VEUILLEZ
Et, comme on l’a dit et répété, vouloir c'est pouvoir.
Ce que l’on veut avec persévérance, on le fait, car toute volonté se confirme par des actes. Dans certaines circonstances, par la volonté, on parvient même à éloigner la mort. Il est absolument évident que des vieillards dont la dernière heure a sonné, peuvent attendre l’arrivée d’un enfant éloigné; et qu’après avoir donné à celui-ci le dernier baiser, lui avoir fait la dernière recommandation, lui avoir dit le dernier adieu, ils s’éteignent tranquillement.
Donc, développer l’énergie de la volonté est au besoin tout ce que l’on doit chercher, car au fur et à mesure que l’on y parvient, les qualités indispensables au succès viennent d’elles-mêmes.
Je le répète, la plus grande partie des individus peuvent y parvenir avec plus ou moins de facilité, et il n’y a de difficultés réelles que pour certains malades et pour les paresseux qui attendent toujours que les alouettes leur arrivent toutes rôties. Mais, tout en étant difficile pour quelques-uns, la tâche n’est complètement impossible pour personne.
On parvient à développer les forces psychiques et particulièrement la volonté comme on développe les forces physiques. Pour cela, il y a une gymnastique de l’esprit, des sports psychiques qui peuvent être pratiqués à l’égal des sports que nous connaissons tous. On peut en pratiquer un seul, si l’on n’aspire qu’à une seule chose et devenir en cela ou pour cela une sorte de champion qui arrivera toujours bon premier. On peut les
cultiver tous à la fois, ce qui est plus facile encore, et se mettre ainsi clans l’état voulu pour attirer à soi les bonnes choses et repousser les mauvaises, sans rien faire de spécial pour cela.
Il n’y a pas de limites au développement de la puissance magnétique, et quelles que soient les hauteurs que l’on atteigne, il y a toujours des sommets plus élevés ou l’on pourra parvenir.
Celui qui persévérerait pendant 30 à 40 ans, par exemple, dans le développement d’un pouvoir quelconque parviendrait à accomplir couramment des prodiges aussi étranges que ceux des fakirs, des brahmanes et des thaumaturges les , plus vénérés de l’Inde.
Mais je n’engage personne à se lancer dans cette voie qui n’est pas la meilleure, car elle est pleine d’écueils et même de dangers. Il vaut mieux laisser de côté la possibilité d’accomplir des choses extraordinaires et cultiver en même temps toutes ses facullés, car il ne reste pas de lacunes dans notre développement et nous sommes mieux préparés pour parcourir les grandes routes de la vie sur lesquelles on ne se perd jamais, mais où l’on peut souvent s’égarer.
Si la tâche est difficile pour ceux qui ne vivent que de haine ou qui sont constamment obsédés par des pensées qu’ils ne peuvent éloigner, car ils ne font rien d’utile pour cela, elle est relativement facile pour le plus grand nombre d’entre nous. (Que tous s’y mettent donc hardiment, et pas un seul, même celui qui se croit le plus incapable de vouloir ne perdra complètement son temps.
Dès que la personnalité magnétique commence
à se développer, au bout de quelques semaines pour les plus favorisés, quelques mois pour ceux qui le sont moins, on éprouve à un degré plus élevé un sentiment d’amour-propre, de dignité consciente, de confiance en soi-même qui font que la crainte ou l’appréhension que l’on avait cessent ou tout au moins diminuent dans une certaine mesure. L’espérance grandit si l’on en possédait quelque peu, et commence à venir si l’on désespérait de tout. C’est une ère nouvelle qui s’annonce.
En persévérant courageusement dans cette voie de développement, on se rend compte que toutes les qualités précédentes grandissent et que d’autres que l’on ne possédait pas commencent à se manifester.
Comme le physique et le moral sont toujours plus ou moins solidaires l’un de l’autre, au fur et à mesure que cette modification intérieure se produit, on observe une modification correspondante de notre être extérieur. Notre physique se modifie d’une façon appréciable pour tout le' monde; notre démarche devient plus gracieuse, plus assurée, plus noble; notre regard est plus puissant tout en étant plus doux et plus agréable aux autres. Nous en imposons davantage, nous devenons plus sympathiques, notre présence est plus agréable, nos conseils sont mieux écoutés et on nous recherche plus qu’on ne le faisait avant. G’e^t l’influence personnelle qui commence à se développer et qui ne demande qu’à grandir; c’est la vie mentale qui sort de l’enfance pour arriver à l’adolescence. En devenant de plus en plus conscients de ce développement, nous comprenons mieux les grandes vérités; nous compiençons à sentir que nous fai-
sons la conquête de nos facultés, que notre destinée nous appartient et que nous pouvons la diriger vers le but que notre liberté morale nous permet de choisir.
