LIVRE DEUXIÈME
Danube (1). Il appert de tout ceci que le territoire des Blaccs occupait une partie de la Roumanie d'aujourd'hui. Relativement à ses habitants voilà les renseignements contenus dans le document déjà cite de Bêla IV (2) ; il y avait des Vlachs d'une part sous des Kénez ainsi que sous un vayvode de la Petite- Valachie et, d'autre part, sous un autre vayvode dans la Cumanie située au delà de Y OU, Ces Vlachs ne devaient pas être schismatiques, car les Johannites étant obligés de combattre les païens et les schismatiques conformément aux statuts de leur ordre, en cas d'attaque ne se seraient certes pas contraints à défendre des Vlachs schismatiques. Donc ce sont des organisations romaines modestes groupées autour des Kénez — des maires ayant un pouvoir assez étendu — qui remplacent l'organisation cumane. Celle-ci s'effondra sous les coups des Mongols et à mesure qu'elle disparut, des chefs roumains se mirent à la tête d'une population dont ils conduisaient déjà les affaires en leur qualité de Kénez par suite de l'organisation politique importée de Bulgarie, C'est ainsi que le roumanisme apparaît bien accru en nombre, politiquement et socialement affermi après l'incursion des Tartares et l'anéantissement du gouvernement des Cumans dans la vaste plaine s'étendant entre le Danube et les Carpathes,
Les troubles survenus en Hongrie après la mort de Bêla IV et l'amoindrissement croissant du pouvoir royal relâchèrent de plus en plus les liens qui rattachaient la Cumanie au royaume hongrois. Depuis le départ des chevaliers Johannites, ayant quitté les territoires à eux concédés, il n'y avait plus personne pour les faire sentir dans cescontrées aux vayvodes et aux Kénez. Lythen, probablement le plus puissant d'entre eux, voyaitavec plaisir cet affaissement du pouvoir royal et, ayant refusé l'obéissance au roi personnellement, il est parvenu à persuader à. ses parents qu'ils devaient considérer les terres où ils habitaient comme leurs propriétés et ne plus payer de ce chef des redevances au roi. D'un document signé en 1282 par Ladislas le Cuman on apprend que Lythen étant tué et son père Barbât
\i) Hunfaloy : Az olâhok torténete, vol. I, |.>. 328. (2) Tbkiubb^ Afouum''Uia llitt. Jlutif/., vol. I, p. 108
pris, Tordre paraissait être temporairement rétabli dans la Valachie. Il est à remarquer qu'à cette occasion Ladislas le Cuman ne donne plus au pays le nom de Cumanie^ mais il Tap^ pelle : « aliqua pars de regno nostro ultra Alpes existens. n
Ces velléités de révolte ont dû prendre des dimensions plus considérables après Textinction de la maison à^Arpàd (1301), pendant les règnes tristes et éphémères de Venceslas et cTOthon de ( 1 30 1 à 1 3 1 0) ; mais, comme on ne possède pas de documents authentiques à ce sujet, il faut reculer jusqu'en 1324 pour trouver des indications historiques inattaquables se rapportant aux événements qui se sont accomplis entre temps dans la partie transalpine du royaume hongrois. C'est dans le courant de cette année que Charles-Robert de la maison d'Anjou confirme les droits de Mariin, rispàn de Szilàgy^ relativement à sa propriété de Davar pour cause de services rendus au roi à la reprise de la forteresse de Mihald et pendant les missions qu'il a remplies comme ambassadeur auprès de Bassarab^ le vayvode du roi en Valachie. L'auteur grec Kantakuzénos affirme, d'autre part, que c'est de Bassarab^ du vayvode de VUgro- Valachie^ que le tsar bulgare Michel reçoit des secours en hommes contre l'empereur de Constantinople vers 1324. Il y a aussi une lettre que le pape écrit dans la même année à Bas^ sarab : u Dilecto filii nobili viro Woyvadœ Transalpino. «
Quoique fortuitement conservés, ces trois documents caractérisent d'une façon complète et frappante la posture particulière dans laquelle se trouve à cemomentle vayvode ^a55arafr. H est encore dépendant du roi de Hongrie^ mais, à l'égard de l'étranger, il agit déjà en maître absolu. Cette situation ne pouvait être que transitoire pour préparer la création d'un état autonome, puisque, par suite de leurs dissensions, les Magyars n'étaient plus capables de conserver leur autorité dans un pays qui paraissait former partie intégrante de la Hoti" grie des derniers Arpàd, Pour l'en détacher, la moindre secousse devait suffire. Provoquée par les Magyars eux-mêmes^ elle ne tarda pas à produire son effet désastreux.
La Chronique de \ienne raconte qu'en 1330, quoique le vayvode Bassarab eût ponctuellement rempli tous ses devoirs