HYPERESTHÉSIE DU TACT
mier lieu vers la cuisse gauche, puis vers le coude gauche, et enfin vers la télé. Ces trois parties furent presque aussitôt prises de mouvements convulsifs. M. du Potet dirigea sa jambe gauche vers celle du magnétisé; celui-ci s*agita de manière qu'il fut sur le point de tomber. M. du Potet dirigea ensuite son pied vers le coude et la main gauche ; et des mouvements convulsifs très forts se développèrent dans tout le membre supérieur.
Jusqu'ici Texpérience avait parfaitement réussi; mais pour faire une contre-épreuve, la Commission fît recommencer les expériences après qu'on eut appliqué un bandeau sur les yeux du sujet. Elles furent alors beaucoup moins nettes. A rapproche des doigts, il se produisait toujours des mouvements convulsifs^ mais qui tendaient à se généraliser et n'étaient plus en rapport avec la direction du doigt de l'opérateur.
Dans les expériences précédentes, il pourrait bien se faire que la vue ait été pour une certaine part dans la précision des contractions obtenues ; toutefois, lefaitque des contractions musculaires se produisent encore, bien qu'avec une perfection moindre, après Tobturation des yeux, est une preuve évidente de la part que prennent le courant d'air déplacé par le geste de Topérateur, et l'hyperesthésie cutanée du sujet dans la production du phénomène.
C'est l'hyperesthésie du tact qu'invoque M. P. Richer pour expliquer le singulier phénomène de l'attraction magnétique. Certaines somnambules sont comme attirées par l'opérateur qui les a endormies en les touchant sur le sommet de la tête. Il ne peut s'éloigner d'elles sans qu'aussitôt elles manifestent la plus grande inquiétude, le plus grand malaise; et elles ne restent en repos que quand elles l'ont retrouvé et rejoint. Si l'attouchement du point magnétique est opéré médialement, par
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rintermédiaire d'un objet quelconque, Tétai somnambu^ lique est produit, mais Tatlraction n'a pas lieu. Qu'une personne touche un endroit du corps de la malade, principalement une partie nue, et aussitôt le phénomène s produit à Tégard decette personne quelle qu'elle soit. Ce qui prouve bien qu'il s'agit d'une simple manifestation particulière du tact, c'est que si deux observateurs entrent simultanément en contact avec la malade, il se produit une double attraction pDur chacun d'eux :
Le malale, dit M. Richer, de chaque main presse celle de chacun des observateurs et ne veut pas les abnndonner. L'éta spécial d'attraction existe à la fois pour les deux ; mais la malade se trouve en quelque sorte divisée par moitié. Chaque observateur ne possède la sympathie que d'une moitié de la malade, et celle-ci oppose la même résistance à l'observateur de gauche, lorsqu'il veut saisir la main droite, qu*à l'observateur de droite lorsqu'il veut saisir la main gauche (1).
Une des malades^ citée par lauteur, manifestait dans la période somnambulique plusieurs phénomènes d'hyperesthésie remarquables. Elle sentait à plusieurs mètres de distance un léger courant d'air, en était incommodée^ et se mettait à frissonner sur sa chaise. La sensibilité au tact était telle, que même au travers des vêtements elle reconnaissait certaines personnes et ne se trompait jamais, quels que fussent les artiQces imaginés pour la tromper. Elle ne supportait que le contact de celui qui l'avait mise en somnambulisme, 1 approche de toute autre personne lui était insupportable. Cette sorte d'action élective pour certains individus se rencontre parfois dans le somnambulisme spontané; Lasègue et Billet en ont fourni des exemples.
(1) P. Richer, loc, cit., p. 665.
HTPERESTnÉSIE DE LA VUE 15^
Quoi qu'en disent Braid et M. Azam, la vue est hyperesthésiée parfois à un point extraordinaire Une somnambule peut voir à travers la fente palpébrale la plus étroite; et même, suivant M. Chambard(l), rabaissement complet des paupières n'est pas un obstacle complet à l'exercice de la vision en raison du léger degré de transparence de cette membrane en face d'une vive lumière. Certains hypnotiques même lisent dans robscuriti.