En continuant à nous entraîner méthodiquement nous devenons maître de notre esprit comme de notre corps et l’ensemble de nos facultés ne tarde pas à servir à l’accomplissement de nos desseins. Le pouvoir que nous gagnons sur nous se fait de plus en plus sentir sur le milieu qui nous environne, de telle façon que, même sans le vouloir directement, nous dirigeons les autres et nous comprenons très bien que nous sommes d’autant plus aptes à les diriger que nous savons nous diriger nous-mêmes.
Ce développement progressif de notre personnalité magnétique est accompagné d’une sensation particulière de force physique et morale exempte de toute disposition à nous faire valoir. C’est un sentiment intense d’amour-propre, une perception intime de notre valeur réelle qui nous rend plus modeste, car nous commençons à sentir que ce qui est nécessaire à notre bonheur arrivera sans que nous fassions autre chose pour cela.
On ne voit plus les infirmes, les malheureux et les méchants sous le même aspect qu’on les avait vus d’abord, et l’on ne pense nullement à se venger de ceux qui cherchent à nous faire du mal. On comprend que nous suivons tous la même voie pour arriver aux mêmes fins,, que les malheureux et les méchants sont des arriérés qui stationnent au-dessous des autres sur l’échelle de l’évolution, et que si l’on est présentement meilleur et plus heureux qu’eux, c’est que l’on a gagné
par le travail l’avancement qu’ils devront gagner à leur tour.
Pour acquérir l’influence personnelle si on ne la possède pas et l’augmenter si on la possède déjà plus ou moins, il faut se livrer à un travail d’autant plus grand et d’autant plus constant qu’on veut l’acquérir plus rapidement et à un degré plus élevé.
En prenant pour principe de ne jamais faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’il fût fait à soi-même, il est nécessaire de bien se mettre dans l’idée que l’on fera tout son possible pour se~l débarrasser de ses mauvaises habitudes et les remplacer par des bonnes. Ces résolutions étant prises, 20 à 25 minutes d’exercices méthodiquement pratiqués tous les jours peuvent suffire au plus grand nombre d’entre nous, surtout au début. Mais, les résultats obtenus quels qu’ils soient, seraient certainement de beaucoup dépassés si l’on pouvait y consacrer un temps plus considérable, une, deux et même trois heures, par exemple.
Les exercices les plus insignifiants et qui paraissent en eux-mêmes les plus étrangers au résultat que l’on veut obtenir, y conduisent sûrement par l’éducation et le développement de la volonté. « Un paysan qui se lèverait tous les matins à 2 ou 3 heures, nous dit Eliphas Levi, et qui irait loin de chez lui cueillir tous les jours un brin de la même hbrbe avant le soleil levé, pourrait, en portant sur lui cette herbe, opérer un grand nombre de prodiges. Cette herbe serait le signe de sa volonté
et deviendrait, par cette volonté même, tout ce qu’il voudrait qu’elle devînt dans l’intérêt de ses désirs. » (Rituel de la haute Magie , p. 39.)
Les pratiques absurdes de la magie cérémonielle et les formules bizarres qui encombrent les grimoires, sans en excepter les traités les plus sérieux de magie pratique, n’ont pas d’autre but. Le même auteur affirme cette vérité en ces termes:
« Toutes ces figures,, tous ces actes analogues aux figures, toutes ces dispositions de nombres et de caractères, ne sont que des instruments d’éducation pour la volonté, dont ils fixent et déterminent les habitudes. Ils servent en outre à rattacher ensemble, dans faction, toutes les puissances de l’âme humaine, et â augmenter la force créatrice de l’imagination. C’est la gymnastique de la pensée qui s’exerce à la réalisation; aussj^ l’effet de ces pratiques est infaillible comme la nature .lorsqu’elles sont faites avec une confiance absolue et une persévérance inébranlable. »
(. Rituel , p. 75.)
Il résulte de ces affirmations que plus les formulas sont compliquées, plus les pratiques sont difficiles à exécuter, plus elles sont susceptibles de développer le pouvoir de la volonté.
Je vais réduire les exercices à faire à leur plus simple expression et les classer dans l’ordre qui me paraît le mieux indiqué. Les principaux, ceux qui semblent les plus indispensables au plus grand nombre d’entre nous sont méthodiquement décrits, dans autant de chapitres; les autres sont exposés sommairement sous la forme de Conseils d'hygiène physique et morale .
