LIVRE PREMIER
romains avaient fait venir en Dacie de la ville de Coza en Calabrel
En ce qui concerne Glad^ le seigneur de Témès^ 1 Anonyme ne fait sur son compte que la réflexion suivante : « Le territoire qui s'étend du fleuve du Maros jusqu'au château-fort d'Orsova, fut conquis par le chef nommé Glad qui y arriva du château-fort de Vidin en compagnie des Cumans. « Cette supposition est plus fondée que celle qui se rapporte au roumanisme de Ménmarot; car, d'après son récit, il advint que les Magyars ayant attaqué Glad^ celui-ci leur livra une bataille derrière le Témès à la tête « d'une nombreuse troupe de fantassins et de cavaliers et avec le concours des Cumans, des Bulgares et des Roumains, » — bataille qu'il perdit d'ailleurs complètement. Pour faire de Glad un prince roumain, lire quelque part qu'il ait été aidé par des Roumains dans son entreprise contre les Magyars^ a largement suffi aux historiens daco-roumains.
« Le secrétaire anoyme du roi Bêla est le seul chroniqueur du moyen âge, dit Roesler (1), — chez qui les Roumains jouent un rôle satisfaisant pour les exigences des historiens roumains; le seul chroniqueur qui les trouve installés au ix* siècle dans les parages de Fancienne Dacie et leur territoire actuel; et le seul aussi qui ne les considère pas seulement comme un élément nomade de pâtres errants, mais comme un peuple vivant sous le sceptre de ses propres princes, dans un état constitué. »
Si, pour étudier une personnalité aussi importante au point de vue des revendications roumaines, on examine de près sa chronique finissant avec le règne de Bêla I", voici les conclusions auxquelles doit s'arrêter tout esprit impartial.
Laissant de côté l'auteur lui-même caché derrière Tanonymat, il s'agit d'abord de déterminer de quel Bêla il a été le secrétaire — ou, comme il s'appelle, le notaire. Aujourd'hui on penche de plus en plus vers la supposition qu'il vivait à l'époque du quatrième roi de ce nom, dans la seconde moitié du xui* siècle, car il mentionne l'existence de la principauté
• (1) Roesler, Kumànische Studien^ p. 149.
ro MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT L'HISTOIRE
de Susdale\ il s'emporte contre la curie romaine pour défendre les droits héréditaires de la maison à^Arpàd en face des compétiteurs au trône de la Hongrie de la maison d* Anjou. Mais l'argument le plus décisif est le suivant : ï Anonyme emprunte certains passages au livre de contes de Gui de Columpna intitulé : « La guerre de Troie « , ouvrage qui n'a été terminé qu'en 1272.
Écrite presque quatre cents ans après la conquête de la Hongrie par les Magyars^ cette chronique est un curieux spécimen de l'historiographie com^me on la comprenait aux environs de la Renaissance. Si, d'une part, elle contient beaucoup de données précieuses au sujet de l'histoire des Magyars^ d'autre part, il est impossible de la considérer comme une source sérieuse au point de vue de la conquête du pays non seulement à cause de la difficulté que l'on a et de la circonspection qui est nécessaire pour faire un choix parmi ses assertions, mais surtout parce qu'il transporte les événements de son époque à celle qu'il décrit. Il a beau affirmer qu'il n'écoute pas les hégédoes (les trouvères), ni les bavardages du peuple, en réalité il ne travaille que sur les données fournies par les traditions. En sa qualité de savantasse, il les regarde de toute sa hauteur, et il se croirait perdu s'il les répétait dans leur simplicité. Aussi les présente-t-il affublées d'oripeaux, enjolivées de contes et de quolibets. Par rapport à son époque, c'est un lettré ; •îl connaît Régino^ Saint-Jérôme^ le Cycle d* Alexandre le Grand ^ l'ouvrage de l'évèque de Séville Isidore^ intitulé : Etymologia, à l'exemple duquel il confectionne ses calembours et ses analyses grammaticales.
Son plus grand tort est cependant d'avoir des idées préconçues ; il veut faire paraître le peuple magyar comme le plus brave et le meilleur, digne de dominer sur toutes les autres nations. S'il se sert de la chronique de Régino^ il en retranche la première partie prudemment, parce que la Hongrie y est dépeinte comme un pays inhabité et désert, dont la conquête n'aurait pas exigé de grands efforts. Le secrétaire chauvin se croit donc obligé de la remplir d'une foule de princes et de principautés, qui historiquement n'ont jamais existé, mais sur