‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 58 sur 114 · V. — Impulsions posthypnutiques · texte numérisé non relu

V. — Impulsions posthypnutiques

Nous avons jusqu'ici considéré Thypnotisme principalement chez les hystériques; mais l'étude de la suggestion dans la période somnambuLique, que nous nous proposons de faire maintenant, nous oblige à élargir notre cadre. Les phénomènes qu'il nous reste à exposer ne sont pas exclusivement du domaine de ce qu'on a appelé le grand hypnotisme', ils appartiennent aussi à un certain nombre d'états que l'on détermine chez beaucoup d'individus et qui, sous le nom de petit hypnotisme^ sont considérés comme des diminutifs ou des aspects variés du somnambulisme provoqué.

Le grand hypnotismeavecses phases bien caractérisées s'observe principalement chez les hystériques. Mais les

l'état somnambulique 177

hystériques soot des malades. N'y a-t-il pas lieu de se demander si dans les phéoomèues du sommeil nerveux qu'on provoque chez elles, il ne se mêle pas quelques manifestations propres à leur maladie? Ou plutôt, étant donné la nature des phénomènes hypnotiques, qui empruntent pour se produire le mécanisme même d'un grand nombre de symptômes hystériques, l'inhibition, l'hystérie préexistante ne constitue-t-elle pas un terrain extraordinairement favorable à la culture intensive de l'hypnotisme, et propre à donner des produits d'une venue exceptionnelle? C'est une question que nous ne voulons pas trancher, mais que se poseront certainement tous ceux qui, après avoir lu les travaux consacrés à l'étude du sommeil nerveux chezles hystériques, liront ceux des savants qui ont expérimenté chez les individus sains.

Chez ces derniers, les phénomènes hypnotiques ne se prêtent plus à des distinctions si tranchées, et le somnambulisme profond est même assez rarement atteint. Par conséquent, ce que nous dirons des suggestions provoquées chez cet ordre de sujets, pourra à plus forte raison s'appliquer à ceux chez qui la névrose est complètement développée. C'est pourquoi nous nous croyons autorisé à n'étudier qu'un somnambulisme, qu'on le considère dans l'hystérie ou chez les individus exempts de cette maladie.

Si je n*ai pas accepté comme point de départ de mes études, dit le professeur Bernheim, les trois phases de l'hypnotisme hystérique, telles que Gharcot les décrit, la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme, c'est que je n'ai pu confirmer par mes observations l'existence de ces états divers en tant que phases distinctes (1).

(1) Beraheim, De la suggestion dans Vétat hypnotique, réponse à M. Paul Janet. Paris, 1884.

CULLBRRB. \^

L'étude de rhypnotisme chez les sujets sains ne Ma révélé que les faits suivants : Quand un sujet est hypnotisé par n'importe quel procédé, il arrive un moment où ses yeuxrcstent closet les bras tombent en résolution. L'auteur se demande si c'est de la léthargie? Mais le sajet, bien qu'immobile^ insensible, inerte^ entend tout et peut eatrer en communication avec le monde extérieur; il suffît, pour le réveiller, de lui en intimer l'ordre; on peut produire chez lui les phénomènes cataleptiques (1) ou somnambuliques, par simple suggestion vocale. Aucune manipulation n'est nécessaire, ni souffle sur les yeux, ni ouverture des paupières, ni friction du vertex, comme cela se fait à la Salpétrière. La simple suggestion suffit à déterminer toute la série des phénomènes hypnotiques et une fois le sujet endormi, tout autre procédé non seulement est inutile, mais reste absolument dénué d'efficacité. M. Bernheim n'a jamais rien produit chez les hypnotisés sains par l'ouverture des yeux on la friction du vertex (2). Tout ce qu^il a constaté, c'est un degré variable de suggestibilité chez les hypnotisés :

Les uns n'ont que de rocclusion des paupières avec ou sans engourdissement; d'autres ont, déplus, de la résolution des membres avec inertie ou inaptitude à faire des mouvements spontanés; d*autres gardent les attitudes imprimées (catalepsie suggestive); la contracture suggestive, les mouvements automatiques suggestifs entrent ensuite en scène. Enfin, l'obéissance automatique, Tanesthésie, les illusions sensorielles et les hallucinations provo*

(1) Cataleptiformes.