Une dernière recommandation : — Au début, les exercices peuvent être ennuyeux et même fatigants; et l’on a toujours tendance à se demander s’ils sont réellement nécessaires. Il faut prendre d'avance la ferme résolution de vaincre toutes les difficultés, ne serait-ce que pour se donner la satisfaction de les vaincre, et ne jamais oublier qu’elles ont un double but : développer les forces psychiques et plus particulièrement la volonté; développer et régulariser la force nerveuse et la force musculaire. Au bout d’un temps souvent très court, la fatigue du début disparaît, fct les exercices qui semblaient les plus ridicules et les plus ennuyeux sont faits avec satisfaction, car on comprend qu’ils servent puissamment à conquérir la maîtrise de soi-même.
On devra-S’exercer- avec la plus grande régularité à la pratique de tout ce que je vais .décrire. Plusieurs exer cices n e devront être pratiqués que pèndânF un certain temps; d’autres devront l’être pendant de longues années; enfin, ceux qui tèn-' dent à orienter nos pensées vers le but que nous voulons atteindre pour constituer une sorte de manière d’être, de ligne de conduite, ne devront jamais être oubliés. TouLen portant constamment son attention sur ces derniers, les plus occupés d’entre nous par le travail quotidien pourront toujours consacrer aux autres exercices, ne seraitce qu’au lit, 8 ( à 10 minutes matin^eJLsûii^ il n’en est pas un seul, quelque occupé qu’il soit, qui ne puisse trouver encore quelques instants dans la journée.
Une excellente habitude à prendre au début, pour développer l’énergie de la volonté, c’est de
prendre rengagement formel de consacrer, matin et soir, au lit, ou avant de se coucher et au saut du lit, 10 à 12 minutes à la pratique d’un exercice quelconque, et de ne pas manquer de tenir cet engagement, quels que soient les événements qui pourraient survenir.
aimons-nous les uns les autres
Aimons-nous les uns les autres , et ne faisons jamais à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fût fait à nous-mêmes .
Ce précepte évangélique, qui n’est guère appliqué, quoiqu’il soit connu de chacun de nous, n’aurait pas besoin d’être commenté pour être suffisamment compris; et les trois lignes qui précédent pourraient rigoureusement être considérées comme un chapitre entier.
Malgré cela, je vais y ajouter quelques considérations qui, en les complétant, feront comprendre tout l’intérêt qu’il y a, non seulement de ne nuire à personne, mais de faire du bien, même à ceux qui nous font du mal.
Celui qui aime ses semblables et ne leur fait
jamais que Ce qu’il voudrait qu’on lui lit, possède naturellement l’influence personnelle à un degré plus ou moins élevé; il donne de la bonté; et, conformément aux lois psychiques que j’ai expliquées dans la première partie, il reçoit de la bonté sous différentes formes, et ne saurait rien recevoir de mauvais. En thèse générale, plus il dépensera de bonté, à la condition que cette dépense soit faite juste à point et avec intelligence, plus il recevra.
S’il en est ainsi, dans une très large mesure, travailler pour les autres, être bon pour eux, c’est travailler dans son propre intérêt; tandis qu’être méchant pour les autres, c’est être méchant pour soi, leur faire du mal c’est s’en faire à soi-même. Il n’est pas nécessaire de posséder une haute intelligence, d’avoir une instruction classique très développée et même d’être bien éduqué dans le sens propre du mot, pour comprendre cette vérité qui est à la portée de chacun de nous. Il est donc indispensable que tous ceux qui veulent être plus heureux deviennent meilleurs.
Nous devons penser souvent au bien qu’on nous a fait et faire tout notre possible Dour oublier le mal, les offenses, les tracasseries dont nous avons été victimes. Si nous pensons malgré nous au mal qu’on a pu nous faire, il est de toute nécessité de ne pas songer à la vengeance et de n’envoyer à l’offenseur que des pensées de paix et des souhaits de bonheur. Mulford, que l’on peut considérer comme un très grand moraliste, nous en donne la raison en ces termes dans le premier volume de
son remarquable ouvrage : Vos Forces et le moyen de les utiliser.
« Lorsqu’on émet des pensées de tourment, d’irritation, de haine ou de tristesse, on met en œuvre des forces nuisibles à la fois au corps et à l’esprit. La faculté d’oublier implique celle de chasser les pensées déplaisantes et pénibles et de les remplacer par un élément profifàble destiné à édifier au lieu de détruire.
