Mahāsin al-majālis texte Arabe
Son nom complet est: Aboû al * Abbás Ahmad, fils de Mohammad, fils de Moúsa, fils d’Ibn *Atá Alláh, [bn al *Aríf, de la tribu de Sinhädja, « fraction de celle des arabes de Himyar en Occident ». Son père Mohammad était originaire de Tanger (*) et faisait partie de la garnison de la Qasba d’Alméria, pendant la période où cette cité fut la capitale de l’un des royaumes des Tawä’if, sous la domination de la famille de Ma'n ibn Somädih, qui dura de l’an 433 de l’hégire (1041 de J. C.) jusqu’à 484 (1091).
Des difficultés économiques obligèrent son père à l’appliquer à un métier manuel: il le plaça tout jeune comme apprenti chez un tisserand pour y apprendre à travailler. Mais l’enfant répugnait à tout travail qui n’était pas l’étude du Qorán et la fréquentation des livres. A force de multiplier les défenses et les
(') Les sources utilisées pour cette biographie sont les suivantes: Ibn Bashkowál, biogr. 175; Al Dabbi, biogr. 360; Mo*djam d’'Ibn al Abhár, biogr. 14; Ahmad Bábá, page 30; Ibn Khallikán, 93 et trad. De Slane, I, 150; Mss. LXXVI (fo 37 vo) et 0011 (f° 14 r°) de la Collection Gayangos, à l’Académie Royale d'Histoire de Madrid. — Des renseignements isolés sur des traditionnistes qûi ont appris des hadîths d'Ibn al “Avif se trouvent dans Talkmila d'Ibn al Abbár, pages 56, 72, 174, 201, 203, 210, 219, 560, 570, 645, 663 et 702. Cfr. édit. Bel et Ben Cheneb, pages 74, 103, 134, 185, 191. Cfr. aussi Jámi, nafahát, éd. N. Lees, pp. 615-616.
(*) Le manuserit LXXVI de la collection Gayangos, f° 37 vo dit que le surnom « Ibn al ‘ Arîf » vient de Pemploi, exercé par son père à Tanger, de chef de la surveillance nocturne de la cité et que le mot «al “arif » signifie inspecteur ou chef d'un corps de troupe: o ab القم poil وعريف M سمى والده بالعريف لانه كان بطنحة صاحب حرس ls
2 MAHÁSIN AL MADJÂLIS D'IBN AL “ARIF
menaces le père faillit faire échouer les heureuses dispositions que le jeune Ibn al ‘Arif montrait pour l’étude. A la fin, il le laissa libre de suivre ses goûts et le jeune homme devint un savant incomparable (*). Le père, longtemps après, reconnaissait son erreur et avait coutume de dire aux admirateurs de son fils, après leur avoir raconté les premières étapes de sa carrière: « Son jugement était plus éclairé que le mien. En vérité, je ne pensais pas alors à quel degré d’honneur mon fils m*éléverait.»
À Almerie, Ibn al *Arif étudia le Qorán et les traditions prophétiques, sous la direction de maîtres renommés. Le livre de Sa'id de Bagdad, intitulé Les Pierres précieuses, fut le texte où il forma son goût littéraire et son érudition philologique (‘). Très vite il put s’adonner comme maître à l’enseignement de ces disciplines littéraires soit à Alméria, soit à Saragosse et à Valence, où, en outre, il exerça pendant quelque temps la charge de mohtasib. Son habileté calligraphique est également signalée avec éloge par ses biographes.
Mais ses talents artistiques et sa connaissance des sciences profanes ne furent point la raison d’être de sa célébrité. Jurisconsulte, traditionniste, critique sagace de l’authenticité des hadiths, lecteur fameux du Qorän, poète inspiré, plus haut encore que ces titres les biographes placent sa connaissance de l’ascétique et de la mystique et sa sainteté avec ses vertus extraordinaires récompensées de Dieu par des faveurs et des charismes.
() Le texte du Mo‘djam (biogr. 14) emploie la phrase وحده ¿4 A qui a ce sens métaphorique, mais renferme aussi un jeu de mots, par allusion au métier de tisserand auquel son père voulut l’appliquer, car تسب وحده signifie textuellement: «tissu unique, sans pareil ».
() Ce livre كتاب الفصوص ف اللغات والاخبار à été rédigé par son auteur, بن امسن ابو العلاء الربعى elo, pour Al Mansoûr, à la cour de qui il vécut, comblé d’honneurs. C’est une chrestomathie de textes classiques en prose et en vers, commentés du point de vue grammatical et littéraire, à l'exemple du البوادر AS d'Aboû “Alí al QAâ 01.6 Dictionary of learned men (édit. Margolionth: « Gibb Memorial », VI, 4, p. 266).