(2) La sensibilité aux actions réflexes étant déjà très développée chez les hystériques, et Thypnotisme venant encore augmenter cette prédisposition, il est facile do comprendre que les singuliers réflexes qui, comme celui du vertex, de l'occlusion, de l'onverture des yeux, produisent chez les hystériques hypnotisées des effets si marqués, soient inefficaces chez les hypnotisés sains.

SIX CATÉGORIES d'hYPNOTISÉS 179

uées marquent les étapes progressives du développement ifo cette jggestibiiité doat le degré culminant est constitué par le somambulisme actif ou vie somnambulique. C'est ce dernier degré 3uiy celui où les phénomènes suggestifs sont le plus développés, ui s'accompagne d'amnésie au réveil. Un sujet environ sur six (1) e ceux que Ton hypnotise arrive à ce degré que nous appelons ytnnambulisme profond ; et quand il n'y arrive pas d'emblée, par i seul fait de l'hypnotisalion, aucune des manœuvres que nous voQS essayées n'a pu le développer (2).

En résumé, M. Bernheim, n'a mis en œuvre d'autre proédé que la suggestion et :

La suggestion, c'est-à-dire la pénétration de l'idée du phénolène dans le cerveau du sujet par la parole, le geste, la vue, Timiitioo, lui a paru être la clef 4e toutes les manifestations hypnoques qu'il a observées.

Quel que soit l'exclusivisme de ce procédé, l'étude de es résultats n'en est pas moins des plus intéressantes. [ais avant de nous y arrêter, voyons comment se com- >ortent les individus sains soumis aux pratiques hypnoiques. M. Bernheim, avec M. Liébault, admet, en dehors [es sujets complètement réfraclaires, six catégories d'hyplotisés.

A un premier degré, caractérisé par un peu de somnolence et e pesanteur, on ne constate rien de particulier dans le plus grand ombre des cas ; dans quelques autres, alors même que le sujet 'éprouve aucune somnolence, il est possible de l'influencer par uggestion, par exemple de lui maintenir les paupières fermées. 1 fait de vains efforts pour les ouvrir jusqu'à ce que l'opérateur le ui ait permis.

(1) « Â peine un patient sur dix, dit Braid, arrive-t-il jusqu'à la )hase du sommeil inconscient, » p. 244.

(2) Bernheim, ioc, cit., p. 6.

180 LA SUGGESTION HYPNOnQUE

Dans le second deçr^, les paupières sont fennées. Les membta ioot en résolution ; bien que non séparé du monde extérieur, le paitent est assujetti à la volonté de l'expérimentateur. Il est possible de déterminer chez lui la catalepsie sug'gestîve, c*e8t-i-dire qu'on peut placer ses membres dans une altitude qoeloonque et ies y faire rester le temps qu'on veut, en lui suggérant ridéeqa*il UH peut modifier leur position. Au réveil il aura conservé le souvenir de tout ce qui s'est passé.

Au troisième degré, le sommeil est plus profond, lapeauestploi ou moins sensible; outre la catalepsie suggestive, on peutdéte^ miner chez les sujets des mouvements automatiques, comme too^ ner les bras Tun autour de Tautre. On peut, par suggestion, bm continuer ce manège indéfîniment. L'ouïe est conservée.

Dans le quatrième degré, outre les phénomènes observés dam les précédents états, un fait nouveau se produit la perte desrelations avec le monde extérieur. Le patient n'est plus en relatioa qu'avec rexp'''rimentateur et n'entend plus que lui.

Le cinquième et le sixième degrés constituent le somnambulisme, ils sont caractérisés au réveil par Poubli de tout ce qui s'est passé. C'est alors que tous ces phénomènes de suggestion atteignent leur plus complète expression.

Dans ces six catégories purement théoriques d'ailleurs on peut faire rentrer tous les cas particuliers. Ce n'est pas, cependant^ qu'il ne s'en produise qui échappent à toute classification; car chaque hypnotisé a une sorte d'individualité propre; et particulièrement en ce quicon- «erne les phénomènes psychiques de l'hypnotisme, le caractère habituel de l'individu, son aptitude plusou moins grande à se laisser diriger, à ajouter foi aux paroles des autres, joue un rôle prépondérant et son degré de sensibilité aux suggestions est loin d'être toujours en rapport avec la profondeur du sommeil dans lequel il est plongé. Nous avons déjà insisté sur ce point à propos des hystériques.

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