EXCITATION DU CRANE ET DU CUIR CHEVELU
Quoi qu'il en soit, nous croyons que pour Tétude, la classification du professeur Charcot doit être conservée, quand bien même elle ne s'appliquerait qu'à un petit nombre de cas seulement. On peut dire qu'elle a fait faire un grand progrès à l'étude de la somniation provoquée, et jeté une vive lumière sur beaucoup de faits obscurs et fugitifs dont la connaissance jusqu'alors purement empirique n'avait été d'aucune utilité pour les progrès de la science.
En dehors de ces symptômes somatiques en quelque sorte fondamentaux de Thypnose provoquée chez les hystériques, les expérimentateurs, poursuivant le cours de leurs recherches, en ont signalé d'autres encore plus surprenants.
C'est d'abord la possibilité d'influencer le cerveau chez les sujets hypnotisés, soit directement à travers la boîte crânienne, soit indirectement par une action réflexe dont le mécanisme n'est pas connu.
Par exemple, l'excitation de certaines parties du crâne ou simplement du cuir chevelu, chez les hystériques hypnotiques^ réagit sur le système musculaire du corps, de façon à déterminer des contractions en rapport avec la région excitée.
M. Charcot s'est servi du courant galvanique pour faire «es expériences. Le tampon positif était placé sur le crâne, au niveau des régions motrices, et le négatif sur le sternum; ou bien encore le positif était mis en rapport avec la partie supérieure de la zone motrice, et le négatif soit devant, soit derrière l'oreille. Si pendant l'état léthargique on faisait passer le courant dans ces
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conditions, il se produisait, sans réveil du sujet, sott à rinterruption, soit àTouverture, une secousse très nette, le plus souvent dans la partie opposée du corps à Tappli» cation du tampon positif; quelquefois dans le même côté. Chez quelques malades, ce mode de galvanisation cephalique a pu provoquer les mêmes phénomènes à Tétat de veille. M. Charcot avait d'abord pensé^pour expliquer ces faits, à invoquer Thyperexcitabilité des régions motrices du cerveau ; mais le fait que les contractions gai» vaniques peuvent se produire du même côté que l'excitation est contraire à cette manière de voir(l), ce qui Ta détourné d'accepter cette explication. Peut-être s'agit-il d'une action réflexe provoquée par l'excitation de la duremère cérébrale. Peut-être ne s'agit-il simplement que d'auto-snggestion.
M. Dumontpallier (2) a rendu témoin la Société de biologie de quelques expériences sinon comparables, du moins analogues par les résultats obtenus. Une malade de son service, plongée dans le sommeil hypnotique, ne présente pas les phénomènes d'hyperexcitabilité musculaire : endormie par le regard de l'observateur et cataleptisée en soulevant les paupières, on provoque chez elle un grand nombre de mouvements automatiques en dirigeant sur les téguments du crâne le souffle projeté par un tube capillaire à l'aide d'un appareil en caoutchouc. Les mouvement déterminés sont invariablement les mêmes pour le même point du crâne excité. L'excitation renouvelée, au bout de quelques instants, par le jet d'une nouvelle colonne d'air, reproduit, en sens inverse, le premier mouvement. 11 serait loisible, de la
(1) P. Richer, loc, cit., et Charcot, Société de biologie, 21 et 2S janvier 18S2.
'^^ Dumoutpallier, Société de biologie, 14 janvier 1882.
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sorte, d'après rexpérimentateur, de diviser le crâne en centimètres carrés et de délimiter chaque lone réflexogène d'un mouvement déterminé. Le mécanisme de ces mouvements réflexes est encore à trouver, s'il s'agit bien de mouvements réflexes.
On sait que le somnambulisme est facilement obtenu chez les hystériques par la friction du vertex. En excitant les téguments du crâne en divers points^ MM, Féré et Binet ont obtenu de singuliers phénomènes de somnambulisme partiel dont ils ont donné connaissance à la Société de biologie. Si pendant qu'un sujet, qui offire les caractères du grand hypnotisme, est en catalepsie ou en léthargie, on fait la friction du vertex, il entre ou somnambulisme ; si la friction est latérale, c'est Thémisomnambulisme qu'elle provoque. Si au lieu de faire une friction étendue du vertex on pratique une forte pression sur certains points du cuir chevelu en rapport avec les centres moteurs, on détermine le somnambulisnio partiel du membre dont le centre moteur a été impressionné.
On peut ainsi somnambuliser isolément une moitié de la faoe^ un bras^ une jambe, ou les deux bras, les deux jambes, la totalité de la face. Il est même possible de déterminer le somnambulisme isolé de la partie supérieure de la ïofie en excitant un point du crâne situé au-dessus d'une ligne horizontale passant par Tarcade sourcilière et en arrière d'une ligne verlicale passant en arrière de l'apophyse mastoïde (1).
En excitant isolément et successivement ces divers points, on provoque un état de somnambulisme partiel généralisé dans lequel le sujet parle, entend, est suscep-
(1) Ch. Féré et Binet, Comptes rendus de la Société de biologie t 49 juillet 1884.
