‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 37 sur 232 · LIVRE PREMIER Tl · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER Tl

qui faire triompher ses Magyars est pour lui une satisfaction patriotique incommensurable !

\j^ Anonyme est en contradiction aussi avec tout ce que Ton peut lire dans les autres sources relativement à la manière de combattre AesMagyars au temps de la conquête du pays. Tandis que Régino affirme, conformément à la vérité, que c'était au moyen d'une pluie de (lèches qu'ils anéantissaient leurs ennemis, — lui prétend qu'ils se servaient principalement de sabres. Aussi refuse-t-il de voir dans les Slaves et les Vlachs des adversaires redoutables parce qu'ils n'ont pas d'autres armes que les (lèches, or les Magyars de la conquête n'en avaient pas d'autres non plus, et il a jugé ëtourdiment selon la tactique militaire de son temps.

H fait de même avec les conditions ethniques de la Hongrie à la fin du ix* siècle, en y laissant jouer un rôle important aux Cumans et aux Bulgares. Or, quant aux premiers, il avait été dit plus haut qu'ils ne parurent sur le théâtre du monde qu'après 1060. Seulement, comme dès lors ils ont donné beaucoup de fil à retordre aux Magyars jusqu'au règne de Bêla /F, pour V Anonyme quoi de plus naturel que d'en découvrir aussi du temps de la conquête parmi les alliés de Glad^ qui accourent à son secours du côté du Bas-Danube? Et comme la situation et les conditions ethniques d'alors de la péninsule balcanique étaient déjà bien connues à cause des guerres que les Magyars avaient eues avec les empereurs grecs, quoi de plus naturel de sa part que de placer des Bulgares dans les parties orientales du pays et dans le bassin du Tibissus^ et des Vlachs et des Slaves en Transylvanie! Car du temps de Bêla /F, en Transylvanie^ il y avait encore des Slaves mais déjà des Roumains aussi. On n'a qu'à se rappeler que du document datant de 1231, dans lequel il s'agit du droit de propriété de la terre de Boje^ elle n'est rendue à Thrulh par Gallus^ le fils de Wtdh, qu'à cause des aïeux de Thrulh qui l'avaient possédée de mémoire d'homme «et a temporibus jam, quibus ipsa terra Blaccorum terra Bulgarorum extitisse fertur » . Si l'on parle déjà en 1231 d'un Roumain habitant une propriété roumaine, comme de quelqu'un dont les aïeux y ont demeuré de mémoire

d'homme, on peut supposer qu^elle peut bien sîgrnifiér rëspàce de temps de cent ans et qu'il y ait deux cents ans d'écoulés depuis la première arrivée des Roumains en Transylvanie jusqu'à Anonymus, Aussi n'eut-il aucune hésitation d'en conclure que les Roumains ne fussent les habitants autochtones de la Transylvanie y vaincus par Tuhutum^ en compagnie de Slaves y ayant vécu également de mémoire d'homme. Voilà la valeur que peut avoir son récit au sujet de Gélou et de l'existence d'un élat roumain en Transylvanie et rien d'autre, comme il appert des Faits suivants, encore plus clairement, s'il est possible.

On lit dans les auteurs byzantins Scylitzcs (1057) et Kedrénos (1130) que ce furent deux grands seigneurs magyars : Bolosudès et Gylas^ qui se firent baptiser tout d'abord à Con" siantinople et que le dernier amena même avec lui en Hongrie un moine appelé Hieroiheus que le patriarche Théophilakius consacra évéque de Hongrie. C'est donc Gylas qui apporte la première semence du christianisme parmi ses compatriotes. Or les Roumains étaient déjà certainement chrétiens à ce moment-là, chrétiens orthodoxes; comment se Fait-il que s'ils vivaient en Transylvanie^ Gylas ne les aperçoit pas et que, devenu chrétien, il ne s'occupe pas d'eux, ses coreligionnaires qui se trouvent parmi ses administrés?

C'est avec le zèle d'un apôtre que saint Bruno parcourut le pays des Paizinakiies, Il poussa une pointe jusque dans la Moldavie et la Bessarabie et c'est là qu'il apprit que les paroles de Dieu avaient déjà fait des prosélytes même dans la Hongrie Noire, Mais il ne souFfle pas mot des chrétiens roumains et cependant, d'après les savants roumains, il devait y en avoir une grande quantité dans les contrées qu'il a parcourues.