La ville d’Alméria était alors le foyer principal du soufisme ésotérique d'al Andalus (*). Les doctrines mystiques de l’école masarrí s'étaient conservées religieusement, au cours des deux siécles écoulés depuis la mort du fondateur, en divers centres de l1"Espagne méridionale, surtout à Cordoue et à Pechina, petit village près d’Alméria, sur la rive droite de la rivière de ce nom. Bien avant Ibn al *Aríf, paraît à Alméria un ascète très populaire qui préche, dans les rues et sur les places, l’union mystique de l’âme avec Dieu, en un sens franchement panthéiste: Mohammad ibn ‘Isä d’Elvire. Au commencement du 6° siècle de l’hégire, en pleine domination des Almoravides, Alméria devient la métropole spirituelle de tous les soûfis espaenols. C’est lá que retentit le premier et unique cri de protestation collective contre l’excommunication et l’autodafé des livres d’al Ghazzáli que les fogahá routiniers de Cordoue avaient anathématisés comme des œuvres impies, dès qu’elles entrèrent en Espagne, pendant la vie de leur auteur, et qui furent livrées aux flammes par un décret officiel du sultan almoravide Yoúsouf ibn Tashafín. Les théologiens d’Alméria, sous la direction d’al Bardjí, rédigèrent un fatwa où ils condamnaient la conduite d'Ibn Hamdín, qädi de Cordoue, qui avait fait brûler les livres d'al Ghazzäli. Ni à Marrakech, ni à Fez, ni à Qal‘a des Banoû Hammäd, n’en vint à ce degré l’audace des soúfis partisans d'al Ghazzáali; ils se contentèrent de protester isolément et en particulier.
C'est dans cette ambiance d’enthousiasme religieux que se forma l’esprit d’Ibn al *Arif. Nous ignorons malheureusement les noms de ses maîtres de soûfisme. Ses biographes — des traditionistes et des fogahä surtout — se sont préoceupés seulement de nous renseigner sur sa formation par les disciplines qui les intéressaient directement — hadíth et figh — et ont laissé dans la pénombre tout ce qui concerne la doctrine mystique d’Ibn al
0 C£r Asín, Abenmasarra y su escuela (Madrid, Maestre, 1914), p. 108, et Goldziher, Ibn Barragán, dans ZD MG (LXVIII, 1914), p. 544.
4 MAHAÁSIN AL MADJALIS D'IBN AL “ARÍP
“ Arif et les sources qui l’inspirent. Le seul point qu’ils signalent est qu'il fut le créateur d’une règle ou méthode de vie spirituelle (tariga) qui réussit rapidement à conquérir un grand nombre d’adeptes, accourant de divers points d’al Andalus à Alméria pour se mettre sous la direction spirituelle du maître.
On ne peut affirmer qu’à ce groupe de disciples personnels du maître appartinssent les deux soúfis qui plus tard furent persécutés avec Ibn al ‘ Arif à cause de leurs idées mystiques. Cependant les biographes déclarent expressément qu’ils professaient des doctrines identiques aux siennes et que ce fut le motif qui décida de leur sort commun. L'un des deux résidait à Grenade et s'appelait Aboû Bakr Mohammad ibn al Hosayn al Mayoürqi, surnom dû à son origine de l’île de Majorque. Juriste de l’école zâhiri et traditionniste, il avait résidé à la Mecque et à Alexandrie plusieurs années pour y compléter ses études ; mais, comme Ibn al *Aríf, il s’était déjà alors consacré à l’ascétisme et vivait retiré du monde. L'autre s’appelait Aboû al Hakam ibn Barradján et résidait à Séville. Originaire du Nord de l’Afrique, il était comme ses compagnons, plutôt que traditionniste, théologien mystique, adonné lui aussi à la vie de dévotion et d’austérité Parmi ses écrits, les biographes signalent comme plus remarquables un Commentaire des noms divins et un Commentaire du Qorän, laissé inachevé, et dont on possède un exemplaire manuscrit. L'ésotérisme effréné de sa pensée se caractérisait par le goût pour la cabale arithmétique des lettres des textes goraniques, dont la valeur numérique soumise à diverses opérations arithmétiques lui servait de base pour pronostiquer des événements futurs, favorables ou néfastes, en particulier des conquêtes et des victoires militaires. La reprise de Jérusalem sur les Croisés par Saladin, avait été, disait-on, prédite par Ibn Barradján, dans son Commentaire, pour l’année même où elle eut lieu. Ce sont les seuls indices qui nous suggèrent le soupçon que Ibn al ‘ Arîf participa aussi à cette superstition cabalistique, puisque ses biographes, on l’a vu, lui attribuent des doctrines mystiques identiques à celles d'Ibn Barradján. Toutefois, il n’y a pas trace de pareilles superstitions, dans son Mahásin, comme nous verrons.