‹ Magnétisme et hypnotisme: exposé des phénomènes observés pendant le sommeil nerveux provoqué auChapitre 86 sur 114 · SOMNAMBULISME ET RÊVE · texte numérisé non relu

SOMNAMBULISME ET RÊVE

forts, non parce qu'ils le sont en réalité, mais parce qu'aucun état fort n'existe pour les rejeter au second plan. Dès que Tétat de veille recommence, tout se remet àsa place. Les images s'efTacent devant les perceptions> les perceptions devant un état d'attention soutenue, un état d'attention soutenue devant une idée fixe. En somme, la conscience pendant la plupart des rêves a un minimun^ d'intensité (1).

Il en est de même pendant le somnambulisme.

Un certain nombre de somnambuliques, qui ne gardent pas à Tétat de veille la. mémoire de ce qui se passe dans leurs accès, se souviennent dans chaque accès nouveau des faits qu'ils ont accomplis dans les précédents. On observe le même phénomène dans le somnambulisme naturel. Il s'établit ainsi une sorte de liaison entre les diverses périodes de sommeil, une sorte de seconde mémoire indépendante de la mémoire ordinaire. Cela, sans doute, est dû à l'uniformité des conditions psychiquesdans lesquelles chaque accès place le sujet et qui se résument dans une simplification considérable de la vie mentale, contrastant avec Textrême complication de l'activité psychique deTétatde veille. Il en résulte que chaque fois que cet état particulier se représentera, il réveillera les états de conscience antérieurs qui lui ressemblent, et le souvenir sera constitué.

Parmi les hallucinations et les illusions qu'il est possible de procurer par suggestion aux hypnotisés, les unes, comme celles de la vue et de l'ouïe, sont relativement faciles à produire. Lesautres, comme celles du goût^

(1) Ribot, Maladies de la mémoire^ Paris, 18S3.

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de Todorat, ou des sensations viscérales, faim, soif, douleur, sont plus inconstantes et plus difficiles à déterminer. Le phénomène dépend de la facilité plus ou moins grande avec laquelle les diverses sensations sont rappelées à Tesprit à Tétat ordinaire. Il ne faut aucun effort pour se remémorer une sensation visuelle et sonore : il suffît d'évoquer Timage d'un objet pour qu'aussitôt elle apparaisse très nette à la conscience. Il faut au contraire de la réflexion et un certain effort de volonté pour évoquer une sensation d'odeur et de saveur. Il n'est donc pas étonnant que dans l'hypnotisme il soit plus facile de produire des hallucinations visuelles ou auditives, qui n'exigent que de l'automatisme , que des hallucinations du goût et de Todorat, qui nécessitent des opérations mentales plus compliquées (1).

La pathologie confirme ces remarques. Les délires où l'automatisme est le plus développé, où la conscience est le plus obscurcie, sont aussi ceux où les hallucinations de la vue et de l'ouïe sont le plus intenses. Tels sont les délires toxiques comme celui des alcooliques, ou les délires névropathiques comme ceux de l'hystérie et de Tépilepsie. Dans les délires vésaniques, au contraire, on voit les hallucinations ne se produire qu'avec plus de difficulté et seulement, pour ainsi dire, comme conséquence de la réflexion , d'un raisonnement, d'une association d'idées. Combien de temps le persécuté rumine-t-il ses conceptions délirantes, avant d'éprouver sa première hallucination complète de l'ouïe? Cojnbien de temps s'écoule encore , avant l'apparition des idées d'empoisonnement et des illusions du goût et de l'odorat qui donnent une base inébranlable à ce délire? Souvent

(1) Herbert Spencer, Principes de psychologie, Paris, 1875.

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