ALTÉRATIONS DE LA PERSONNALITÉ S
des mois et des années, pendant lequel le malade est ballotté entre le doule que fait naître en lui un reste de raison, et la croyance que lui imposent petit à petit ses sensations maladives.
Cependant, quand l'automatisme est absolu, comme dans le somnambulisme profond et la catalepsie^ les hallucinations les plus variées peuvent être suggérées sans difûculté. Nous avons parlé de ces hallucinations viscérales, la faim, la soif; de ces besoins factices que manifestent, sous l'influence de la suggestion, certains hypnotiques. Les troubles les plus profonds de la cénesthésie, de la sensibilité générale peuvent être eux-mêmes déterminés, au point de produire une altération profonde de la personnalité physique, et de suggérer à l'hypnotisé qu'il est de verre, de beurre ou de cire. La pathologie nous offre de nombreux exemples de ce genre de troubles de la sensibilité organique. Certains déments, certains paralytiques se croient Tobjet de ces transformations bizarres sous l'influence des graves lésions qui se développent dans leur centre nerveux.
L'altération de la personnalité psychique que M. Ch. Richet appelle Vobjectivation des types, et qui consiste à faire perdre à un hypnotisé sa personnalité pour lui en faire revêtir une de fantaisie, a aussi son analogie dans la folie; mais, l'analogie est peut-être moins complète. moins profonde; car, tandis que chez l'hypnotisé il y a amnésie complète de la personnalité réelle, chez l'aliéné cette dernière n'est guère qu'effacée, et suit partout comme une ombre la personnalité nouvelle. Pour l'aliéné, le passé existe toujours, avec tous les éléments qu'il apporte à l'édification du moi; chez l'hypnotisé^ le présent seul existe, et le présent, c'est l'idée suggérée.
L'aliéné, ancien valet de chambre, tout en se disant le
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Fils de Dieu, vaque aux soins du ménage. L'hypnotisé n'a pas de ces inconséquences. Il remplit avec une rigueur parfaite le rôle qui lui est imposé ; il s*incarne dans la peau de son personnage. Dans cette forme d'altéi ation de la personnalité, il n*y a pas de troubles de la sensibilité. Ce ne sont pas les régions cérébrales dévolues à la sensibilité générale organique, mais celles de la sensibilité morale et affective qui sont affectées par la suggestion.
Comment doit-on considérer l'hypnotisme? Comme une maladie ou simplement comme une modification passagère de l'organisme analogue à certaines modifications physiologiques, comme le sommeil, par exemple? Les opinions sont, à ce sujet, assez partagées.
Le professeur Charcot considère l'hypnotisme comme une névrose expérimentale (1).
D'après M. Paul Richer, l'hypnotisme est un trouble du fonctionnement régulier de l'organisme qui se confond avec la prédisposition hystérique. Étant admis que les phénomènes hypnotiques les plus marqués se développent chez les hystériques les plus hystériques^ il est légitime de faire de l'hypnotisme une dépendance de la grande névrose. Et de même que l'hystérie, dans ses formes atténuées, se rencontre chez beaucoup de femmes et quelques hommes, de même s'y rencontrera l'hypnotisme, mais dans ses formes imparfaites et plus ou moins accentuées (2).
Pour M. Dumontpallier et ses élèves, l'hypnotisme
'^harcot. Académie des sciences, séauce du 13 février, 1882. Richer, Hysléro-épilepsie, ioc, cit.
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peut être considéré comme une névrose expérimentale à plusieurs degrés. M. Magnin dit en propres termes que les différents degrés de Thypnose ne sont que des degrés d^une même affection (1).
Pour MM. Bail et Chambard , il y a trois catégories de somnambules :
l» Ceux qui jouissent, au moins en apparence, d'une excellente sanlé;2<* ceux qui sont manifestement névropathiques; 3o ceux chez qui le somnambulisme n'est qu'une manifestation symptomatique d'une ioaaladie du cersreau ou de ses enveloppes. Chez ceux des deux dernières catégories, il n'y a pas de doute qu'il ne s'agisse de vérilables manifestations pathologiques. Quant aux sujets delà première, en ne considérant que les apparences, on pourrait hésiter, maisTétude de leurs antécédents de famille vient levertous les doutes : ce sontdes névropathes, par conséquent des malades. Nous concluons donc, ajoutent les auteurs, en émettant cette proposition, que laplupartdes sujets atteints de somnambulisme idiopathiqueou remarquables par leur grande sensibilité à l'action des agents hypnogéniques, sont des névropathes, ainsi que le montrent leurs antécédents héréditaires, leurs antécédents personnels et une analyse soigneuse de leur état au moment môme où on les soumet à l'observation (2).
Cette manière de voir n'est pas unanimement partagée. M. Bernheim ne voit rien de pathologique dans les phénomènes du sommeil provoqué. Non seulement pour lui, toutes les personnes hypnotisables ne sont pas des névropathes, mais chez le plus grand nombre de ses sujets, il n'a constaté aucune trace de prédisposition aux troubles nerveux.
Il ne nie pas cependant que la suggestion hypnotique pour agir sur l'être psychique n'exige une certaine disposition, une certaine réceptivité cérébrale. Mais cette
(l) Magnin, Étude clinique et expérimentale sur Vhypnotisyne, (2) Chambard, Dict. encyclop. des sciences méd. , 3e sér., t. X, p. 335.
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disprr«îtioo sp^male «est Fapaiiage if dm grand nombre < perv>aaes, et doq Tapanaze exclusif de la néTTopath et de l'hTStérie,
Telles sont, sar la natare de Hiypnolisme, les tuc des aatears qui se sont plus occupés de cette qaes tion.
C'est une I-m aujoar-rhaî bîea établie, Ibat obserrer VM. Cbtr cot et K.^hrr, que les manîfestatfoDS pathologiques ne saoraieo comporter en e^les-mémesaocan élément DOOTcaa ; qu'elles De soot que des démtlons, des modifications pins ou moins profondesdes tonà'a ons pbjsiologiques. Partant de ce principe, nous admettrions Tolon tiers, quant à nous, qu'il j a quelques distinctions à établir entre les nombreux îndÎTÎd us susceptibles d*étre hypnotisés.
Beaucoup ne dépassent jamais un degré léger ou moyen d'bypnotisation. Peut-être même nV-a-t-il pas de sujet absolument ré fractaire aux manœurres bypnogéniques. La somnolence bypnoti' que, et les quelques phénomènes psychiques et somatiques doDl eîle s'accompagne ne peurent donc, à aucun titre, îl nous semble être considérés comme d'ordre pathologique (1).
Quant aux grands somnambules, bien qu'il n'y ait pa entre eux et ceux dont nous Tenons de parler de dîffé rence fondamentale, nous croyons que, en suivant l conseil de MM. Bail et Chambard, on trouverait faciU ment chez eux des traces certaines de la diathèse névro pathique. Tout en admettant encore qu'ils sont d'ordi physiologique, les phénomènes hypnotiques, chez ce sujets^ nous semblent friser la pathologie et y tombe mémo parfois, s'il est vrai, ainsi que tendent à le démOi trcr quelques observations, que les personnes longtemp hypnotisées peuvent plus tard tomber en somnambu lisrrie passager.
(1) Charcol et Bicher, Arcliiv. de neur.^ t. 1I> p. 33.