Le D' Taguet a donné l'observation d'une hystérique qui, en somnambulisme, voyait sur un carton se refléter comme en un miroir tous les objets qui étaient placés derrière elle (2).
Les empreintes qui ne viennent pas se réfléchir directement dans un point délerminè du miroir ne sont pas perçues, à moins que celui-ci ne soit élevé ou abaissé, ou que l'on ne porte la lèle de la malade soit adroite, soiià giuche, suivant le cas, le reg.ird restant attaché sur Técran. Nous teno is au-dessus ou bien eu arrière de sa tète, miis de telle sorte qu'ils se trouvent dans le champ du carton, divers objets, tels qu'une bagne, une montre, une pipe, de petits bonshommes en pupier, un crayoi, une pièce de monnaie, etc. ; elle ne tarde pas à les apercevoir, elle en décrit la forme, la couh^ur. Nous ferons remanju-^r qu'il existe toujours un certain retard dans la perception des objets : c'est a nsi que si nous substituons brusquement une pièce de dix centimes, par exem^tle. à une montre, elle n'en continuera pas moins à chercher à lire l'heure; puis tout à coup elle s'écriera : « La montre a disparu, voilà deux sous. »
Noëlie ayant toujours le regard attaché sur le carton, nous allons nous placer derrière elle, notre tête dominant l^g'^rement la sienne; elle nous salue aussitôt, nous fait une de naiidri, nous rappelle une prom*s83; si n)U3 lai envoyons un biis'ji' avec la main, elle s'écrie qu3 nou5 nous moquons d'elle; si nous insis-
(1) Chambard, loc. cit.
(2) Taguet, Annales médico-psychologiques ^ t. le', 188i.
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tons, elle s'emporte et crache sur le miroir. Nous plaçons w arrière de son front deux doigts que nous écartoos légôrement, elle devient triste et fait plusieurs signes de croix ;'elle s*écrie qu'elle voit le diable avec ses cornes, et invite une amie, qu'elle <:roit auprès d'elle, à un; "" prières aux siennes. La vue d*aa cruciGx, d'un chapelet, la co .. Je de joie, elle cherche à s'en emparer en portant ses mains en arrière ; vient-elle à les toucher, elle ne les sent pas.
Quatre, oint], dix personnes qui lui sont complètement incoDnues, passent successivement derrière son lit, elle dit un motear chacune d'elles : celle-ci est jeune, celle-là est vieille, telle aon la barbe noire, telle autre l'aura blanche; Tune est gaie, Tautn ,1 est moqueuse: elle découvre le moindre geste, le moindre mouvement des lèvres. Un de nos confrères prend un cigare et faille simulacre de fumer : u Ne te gène pas )>, dit la malade. Un autre fait un signe de croix, elle s'écrie : « Voilà un bon chrétien I » Le visage de personnes connues venant interrompre ce long défilé d'étrangers la comble de joie; il semble qu'elle ait déjà oublié les impressions qui viennent de se produire. Nous plaçons au-dessœ de sa tête un écrlteau avec ces mots : a Je suis le diable! » Aussitôt qu'elle l'a aperçu, elle fait un signe de croix, embrassa ses médailles; tout in-lique chez elle la frayeur la plus vive, le découragement le plus complet. Nous remplaçons cet écriteau par le suivant : « Je suis le bon Dieu! » Aussitôt sa figure s'éclaire et exprime la joie la plus grande. On varie à l'inûni ces inscriptions, chacun apportant la sienne ; la malade n'arrive pas à les lire toutes à haute voix, mais l'expression de sa physionomie, les réflexions qu'elles lui suggèrent, indiquent d'une manière certaine que le sens de la phrase n'a pu lui échapper. Pendant qu'elle est occupée à déchiffrer, nous élevons le carton à une certaine bau- teur, ce qui Toblige à rejeter fortement la tète en arrière; ayant ainsi acquis la certitude qu*elle ne peut nous voir, nous mettons à nu un de ses seins, sa Qgure ne trahit aucune émotion; nous baissons insensiblement le miroir, puis tout à coup elle rougit et répare précipitamment le désordre de sa toilette. Mais il sufQt de lui contenir les mains pour lui faire oublier le mouvement com-