« La nature des pensées que nous émettons influe favorablement ou défavorablement sur nos affaires, et influence les autres en notre faveur ou contre nous. C’est une force que les autres ressentent agréablement ou désagréablement, leur inspirant confiance ou méfiance.
«... C’est un sage égoïsme que de travailler pour les autres en même temps que pour nous-mêmes, parce que nous sommes tous unis en esprit. Nous sommes des forces qui agissent et réagissent l’une sur l’autre, en bieji ou en mal, à travers ce que l'ignorance appelle Yespace vide. Il existe des nerfs invisibles reliant les uns aux autres les hommes et les êtres. C’est dans ce sens qu’on peut dire que toutes les formes de la vie sont solidaires. Nous sommes tous membres d'un même corps. Une mauvaise pensée ou une mauvaise action est une pulsation douloureuse vibrant à travers des myriades d’organismes. Une pensée aimable et une bonne action produisent exactement l’effet contraire. C’est donc une loi de la nature et de la science que le bien ou le mal que nous ferons à autrui retombera sur nous-mêmes. »
« Toute pensée discordante, ajoute avec raison le même auteur, est un glaive qui appelle le glaive
contre nous... La créature, homme ou femme, la plus antipathique, la plus hypocrite, la plus venimeuse, a besoin de votre pitié et du secours de tous, car en émettant des pensées mauvaises, elle s’attire en même temps du chagrin et de la douleur. Celui qui nourrit de mauvais sentiments à l'égard d’une personne dont il a reçu une insulte, ou éprouvé une injustice ou un dommage, et qui les garde en soi pendant des heures et même des journées entières, finit par s’en fatiguer et pourtant ne peut plus les chasser. Ces pensées l’ennuient, le fatiguent et l’affaiblissent, et il ne peut s’empêcher de les ressasser...
« Ceci provient de ce qu’on a attiré sur soi la pensée hostile de l’autre personne. Elle pense de vous ce que vous pensez d’elle, et vous envoie une vague de pensée hostile. C’est ainsi que l'un et l’autre vous donnez et recevez les coups d’une force invisible. Et si cette guerre silencieuse se produit pendant plusieurs semaines, les deux adversaires s’en ressentent...
« Donc, s’efforcer d’oublier ses ennemis, ou ne diriger vers eux que des pensées de paix, est un acte protecteur tout comme étendre la main pour parer un coup. La persistance de la pensée bienveillante détourne les mauvaises intentions et les rend inoffensives. L’injonction du Christ de faire du bien à nos ennemis est basée sur une loi naturelle. Cela indique que la bienveillance l’emporte sur la malveillance et qu’elle en détourne les mauvais effets. »
Il ne faut donc avoir, même pour ses ennemis, que de bonnes dispositions et des pensées d’amour.
« La haine, continue le même auteur, c’est simplement de la force dépensée à se mettre soimême en pièces, car la haine est une force destructive. Le bon vouloir envers tous est constructeur; il rend de plus en plus fort. La haine abat. La bonne volonté envers tous attire de tous ceux avec lesquels on entre en contact des éléments salutaires et édificateurs. Si vous pouviez voir les éléments actifs volant d’eux à vous, dans leur sympathie pour vous, ils vous paraîtraient comme de fins ruisselets de vie. Au contraire, les éléments haineux que vous pouvez exciter chez les autres apparaîtraient s’élancer vers vous sous la forme de sombres rayons d’une substance nuisible et venimeuse.
« En envoyant à celui qui vous déteste une pensée de haine, on ne fait qu’accroître la puissance de cet élément, parce que ces deux éléments opposés et dangereux se rencontrent et se mêlent, agissent et réagissent sur ceux qui les ont émis, alimentent sans cesse leur force de combativité, jusqu’à ce que l’un et l’autre soient épuisés. L’intérêt seul devrait empêcher les gens de se haïr. »
Il n’est peut-être pas très facile à ceux qui ont tendance à rendre œil pour œil, dent pour dent, d’envoyer des pensées bienveillantes à ceux qui leur font du mal; mais il n’y a qu’une habitude à prendre, et les moins évolués d’entre nous pourront la prendre avec d’autant plus de facilité’qu’ils comprendront mieux qu’ils seront les premiers à en profiter.
S’ils éprouvaient quelque difficulté pour prendre cette habitude, les exercices qui vont suivre,
Surtout l 'isolement, la méditation , la concentra * lion et l'auto-suggestion leur permettraient de surmonter les derniers obstacles.
En attendant, que tous ceux qui veulent s’élever sur l’échelle de la perfection pour acquérir l’influence personnelle n’oublient pas un seul instant cette vérité pratique : Faisons du bien à ceux qui nous font du mal.