LIVRE TROISIÈME
Cette extension de la langue magyare se fit dans des conditions si naturelles que la littérature roumaine n'en pâtit nullement, puisque à TÉcole balàzsfalvienne, où le nombre des élèves atteignit trois cent, on put improviser un petit théâtre dans lequel les élèves et les séminaristes jouèrent pendant les vacances de NoëldeFannée 1833 la première pièce de théâtre roumaine. La « Gazeta de Trasilvania » parut en 1838 avec un supplément littéraire, suivie en 1847 d'un journal plus sérieux, intitulé : « Organulu Luminaei » sur les plans conçus par Tévèque Leményi lui-même.
Pendant ce temps-là on peut également constater dans les principautés danubiennes quelques symptômes d'un développement, lent mais sûr, du progrès intellectuel et national. Les difficultés que le roumanisme dut y vaincre étaient d'une nature très spéciale. Les vayvodes fanariotes y avaient introduit la langue grecque dans des conditions tout h fait dangereuses pour le roumain. (îreyoïre ^/i/crt érigea en 1 748 àJa^sj une école, qu'il fit appeler pompeusement « vayvodale, » où les deux premiers professeurs enseignèrent le grec ancien et moderne, un troisième la langue slave ancienne, et un quatrième seulement le roumain. Il est vrai que dans les trois écoles « épiscopales « dont il imposa la création aux trois évêques du pays, on n'apprenait que le slave et le roumain, mais aussi défectueusement que possible (1).
C'est de la Transylvanie que vient encore la réaction en faveur du roumanisme contre cet état de choses déplorable. Si, en Moldavie y l'instigateur de cette réaction, Georges Asahi^ n'est pas transylvanien et s'il fait ses études d'ingénieur à Lemberg, capitale de la Galicie, et ensuite en Allemagne^ quand en 1820, sous la protection du métropolite Venjaniiuy il veut donner de l'importance à son école ouverte en 1813, il va en Transylvanie pour y recruter les quatre professeurs dont il a besoin pour les sciences abstraites : esthétique, théologie etc.,
Georges Làzâr^ son imitateur à Bucarest, naquit au contdMfe
Ar. DBXSUbUNO, iitoria limhei si literaturei romtne. Jaesy, 1894, p. 146 et
à Felek dans le département de Szeben, et fiit Tun des quatre jeunes théologiens envoyés h Vienne par Moga pour parachever leurs études. Ayant fait son droit à Kolozsvàr^ au centre magyar de la Transylvanie ^ il ne devint séminariste qu'à Tàge où les autres se font déjà consacrer prêtre. Avec son esprit ouvert à tout, il sut s*appropier pendant son séjour à Vienne assez de notions d^ géométrie pratique pour se mettre à même de remplir l'office d'un géomètre. Grâce à cette aptitude, il put hardiment secouer le joug hiérarchique, quand il échoua dans sa tentative de devenir évéque de rite grec-oriental à Versecz en Hongrie et reçut, à cause d'un sermon agressif, des semonces très sérieuses de Moga, Blessé dans son amour-propre de prêtre, il quitta Szebenei s'installa à Bucarest pour y faire valoir son savoir (1816). Ce ne fut pas de ses connaissances transcendantes qu'il tira parti. Il trouva plus aisément à s'occuper comme géomètre, car on était en train de faire faire à cette époque une espèce de cadastre pour toute la Valachie. Ne pouvant suffire à toutes les demandes, Lâzàr eut alors l'idée de fonder une école roumaine de géomètres sur le modèle de celle créée à Jassy par Asaki. Dans cette école, installée dans le couvent de Sainie-Sava^ il eut pour auditeurs, non seulement les élèves de l'école grecque, mais des commerçants, des employés, voire même des professeurs qu'il sut y attirer par l'originalité de son enseignement, entrecoupé de digressions historiques et littéraires exaltant le roumanisme et rapportant les résultats obtenus à cet égard en Transylvanie. Sa parole imagée, persuasive et abondante convainquit bientôt tout le monde de la possibilité d'enseigner en roumain toutes les sciences. Aussi Poieca et Poenaro^deux, professeurs à l'école grecque, se mirent-ils immédiatement à l'imiter. Par suite d'événements dont il sera question plus loin, Lâzàr dut quitter i?£<carest en 1821 et abandonner son œuvre, si brillamment commencée. Il rentra alors en Transylvanie à Felek même, où il mourut à quarante trois ans, en 1823 (1).
(1) On lit sur son monument funéraire le distique roumain suivant composé par son élève le comte Rosetti, donateur du monument : Comme Jésus ressuscita Lazare de sa mort, toi (L 'zar) tu éveillas la Roumanie de sa léthargie !