LIVRE TROISIEME 35T
Mais il est probable que des moyens aussi anodins n'eussent pas suffi à éliminer Tinfluence grecque du roumanisme. -Orecque fut la langue de la liturgie orthodoxe ainsi que de la société roumaine en général, et les aïeux de plus d'un champion actuel de la cause roumaine se fussent sentis terriblement humiliés si on les eût appelés à cette époque des Roumains, Il fallait le soulèvement de Théodore Vladimiresco pour obtenir un résultat réellement favorable au roumanisme quoique son importance n'ait été ni prévue, ni directe.
En effet, si après le règne de Caragéa, d'ailleurs auteur du code roumain (Gondica luiCaragea), mais dontla soif d'argent ne connut pas de bornes et se manifesta surtout dans la création de plus de quatre mille boéries nouvelles, achetées toutes pourdes sommes diverses ; si après la mort subite d'Alexaîidre Suizu, son successeur et imitateur en extorsion, survenue en 1821, Vladimiresco se met à la tête de la population des districts de Gorj et de Mehedinczy il n'a qu'un but : anéantir les boérs, d'après ses propres proclamations^ « car les maîtres du pays, les boérs roumains et grecs nous ont tellement dépouillés et ravagés, que nous ne possédons plus rien en dehors de nos âmes! n Et en réalité, ses hommes ne firent que piller et saccagers les boérs sans se soucier de leur nationalité. Ce n'est qu'en s'emparant de Bucarest que le nouveau Hora se rappela de la suzeraineté de la Sublime-Porie et voulut s'en affranchir.
Tel qu'il était, ce soulèvement arrivait juste à point pour la Hétaïray cette fameuse société des Philhellènes, fondée par Michel Skufoo à Odessa en vue de la réalisation du testament de Pierre le Grand, c'est-à-dire de la reprise de Constantinople sur les Turcs au profit de la Russie. Son chef d'alors Alexandre ïpsilanti, fils d'un ancien vayvode de la Valachie, n'y voyait qu'une bonne occasion pour recommencer la guerre contre la Turquie, S'étant entouré d'une foule d'émigrés chrétiens bannis par le sultan, il traversa le Pruth et s'avança sans coup férir jusqu'à Bucarest^ car on croyait qu'il était envoyé par la Russie et personne n'osait lui barrer le chemin. Entre temps VladimirescOj transformé en libérateur national, se trouva presque complètement abandonné par ses hommes, uniquement préoe-
358 MAGVARS et ROUMAINS DEVANT L'HISTOIRE
cupés de brigandage. 11 se retira donc àPiiesti, pour y attendre quelle tournure prendraient les événements, car sortis de leur indolence, les Tm-cs arrivaient déjà en nombre de la Bulgarie. Ypsilanti, menacé des deux côtés, se retira alors à Tirgovist et ne sachant pas exactement s'il pouvait se fier à Vladimirescoy décida sa perte. A cet effet, il l'attira dans un guet-apens et le fit prendre et conduire par ses Arnauics à Trigovisi où on Texécuta deux jours après.
Si, après ce meurtre, J)^*i7an/i peut renforcer son armée avec les partisans de Vladimiresco^ il ne devient pas encore assez fort pour se mesurer avec les Turcs. Mais la bataille est cependant inévitable ; elle a lieu à Dragasan et se termine par la défaite A' Ypsilanti^ qui se réfugie à Brassa en Transylvanie, Ce furent encore les Turcs qui eurent le dessus en Moldavie contre les troupes de la Héiaïra dans trois rencontres sanglantes. Sans épargner précisément les Roumains, ils tournèrent alors leur courroux contre les Grecsy et les considérant tous comme autant de suppôts de la société philhellène qui leur suscitait partout des difficultés, ils les exterminèrent et les chassèrent du pays en mettant fin du même coup à la domination grecque dans les vay vodies et en rendant les trônes vayvodaux à des Roumains^ comme c'était Tusage avant 1711. On nomma pour sept ans Jean Siurdza vayvode de la Moldavie et Grégoire Ghica vayvode de la Valachie.
Le roumanisme gagna beaucoup de terrain, pendant le séjour en Transylvanie des boérs en fuite, car on fraternisa ferme entre Roumains de laTransylvanie et des vayvodies. Les derniers se montrèrent très larges envers les églises orthodoxes du pays. Le prince Brancovan donna à lui seul deux villages de la Valachie à l'église de Brassa,
Parallèlement aux intrigues politiques qui se nouèrent à ce moment parmi les réfugiés compromis sur l'instigation du consul russe Pi'/tt contre le vayvode Ghica^ des préoccupations littéraires s'emparèrent de la jeunesse expatriée et condamnée à l'oisiveté. Us choisirent dans leurs rangs Georges Golesco et Héliade Radulesco et les chargèrent de la rédaction d'un programme secret visant la création de plusieurs écoles, d'un