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lible d'être halluciné. Cependant ce somnambulisme n'est pas complet. M. Féré cite une malade qui possède à la partie supérieure du sternum une zone érogène sensible seulement pendant la période somnambulique. Or, dans Tétat de somnambulisme obtenu par les procédés sus-indiqués, la zone érogène n'est pas sensible. Il faut, pour la rendre sensible, exciter la région occipitale du cerveau.
Des expériences encore plus extraordinaires que les précédentes ont été relatées devant la Société de biologie par M. Dumontpallier(l). Elles ont paru tellement surprenantes qu'elles ont motivé de la part du professeur €harcot des réserves qu'il semble prudent de maintenir. Par Y action du regard seul, l'habile expérimentateur déclare avoir fait entrer certains muscles en contractioa chez une hystérique hypnotisée. Le même sujet, sortant à demi du sommeil hypnotique, parle, écrit et reconnaît les objets qu'on lui présente. Si, à ce moment, on porte le -doigt ou simplement le regard sur la région qui recouvre la troisième circonvolution frontale gauche, la patiente devient muette ; l'aphasie est complète. Le même geste ou le même regard fait disparaître ces étranges phénomènes. En agissant par les mêmes procédés sur diverses circonvolutions cérébrales, on abolit les facultés correspondantes; sur d'autres on provoque les mouvements 'qui en dépendent.
Braid prétendait accomplir des expériences aussi surprenantes pour prouver l'exactitude de la doctrine phréoologique de Gall. Notre moderne phrénologie (2), assise
{{) Dumontpallier, Soaé/é de biologie, séance du 24 décembre 1881.
(2) Od sait que les régions du cerveau dévolues à la motricité volontaire sont parfaitement délimitées, et se trouvent placées autour du sillon de Rolando. Les expériences de Ferrier surtout, et
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sur des bases autrement solides, pourra peut-être trouver dans ces expériences un surcroit d'appui, mais nous ne saurions trop nous déûer de nos sens, tant tout cela tient du prodige.
Le mécanisme de ces actions réflexes, comme nous l'avons déjà dit, échappe pour le moment à toute explicalîon. Mais, du moins, peut-on se rendre compte de la cause qui les met en œuvre. Nous verrons, dans un chapitre subséquent, jusqu'à quel degré extraordinaire peut être poussée Thyperesthésie sensilive et sensorielle dans le somnambulisme; c'est cette hyperesthésie qui, vraisemblablement, est mise en jeu dans ces expériences, par le rayon lumineux que réfléchit Toeil de l'opérateur sur le point précis vers lequel il dirige son regard. Ainsi peut s'expliquer encore le réveil, soit d'une somnambule, par un simple regard dirigé sur ses paupières abaissées, soit d'un cataleptique, placé devant un miroir, par le rayon visuel dirigé sur les yeux de l'image et réfléchi dans les yeux du sujet.
Un deuxième ordre de faits nouveaux sont ceux que Von désigne sous le nom d'hypnose unilatérale^ et d'hypnose bilatérale de caractère différent pour chaque côté.
Il est possible de limiter les phénomènes hypnotiques à un seul côté du corps, Braid(l) avait dîjà remarqué que si, chez un sujet hypnotisé présentant de la torpeur
quelques faits aDalomo-pathologiques tendent à prouver que \eé régions postérieures sont dévolues à la sensibilité et les régions antArieureit à rintelllgeuce proprement dite. (Voy. les travaux de Frltsch, Hitzig, Perri«^r, Charcot, Carville et Duret, etc.) (1) Bpaid, loc, cil,, p. 62.
CULLKRRB. ^
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de tous les sens et une rigidité du corps et des membres, on exerce une pression légère ou on lance un léger courant d'air sur un œil, on lui rend la vue en même temps que la sensibilité et la motili té reparaissent dans la moitié du corps correspondant à cet œil.
Heidenhain(l), pour produire Thypnotisme unilatéral sur une personne sensible, exerce des frictions prolongées sur Tun des côtés de la tête. Il obtient alors une sorte d'état parétique des muscles du côté opposé ; l'état parétique s'accentue, rbyperexcitabilité neuro-musculaire apparaît, et on se trouve bientôt en présence d'une hémiléthargie. Les frictions opérées à droite produisent non seulement la léthargie gauche, mais encore un certain degré d'aphasie qui s'oppose à ce que les sujets puissent lire ou répéter les mots prononcés devant eux.
Dans certains cas, les phénomènes se sont montrés non pas du côté opposé aux excitations, mais du même côté. Ainsi, chez un sujet, l'excitation de la partie droite du cuir chevelu produisait la catalepsie du même côté.
Ladame (2), en frictionnant le côté gauche de la tète, a déterminé dans le côté droit une contracture si violente et si soudaine que le sujet aurait été renversé si on ne l'eût maintenu. Pendant ce temps, Tœil droit avait recouvré le sens des couleurs, tandis que le gauche était resté achromatopsique. En même temps il se produisit certains troubles de la parole qui firent prononcer ai sujet un substantif pour un autre.
M. Charcot et ses élèves (3) ont démontré à mainte:
(1) Heidenhain, Die sogenante thierische Magnetismus, Leipsig
(2) Ladame, La névrose hypnotique^ Neufchatel, 1881.
(3) Descourtis, Progrès médical^ 1879; thèse de Paris, 1882; Encé phale^ janvier-février 1885.