des substances dites aesthésiogène» s'est fort accru; et on a reconnu que non seulement le» métaux, mais beaucoup d'autres agents et, en particulier, les aimants, jouissaient de la propriété de ramener la sensibilité sur une surface frappée d'anesthésie. En 1879,
(1) P. Magiiiu, /oc, cit.
ACTION DES iESTHÉSIOGÈNES 133
MM. CharcoULuys et DumoQtpallier. chargés par la Société de biologie d'examiner les idées de Burq, découvrirent ( I ) un nouveau phénomène, la possibilité de transférer, par les substances sesthésiogènes, aii côté malade la sensibilité du côté sain, qui reste à son tour anestliésîque.
Depuis, on a encore fait de nouvelles découvertes; non seulement l'emploi de ces agents modilie la sensibilité ou en opère le transfert, mais ils ont une action analogue sur divers troubles de la motilité, sur les paralysies et les contractures.
Eh bien! les divers états hypnotiques eux-mêmes sont susceptibles du phénomène de transfert (2).
Lorsqu'une hypnotique estenhémiléthargieelen hémicatalepsie, si on applique un aimant à quelques centimètres du côté léthargique, on voit au bout de deux minutes le bras et la main de ce côté s'agiter d'un tremblement léger, prendre peu à peu la consistance des membres cataleptiques, et se placer dans la position qu'occupe le bras opposé, qui en même temps tombe dans la flaccidité léthargique après une sorte de trépidation ép leptoïde.
Que rhémisomnambulisme soit associé à l'hémiléthar- ^ie ou à rhémicatalepsie^ il est susceptible d'être transféré dans les deux autres états. Les phénomènes hypnotiques pris isolément peuvent élre aussi transférés comme les contractures de la période léthargique, les altitudes de la période cataleptique, ou les désordres fonctionnels, hallucinations impulsions, paralysies, aneslhésies, suggérés pendant la période somnambulique.
Enfin lesœsthésiogènes auraient, dans certains cas, une autre inûuence, celle d'empécherThypnotismedesepro-
(1) Société de biologie, 1879.
(2) c h. Féré et A. BiQ.;t. Sote pour servir à Vhistniredu transfert -chez les hytOioliques (Progrès médical^ 12 juillet 18S4.)
duire. M. Dumontpallier a remarqué que l'application d'un métal approprié empêchait la production des phénomènes hypnotiques. Si la malade est endormie, TapplicatiaD métallique la réveillait et ramenait la sensibilité (1).
Une explication de ces actions encore si obscures des métaux et des aimants a été récemment tentée par de patients chercheurs, d'une part M. le commandant de Hochas, de l'autre MM. Charazin et Dècle (2), qui ont découvert ce qu'ils appellent la polarité humaine. La polarité du corps humain pressentie par Paracelse, Van Helmont, Kircher, Mesmer, d'Eslon, n'avait pas été démontrée; ces auteurs en ont repris l'étude. Il résulterait de leurs expériencesquele corps humain est polarisé comme la pile : on peut l'assimiler à plusieurs aimants ; le tronc et la tête réagissent comme un aimant dont la branche gauche est positive et la droite négative ; chaque membre constitue en quelque sorte un aimant dont la moitié externe est positive et l'interne négative. Non seulement chaque membre est bipolaire, mais chaque doigt l'est aussi.
Les animaux et les végétaux sont bipolaires comme l'homme, l'aimant et la pile; les minéraux, les substances chimiques seraient unipolaires à l'état pulvérulent et bipolaires sous forme allongée; les lumières rouges et vertes seraient positives, les jaunes et bleues négatives.
Toute région positive du corps, comme le pôle positif de Taimant ou de la pile, contracture ou anesthésie une région positive; toute région négative produit les mêmes effets vis-à-vis d'une région négative; c'est ce que les
(1) Dumontpallier, SoW^M de hiologiey 10 et i7 déce^ibre 1881.
(2) De Rochas. La polarité vitale. Cosmos y 1886. Charazain et Dècle. Découverte de la polarité humaine. Paris» 1886. — Les courants de la polarité dans Vaimant et dans le corps humain. Paris, 1887.