Ohtum Fait venir de Widdin des moines bulgares dans le monastère qu'il a Fait bâtir dans le voisinage du Maros. D'autre part, on sait, d'après l'histoire et la légende, qu'il a mis l'embargo sur le sel venant de Transylvanie pour le compte du roi de Hongrie. La Transylvanie ne lui est donc pas inconnue et dans le Batiai il y avait, comme les historiens roumains

Taffirmeni, iin souverain roumain; et cependant il ignore Texistence des Roumains chrétiens de la Transylvanie et du Banal, et pour avoir des prêtres chrétiens il est obligé de s'adresser aux pays étrangers. Nonobstant les Roumains des environs du Maros, comment se fait-il que saint Gérard ne se peine plus tard qu'avec des disciples magyars, au lieu de fraterniser avec les premiers en sa qualité d'Italien?

Au temps de l'incursion des Mongols (1243), Rogérius s'enfuit de Nagy-Varad dans le département d'Arad et de là en Transylvanie, Il erre dans les champs pendant des semaines entières ayant mille aventures. 11 les raconte minutieusement en s'étendant sur le caractère ethnique des gens qu'il a rencontrés. Eh bien! il parle tour à tour des Allemands^ des Magyars et des Cumans mais il n'aperçoit pas un seul Roumain et cependant en sa qualité à^ Italien qui n'aime ni les Allemands^ ni les Magyars^ il n'aurait certes pas oublié d'en faire mention dans la préface dé son « Carmen miserabile » dédié à un évéqne italien, s'il en eût vu quelque part.

Au contraire, la circonstance que Bakna et £i/a, fils du chef Gyula^ conspirent en Transylvanie dans l'intérêt de la religion nationale des Magyars — ils étaient guèbres — démontre clairement qu'il y avait là, dès le lendemain de la conquête, une population magyare extrêmement attachée aux traditions de sa race qui formait, dans le premier demi-siècle de la conversion au christianisme des Magyars, un vrai foyer de résistance pour le paganisme.

' Quoique remontant sinon au déluge, mais au moins aux temps les plus obscurs du moyen âge, ces récapitulations historiques ne pouvaient pas être évitées. Elles réduisent à leur juste valeur les prétentions des Roumains à se poser en représentants de la civilisation romaine dans l'Est de ÏEurof,e et en victimes d'une spoliation brutale de la part du peuple magyar. Vu son tempérament sensible et son libéralisme invétéré, rien ne pouvait mieux affecter celui-ci qu'un reproche pareil. Car, tout en étant convaincu de son bon droit acquis au prix du sang versé par ses aïeux et à une époque où l'on n'en reconnaissait pas d'autre que celui du plus fort, il lui aurait

été très pénible de penser que le royaume de Hongrie contint seulement une parcelle de terrain qu'un voisin ami pourrait revendiquer avec la moindre lueur de raison.

Non, grâce à Dieu, en prenant possession de la Hongrie^ les Magyars n'ont pu ni léser les intérêts des Roumains, ni les priver de leur indépendance puisqu'il n'y en avait pas dans le pays à l'époque de la conquête comme il n'y en avait que très peu en général — et aucun appartenant à la population d*un état roumain constitué, — sur toute la rive gauche du Danube, Concernant la prétendue origine dacique des Rou" mains, qu'il soit permis d'ajouter aux arguments déjà exposés plus haut les réflexions suivantes, tirées d'une conférence de Michel CogolnicéanOy du célèbre professeur de YAcadémia Mihaileana de Jassy lui-même :

« Je ne veux pas faire un mystère de l'origine latine de nos lois, de nos mœurs, de notre langue et de notre race, car elle est depuis longtemps reconnue par l'histoire, mais je tiens à vous répéter que je n'ai aucune envie de présenter comme les nôtres les actions des Romains. Etje m'efforcerai, au contraire, de vous faire observer que si vous voulez être leurs descendants, vous assumez aussi l'obligation d'accomplir quelque chose de comparable aux hauts faits de ce peuple providentiel. (1)»

Prononcées il y a une cinquantaine d'années, ces paroles sont aujourd'hui d'autant plus de saison qu'avec le progrès des idées démocratiques le mérite individuel devient l'unique source de toute considération de fortune ou de réussite. D'ailleurs à l'égard de l'ancienneté de leur race et de leur langue les Magyars n'ont aucune comparaison à redouter^ les savantes recherches d'un linguiste tel que M. Jules Oppert^ membre de rinstitut, ayant démontré leur parenté avec les Chaldéens primitifs et sumériens et les Médes. Elle a été pressentie par plusieurs historiens hongrois au commencement de ce siècle — notamment par Etienne de Horvath — et les extravagantes spéculations généalogiques et étymologiques de Pierre Maïor

(1) Cuvent introductio la cursulde htoria nationala, rostit in S4 novembrie 1848 in Academia Mihaileana. Jasey.

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