ÉTAT DES FACULTÉS
tout effort pour vouloir est inutile, et que le sujet est complètement à la merci de l'opérateur.
Cependant, Tintelligence subsiste tout entière, mais en quelque sorte, d*une façon latente. Le cours des idées qui, à Tétat normal, se pressent, s'associent, s'enchatnent dans le cerveau, est suspendu; de manière que lorsque dans ce calme absolu de Tintelligence, dans ce vide de la conscience, une excitation est jetée, elle y retentit avec une puissance telle qu'elle ébranle toutes les facultés et les met en activité. Comme la volonté sommeille, ou plutôt est entravée et n*exerce plus sa direction habituelle sur les phénomènes psychiques, 1 enchaînement des idées a quelque chose de fatal, d'automatique.
Supposons, dit M. Ch. Richet, qu*on suscite à un somnambule Tidée de serpent. « Au mol serpentj » mémoire, imagination, sensibilité, tout entre aussitôt en jeu, absolument comme chez Tindividu normal. L'unique différence c*est qu'à Télat normal de l'idée de serpent peut être dirigée, modifiée, augmentée, entravée par la volonté, tandis que chez le somnambule celte volonté n'existe plus (1).
Bien que la conscience qui veille encore proteste que c'est absurde et illusoire, le serpent est vu, inspire de la frayeur, provoque des cris et des mouvements de fuite.
A une personne très intelligente, qui n'était pas endormie profondément, qui n'avait perdu la conscience ni de son état, ni de sa personnalité, qui avait conservé au réveil la mémoire des faits qui s'étaient présentés pendant son sommeil, M. Ch. Richet dit : « Voici un lion. » — « A quoi bon, répondit-elle, puisque ce n'est pas vrai; je sais très bien qu'il n'y a pas de lion. » Mais l'opérateur insista en lui répétant qu'il y avait réellement un lion':
(1) Ch. Richet, Vhomme et V intelligence^ p. 229.
232 PHYSIOLOGIE DE L*iITPNOTISME
— « Je finirai par le voir, si vous me le dites », assura rhj-pnotisé. En effet, il le vit,* confusément d'abord, en ayant conscience qu'ils*agissaitd^une hallucination. Puis la forme peu à peu se dessina, le lion lui apparut, couché, avec sa crinière, sa queue qui s'agitait, ses yeux jaunes fixés sur lui; il fit un mouvement de recul, quand on lui dit que le lion se levait. Cependant il savait parfaitement qu'il s'agissait d'une hallucination.
Dans cette période du sommeil somnambulique, les suggestions s'opèrent avec facilité, mais Tautomatisme est moindre que dans les suivantes. Tout en cédant aux suggestions, tout en subissant les hallucinations qui lui sont communiquées, le sujet les discute, les juge, et s'il ne peut y résister, du moins il l'essaye. Dans une période plus avancée du sommeil hypnotique, la conscience s'obscurcit puis disparait, en sorte que le sujet, au réveil, n'a conservé aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant qu'il était en état de somnambulismiB. Il répond désormais sans la moindre résistance aux excitations venant du dehors qui seules ont le pouvoir de le tirer de sa passivité complète; mais quand ces excitations ont pris fin, il rentre dans une sorte de stupeur qui le rend tout à fait étranger au monde qui l'environne.
Cependant, il est encore lui même. Si la conscience de l'état de veille est supprimée, il en existe au fond de son individu une autre qu'on peut appeler, si l'on veut, inférieure, et qui préside à la vie somnambulique et à l'exercice des fonctions intellectuelles dans cet état. Pendant leur sommeil, les somnambuliques « témoignent, dit M. Bernheim, d une parfaite conscience de leur être; ils répondent aux questions qui leur sont adressées; ils savent qu'ils dorment, Quand je dis à S... qu'il est sur le champ de bataille, il évoque le souvenir des scènes aux-